Skip to main content

Full text of "Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers"

See other formats


% 



^ ^^ 



^ 



r 



V^ 



\, 



Ky 



*¥ 






7 






\ If 




%^ 




P 




M: 





^^::m 



/ 



^■ 





■**•■ 



ENCYCLOPÉDIE 

OU 

DICTIONNAIRE RAISONNÉ 

DES SCIENCES. 

DES ARTS ET DES MÉTÏERS. ^ 

TROISIEME EDITION. 

'2Û o M JE S JE C o :w J0>. 






V 



ENCYCLOPÉD 



I 



H 



u 



DICTIONNAIRE RAISONNÉ 

DES SCIENCES. 

DES ARTS ET DES MÉTIER.S, 



PAR UNE SOCIETE DE GENS DE LETTRES. " 

Mis en ordre et publié par M. DIDEROT; 
Çt quant a la partie Mathématique, par M. D'ALEMBER T. 



Tantufn ftrres juncfiiraaue pnHer, 
Tari.um de medii} jumpch accetiit honorii \ 



HORAT. 



TROISIEME EDITIO 



^- 



=^K« 



uù o 2m JE ^ JE C o ::n^ jd. 




yl GENEVE, 

Chez Jean-Léonard PelleT, Imprimeur de la Repubfîque. 

A N EU F C n AT h L, 
Chez la Société Typographique. 



M. D C C. L XX VI IL 

U 




ENCYCLOPEDIE^ 



o u 



DICTIONNAIRE RAISONNÉ 



BES SCIENCES 



9 



DES ARTS ET DES MÉTIERS- 



i^'. 



^K<« 




A L 

L , particule qui fignifie dans 
la grammaire arabe le ou U. 
Elle s'emploie fouvent au 
commencement d'un mot 
pour marquer Texcellence ; 
maiî les Orientaux difant/fj 
monragncfs de Dieu , pour 
dfcligner des montagnes d'une hauteurextra- 
ordinaire , il pourroit fe faire que al fut em- 
ployé par les Arabes dans le mémefens;car en 
Arabe Alla lîgnifie Dieu : ainii Alchymia , 
ce feroit la Chymie de Dieu , ou la Ch.ymie 
parexcellence. Nous avonsdonné la lignifica- 
tion de cette particule , parce qu'elle entre 
dans la compolîtionde plufieurs motsfrançois. 
Quant. à 1 ctymologie des mots Alchymie , 
Algèbre & autres, uous ne nous y fommes 
Tom IL 



A L A 

nullement attache's. Quoique nous ne mépri- 
lîons point la fcience tcymologique , nous la 
mettons fort au defii;us de cette partie de la 
grammaire , qui confiile à marquer les diffé- 
rences dw'licates des mots, qui dans l'ufage 
commun , & fur-tout dans la Poéfie, font pris 
pour fynonymes, mais qui ne le font pas. Mrs. 
Girard ^ de Beauzé nous ont donné d'excel- 
lens effais fur cette partie de la grammaire. 

ALAB ARI , f. m. ( Chymie. ) l'on s'elè 
fervi quelquefois de ce nom , pour fignifier 
le plomb. F". Plomb, Saturne, Aabam, 
AcciB. {M) 

AL- ABU A , ( Gi^og. ) petite ville d'Afie 
dans l'Arabie Pétrée. On croit qu'Abdallah , 
père de Mahomet, y mourut. Les pèlerins 
de la Mecque y font Itation. (C. A.) 

A 



a A L A 

ALACRANES , {Ge'og.) ifles de la nou- 
velle Efpagne dans le golfe du Mexique. 
Elles font au nord & à vingt lieues de la 
prefqu'ille de Jucatan , dans l'Amérique fep- 
tentrionale. On la nomme ainfi à caufede la 
quantité de fcorpions qu'on y trouve. (C. A 

ALA-DAG ou AMADAG, { Géog. _ 
montagne d'Afle dans la Natolie , au dif- 
triâ & dans le voifinage de la ville de 
Bolli ou Polis. Elle eft au nord d'Angora 
& non loin du cap de Coromba. C'eft la 
plus haute de toute la Natolie. Long. 50, 
2o; lut. 40, 10. {C.A.) 

ALADULE ou ALADULIE , ( Geog. ) 
province de la Turquie en Afie, entre Ama- 
fie & la mer Méditerranée vers le mont 
Taurus. 

ALAFAKAHoï/Galapheca, {Ge'ogr.) 
château fort de l'Arabie Heureufe, à l'en- 
trée d'un golfe de la mer Rouge, au bout 
duquel eft la ville de Zabid ou Pibid , dont 
ce golfe porte le nom , & dont ce château 
protège le commerce. Long. 64.; lut. 15. 
{C.A.) 

ALAFOENS, ( Géogr. ) diflria de^ la 
province de Beyra en Portugal. Il fut érigé en 
duché par le roi Jean V, en 17 18 , en faveur 
de D. Pierre , fils de D. Michel , fils légitime 
du roi Pierre II. Ce diftrid renferme trente- 
fept paroiffes. (C. A.) 

ALAGNON , {Ge'ogr.) rivière de France 
dans le gouvernement d'Auvergne. Elle va 
d'un cours très-rapide fe jetter , de la mon- 
tagne de Cantal , dans l'Allier. [C. A.) 

ALAGON , {Ge'ogr.) petite rivière d'Ef- 
pagne dans l'Eflramadure. Elle prend fa 
fource dans la Sierra ou montagne de Banos, 
& après avoir ferpentc le long de la mon- 
tagne de Gîte, elle va fe joindre au Xerte 
& fe jetter avec lui dans le Tage. {C. A.) 

AL AINE, (Ge'ogr.) petite rivière de Fran- 
ce dans le Ni vernois. El ! e vient de Luzi, pafTe 
à Tais, & fe jette, au defTous de J'erci-la- 
Tour, dans l'Arron qui fe joint à la Loire 
près de Décife. ( C. A.) 

ALAINS, ( Hiji. anc. ) ancien peuple de 
Sarmacie d'Europe. Jofeph dit qu'ils étoient 
Scythes. Ptolomée les place au delà du mont 
Imaiis. Selon Claudien , ils occupoient de- 
puis le mont Caucafe jufqu'aux portes Caf- 
piennes. Ammien Marcellin les confond 
avec les Mafiagetes. M. Herbelotles fait 



A L A 

venir d'Alan , ville du Turqueftan ; & le 
P. Lobineau les établit en Bretagne. 

L'on convient afTez généralement qu'ils 
étoient Scythes. La nation Scythe étoit for- 
mée de l'allemblage de différentes nations qui 
toutes avoient les mêmes mœurs & les mêmes 
ufages.LesScy thés lesplus célèbres en Europe 
par les fecoulfes données à l'empire romain , 
furent les Alains , les Huns & les Taïtales. 
Mais ce furent fur- tout les premiers qui paf- 
ferent pour les plus belliqueux. On dit que 
dans leur origine , ils habitoient le pays de 
Kam-Kiu } iitué au nord de Capte-Chat , 
dans le pays d'Oufa & des Bafchkires , que 
nos hiftoriensont nommé hgrjnde Hongrie , 
parce qu'ils prétendent que les Huns en 
étoient fortis. S'étant confondus avec les 
Huns qui s'étoient rendus maîtres d'une 
partie de la Sibérie , ils fondèrent des établif- 
femens fur les bords du Pont-Euxin , d'où 
ils portèrent leurs armes triomphantes dans 
le fond de l'Afie où plufieurs fe fixèrent fur 
les bords du Gange. Ceux qui prétendent 
qu'ils étoient fortis du Turqueftan , fe fon- 
dent fur une ville de cette province nom- 
mée Alan , d'où ils empruntèrent leur nom. 
Ptolomée le dérive du mot Alin, qui figni- 
fie montagne , parce qu'en effet ils habitoient 
dans des montagnes , avant de pafTer au 
midi , où ils s'établirent dans les plaines 
qui font ficuées au nord de la CircalFie & 
de Derbent. Quoique les auteurs leur don- 
nent des habitations différentes , aucun n'eft 
dans l'erreur, parce que ce peuple Nomade 
fe fixa tantôt dans une région & tantôt dans 
une autre ; ainfi ils ne fe trompent que fur 
le temps , & non fur les faits. 

Vers l'an foixante &: treize de Jefus- 
Chrift , ils formèrent une alliance avec le 
roi d'Hircanie , qui leur facilita le paffage 
du détroit de Derbent pour exercer leurs 
brigandages dans la Médie : Paco , roi des 
Partbes , ne fe crut point aftez puiffant 
pour oppofer une digue à ce torrent , qui 
fe répandit dans les plus belles provinces de 
l'Afie. Ils y fondèrent quelques ctablilfe- 
mens & revinrent chargés d'un riche butin. 
Quarante ans après cette expédition , ils 
en tentèrent une nouvelle fous le règne 
d'Adrien , mais ils en furent chaftés par 
Arrien. Après avoir eiTuyé ce revers , ils 
tournèrent leurs armes contre l'Occident. 



A L A 
Gordien alarmé de cette irruption , marcha 
conrr'eux avec une puifîànte armée , qui 
fut taillée en pièces par ces barbares , dans 
les campagnes de Philippe en Macédoine. 
Après cette viftoire , ils s'établirent fur la 
rive gauche du Danube , qui venoit d'être 
abandonnée volontairement par les Goths , 
attirés vers l'Italie pour s'y approprier quel- 
ques débris de l'empire romain , menacé 
d'une prompte décadence. 

Après la défaite de Gordien , les Alains , 
fes vainqueurs , devinrentfi redoutables , que 
des bords du Dar.ube ils ébranlèrent les 
provinces de l'empire les plus éloignées ; un 
grand nombre de peuples fournis par leurs 
armes , d'autres qui craignoient de l'être , fe 
rangèrent fous leurs enfeignes , ou comme 
fujets ou comme alliés. On comptoit parmi 
ces nations les Neuri, lesVidini , les Gelons, 
les Agathyrfes, & plusieurs autres plus obf- 
cures. Alors la domination des ^/j/'/îj s'éten- 
dit depuis les plaines de la Sarmatie & les 
Palus Méotides , jufqu'aux montagnes de 
l'Inde & des fources du Gange ; & tous 
les peuples compris dans cette vaile étendue , 
furent défignés par le nom £-Alains. C'étoit 
peut-être moins parce qu'ils obéidôient au 
même mairie que par la conformité de leurs 
mœurs & de leurs ufages qu'on leur donnoit 
la même dénomination, hcs AUins , Noma- 
des , comme les autres Scythes ou Tartares , 
n'avoient d'autres m.iifons que leurs tentes ëc 
leurs chariots qu'ils tranlpoitoicntavecli-urs 
troupeaux dans les lieux les plus abondans en 
pâturages; leur bétail étoit leur unique ri- 
cheflè , ils en mangeoient la chair & en bu- 
voient le lait. Tandis que les femmes , les 
enfans & les vieillards etoient fédentaires 
fous des tentes , la jeunelle qui n'avoic d'autre 
occupation que la guerre , portoit les ravages 
chez fes voifins , & revenoit chargée de 
leurs dépouilles. L'éducation fe bornoit à 
apprendre à tirer de l'arc & à monter un 
cheval. Lavieillede inutile était une efpece 
d'opprobre ; celui qui mouroit les armes ù 
la main paroilToit digne d'envie. La gloire 
du guerrier étoit de revenir du conibat , 
après avoir coupé la tète d'un ennemi , dont 
il enlevoit la chevelure pour en faire un 
ornement à fon cheval \ c'étoit un monument 
de gloire de n'avoir d'autre vafe pour boire 
que le crâne de fon ennemi. La religion de 



ces barbares n'étoit qu'une fuperffition 
extravagante. Ils plantoient en terre un fabre 
nud , auquel ils rendoienc des honneurs 
divins : c'étoit avec des baguettes qu'ils pre- 
tendoient découvrir les événemens futurs , 
efpece de fuperflition qui fe trouve établie 
univeifellement chez les peuples éclairés & 
barbares. V. DlV IN ATIOI^ , Diction, rai f. 
des Sciences , Arts tfj Métiers. Ammien 
Marcellin prétend que de tous les Scythes, 
ce furent les Alains qui furent les plus 
humains & les plus civilifés. Ils refpedoienc 
le droit des nations & la foi des traités. Con- 
quérans , fans être deftruâeurs , ils cher- 
choient à fertilifer les contrées dont ils fe 
rendoient les maîtres. Leur taille étoit haute 
& régulière, ils étoient extrêmement légers 
à la courfe ; ils n'avoient point ce regard 
farouche qui diftinguoit les Huns , avec 
lefquels on les confond quelquefois ; ce por- 
trait paroît d'autant plus conforme à la 
vérité, que les CircaHlens qui en defcen- 
dent, font encore aujourd'hui célèbres par 
la régularité de leurs traits , & que c'eft 
parmi leurs femmes que les monarques ada- 
tiques cherchent les objets de leur amour. 

Quoiqu'on confonde ordinairement les 
Huns avec les Alains , parce qu'ils habitoienc 
le même pays , il paroît qu'ils formoient: 
deux peuples diiîe're.ns. L'hiftoire rapporte 
que les Huns Bafchkires firent une irruption 
dans la Sarmatie Ahatique où ils trouvèrent 
les Alains établis. Ces barbares , jaloux des 
profpérités des anciens poflefTeurs , entre- 
prirent de les dépouiller de leurs terres. Ils 
y entrèrent le fer & la flamme à la main , 
& ils laifferent par-tout de triftes veftiges 
de leur valeur brutale. Ils firent un grand 
carnage des Alains , dont les uns fe réfu- 
gièrent dans les montagnes de Circadie , 
où leur pollérité eft encore aujourd'hui 
établie ; d'autres fe fixèrent fur les bords du 
Danube , où s'étant unis aux Sueves & aux 
Vandales, ils ravagèrent enfemble la Ger- 
manie , la Belgique & les Gaules. Ils auroient 
pouflé plus loin leurs brigandages , mais 
ils ne purent franchir les monts Pyrénées , 
& ils parurent fe fixer au pié de ces mon~ 
tagnes , d'où ils portèrent les ravages & les 
tempêtes dans les villes & les provinces 
voifines. Pluheurs Alains fedétrcherentde 
l'alliance commune pour s'établir dans les 

A z 



4 A L A 

Gaules , & fur-tout dans la Normandie & 
la Bretagne, où leurs defcendans ont hérité 
de leurs inclinations guerrières , & non de 
leur férocité. 

L'an 409 , les troupes chargées de veiller 
à la garde du paflàge des Pyrénées, arborè- 
rent l'étendard de la rébellion. Utace , roi 
des ^/jz>7j, profita des circonftances pour 
entrer dans l'Efpagne avec les Sueves & les 
Vandales , qui partagèrent entr'eux ces 
riches provinces. La Galice & la Bétique 
échurent aux Sueves & aux Vandales. La 
Lufitanie & la province de Cartagene furent 
réduites fous l'obéiffance des Alains. Un 
fpedacle bien furprenant , c'eft de voir un 
peuple forti de la Sibérie, traverfer une fi vafte 
étendue de pays , fe fixer fur les bords de la 
Méditerranée & de l'Océan , c'eft-à-dire , 
dans des climats différens de ceux qu'il avoit 
habités. Les peuples modernes , auffi coura- 
geux, ne pourroient réfiller à tan t de fatigues. 

Utace , maître paifible du Portugal , pou- 
voir jouir fans inquiétude du fruit de fa con- 
quête ; mais dévoré d'ambition , il s'y trouva 
trop relîèrré , il fuccomba à la tentation 
d'affervir ceux même qui l'avoient aidé à 
vaincre : les Sueves & les Vandales atta- 
qués par une allié perfide , fe fortifièrent 
de l'alliance d'Honorius, qui aima mieux 
les fecourir que de les avoir pour ennemis. 
L'ambitietix Utace fut vaincu dan's un com- 
bat où il perdit la vie : les débris de fon 
armée fe réfugièrent dans la Galice où ils fe 
fournirent aux loix que le vainqueur daigna 
leur prefcrire. Ceux des Alains qui n'avoient 
point pris les armes , fe rangèrent volontaire- 
ment fous la domination des Sueves. Un 
peuple qui n'avoit d'autre métier que la 
guerre, & qui ne formoit plus de corps de 
nation , étoit forcé de trafiquer fon fang avec 
l'étranger qui confentoità l'allocier à fa fortu- 
ne : sinfi, ils fe rangeoient fous les drapeaux 
de ceux qu'ils croyoient affez puilfans pour 
s'enrichir par le pillage. C'eft en qualité de 
mercenaires qu'on les voit combattre dans 
l'aimte de Radagaife contre Stilicon: ce fut 
encore fous ce titre qu'ils formèrent le centre 
de l'armée, à la bataille de Châlons , contre 
Attila qui fit la funefte expérience de leur 
valeur; quoiqu'ils n'euflent plus de roi de 
leur nation, ils combattoienr tous fous le 
même drapeau. Ce fut ainfi qu'après avcir 



A L A 

été les fléaux de l'empire , ils en devinrent 
les défenfeurs. Ils combattirent avec d'autant 
plus d'opiniâtreté contre Attila, qu'ils con- 
fervoient une haine invincible contre les 
Huns qui avoient chaflé leurs ancêtres de 
leurs pofîbffions. Dans toutes les caufes qu'ils 
embralTerent , ils combattiient avec plus de 
gloire que de fruit , & jamais ils ne purent 
réuffir à former un corps de nation. Sem- 
blables aux Suiffes, ils étoient vainqueurs 
fans être conquérans. Quand la terre eut pris 
une cunflitution nouvelle , & que de nou- 
veaux empires fe furent formés des débris 
de celui des Romains, les ^/a/>2j aidèrent 
à fe donner des maîtres , & prirent les 
noms des nations où ils trouvèrent des éta- 
blifîèmens. On a fouvent donné leur nom 
aux Maffagetes, aux Huns, & aux autres bri- 
gands fortis du Pont - Euxin ; quoiqu'on 
remarquât entre les Alains & ces barbares 
la même différence qu'on trouve aujourd'liui 
entre les Tartares Calmoucs & ceux de la 
Crimée. Les Alains , dans le temps de leur 
fplendeur , avoient donné leur nom à leurs 
alliés & à leurs tributaires: dans leur déca- 
dence , ils furent compris fous le nom de 
ceux qui les foudoyoient, ou qui les avoient 
fournis ; c'eft une obfervation qu'on doit 
faire en lifant l'hiftoire de toutes les nations 
Nomades. Tel avoit été autrefois le deftin 
des Medes, qui prirent le nom de Pcrfes , 
quand ils eurent été fubjugués par Cyrus, 
fouverain d'une province de ce nom. Les 
Perfes, à leur tour, furent connus fous le 
nom de Par'tkes , lorfqu'ils paflerent fous la 
domination d'Arface, roi de la Parthie, pe- 
tite province qui donna fon nom à un des 
plus vafîes empires de l'Orient. ( T-N.) 

ALA JOR ou Alcior , ( Géogr. ) petite 
ville de Pille Minorque , fituée prefque au 
milieu de lifte au nord - oueft du Port- 
Mahon , & à l'eft de la Citadella. Elle a 
un dift;i£t aftèz confidérable. Long, iz, 10 j 
/ar. 39,î5.(C. ^.) 

§ ALAiS , {Géogr.) ville de France dans 
les Ctvennes, au diocefe de Nifmes, pro- 
vince de Languedoc, fur une branche du 
Gardon, auprès d'une belle prairie. Elle fe 
nomme Alefia dans les commentaires de 
Jules Céfar , liv. VIL Cette ville eft la capi- 
tale d'une ancienne feigneurie érigée en 
comté, & poffédée par Charles de Valois, 



A L A 

fils naturel de Charles IX. Elle efl: devenue 
^pifcopale depuis la révocation de l'cdit de 
Nantes, & fon évéque eft fuffragant de celui 
de Narbonne. Louis XIV y fit bâtir en 1689 
une citadelle, où l'on enferma ceux des ré- 
formés qui n'avoient aucune difpofition à fe 
ccnvertir.Quoiqu'elle ne foit pas fort glande, 
elle ne laifle pas d'être peuplée , & de faire 
im commerce confidérable de foie crue «Se 
fabriquée. El!e efr à 14 lieues N. de Mont- 
pellier, & 140 S. E. de Paris. Long. 21, 32; 
ht. 44 , 8. (C. A.) _ 

A LAIS, oifeau de proie qui vient d'Orient 
ou du Pérou. On en entretient dans la fau- 
connerie du roi. Oï\ les appelle auffi al/thes. 
ALAISE ou ALESE, t f. linges dont on 
fe fert pour envelopper un malade. Ualaife 
efl fa^te d'un feul lé , de peur que la dureté 
d'une couture ne blefTe. hesalaifes font fur- 
tout d'ufage dans les couches, ou autres in- 
difpofitions où il faut réchauffer le malade , 
ou garantir le matelas fur lequel il efl couché. 
ALALCOMENE , {Geogr.) petite ville 
de Béotie , ainfi nommée , à caufe d'Alal- 
coménie qui fut la nourrice de Minerve. 
Cette déeil'e avoit en ce lieu un temple & 
im funulacre d'ivoire extrêmement refpeftés 
des peuples ; ce qui empêcha que cette ville, 
quoique facile à emporter , ne fût jamais 
facccgée , fuivant ce que nous dit Strabon. 
Paufanias affure que la flatue de Minerve 
en fut enlevée par Sylla , & que , depuis ce 
temps-là, le temple & la villefurent déferts 
& tombèrent en ruines. Les géographes 
anciens & modernes ne nous ont rien dit de 
plus pofitif fur cette ville; & il y a appa- 
rence qu'on n'en a plus aucune trace. {C.A.) 
AL A MAC , ALAMAK ou AMAK , 
{AJlron.) nom que les Arabes ont donné à 
une étoile de la féconde grandeur, qui efl 
dans le pied auflral d'Andromède ; elle efl: 
appellée y , dans les cartes célefles de Bayer 
& de Flamfleed , ainfi que dans nos cata- 
logues d'étoiles. {M. DE LA Lan DE ^ 

ALAMATOU , f. m. prune de Tiile de 
Madagafcar. On en diflinguededeux fortes, 
l'une a le goût de nos prunes. Toutes deux 
ont des pépins : mais celle qu'on nomme 
alamitou ijfaie , & qui a le goût de la figue , 
efl un aliment dont l'excès pafTe pour 
dangereux. 
ALAMBIC ou ALEMBIC , f. m, [Chj- 



A L A ^ î 

mie.) c'efl un vaiflèau qui fert à diftiller, & 
qui conlil^e en un matras ou une cucurbite 
garnie d'un chapiteau prefque rond ; lequel 
efl terminé par un rayon oblique , par où 
pafTent les vapeurs condenfées & qui font 
reçues dans une bouteille ou matras , qu'on 
y a ajuiié & qui fe nomme alors récipient, 
P^ojei Distillation. 

On entend comm-unément par alambic , 
l'inflrument entier qui fert pour la diftilla- 
tion, avec tout ce qui en dépend; mais 
dans le fens propre , ce n'efl qu'un vaifîeau 
qui efl ordinairement de cuivre , auquel efl 
adapté & exafîement joint un chapiteau 
concave, rond, & de même métal, fervant 
à arrêter les vapeurs qui s'élèvent, & à les 
conduire dans fbn bec. 

La chaleur du feu élevant les parties vola- 
tiles de la matière qui efl au fond du vaif- 
feau , elles font reçues dans le chapiteau , 
& y font condenfées par la froideur de l'air, 
ou par le moyen de l'eau qu'on applique 
extérieurement. Ces vapeurs deviennentainfl 
une liqueur qui coule par le bec de Wilambic , 
&: tombe dans un autre vailléau appelle 
récipient. Voye\ RÉCIPIENT. 

Le chapiteau de Y alambic efl quelquefois 
environné d'un vaifTeau plein d'eau froide , 
& qu'on nom.me un léjrigeient , quoique 
dans cette vue on fe ferve aujourd'hui plus 
communément d'un ferpentin. Voye\ RÉ- 
FRIGÈRENT, Serpentin, ê-c. 

Il y a différentes fortes â' alambics i il y 
en a un où le chapiteau & le matras en 
cucurbite font deux pièces féparées ; & un 
autre où le chapiteau eit joint hermétique- 
ment à la cucurbite , fi'c-. Voye?^ CUCUR- 
BITE, Matras, Récipient. {M) 

* Voye;[ Flanche LLIde Cnymie,fig. i , un 
alambic de verre , compofé d'un matras A 
& d'un chapiteau B. Fig. i , un alambic de 
verre , compofé d'une cucurbite A , d'un 
chapiteau tubulé B , C tube du chapiteau , 
D bouchon du tube. Fig. 3 , un alambic de 
métal ; d la cucurbite ; e le chapiteau avec 
fon réfrigèrent ; / le récipient. Figure 4 , 
alambics au bain-m.arie , où fe font en même 
temps plufieurs difiillations ; / petit fourneau 
de fer ; / bain-miarie ; m ouverture par 
laquelle on met de l'eau dans le bain-marie 
à mefure qu'elle s'y confume ; n n n chapi- 
teaux desjAz'«è/cj-, çoo i- écip'iens, F gi, 5 j^ 



6 A L A 

alanihlc au bain de fable ou de cendre ; a 
porte du cendr ei-; b porte du foyer; c cap- 
fule de la cucui bite ; d le fable ; e chapiteau 
de V alambic. 

A LA MI RE. {Mufique.) F". A mi la. 

A LA MORT , Chiens, l^cri de clujfe.) 
on parle ainfi à un chien lorfque le cerf eilpris. 

ALAMPY ou Lay , {Géogr.) ville d'A- 
frique fur la côte d'Or, à l'ell: du grand 
Ningo , & à quatre lieues de la grande 
montagne de Redundo , qui fe préfente en 
forme de pain de fucre au nord-nord-oueft. 
Cette ville eft fitute fur le penchant d'une 
montagne qui regarde le nord. La côte aux 
environs eft borde'e de collines afiez hautes, 
dont piuliours font ornées de palmiers. Les 
habitans font doux & civilifés, mais timides 
& défians. Leur plus grand commerce eft 
celui des efclaves , que les Nègres d'Akin 
y amènent. Le mouillage de la rade eft fort 
bon. Long. 15 ; lat. 5. (C A.) 

ALAN , f. m. en Vénerie , c'eft un gros 
chien de l'efpece des dogues. 

* Alan , {Ge'og.) ville de Perfe dans la 
province d'Alan dans le Turqueftan. 

§ ALAND , {Géogr.) iile de la mer Bal- 
tique , entre la Suéde & la Finlande. Elle 
peut avoir 30 à 40 lieues de circuit; & quoi- 
qu'elle s'étende au delà du foixante- unième 
degré de latitude feprentrionale, il eft rare 
qu'elle ne produife pas alfez de gr in chaque 
année pour nourrir fes habitans. Elle a des 
pâturages abondans , qui lui fourniflent le 
moyen de faire un gros commerce de beurre 
& de fromage. On y trouve de belles forets , 
dont on exporte beaucoup de bois & de 
charbons ; & des carrières de pierres cal- 
caires, dont on tire grand parti. Elle eft 
environnée de rocs 6c de bas-fonds qui en 
rendent l'abord très- dangereux. Cette iile 
ne fut réunie à la Finlande qu'en 1634. ; 
auparavant elle avoit un gouverneur parti- 
culier. On croit même qu il fut un temps où 
formant elle feule un état féparé, elle avoit 
des rois ou princes indéoendans. (C. A.) 

§ ALANCUERoa Âlanquer, {Ge'og.) 
ville de Portug.l dans l'Eftramadure , au 
nord & à fept lieues de Lisbonne , & au 
fud-oueft de Santaren. Elle fut fondée, à 
ce que l'on croit , en 409 , par les Alains , 
çjui lui donnèrent le nom d'Alanker-Cana. 
On y cpmpte aujourd'hui environ deux mille 



A L A 
âmes. On y voit cinq églifes paroifTîales, trois 
monaftcres, une maifon de la miféricorde 
& un hôpital. C eft I2 chet-lieu des domaines 
de la reme. (C. A.) 

ALANIER, f. m. {Jurif prudence) dans 
quelques anciennes coutumes , eft le nom 
qu'on donnoit à des gens qui formoient & 
élevoient pour la chaffe des dogues venus 
d'i fpagne , qu'on nommoit aluns. {H) 

ALAPA , {Geogr.) montagnes de Sibérie 
dans la Ruftie Aliatique. Elles s'étendent 
depuis le lac de Jaickaia jufqu'aux confins de 
la Bafchkirie. On y exploite avec fuccès des 
mines de cuivre très-riches. {C. A.) 

* ALAQUE , f. f. Vojei Plinthe ou 
Orlet. 

* ALAQUECA, pierre qui fe trouve à 
Balagateaux Indes , en petits fragmens polis , 
auxquels on attribue la vertu d'arrêter le 
fang , quand ils font appliqués extérieure- 
ment. 

* ALAR , {Géogr.) rivière de Perfe qui 
fe jette dars la mer Cafpienne. 

* ALARBES , c'eft , félon Marmcl , le 
nom qu'on donne aux Arabes voleurs établis 
en Barbarie. 

ALARCOT , {Géogr.) petite ville d'Ef- 
pagne dans la partie occidentale de la nou- 
velle Caftille. Elle eft fituée au pied des 
montagnes, fur la rivière de Xucar. On la 
croit fort ancienne. En 1 178 , fous le règne 
des Maures , elle fut totalement ruinée. Aî- 
phonfe IX la rétablit quelques années après , 
& aujourd'hui elle eft aftez confidérable , & 
peut palfer pour une jolie petite ville. Long. 
15, 4î; lat. 39, 40. (C.^.) 

ALARES, f. m. {Hijt.anc.) félon quel- 
ques anciens auteurs, étoient une efpece de 
milice chez les Romains ; ainfi appeîlée du 
mot latin ala , à caufe de leur agilité & de 
leur légèreté dans les combats. 

Quelques-uns veulent que c'ait été un 
peuple dePannonie: mais d'autres, avec plus 
d'apparence de raifon , ne prennent alares 
que pour un adjedif ou une épithete qu'on 
donnoit à la cavalerie, parce qu'elle étoit 
toujours placée aux deux aîles de l'armée; 
raifon pour laquelle on appelloit un corps 
de cavalerie ala. Vojei Aile,CavaleriEj 
&c. {G) 

Mujcles AlaiRFS, mufculi Alares y 
en Anatoraie. Voye\ Ptérygoïde. 



A L A 

ALARGUER , v. n. terme de Marine , 
qui fignifîe s^éloigner d'une côte où Von 
crai.t iT échouer ou de demeurer affilié ; 
mais il ne fignifie pas avancer en mer & 
prendre le large en forçant d'un port. La 
chaloupe s'ejî alarguée du navire. (Z) 

ALARIC I, {Hijl. des Vifigoths.) juge 
foiiveiain ou roi des Vifigoths , ttoit de la 
famille des Baltes , la plus illuftre parmi 
les nations Gothes après celle des Amales. 
L'hiîloire commence à faire mention de ce 
prince vers l'an 395. Il étoit alors en alliance 
avec The'odûfe le Grand , qui s'en fervit 
lîtilement dans plulieurs guerres. Il lui dut 
en partie cette tameufe vidoire quimitàfes 
pieds Eugène le tyran. Les fervices à'y^laric 
lui méritèrent l'ellime des Romains ; & ils 
en auroient tiré de bien plus grands fecours , 
fans les troubles qu'occalionna la rivalité de 
Rufin & de Stilicon , minières d'Honorius 
& d'Arcadius , fils & fuccedeurs de Théo- 
dofe le Grand. L'ambitieux Rufin , peu 
content de préfider dans les confeils d'Arca- 
dius en qualité de régent , brigua l'honneur 
d'avoir ce prince pour gendre. Humilié d'un 
refus , il prétendit s'en venger , & invita les 
Barbares à piller la Grèce. Alaric , charmé 
de trouver cette occafion pour latisfaire la 
cupidité de fon peuple , ne manqua pas d'en 
profiter. Le proconful Antiochus , gagné 
par le perfide miniftre, ne lui ayant oppcfé 
aucun obftacle, il pénétra jufqu'au détroit 
des Thermopilcs. Le roi des Vifigoths alloit 
porter plus loin fes fuccès ou plutôt fcs 
ravages , lorfque Stilicon , ennen-.i fecret de 
Rufin , trouva le moyen de le rappeller fur 
les bords du Danube. Il y refta pendant deux 
ans , fans y caufer de grands troubles; mais 
après cette époque (401 , ) il fit une irrup- 
tion fur les provinces d'occident. Les hifio- 
riens ont négligé de nous apprendre la caufe 
de fon mécontentement : peut-être avoir-on 
manqué à lui faire les préfens auxquels les 
prédécefîeurs d'Honorius avoient accoutumé 
les nations b:irbares. Stilicon raîîemblaaufu- 
tôt toutes les troupes de l'empire, & marcha 
avec la plus grande célérité à l'endroit où le 
danger étoit le plus imminent. Les deux 
armées !e rencontrèrent près de Quierrafque. 
Le ciioc lut rude des deux côtés, mais il dura 
peu. On prétend que Stilicon ménagea le roi 
barbare pour s'en faire un appui contre 



A L A ^ , 7 
Honorius , qu'il avoit delfein de précipiter 
du trône pour y mettre Eucher, fon fils. Il 
eut en fa puifTance la fem;me & les cnfans 
à' Alaric , qui , pour les délivrer , fit un traité 
par lequel il s'obligeoit à fe retirer en Epire , 
pourvu cependant qu'on lui donnât quatre 
mille livres pefant d'or. Le roi des Gothsfe 
montra fidèle à fa parole, & fortit aulli-tôt 
de l'Italie; mais les Romains feignirent d'ou- 
blier leurs obligations , pour fe difpenferde 
les remplir. Le roi des Vifigoths attendit 
dans le calme & dans le filence , mais tou- 
jours inutilement, les quatre mille livres d'or 
promifes par Stilicon. Ilentretenoitfesfujets 
dans une paix fi profonde, que l'on n'enten- 
doit non plus parler de lui , que s'il eût été 
mort. Le bruit s'en répandit même dans 
j'empire , lorfque tout-à-ccup il parut aux 
portes de l'Italie. Avant de traiter les Ro- 
mains en ennemis , il envoya des députés au 
fénat, demander les fommes qu'on lui avoit 
accordées pour féjourner en Epire. Comme 
il fallut lever de nouveaux impôts, on fit 
murmurer le peuple, qui commençoit à fe 
fatiguer de fe voir tributaire des Barbares. 
Le fénat, voyant l'impoflibilité de réfilicr à 
cette formidable pui'fance , appaifa les cla- 
meurs avec les quatre mille livres d'or. On 
lui donna la polleiïion de l'Aquitaine. Cette 
dernière concelfion marquoir plus d'intérêt 
que de générofité. Les Romains marchoient 
à grands pas vers leur décadence. Un foldat 
(Conllantin dit le Tyran, ) après aroir pris 
la pourpre dans la grande Bretagne , avoit 
envahi les Gaules, dont l'Aquitaine faifoit 
partie. Alaric étoit le feul qui pût lui faire 
abandonner fa conquête: cependant ce traité 
refla fans exécution. Honorius n'ayant pas 
jugé à propos de le ratifier , fit charger les 
Viligoths, comme ils fe difpofoientàpafTer 
les Alpes. Alaric eflbya une perte aflez ccn- 
lidérable ; fon armée ayant mieux aimé fe 
faire mettre en pièces , que de combattre le 
dimanche de pâques, jour auquel on rap- 
porte cette perfidie. Il revint fur fes pas, à 
deffein d'en tirer vengeance. Arrivé fur les 
bords du Pô , il y apprit la mort de Stilicon. 
Il envoya des députés à Honorius, 6: feignit 
d'ignorer qu'il trcmpoit dans 1 1 perfidie dont 
on avoit ufé à fon égard. Il lui demandoit des 
afîurances du traité que l'on avoit conclu 
aveclui. L'exrspereur , oubliant i quel peuple 



8 AL A 

il avoit affaire , lui répondit qu'il ne lui avoit 
rien accordé, & que c'ecoic en vain qu'on 
exigeoic la ratificacion des promelles qu'on 
pouvoic lui avoir faites. Alaric , fur de tcut 
obtenir par la voie des armes , continue fa 
marche; il fe rend maître des deux rives du 
Tibre , & réduit Rome à l'extrêinité. Le 
fénat , tremblant & confierné , lui envoya 
des ambaliàdeurs , qu'il refufa d'entendre : 
il leur dit qu'il fentoit en lui quelque chofe 
qui l'excitoic à mettre Rome en cendres. I! 
confentit cepend nt à s'en éloigner , mais à 
cette pc'nible condition , qu'on lui livreroit 
tout l'or & tous les meubles précieux qui fe 
trouvoient dans la ville : & lorfqu'un des am- 
bafladeurs lui demanda ce qu'il prétendoit 
laifler aux habitans ; je leur laijje la fie , 
répondit-il. 11 ne tenoit efFeftivement qu'à 
lui de les en priver. Les Romains , oubliant 
cette antique fierté qui affeftoit des hommes 
qui fe difoient les maîtres du monde , fe 
jetèrent à fes pieds , &: defcendant aux plus 
lâches foumiifions, ils l'engagèrent à dimi- 
nuer la. rigueur de cette demande. Alaric , 
vaincu par leurs larmes , leur donna la paix ; 
& lorfqu'il pouvoit tout exiger , il fe con- 
tenta de fix mille livres pefant d'or,de quatre 
mille robes de foie, & de trois mille tapis 
de pourpre. Dès qu'il eut ligné ce traité, il 
leva le fiege , & reprit le chemin de fes états ; 
mais , quoique l'hiver fiit proche , il ne crut 
pas devoir pafTer les Alpes avant d'avoir reçu 
les fonnnes qu'il avoit exigées. Honorius , 
prince qui , comme le dit Montefqaieu , 
ne favoit faire ni la paix ni la guerre , fit 
d'exprefiès défenfes de rien exécuter. Les 
Romains tenoient encore à leurs anciennes 
maximes : dans les temps de la république , 
lorfque les généraux fe trouvoient dans des 
conjonctures embarraffantes , ils faifcient la 
paix ; & lorfque les conditions en étolent 
humiliantes , le fénat en étoit quitte pour 
cafTer le traité , & en dégrader les auteurs. 
Ce droit de ratification avoit pafle aux em- 
pereurs; mais pour en ufer impunément , il 
falloit être le plus fort, & Honorius ne l'étoit 
pas. Alaric , qui fe gouvernoit par d'autres 
principes , revint une lecotide fois devant 
Rom.e , & la bloqua de toutes parts, La 
ville aiTiégée fût réduite à une extrémité fi 
triîie , que les habitans ne vivoient que de 
îa chair des cadavres infeâs. Ne pouvant 



A L A ^ 
réfifter à tant d'horreurs , ils viennent dans 
la douleur & l'abattement implorer une pitié 
dont leur infidélité les rendoit indignes. 
Alaric , toujours modéré dans la vidoire , 
leur fit grâce ; mais aux premières condi- 
tions , il en ajouta d'autres : il exigea un 
tribut annuel , & demanda de plus qu'on lui 
abandonnât la Norique , la Vénécie & la 
Dalmatie; enfuite, pour montrer aux Ro- 
mains fon mépris, il leur donna pour maître 
le piéfet Attale, q\)'i! fit empereur, de la 
(eule autorité. On s'étonne de cequ'^/jnV, 
maître du fceptre des Romains , ne l'ait pas 
réfervé pour lui-mém.e.Mais tel étoit l'orgueil 
des rois du Nord ; fatisfaits d'ébranler ou 
d afFermir à leur gré le trône des empereurs, 
ils dédaignoient de s'y aifeoir. Le roi des 
Vifigoths, après avoir ainfi humilié l'orgueil 
romain , fit fes préparatifs pour alîiéger Ra- 
venne , où Honorius fe tenoit honteufement 
caché. L'empereur Attale,qu'il ne diiHnguoit 
pas de fes fujets, eut ordre de le fuivre à cette 
conquête. Les affaires d'Honorius ne pou- 
voient être dans un état plus trifte : les Bar- 
bares de Germanie fondoient à l'envi fur fes 
malheureux états : fa domination étoit pref- 
que éteinte dans les Gaules & en Efpagne. 
Convaincu de l'impolfibilité de continuer la 
guerre, il envoya des ambafTadeurs à Attale, 
lui propofer la moitié de fes états pour gage 
de la paix qu'il follicitoit. Cette propofition 
ne devoit pas être dédaignée par Attale : 
mais il fe comporta avec tant d'imprudence , 
que le roi des Goths pour l'en punir , lui fit 
rendre le fceptre , & le chafla en préfence 
de VzïméQ.Alaric délibéra enfuite s'il devoit 
accorder la paix à Honorius. Son confeil y 
paroifîbit difpofé; mais les Huns, alliés des 
Romains , ayant chargé un détachement de 
Vifigoths , il prit cet ade d'hoftilité pour 
une nouvelle perfidie d'Honorius, & rejeta 
tout accommodement : il marcha aulîi-tôt 
vers Rome , qui , pour cette fois , fut obligée 
de le recevoir dans fes murs. On le loue 
beaucoup de fa modération. Il eft vrai que 
fes foldats n'y commirent que les défordres 
qu'il ne put empêcher. Quoique les Arriens, 
dont il fuivoit les erreurs , fufTent depuis 
long - temps expofés à la perfécution des 
orthodoxes , il ne crut pas devoir ufer de 
repréfailles : il ordonna de refpeéter les 
églifes , & défendit, fous les peines les plu-s 

ligoureufes , 



A L A 

rîgoureufes , de faire aucun outrage à ceux 
qui s'étoienc réfugie's dans ces afyles facrés. 11 
y fit reporter des vafes d'or que la cupidité 
dufoldat avoit enlevés. Il ne refta que trois 
jours dans Rome: il en fortit pour aller faire 
la conquête de la Sicile & de l'Afrique ; 
mais une tempête ayant brifé une partie de 
fes vailTeaux , il mourut à Cofenfe. Ses offi- 
ciers craignant que le fouvenir des maux 
qu'il avoit fait en Italie , ne portât les peuples 
â s'en venger fur fon corps, lui creuferent 
un tombeau au milieu du fleuve Bazento , 
djnt ils détournèrent les eaux pendant la 
pompe funèbre. Sa mort fe rapporte à l'an 
4.10 de notre ère. Son portrait nous eft par- 
venu fort défiguré. On nous l'a repréfenté 
comme un prince avide de fang & fouillé de 
tous les meurtres ; mais fa conduite envers 
lesRomains eftaflez juftifiée par les perfides 
procédés d'Honorius. Ataulfe , fon beau- 
frere , luifuccéda , du confentementdes fei- 
gneurs de fa nation. V. Ataulfe. ( T-n.) 
A LARIC II , ro/ des Vijigoths. Dans tout 
autre fiecle Alaric eût été vtaifemblable- 
ment le fouverain le plus illuftre & le plus 
heureux de fon temps ; mais il eut pour con- 
temporain & pour rival Clovis , qui n'eut ni 
concurrent qui éclipsât fa gloire , ni ennemi 
qui pût balancer fes fuccès. Fils d'Euric ou 
Évaric , roi des Vifigoths , Alaric fuccéda , 
de l'aveu de fa nation , au trône de fon père , 
à la mort de ce dernier en 487 , & il ne prit 
les rênes du gouvernement que pour rendre 
fes peuples heureux. Plein de valeur , & 
dévoré du defir delà gloire , il eut lagéné- 
rofité de facrifier fes penchans à fon amour 
pour la juftice , & aux projets utiles qu'il 
forma pourla tranquillité publique. Descir- 
conftances imprévues l'obligèrent de pren- 
dre lesarmes.Clovis qui rempIifTbit l'Europe 
du bruit de fes conquêtes & de la terreur de 
fon nom , venoit de difperfer les légions- 
romaines , & leurgénéral Syagrius , échappé 
au carnage , avoit été chercher un afyle à la 
cour d'AIaric , où il eut l'imprudente crédu- 
lité de fe croire à l'abri de la colère du vain- 
queur : il fe trompa , Clovis plus inhumain 
dans le fcin de la victoire , quil ne l'étoit 
dans le feu des combats , envoya demander 
en maître , au roi des Viligoths , la tête du 
général vaincu. La puifl'ance de Clovis & la 
crainted'éprouverfavengeanceintimiderent 
Tome IL 



A L A 9 

Alaric ," il avoit accueilli Syagrius , & il eut 
la lâchecomplaifancedele livrer au roi des 
Francs , qui eut la barbarie de faire mourir 
le général Romain par la main du bourreau. 
Vainement pour excufer fa perfidie, Alaric 
allégua l'intérêt de fes peuples & la néceffité 
d'écarter de fon royaume l'orage qui le me- 
naçoit; il n'eft point deraifon d'état qui au- 
torife une aâion au/Ti déteftabie. C'eft à la 
vérité le feul crime que l'hiftoire reproche 
au roi des Viiigoths ; mais il éroit inexcu- 
fable , & bientôt Clovis lui-même , qui en 
avoit profité , prit foin de le punir & de 
venger Syagrius. Cependant Alaric oublia 
Syagrius dans les bras de Theudicode , fille 
naturelle de Théodoric , roi des Herules , 
qui confentit d'autant plus volontiers à l'al- 
liance du roi des Vifigoths , qu'il gouver- 
noit lui-même fes fujets avec la plus rare 
fageffe. Quelque temps après ce mariage , 
Alaric eut l'imprudence de prendre part à 
une querelle qui lui étoit étrangère , & qui 
eut pour lui les plus funefies fuites. Gonde- 
baud & Godefile unis par les liens de la fra- 
ternité , mais de différent caractère , & ani- 
més l'un contre l'autre d'une haine irrécon- 
ciliable , commandoient aux Bourguignons : 
le premier à Lyon , où il tenoit la cour , & 
le fécond à Genève, où il donnoit les ordres; 
il furvint entr'euxun fujet de difpute , que 
leur animofité mutuelle ne tarda point à 
irriter : animés du defir de fe venger , ils 
implorèrent l'un & l'autre le fecours de Clo- 
vis , qui fe déclara pour Godefile : Gonde- 
baud réclama la protedion du roi des Vili- 
goths, qui eut la foibleffe d'embraffer fa que- 
relle,fans réfléchir à la puiflànce de l'ennemi 
que cette démarche ne pouvoir manquer de 
lui fufciter : mais Gondebaud ne voulant 
point-commettre au fort des armes la déci- 
fion de la difpute , fit poignarder Ion frère , 
envahit fes états , qu'il réunit aux liens , & 
rechercha l'amitié de Clovis, qui , n'ayant 
pris qu'un foible intérêt à Godefile , fe 
réconcilia avec fon airaffin ; en forte que le 
roi des Vifigoths fe vit abandonné par le 
chef des Bourguignons , pour lequel il s'étoit 
expofé à l'inimitié du fouverain des Francs. 
Cet événement irrita la jalouhe qui exifloit 
déjà entre Clovis & Alaric, &c ils ne cher- 
chèrent l'un & l'autre que l'occafion de 
la faire éclater. Cependant l'Efpagne jouif- 

B 



lo A L A 

foit depuis plufieurs années d'un calme 
heureux, & les Vifigorhs eulfent été le peu- 
ple le plus fortuné de l'Europe , fi l'inquié- 
tude naturelle de leurcaradere leur eût per- 
mis de goûter les douceurs que leur procuroit 
la fagelï'.' de leur fouverain ; mais n'ayant 
point d'ennemis à combattre , ils fe déchi- 
roient eux-mêmes par des conteftations & 
des procès fur la propriété des biens. Alaric 
qui ne cherchoit que les moyens de rendre 
fa nation heureufe , engagea le célèbre 
Anian , le plus favant jurifconfulte de fon 
flecle , à raiîèmbler les loix du code Théo- 
doden , & à en faire un abrégé à l'ufage des 
Vifigochs. Anian répondit aux foins du fou- 
verain , & ce code fut publié dans la vue 
d'infpirer à fes fujets l'amour de la cbncorde. 
y^/jr/'c voulut juger lui-même leurs contefta- 
tions , & moins juge qu'arbitre , il termina 
parles plus équitables accommodemens une 
foule de procès. Pendant qu'il fe livroit à ces 
fondions vraiment royales , un fcélérat cou- 
vert de crimes, un nommé Pierre , homme 
féditieux, & d'autant plus à craindre qu'il 
avoir l'art d'irriter ou de calmera fon gré la 
populace, excita une ré vol te, fe mit à la tête 
des rebelles , s'empara de Saragofîè , & eut 
même d'abord quelqu'avantage (lir les trou- 
pes envoyées contre lui ; mais il fut pris & 
conduit aux pies ^Alaric, qui le fit brûler 
vif dans un taureau d'airain , fupplice jadis 
inventé par Phalaris, invention atroce digne 
d'être adoptée par des tyrans, qu'^/.zr/c n'eût 
pas dû recevoir, quelquestourmensque mé- 
ritent de fubir les féditieux.Cependant Pier- 
re n'étoit point le feul ennemi que le roi des 
Viligoths eût à craindre dans fes états. Il 
étoit Arrien zélé; mais attaché à la croyance, 
il ne perfécutoit perfonne , & toléroit tous 
les dogmes, toutes les opinions. Les évêques 
catholiques qu'il y avoir en Efpagneétoient 
fâchés d'être gouvernéspar un princeArrien. 
Clovis étoit récemment baptifé ; mais les 
eaux du baptême n'avoient éteint en lui 
ni l'ardeur des conquêtes , ni la foif du car- 
nage.Théodoric, roi d'Italie , offrit en vain 
fa médiation aux deux rois ; d'ailleurs , 
Clovis n'avoit pu pardonner à fon rival 
d'avoir jadis favoiifé la caufe de Gonde- 
baud , & la religion fut le prétexte qu'il faifit 
pour faire une irruption fur les terresdesViU- 
goths ; quelques traîtres gagnés par le clergé 



A L A 

lui ouvrirent les portes de Tours. Alaric y 
qui ne connoiflbit qu'une partie des mal- 
heurs qui le menaçoient, s'avança à la tétQ 
d'une nombreufe armée , réfolu de ne livrer 
bataille que quand les circonftances lui en 
afTureroient le fuccès ; mais malheureufe- 
ment il ne put contenir l'ardeur de fes fol- 
dats qui demandèrent à grands cris de com- 
battre. Les deux armées fe rapprochèrent 
dans la plaine de Vouglé, à trois lieues de 
Poitiers : on en vint bientôt aux mains ; la 
vidoire ne reftaque quelques momens incer- 
taine ; les Vifigoths furent défaits, & Alaric 
reçut la mort fur le champ de bataille , de 
la main de Clovis. Ainfi périt en 507 , après 
un règne glorieux d'environ vingt-trois an- 
nées , le fage Alaric , digne d'un plus heu- 
reux deftin. Il eft vrai qu'en livrant fon hôte 
Syagrius , il s'étoit rendu coupable d'un 
crime atroce ; mais ce fut la feule faute de fa 
vie, & dans ce temps de barbarie , à queî 
roi l'humanité n'avoit-elle qu'un crime à re- 
procher ? Il ne lailfa que deuxenfans , un 
fils , Amalaric , de Theudicode , fille de 
Théodoric, roi d'Italie ; & un fils, Gezalaïc, 
qu'il avoit eu d'une concubine , depuis fon 
mariage. ( L. C. ) 

Alaric ou AlrIC, {ffifl- de Suéde.) roi 
de Suéde. Il régnoit dans ces fiecles de bar- 
barie , où les rois du Nord n'étoient que des 
brigands occupés à fe dépouiller les uns les 
autres. Alaric ne fut pas plutôt monté furie 
trône , qu'il fongea à s'emparer de celui de 
Gelîilius , roi des Goths. Ce prince trouva 
un appui dans Frotton , roi de Danemarck , 
qui fit marcher à fon fecours Godellac & 
Eric. Gauto , fils à' Alaric , périt dans le pre- 
mier choc. Alaric voulut venger fon fils de 
fa propre main. Il appella Gcftillus en duel. 
Ce prince courbé fous le poids de l'âge , 
pouvoir à peine foulever fes armes. Maigre 
fa foibleffe, le magnanime vieillard vouloic 
combattre ; Eric , jeune , brave & géné- 
reux , s'oppofa à fon deffein , fe préfenta au 
rendez-vous , &: porta au roi de Suéde un 
coup mortel. ( M. de Sacy. ) 

_ Alaric II , {Hifl. de Suéde. ) fils d'Ag- 
nius, roi de Suéde , étoit né en 172 ; Ion 
frère Eric partagea avec lui le trône vacant 
parla mort de leur père en 192. Us ne 
régnèrent paslong-temps en paix ; une jalou- 
fie réciproque les dévoroit ; elle éclata bien- 



_ A L A , 

tôt ; des mauvais procédés ils pafTerent aux 
injures, & des injure'; aux coups. On rap- 
porte que s'ctant trouvés tous deux fans ar- 
mes au rendez-vous , ils débridèrent leurs 
chevaux , & s'alfommerent avec les cour- 
roies. ( M. DE Sacv. ) 

ALARME , f. f. ce mot vient de l'Italien 
al l'arme , aux armes. 

Pofie d'alarme eft un efpace de terrein 
que le quartier-meftre général ou maréchal 
général des logis afîigne à un régiment , 
pour y marcher en cas S alarme. 

Pofle d'alarme dans une garnifon , eft le 
lieu où chaque régiment a ordre de venir 
fe rendre dans des occafions ordinaires. 

Pièces d'alarme, c'eft ordinairement quel- 
ques pièces de canon placées à la tête du 
camp , & qui font toujours prêtes à être ti- 
rées au premier commandement , loit pour 
donner l'alarme aux troupes ou les rappeller 
du fourrage , en cas que l'ennemi fe mette en 
devoir d'avancer pour attaquer l'armée. (Ç) 

* ALARO, [Géogr.) rivière du royaume 
de Naples , dans la Calabre ultérieure , qui 
fort de l'Apennin , & fe jette dans la mer 
Ionienne. 

* ALASCHEHIR , ( Géogr. ) ville de la 
Natolie , dans la province Germian • quel- 
ques géographes la prennent pour l'ancien 
Hypfus , & d'autres pour Philadelphie. 

• * AL ASTOR , c'ell , félon Claudien , un 
des quatre chevaux qui tiroient le char de 
Pluton lorfqu'il enleva Proferpine. Le mê- 
me Poète nous apprend que les trois autres 
s'appelloient Ophneus,jEthon,&c Djcieus, 
noms qui marquent tous quelque chofe de 
fombre &c de funefte. On donne encore le 
nom d'ala/iork certains efprits qui ne cher- 
chent qu'à nuire, 

§ ALATERNE , Nerprun , {Botan.) 
en latin , alaternus rhamnus. 
Defcription. 
Cet arbufte porte de petites fleurs peu ap- 
parentes , raffemblées en forme de petites 
grappes , garnies feulement par leur extrémi- 
té. M. Duhamel femble ne pas admettre la 
réunion des trois différentes fortes de fleurs 
furie même individu; cependant, après une 
exade obfervation , nous nous fommes par- 
faitement afturés que le même alaterne porte 
des fleurs miles, femelles & hermaphrodites. 
Les fleurs mâles font compofées d'un 



A L A ir 

calice monopétal en forme d'entonnoir , 
découpé par les bords en cinq parties. Du 
bas des échancrures s'élèvent entre les feg- 
mens du calice cinq petits pétales qu'on ne 
diftingue aifément qu'avec une loupe (c'eft 
vraifemblablement leur extrême ténuité qui 
a fait croire à M. Tournefortque ces fleurs 
en étoient entièrement dépourvues) : à l'ori- 
gine de ces pétales naiflent dans l'intérieur 
du calice cinq étamines terminées par des 
fommets arrondis. 

Les fleurs femelles , au lieu d'étamines , 
ont un piftil compofé d'un embryon & 
de trois iîyles , furmontés par des fiigmates 
arrondis. 

On fait que les fleurs hermaphrodites 
réunifient les parties fexuelles des mâles ôc 
des femelles. 

Les feuilles font pofées alternativement 
fur les branches , ce qui fuffit pour diftinguer 
l'alaterne du philaria qui les a oppofées- 
Mais cette obfervation ne devient néccfîiùre 
que lorfqu'on ne peut voir ni le fruit ni la 
fleur de ces deux arbres, dont la différence 
empêche de le confondre. 

M. Linna:us a rangé les alaternes fous le 
genre des nerpruns. Le rapport qui fe trouve 
entre les parties de la frudification dans les 
uns & dans les autres a pu l'y déterminer. 
Efpeces & variétés de l'alaterne. 
I . Alaterne à feuille ovales , crénelées par 
les bords. 

Alaterne commun. Arbre 3. 
Alaternus joli i s ovatis ^marginibus cre- 
natis. 

The common alaternus. 
a. Variété de cette efpece à feuilles mar- 
brées de jaune. 

1. Alaterne à feuilles lancéolées profon- 
dément dentelées. Arbre 4. 

Alaternus joliis lanceolatis profundè 
ferratis. ' 

Cut leaved alaternus. 
/S Variété de cette efpece à feuilles bor- 
dées de blanc. 

y Variété de cette efpece à feuilles bor- 
dées de jaune. 

3. Alaterne à feuilles prefque cordiformes 
& dentelées. 

Alaterne à. feuilles de buis. Arbre 4. 
Alaternus joli i s fubcordatis ferratis. 
Alaternus jvithfmall heart-shapedleaves. 

B 2 



'^.Alaterne à feuilles ovales, lancéolées 
& non dentelées. Arbre 3. 

Alaternus foliis ointolanceolitis inte- 
gtrrirnis. 

Broad-ltaved alaternus. 

On a long-temps cultivé la troifîcme ef- 
pece en Angleterre, fous le nom de celaflrus 
oujlaff-tree, arbre à bâtons. Ses feuilles font 
plus éloignées entr elles que cel les des autres 
alaternes : ce qui fait paroître cet arbufle un 
peu nu. Il eft le moins tendre de tous , il a 
réfifté fans abri à des hivers affez rigoureux. 

Les alaternes marqués de chiffres arabes 
font de véritables efpeces , nous avons mar- 
qué les variétés avec des chiffres grecs. 

\J alaterne n'^ . 1 , & fa variété marbrée de 
jaune font un très-bel effet , mêlés enfemble 
en mallif dans les bofquets d'hiver. Cet 
arbufte eft d'un beau port, & bien garni de 
feuilles. Elles font d'un ver^l foncé, mais fort 
luifant. Leur deflous eft du plus beau verd- 
clair, mais pour peu qu'il foit ftappé du froid, 
il fe charge d'une rouille noirâtre qui en di- 
minue l'éclat. Le jeune bois eft couvert d'un 
épiderme poli d'un violet foncé. Les vieilles 
branches font noirâtres. La fleur petite & 
verte n'eft de nul effet. Le fruit noir des 
alaternes eft le feul ornement dont leur ver- 
dure foit décorée. Dans nos climats il mûrit 
en juillet ou en août. 

L'efpece n*^. 2 porte des feuilles oblongues 
reffemblantesauxteuilles de faule. Son jeune 
bois eft rougeâtre. Ses branches font plus 
menues , plus courtes , plus convergentes 
vers la tige que celles de Pefpece n". i : ce 
qui donne à cet arbufte un port pyramidal. 
Ses deux variétés à panaches font précieufes 
pour l'ornement des bofquets d'hiver ; mais 
elles font très-délicates, fur-tout celle pana- 
chée de blanc. Les panaches des feuilles , qui 
ferablent être une coquetterie de la nature , 
n'en font le plus fouvent qu'une déprava- 
tion; ainfi les jaunes fe rapprochant plus du 
verd font moins tendres , mais les blanches 
indiquant un changement total dans le tiffu 
cellulaire, rendent les feuilles fujettes à être 
gâtées ou du moins altérées ou enlaidies par 
la moindre intempérie de l'air. 

L'efpece n"^. 4 eft fort belle. La largeur 
de fes feuilles la rend très-précieufe à caufe 
du petit nombre d'arbres toujours verds à 
feuilles larges. Elle nous vient d'Efpagne ; 



A L A 
ainfi elle demande d'être bien abritée. La 
plupart des autres efpeces croiftent en Pro- 
vence & en Italie. 

I . Miller confeille de marcotter & de plan- 
ter cet arbre en automne. Il ne dit rien des 
abris qu'il convient de lui donner. Peut-être 
en Angleterre peut-il fepaft'erde couverture. 
Le climat des environs de Londres eft plus 
doux que celui de nos provinces feptentrio- 
nales. Les vents du nord & nord- eft y 
arrivent attiédis par les immenfes furfaces 
de mer où ils ont pafle ; peut-être auflî que 
la température de l'air dans cette iftemême 
étoit moins froide au temps que Miller don- 
noit fa dernière édition en 1763 , qu'elle ne 
l'eft à préfent.On faitque depuis lors il apara 
que notre globe ait fubi des altérations no- 
tables. Plufieurs hivers de fuiteaufli rigou- 
reux que deux ou trois dont une tradition 
orale nous avoit confcrvé la mémoire , & 
qui laifoient époque dans un fiecle ; la gelée, 
proportion gardée , plus forte dans le midi 
qu'au nord ; le vend du fud , qui jufques-là 
n'avoit foufflé que du feu , nous apportant 
déformais des glaçons; Ihiver prolongé bien 
avant dans le printemps , le mois de mai tou- 
jours fec ; juin & juillet verfant des pluies 
froides & continues ; vingt-fix pouces d'eau 
tombés dans une feule année , ce qui arri- 
voit à peine en deux autrefois ; enfin nos 
automnes plus douces & empiétant fur nos 
hivers : voilà les altérations que depuis cinq 
oufix ans on a plus ou moins éprouvées dans 
notrehemifphere.il ne fe pou voit pasqu'elles 
n'influaftent extrêmement fur la végétation ; 
& le cultivateur botanifte à dû y conformer 
fa culture , fous peine de voir périr la plu- 
part de fes plantes & de fes arbres. Les 
légumes & les fruitiers demanderont aufîî 
des foins nouveaux , des afpefts diftérens & 
d'autres momens pour la femaille , la plan- 
tation & la récolte. Jufqu'aux grains mêmes 
exigent quelque différence dans leur régime: 
n'avons-nous pas vu le feigle, qui ne déploie 
fa grande force qu'en avril , périr par l'in- 
tempérie de ce mois , le méteil fe réduire 
en froment , & ce bled précieux couvrir 
déformais des terres où jamais on ne l'avoit 
femé feul ? 

2. Mais quels nouveaux foins le cultivateur 
n'a-t-il pas à employer, lorfque, outre ces in- 
tempériesjil eft encoreobligé de combattre 



A L A 
celles qui tiennent immédiatement au local? | 
Le lieu où nous failons nos expériences eft 
une terre élevée , dont la déclivité eft tour- 
née au nord ; la terre compade & parefleufe 
y garde aullî long-temps l'imprellion du 
froid qu'elle admet difficilement celle de la 
chaleur. De hautes monta^^nes au fud-oueft 
arment les vents qui y paflent , de dards fri- 
gorifiques détachés des neiges qui y font en- 
talTées ; au nord-oueft des montagnes moins 
hautes, mais couvertes de bois, chargent l'air 
des froides vapeuf s qu'ils entretiennent : les 
gorges de ces montagnes font autant de cou- 
loirs où les vents principaux changent de di- 
reâion ainfi que de qualité , autant de fouf- 
fletsqui augmententleur violence en les com- 
primant , & les rendent par conféquent plus 
froids & plusâpres : aulTi les viciflitudes qu'é- 
prouve notre atmofphere font telles qu'il fe 
trouve des jours d'hiver entremêlés parmi les 
jours caniculaires, tandis que des jours d'été 
brillent quelquefois dans le temps des glaces, 
raniment la fève engourdie, & ladifpofent à 
être réprimée & corrompue par le firoid qui 
les fuit. Dans les pays feptentrionaux de l'A- 
mérique & de l'Europe , fi l'hiver eft long, le 
printemps eft fur , & nous fommes certains 
qu'il feroit beaucoup plus facile d'y élever les 
végétaux délicats que dans le pays où nous 
avons efTayé leur culture ; cependant en nous 
conformant aux variations de l'air dont nous 
avons tenu un journal exad , nous y avons 
découvert des traces d'une forte de conf- 
tance, c'eft-à-dire, de certains retours pério- 
diques. Cette connoiflancejjointe à celle de 
la nature des plantes, que les phénomènes de 
leur végétation nous ont appris à connoître, 
nous ont mis à portée de tracer une route 
à-peu-près fûre parmi tant d'écueils. La cul- 
ture des arbres délicats que nous offrons au 
public , peut donc être regardée comme un 
ultimatum. On ne péchera pas en la fuivant 
de près ; on ne rifquera guère de s'en écarter 
un peu ; & ceux qui ont le bonheur de ne 
pas voir chez eux la végétation aulîi contra- 
riée , pourront s'éloigner de nos pratiques en 
proportion des avantages du climat où ils fe 
trouveront. 

Les alaternes s'élèvent aftez facilement de 
graine;ceux qu'on obtientpar cette première 
voie de multiplication font plus droits , & 
deviennent plus hauts que ceux élevés de 



A L A ^ ^ 13 

marcottes : ils atteignent là où ils fe plaifent, 
à la hauteur de douze à vingt pieds fuivant 
la croilfance déterminée des efpeces, au lieu 
que ceux provenus de marcottes retiennent 
toujours quelque habitude de leur première 
courbure , & comme ils n'ont fouvent des 
racines que d'un côté , & qu'elles font très- 
horizontales, ils ne peu vent s'élancer autant 
que les arbres obtenus de graines , lefquels 
font pourvus d'un bel épatement de racine. 

Lorfqu'on veut fe procurer de la graine 
à'aldter/ie , il faut la faire venir de nos pro- 
vinces méridionales & des autres pays où 
croiffent les différentes efpeces; mais il l'on 
en veut recueillir chez foi, il eft nécefTaire 
de couvrir avec des filets les arbres chargés 
de baies,car les oifeaux en font très friands, 
& n'en laifTeroient aucune. Elles mûrifîent 
aflez bien dans nos provinces feptentrio- 
nales , fur-tout fr l'on a eu l'attention de 
planter les alaternes , dont on fe propofe 
'de recueillir la graine , le long d'un mur 
expofé au midi ou au couchant , & qu'on 
ait eu loin de faire choix dans cette vue des 
individus qui ont le plus de fleurs femelles 
ou de fleurs androgynes. 

Les baies bien mûres & recueillies, il faut 
aufîi-tôt les écrafer dans une jatte pleine 
d'eau jufqu'à ce qu'on en ait détaché toute 
la pulpe , enfuite on paft'era le tout à travers 
un tamis , il reftera un marc mêlé de pé- 
pins. Ce marc doit être éparpillé fur un 
grand plat que l'on mettra à l'ombre , en 
un lieu chaud. Lorfque ce marc fera fec , 
on l'émiera avec les doigts. Cela fait , pré- 
parez des caiffes de huit pouces de profon- 
deur , trouées par le bas ; pofez fur les trous 
des écailles d'huîtres par leur côté concave, 
puis empliffez ces caiffes d'une bonne terre 
dedeffous le gazon ou des côtés d'une haie , 
mêlée d'une partie de fable fec, & d'une " 
partie de terreau , répandez vos graines & 
les diftribuez également. Recouvrez-les 
d'une couche d'un pouce d'épaifïèur d'une 
terre mêlée par partie égales de terreau , 
de bois pourri , & de terre de haie ou de 
prairie. Enterrez cette caiffe à l'expoiîtion 
du levant jufqu'au mois d'oclobre , enfuite 
faites-lui pafiêrrhiver dans une caiffeâ vitra- 
ge ; au printemps enterrez-la dans une cou- 
che tempérée & légèrement ombragée, vos 
Srainesleveront fûrement & abondamment. 



14- A L A 

Ce femis fera placé l'automne fuivançe 
dans une caifle à vitrage. Dès les derniers 
jours de feptembre de l'année fuivante , 
on tranfplantera ces petits alatcrn.es dans 
une ou pliifieurs caifles plus grandes que les 
premières , à cinq pouces les uns des au- 
tres. On pourra en planter le tiers dans des 
pots où ils refteront jufqu'à ce qu'on les 
mette fur place. Quant à la petite pépinière 
encaiflee , on peut y laiffer les arbuftes , 
pendant un ou deux ans ; enfuite , félon les 
climats & les commodités, on les mettra eii 
pépinières à dix pouces les uns des autres 
contre un mur au couchant , ayant atten- 
tion de les couvrir durant la rigoureufe fai- 
fon , ou bien on les plantera à demeure , 
en les couvrant auiïï dès que les gelées de- 
viendront un peu fortes. 

Il ne faut pas négliger la voie des mar- 
cottes : elle eft utile pour ceux qui ne peu- 
vent fe procurer de la graine , & elle fert à 
multiplier les efpeces les plus rares ; mais elle . 
eflindifpenfable pour Icsa/jrernw panachés, 
car leur graine reproduit rarement cette va- 
riété , ainii que nous l'avons expérimenté. 

3. Les marcottes doivent fe faire vers le 
23 de feptembre. Qu'on couche doucement 
les jeunes branches dans une petite cavité 
creufée pour cet effet , où l'on aura apporté 
de la terre fraîche mêlée de terreau ; qu'on 
y effaie la courbure de la branche , pour 
juger où pourra tomber la partie la plus 
intérieure de la courbure ; qu'on fafTe en 
cet endroit une coche qui entame le tiers 
de l'épaiffeur du bois ; qu'on applique cette 
coche contre terre , en y affujettiflant la 
branche avec un crochet de bois ; qu'on 
relevé enfuite doucement le bout de la bran- 
che contre un bâton où on la liera , fans 
néanmoins trop l'obliger à prendre la per- 
pendiculaire , lorfqu'elle ne s'y difpofe pas 
naturellement; qu'on couvre le pied de ces 
marcottes de mouffe ou de litière courte ; 
qu'on les arrofe de temps à autre, l'automne 
fuivante , elles feront pourvues de racines. 
Alors on pourra les tranfplanter, mais avec 
beaucoup de précautions & de foins : fi l'on 
veut être plus sûr de la reprife , il faudra 
encore attendre un an. 

Les ahternes perdent leurs feuilles & leur 
jeune bois dans les ferres humides. On en 
doit confçrver quelques pies , fur-tout des 



A L A 

panachés , dans les bonnes orangeries. Ils 
pafTent très-bien l'hiver dans les caiflès à 
vitrages , lorfqu'on a foin de leur donner de 
l'air , toutes les fois qu'on le peut fans dan- 
ger. On en peut mettre en efpalier pour 
garnir des parties de mur au couchant. Nous 
avons vu un mur de 20 pies de haut , tout 
garni de trois pies à'uUtcrne n' i ; mais 
l'ufage le plus agréable qu'on en puifle faire, 
ell de les difpofer en mafllf dans les bof- 
quets d'hiver, ayant attention de placer ceux 
marqués arbre 3 , vers les parties les plus 
enfoncées , & ceux marqués arbre 4 , vers 
les devants , en les entremêlant des variétés 
à panache qui reifortiront mieux à côté 
d'une verdure fimple : mais pour réufïïr 
dans cette opération , il faut choifir ou fe 
procurer artificiellement une partie de bof- 
quet d'hiver , parée du nord-clt , nord & 
nord-oueft , & s'il fe peut , de l'eft & du 
fud-efl ; car le foleil venant à frapper les 
feuilles chargées des neiges du printemps ou 
d'autres frimats , les altérera de manière à 
leur ôter toute leur beauté : on peut fe pro- 
curer cet abri en relevant des terres , & en 
y plantant des haies d'if ou de tuya. Au 
refte , il faudra , malgré cette précaution,les 
couvrir pendant plufieurs des hivers fuivans. 

Voici la couverture que nous avons trou- 
vée la meilleure après une expérience de dix 
années , & les avoir eiïayées toutes. 

4. Mettez du moëlon brifé au pied de l'ar- 
bufte , afin d'empêcher de s'élever les va- 
peurs qui augmentent l'effet de la gelée ; 
puis rapprochez les branches du tronc , fans 
qu'elles fe touchent en les liant avec des 
ofiers fins ; fichez circulairement autour de 
l'arbufte , & à une diftance convenable de 
fon pié , des barons qui furpaffent d'environ 
un pié le bout de fa flèche. Rapprochez 
leurs bouts ,croifez-les,& les liez enfemble, 
vous aurez un cône un peu enflé par le mi- 
lieu ; ajuftez tout autour de la longue paille 
qui tramera un peu fur terre par le bas , & 
que vous raflemblerez & lierez en haut. 
Doublez le haut du cône d'une paille plus 
courte que vous étendrez fort épais , & que 
vous lierez vers la pointe comme pour for- 
mer une faîtière. Ecartez la paille par le mi- 
lieu des cônes du cùté du nord & du midi 
pour y laiffer paffer un courant d'air , tanc 
que le froid n'eft pas trop vif. Vers le dix 



A L A 

d'avril vous donnerez encore plus d'air ; 
vers le quinze, vous ne laifTerez de pailleque 
du côté du midi. A la première pluie vous 
de'couvrirez entièrement vos alaternes, que 
vous trouverez en bon état. Il fera bon de 
placer une fouriciere à plufieurs trous an pié 
de chaque arbufte ; car il arrive quelque- 
fois , durant les neiges , que les petits rats 
appelles mufcardins rongent l'écorce des ar- 
bres ainfi couverts. Que l'on continue ces 
foins jufqu'à ce que les arbres aient un tronc 
fuffifamment fort , nous ne doutons pas 
qu'on ne par vienne enfin à former des ii/jrer- 
nes aguerris contre nos climats ; car une fois 
que leur bois aura acquis une certîine con- 
fiftance , fi quelques-unes de leurs branches 
manquent durant Thiver , on les retranchera 
au printemps : ils répareront aifément cette 
perte , & ne feront jamais fenfiblement 
altérés. Voye^ Plattes - BANDES & 
Mal de Gorge. ( M. le Baron de 

TSCHOUDI. ) 

ALATHAMAHA , ( Ge'oj. ) grande ri- 
vière de TAmérique feptentrionale. Elle a 
fa feurceaux monts Olligoniens , & prenant 
fon cours par le fud-oueft à travers la Géor- 
gie , elle va tomber dans l'océan Atlanti- 
que , au delTous du fort de Saint-George. 
On la nomme auffi George' s riier , rivière 
de George. ( C. A. ) 

* ALATRI , {Géog.) ancienne ville d'I- 
talie , dans la Campagne de Rome. Long. 
30 , s8 ; Ut. 41 , 44. 

ALATYR , ( Géog. ) ville & territoire 
de la Ruïïle Afiatique , dans le gouverne- 
ment de Cafan. Elle eft fur la rivière de Su- 
ra , qui fe jette dans le Volga. Cette ville eft 
une des plus confidérables du royaume de 
Cafan , après Cafan la capitale. { C. A.) 

§ ALAVA , ou Alaba , ( Géogr. ) petit 
pays d'Efpagne , autrefois dépendant de la 
Navarre , aujourd'hui compris dans la Bif- 
caye. Il s'étend du nord-ouefl: au fud-efl , 
le long de la rivière de l'Ebre , depuis les 
montagnes de Bifcaye jufqu'aux frontières de 
la Navarre , & il a environ lix à fept lieues 
de long fur cinq ou fix de large. Le fol en 
eft très-fertile en feigle,eniruitsde plufieurs 
efpeces & en vins. On y exploite des mines 
de fer & d'acier , & on fabrique fur les 
lieux-mémes une grande quantité d'armes .5; 
d'ultenlîles,qui font un grand objet de com- 



A L A 15 

merce pour le pays. II y a cinq villes dont 
Vitioria elt la capitale. {C. A.) 

* ALAULT ou ALT , ( Géogr. ) rivière 
de la Turquie en Europe ; elle fort des mon- 
tagnes qui féparent la Moldavie de la Tran- 
fylvanie , &: fe jette dans le Danube. 

A-LAUTRE , terme de Marine ; ce mot 
eft prononcé à haute voix par l'équipage 
qui eft de quart , lorfqu'on fonnela cloche, 
pour marquer le nombre des horloges du 
quart ; & cela fait connoître qu'ils veillent 
&: qu'ils entendent bien les coups de la clo- 
che. Vojei Quart. {Z) 

ALBA , f f- ( Commer. ) petite monnoie 
d'Allemagne , en françois demi-piece ,• elle 
vaut huit fenins du pays , & le fenin vauc 
deux deniers ; ainfi \alba vaut feize deniers 
de France. Voye\ DENIER. 

* ALBADARA , c'eft le nom que les 
Arabes donnent à l'os féfamoïde de la pre- 
mière phalange du gros orteil. 11 eft envi- 
ron de la grofteur d'un pois. Les Magiciens 
lui attribuent des propriétés furprenantes , 
comme d'être indeftruclible , foit par l'eau , 
foit par le feu. C'eft là qu'eft le germe de 
l'homme que Dieu doit faire éclore un jour, 
quand il lui plaira de le reftiilciter. Mais 
laiftbns ces contes à ceux qui les aiment , 
& venons à deux faits qu'on peut lire plus 
férieufement. Une jeune femme étoit fu- 
jette à defréquens accès d'une maladie con- 
vulfive contre laquelle tous les remèdes 
avoient échoué. Elle s'adreiîà à un méde- 
cin d'Oxfort qui avoit de la réputation , & 
qui lui ayant annoncé que le petit os donc 
il s'agit ici étoit , par fa diilocation,ia vé- 
ritable caufe de i'a m.alauie , ne balança pas 
à lui propofer l'amputation du gros orteil. 
La malade y confentit & recouvra la fanté. 
Ce fait, dit M. James , a été confirmé par 
des témoignages , & n'a jamais été révoqué 
en doute. Mais il y a plus : il dit que lui- 
même fut appelle en 1737 chez un lermier 
de Henwood-Hall près de SolihuU dans le 
Warwickshire , & qu'il le trouva ailis fur 
le bord de fon lit , où il difoit avoir pafîé 
le jour & la nuit qui avoient précédé , fans 
ofer remuer , parce que le moindre mou- 
vement du pié lui donnoit des convulfions. 
Le fermierajouta qu'il y avûit quelques jours 
qu'il s'étoit blefté au gros orteil de ce pié ; 
que cette bleftiue lui avoit donné des con- 



i6 A L A 

viilfions , & qu'elles avoient continué de- 
puis. Comme ces fymptômes avoient quel- 
que rapport avec ceux de l'épilepfie , M. 
James rinterrogea,& n'en apprit autre chofe 
finon qu'il s'étoit toujours bien porte'. Sur 
cette réponfe il lui apporta des remèdes qui 
furent tous inutiles , & cet homme mourut 
au bout d'une femaine. 

ALBA HELVIORUM,{Géog)V\\ne 
en parle comme d'une ville de la Narbon- 
noife.Ptolomée la de'fignc fous le nom à'Al- 
baugufla. ; mais il lui donne une faufle pofi- 
tion en la rejetant zw-àQlïdiAqucZ-Sextia;, 
Aix. Jean Poldo d'Albenas , dans fon Dif- 
cours fur l'antique cité de Nifmes, imprimé 
in-fol. en 1565 , croit que cette Albj efi: 
Albi ,• & Dalechamp , dans fes Notes fur 
Pline , penfe que c'efî Aubenas de Vii'arei. 

Quoique M. de Valois paroiflb perfuadé 
que c'eft Viviers, & qu'il blâme Papire Maf- 
fon de vouloir quAlbu foit un lieu appelle 
Alps , on ne peut néanmoins , dit M. d' An- 
ville , fe refufer à l'évidence des reftes d'une 
ville ancienne & capitale , qu'on voit près 
de ce village. M. Lancelot , dans le IV vo- 
lume de l'HiJl de l'Acad. desinfc. in-iz, 
P^S^ 37i,paroît démontrer que cette Alba, 
capitale des Helviens & fiege de l'évêché , 
transféré depuis à Viviers , étoit à Aps , pe- 
tit village du Vivarez à trois lieues de Vi- 
viers , qui a titre de baronnie. La tradition 
veut que l'ancienne Alba ne fût pas au mê- 
me lieu où eft à préfent Aps , mais à quel- 
ques pas plus loin , & au-delà d'un torrent 
qui paffe au pié du village. 

Ce qui confirme cette opinion , eft le 
grand nombre d'antiquités qu'on y voit , 
des morceaux d'acqueducs,des débris debâ- 
timens antiques , des thermes , des quar- 
tiers de mofaïques , des colonnes de mar- 
bre , des frifes , &c. On appelle ce quar- 
tier le palais ,* on y trouve une infinité de 
médailles de toute grandeur , de tout mé- 
tal &de tout âge. M. Lancelot vit en 1727 , 
dans le jardin du curé , une ftatue de Mer- 
cure qui étoit de très- bon goût. 

La tradition du pays veut encore que la 
Tille à' Alba fut brûlée par le moyen du feu 
grégeois qu'on y jeta de deffus le mont Jul- 
liot , qui domine à la vérité fur la plaine où 
l'on trou ve ces débris. Ce malheur a dû arri- 
ver à Aps vers 41 1 , par l'armée des Alains, 



A L A 

des Sueves & des Marcomans. Auxonius i' 
qui étoit évéque d'Aps , transféra alors fon 
fiege à Viviers. Cependant , il faut qu'elle 
ait été encore confidérable plufieurs fiecles 
après , puifqu'il s'y étoit bâti deux églifes ou 
prieurés (S. Martin & S. Pierre) bien dotés ; 
l'un de l'ordre deS. Rufjl'autredeS. Benoit. 

M. Lancelot a trouvé ces deux infcrip- 
tions. 

La première , entre Aps & Mêlas , au 
milieu d'un petit ruiffeau où les eaux l'ont 
portée ; elle eft en beaux caraderes. 

n. M. 

Et MEMO' 

R J JE J A- 

N U A R I S 

F E L V I N I F I- 

P I O A L B I- 

n u s f e l v i- 
n i f r a t r i 
In C o m p a r a.... 
La féconde eft dans l'églife de la Ro- 
che , hameau d'Aps. 

D. M. 

P a R D u L E 

P O S I T M E- 

M O R I A M 

SlLKINUS 
EuTICHEA 

Merentis- 

s I M E. (C) 

ALBACETÉ , (Gfbg-.) jolie petite ville 
d'Efpagne , dans la nouvelle Caftille , à la 
partie orientale. Elle eft au milieu d'une 
plaine très-fertile &: très- agréable , non loin 
des montagnes qui féparent la Manche du 
pays qu'on nomme le Défère. Long. 16 \ 
Ut. 38 , 5^ {C. A.) ' 

ALBAN(Saint) 02/ Saint- Alb ans, 
( Géog. ) petite ville d'Angleterre , dans le 
Herttord-Shire , au fud de la ville de Hert- 
ford j & au nord-oueft de Londres. Elle 
eft fituée fur la rivière de Coin , dans un 
très-beau pays. Elle n'eft guère peuplée , & 
fon commerce ne confifte qu'en bétail & en 
menues denrées ; cependant elle jouit de 
plufieurs droits municipaux confidérables : 
elle a fa propre jurifdidion eccléfiaftjque & 
civile , & elle envoie deux députés au par- 
lement.Cette ville étoit le Verulamlum des 
anciens Romains : on trouve encore fous 
fes murs de temps en temps des médailles , 

antiques , 



A L B A L B 17 

antiques , mais ce qui l'immortalifera dans f courage de s'y maintenir contre les Turcs 



les annales de l'hifloire, &dans celles de la 
géographie , c'eil d'avoir donné fon nom au 
fameux chancelier Bacon , qui portoit le ti- 
tre de feigneur de Saint-Allnins. [C.A.) 

* ALB AN,(S.)Gfbg-.petite ville deFrance 
dans le bas Languedoc, diocèfe de Mende. 

ALBANA , ( Geogr. ) ville d'Afie dans 
l'Albanie ou Zuirie. Elle a aufli le nom de 
Stranii , Zambdiuch ou Bachu , & c'eft ce, 
dernier nom qu'elle a donné à la mer Caf- 
pienne où elleaunport. C'eft une ville allez 
marchande. Albana me femble être la même 
que Baka, fituéeau 40f degré de latitude fep- 
tentrionale fur la mer Cafpienne. ( C. A.) 

§ ALBANIE , ( Ge'ogr.) province de l'an- 
cienne Grèce , aujourd'hui cette partie de la 
Turquie Européenne , qu'on appelle le Chir- 
van , bornée à l'occident par le golfe de Ve- 
nife , au feptentrion par la Dalmatie & la 
Bofnie , à l'orient par la Macédoine & 
une partie de la ThefTalie , & au midi par 
l'Achaïe ou Livadie. On comprend fous le 
nom à' Albanie , l'ancienne Epire & l'Illyrie 
de Grèce. Ses villes principales font , Ocri , 
Jacova , Sopolo , Scutari , Albaflopoli , 
autrefois fa capitale , &: Durazzo qui l'elt 
aujourd hui. Parmi fes rivières , la plus re- 
marquable eft le Dclichi , connu chez les 
anciens fous le nom à'Acheron , qu'il ne faut 
pas confondre avec phifieurs autres fleuves 
du même nom, un dans l'Elide, un fécond en 
Italie, un troifieme dans la Bithynie, &c. 
On y voit aufli plufieurs lacs , entre autres 
celui de Scutari , & plufieurs montagnes 
dont les Acrocérauniennes ou monts de la 
Chimère , font les plus remarquables. Le 
fol du pays eft très- fertile en fruits , & par- 
ticulièrement en excellent vin. Ses habitans 
font forts , courageux & très-bons foldats. 
On les diftingue dans la milice turque fous 
le nom à^Arnautes. Ils fuivent la religion 
grecque fous les aufpices de S. Nicolas ; ils 
exercent aufti la piraterie. Ils ont une fm- 
guliere coutume : quand quelqu'un de leurs 
camarades eft mort , ils vont l'un après l'au- 
tre lui demander pourquoi il les a abandon- 
nés , & lui font mille queftions impertinentes. 
Cette province fut annexée à l'empire Otto- 
man par Mahomet II , en 1467 , qui la con- 
quit fur les fils de Scanderberg , après la 
mort de ce grand capitaine qui avoit eu le 
Tome li- 



& les Vénitiens. ( C. A. ) 

Albanie j ( Géog. ) ville de l'Amérique 
feptentrionale , dans la nouvelle Yorck. Elle 
eft fituée fur la rivière d'Hudfon , dans les 
terres au nord-ouett de Bofton. On la dit 
afîez bien bâtie. C'eft là que les chefs des 
cinq naiions iroquoifes , &c les gouverneurs 
des colonies angloifes s'adëmblent ordinai- 
rement pour conférer enfemble. Long. 303 , 
3Î ; /af. 41,30. {C.A.) 

§ Albanie au Braid-alban, {Ge'ogr.) 
petit pays de la province de Perth en Ecoftè , 
avec titre de duché. Il eft borné au fud par 
le pays d'Argyll , & au nord par celui de 
Lochabyr. Il eft précifément au milieu du 
royaume , dont il eft regardé comme la par- 
tie la plus élevée. Son territoire eft ftérile & 
montueux. On n'y trouve que d'excellents 
pâturages pour les brebis , dont les laines 
font trés-eftimées : c'eft là fon principal 
commerce. [C. A.) 

Albanie , ( Ge'og. mod. ) forterefle de 
l'Amérique feptentrionale , au fiid-oueft de 
la baie d'Hudfon. Long. 296 y Lit. 53. Elle 
appartient aux Anglois. 

* ALBANIN ou BALBANIN , Ç. m. 
peuple qui , félon M. d'Herbelot , n'a au- 
cune demeure fixe, fubfifte de fes courfes 
fur la Nubie & l'Abyftinie, a une langue qui 
n'eft ni l'Arabe , ni le Cophte , ni l'Abyftin , 
& fe prétend defcendu des anciens Grecs 
qui ont poftédé l'Egypte depuis Alexandre. 

§ ALBANO, ( Ge'ogr.) très-jolie petite 
ville d'Italie, dans la campagne de Rome , 
à quinze milles au fud-eft de cette capitale. 
Elle eft fituée fur un lac du même nom , le 
long duquel règne une allée fuperbe , adm.i- 
rable par fon élévation & lafalubrité de l'air 
qu'on y refpire ; cette allée tait la commu- 
nication à^Albano avec Caftel-Gandolfo , 
maifon de plaifance du pape *. Son territoire 
produit un des vins les plus exquis de l'Ita- 
lie. Ses alentours font embellis d'une infinité 
de rnaifons de campagne , appartenant à des 
cardinaux ou à d'autres riches particuliers. 
Aibano a le titre de principauté qui exiile 
dans la maifon de Savelli. C'eft le fiege 
d'un des fix cardinaux-évêques. Long. 30 , 
lî ; lat.^i, 43. (C.^.) 

* Elle tut bâtie du temps de Néron , & près des 
ruiiKS d'Albe-U- Longue. 



i8 A L B 

* Alb\no {Ge'og.) ville dans la Bafili- 
cate au roya'ime de Naples. 

ALBANOIS, ad). prisfiM. {The'olog.) 
hérétiques qui troublèrent dans levije. fîecle 
la paix de IV-glife. Ils renouvellerent la plu- 
part des erreurs des Manichéens & des au- 
tres hérétiques qui avoient vécu depuis plus 
de trois cens ans. Leur première rêverie 
confiftoit à établir deux principes, l'un bon, 
père de J. C. , auteur du bien & du nouveau 
Teftament ; & l'autre mauvais , auteur de 
l'ancien Teilament , qu'ils rejetoient en s'inf- 
crivant en faux contre tout ce qu'Abi^aham 
& Moyfe ont pu dire. Ils ajoutoient que le 
monde eil de toute éternité ; que le Fils de 
Dieu avoir apporté un corps du ciel ; que les 
facremens , à la réferve du baptême , font des 
fuperftitions inutiles ; que l'homme a la 
puilîànce de donner le Saint-Efprit ; que 
l'églife n'a point le pouvoir d'excommunier , 
& que l'enfer eft un conte fait à plaifir. Pra- 
tcole Gautier , dans fa cliron. {G). 

* ALBANOISE , adj. f. c'cH, parmi les 
Fleurijles , une anémone qui feroit toute 
blancue , fans un peu d'incarnat qu'elle a au 
fond de fes grandes feuilles & de fa pluche. 

* ALBANOPOLI , {Géog) ville de la 
Turquie Européenne dans l'Albanie. Long. 
38,4,- Ut. 51 , 48, 

* ALBANS , [Géog.) ville d'Angleterre. 
Long. 17 , 10 ,• lai. 51 , 40. 

§ ALBARAZIN , {Géogr.) ville d'Efpa- 
gne , au royaume d'Aragon , fur le Gunda- 
labiar , Long. \o , 12; lat. 40, 32. Elle a 
un évéque futFragant de SaragofTe , & dont 
les revenus fe montent à lix mille du- 
cats. Elle a aufTi des fortifications â l'an- 
tique. Ses laines font très-renomniées&paf- 
fentpour les plus belles de l'Aragon. {C.A.) 

ALBARIUM OP US, terme d' Archi- 
tedure. Voye\ StuC 

* ALBASTRE(o/2/>ro/jo/2c:e/'.S)ouALA- 
BASTRA, f. f. ancienne ville d'Egypte du 
côté de l'Arabie & dans la partie orientale [ 
de ce royaume. Les habitans font appelles : 
dans S. Epiphane , Alabaftrides. 

ALBASTRE,Ùm.Aiabullrurn{Hifi.nat.) 
matière calcinable moins dure que le mar- 
bre. Elle a différentes couleurs : on en voit 
ée blanche ou blanchâtre ; elle eft le plus 
fouvent d'un blanc fale jaunâtre , ou jaune ; 
roalTàtre , ou roux j il y en a, de rougeàtre j , 



A L B 

on en trouve qui efl variée de ces différentes 
couleurs avec du brun, du gris , &<:. On y 
voit des veines ou bandes que l'on pourroit 
comparer à celles des pierres fines que l'on 
appelle onjces. Voyfi Onyx. C'eft dans ce 
fens que l'on pourroit dire qu'il yade Val- 
bdtre onycQ , & il s'en trouve avec des taches 
noires qui font dipofées de façon qu'elles 
reflèmblent à de petites moufTes , & qu'elles 
repréfentent des bandesde gazon ; c'eft pour- 
quoi on pourroit l'appeller albâtre herborifé 
à l'imitation des pierres fines auxquelles on 
a donné cette dénomination. Voje^ Den- 
DRITES. U albâtre eft un peu tranfparent , 
& fa tranfparence eft d'autant plus fenfible 
que fa couleur approche le plus du blanc. 
On le polit , mais on ne peut pas lui donner 
un poliment aulTi beau & aulli vif que celui 
dont le marbre elï fuf.eptible , parce qu'il 
eft plus tendre que le marbre. D'.jl!euis 
lorfque fa furface a été polie , on crciroic 
qu'elle auroit été frottée avec de la graifte. 
j Cette apparence obfcurcit fon poliment ', & 
j comme cette matière eft un peu tranfpa- 
; rente , elle reflemble en quelque façon à de 
: la cire. Sa couleur contribue à le rendre 
tel ; car on ne voit pas la même chofe dans 
le jade, qui, malgré fa dureté, a aufti un 
poliment matte & gras. Quoique Valbâtrc 
n'ai pas un beau poli & qu'il foit tendre, on 
l'a toujours recherché pour l'employer â 
dilFérens ufages ; on en fait des tables , des 
cheminées , de petites colonnes , des vafes, 
des ftatues , d'c. On diftingue deux fortes 
à^albâtre, l'oriental & le commun. Ualbâcr: 
oriental eft celui dont la matière eft la plus 
fine , la plus nette , & pour ainfi dire la plus 
pure ; elle eft plus dure, fes couleurs font plus 
vives ; auflî cet albâtre eft-il beaucoup plus 
recherché & d'un plus grand prix que V albâtre 
ordinaire. Celui-ci n'eft pas rare : on en trouve 
en France : on connoît celui des environs de 
Cluny dans le l'.'âconnois. Il y en a en Lor- 
raine, en Allemagne , & fur-tout en Italie aux 
environs de Rome , & il eft encore plus com- 
mun qu'on ne le croit. V. STALACTITE. (/.) 
AlbastRE , {Médecine.) L'albâtre étant 
calciné & appliqué avec de la poix ou de 
la réline , amollit & refout les tumeurs skir- 
rheufes , appaife les douleurs de leftomac , 
& raffermie les dents & les gencives, feloa 
Diofcoride. {N.) 



A L B 

ALB ATROSS, albatrofa /niix//7M,oifeau 
aquatique du cap de Bonne-Efpéiance; c'e'l: 
un des plus grands oifeaux de ce genre : il 
a le corps fort gros & les ailes très-longues 
lorfqu'elles font e'tendues ; il y a près de 
dix pies de dillance entre l'extrémité de 
l'une des ailes & celle de l'autre. Le premier 
os de l'aile efl aulTI long que le corps de 
l'oifeau. Le bec elt d'une couleur jaunâtre 
terne ; il y a environ lix pouces de longueur 
dans l'oifeau fur lequel cette defcription a 
été faite ; car les oifeaux de cette efpece ne 
font pas tous de la même grandeur : il y en 
a de beaucoup plus petits que celui dont il 
s'agit. Les narines font fort apparentes ; le 
bec eft un peu relTerré par les côtés à l'ex- 
trémité qui tient à la tète , & il eft encore 
plus étroit à l'autre extrémité qui eft termi- 
née par une pointe crochue. Le fommet 
de la tête eft d'un brun clair & cendré ; le 
refte de la tête , le cou , la poitrine , le ventre , 
les cuift'es, le dellbus de la queue , & la face 
interne des aîles , font de couleur blanche. 
Le derrière du cou , les côtés du corps font 
traverfés par des lignes de couleur obfcure 
fur un fond blanc. Le dos eft d'un brun 
fale parfemé de petites lignes & de quel- 
ques taches noires ou de couleur plombée. 
Le croupion eft d'un brun clair ; la queue 
d'une couleur bleuâtre tirant fur le noir. 
Les aîles font de la même couleur que la 
c|ueue , à l'exception des grand>.'s plumes qui 
font prefque tout-à-fait noires. Les bords 
Supérieurs des aîles font blancs ; les jambes 
& les pies font de couleur de chair. Il n'a que 
trois doigts qui font tous dirigés en avant 
& joints enfemble par une membrane : il y a 
aufti une portion de membrane fur les côtés 
extériturs du doigt interne & de l'externe. 
Les albatrofs font en grand nombre au 
cap de Bonne-Efpérance. Albin les confond 
avec d'autres oifeaux qu'on appelle dans les 
Indes orientales vdijfea.ux de guerre. Ed- 
wards prétend qu'il fe trompe , parce qu'au 
rapport des voyageurs, les vaiffeaux de guerre 
font des oifeaux beaucoup plus petits que les 
albat.ofs. Hift. naturelle des oifeaux par 
Georges Edwards. Voye\ OiSFAU. (/.) 

* ALBAZARIN ou ALBARAZIN , f 
m. forte de laine d'Efpagne. Voye-{ Laine. 

* ALBAZIN , {Géogr.) ville de la grande 
Tartarie. Long, l^^\ Lu. 54. 



ALB 19 

ALBE ou ALBETfE , petit poiftôn de 
rivière , mieux connu fous le nom d^ablette. 
y. Ablette. (/. ) 

* Albe , ( Ge'og. ) ville d'Italie dans le 
Montferrat fur la rive droite du Tanaro. 
Long. 25 , 40 ; lat. 44 , 36. 

ALBECK , ( Ge'og. ) ville de Suabe , 
dans le territoire d'Llm. Elle eft lituee fur 
une montagne , au nord 6: à un mille & 
demi d'Allemagne , de cette ville. Long, ij , 
40 ; lat. 48 , 30. ( C. A. ) 

ALBEGNA, ( Géogr.) rivière d'Italie , 
que les Lai ins appellent Albania ou Alir.ia- 
nia & Amiana. Elle prend fon cours par la 
Tofcane , va fe jeter dans le golfe de Tela- 
mone , entre Telamone & Orbitelle. {C.A.) 
ALBE-JED , {Géogr.) ville d'Aiie dans 
le Maurenhar , entre la ville de Samarcand 
& la rivière de Gihum , félon Gollius cité 
par Baudrand. {C.A.) 

§. ALBE-JULÏEouWeissemboubg, 
( Gécg. ) capitale d'un comté du même nom, 
en Tranlilvanie. Elle eft au midi de la riviè- 
re d'Ompay , & bâtie fur le penchant d'un 
coteau , d'où l'on découvre une vafte plaine. 
Ses environsfontriansôc fertiles: on n'y voit 
que des champs femés de grains & des 
coteaux plantés de vignes. L'air y eft trés- 
fain ; & les habitans en font très-affables. 
On y voit auffi des fortifications & des rem- 
parts , triftes monumens de fes malheurs & 
de fon efclavage. C'eft le lieu de la réiîdence 
des princes de Tranlilvanie ; mais ce qui 
peut l'honorer davantage , c'eft qu'elle a pris 
fon premier nom de Julia-Augufla , mère 
de l'empereur Marc- Aurele , fon fondateur. 
Long. 42 ; lat. 46 , 30. {C.A.) 

_ ALBEL ( Géog. ) en latin Albula. Ri- 
vière qui arrofe la Rhétie. Elle vient du côté 
de Bormio , & va fe rendre dans Je Rhin , 
après avoir palfé à Bergun. {C. A.) 

* ALBE-LONGUE, (G^'o^r.) ancienne 
ville d'Italie ; on en attribue la fondation à 
Afcagnefils d'Enée, environ 11 00 ans avant: 
Jefus-Chrift. 

ALBEN , {Géogr.) gros bourg dans la 
Carniole , appelle par les Latins Albium , 
Albius & Albanum. Il eft fitué fur la mon- 
tagne d'Alben , à laquelle il donne foti 
nom. C'eft fur cette montagne & piès de 
ce bourg qu'eft la fource d'une rivière qu'on 
1 appelle aufli Alben , & que les Latins no.m- 

C i 



20 A L B 

ment Alpls. Quelques-uns difent qu'elle fe 
rend dans la Save ; maii". félon les cartes elle 
fe décharge dans le golfe de Venife , entre 
Laubach capitale de la Carniole , & Capo 
d'Iftria. iC.A.) 

§ ALBENGU A , ( Géogr. ) ville de l'état 
de Gènes , lut h côte occidentale ', les Latins 
Tappelloient Albengaunum. C'étoit autrefois 
un très-bon port de mer & une place forte ; 
mais elle a été détruite par les guerres com- 
me tant d'autres. Ses environs plantés d'o- 
liviers & très-bien cultivés, produifent beau- 
coup d'huile. On y recueille aufîi beaucoup 
de chanvre , ce qui contribue vraifembla- 
blement à corrompre l'air qui y eft très-mal 
fain. Long. 2^ , 4<; ; ^^t. 44 , 4. ( C. A. ) 

ALBERG AIME , ^oophyte , auffi appelle 
albergame. Voye\ AlbERGAME. 

ALBERG AME de mer, f. m. malum infa- 
num , zoophyte que Rondelet a ainfi nommé 
à caufe de fa relTèmblance avec l'efpece de 
pommes d'amour longues, auxquelles on a 
donné le nom à'albergjine à îvlontpellier. 
On voit fur Valbergj.me des apparences de 
feuilles ou de plumes. C'efl: en quoi ce 
zoophyte diffère deja grappe de mer. Il y 
a aufiï quelque différence dans leur pédi- 
cule. Fbv. Grappe t/e/77e/-,ZooPHYTE.(7.) 

ALBERGE, ALBERGIER, f. m.{Jard.) 
efpece de pécher dont les fruits font des pê- 
ches précoces qui ont une chair laiine , fer- 
me , & fe nomment alberges. \K.) 

ALBERGEMENT , f. m. {Junfp. ) en 
Dauphiné , eii la même chofe que ce que 
nous appelions emphytcofe ou bo.il emphy- 
téotique. V. Emphytéose. {h) 

ALBERNUS , efpece de camelot ou 
bouracan qui vient du Levant par la voie de 
Maifeille. 

§ ALBE ROYALE ou Stul-Weissem- 
BOURG , {Géogr>j c'eltb capitale d'un comté 
du même nom en Hongrie , fur la rivière de 
Rauzia. Du temps où la Hongrie avoit fes 
rois particuliers, c'étoit une pLice très- forte, 
& munie de remparts & de foiVés qui furent 
détruits en 170X. Cette ville a efiiiyé 
des révolutions confidérables: elle s'eil vue 
pendant près de deux fiecles , des l'an 1490 
jufqu'a 1688 , tantôt la proie des Turcs , & 
tantôt celle des Allemands. Elle appartient 
aujourd'hui à fempercur. Long. 36 ; lut. 47. 



A L B 

ALBERT I , dit le Triomphant & le Bor- 
gne , {Hijl d'Aile m. ) XXIe roi ou em- 
pereur depuis Conrad I , né vers l'an izôS^ 
de Rodolfe I & de l'impératrice Anne de 
Hokbert, nommé duc d'Autriche en 1182, 
élu empereur en 11^8 , après la mort d'A- 
doUe qu'il avoit défait 6c tué en bataille ran- 
gée , m.ort en 1308. 

Les empereurs inftruits par les malheurs 
de Henri IV & de Frédéric II , avoient re- 
noncé à fe faite obéir des papes : mais ceux- 
ci après avoir brifé leurs chaînes , les re- 
nouoient pour en charger les emipereurs. 
Albert crut ne pouvoir fe difpenfer de de- 
mander la confirmation de fon éledion à 
Boniface VIII , qui ne douta plus de fes 
droits fur tous les royaumes du monde ; ce 
paperefufade lereconnoître, & s'érigeant en 
juge fupréme de tous les fouverains , il le cita 
à fon tribunal : " Nous ordonnons , difoit fiè- 
rement ce Pontife , qu'Albert comparoifîe 
dans fix mois devant nous , & qu'il le jufli- 
fie du crime de lèfe-majeflé , commis con- 
tre Adolfe fon fouverain ,,. Les partifans 
du pape en Allemagne y excitèrent une guer- 
re civile , & peut-étre^Z/^ierfeût-il été forcé 
d'obéir, fi Boniface eût fu difTmiulerfon an - 
bition. Mais on le vit dans le même temps 
prétendre faire un empereur de Conffanti- 
nople & détrôner le roi de France. La fer- 
meté de Philippe le Bel , & le mépris de ce 
prince pour les foudres de Rome , porta le 
pontife à fe réconcilier avec l'empereur, qui 
acheta la paix par une indifcrétion qui pou- 
voit avoir des fuites funeftes. Albert recon- 
noifToit " que l'empire avoit été transféré 
des Grecs aux Allemands par le faint-fiege : 
que les éleâeurs tenoient leur droit du pape , 
& que les em.pereurs & les rois recevoient 
de lui le droit du glaive,,. Boniface, pour le 
j récompenfer , lui fit préfent du royaume de 
j France ; mais il étoit plus facile de faire un 
I femblable préfent que de s'en faifir. Albert 
I remercia le faint père fans être feulement 
I tenté de profiter de fes offres. Il trouvoic 
5 moins de difficulté à faire pafîbr dans fa hj- 
mille le royaume de Bohême , vacant par 
la mort de Winceflas , qui périt afîafTiné r 
il en donna l'inveff iture à Rodolfe fon fils 
aine, qui mourut peu de temps après. La 
perte de ce fils l'affecta d'autant plus fenfi— 
blement qu'il ne lui fut pas polïïble de diC- 



A L B ^ 

poferune féconde fois du trône de Bohême, 
les états de ce royaume ayant nommé tous 
d'une voix Henri dtic de Carinthie ; cepen- 
dant l'amour (^Albert pour fa famille , le 
portoic fouvent à l'oubli de fa dignité : il 
commettoit chaque jour de nouvelles injuf- 
tices qui lui fàifoient perdre l'eftime de les 
fujets, &; l'avililîbierit auxyeux de l'écian- 
ger. Il en commit une , qui , comme leremar- 
que un moderne, n'étoit pas d'un prince 
habile , c'étoit la même qui lui avoit lervi 
de prétexte pour ôter la couronne & la vie à 
Adolfe fon prcdéceffeur. Après avoir donné 
gain de caufe aux fils à' Albert le dénaturé , 
il les mit au ban impérial ; mais ces princes 
foutinrent leur droit à main armée , & l'em- 
pereur , pour fruit de Tes demandes , ne retira 
que la honte d'une délaite & celle d'avoir 
foutenu une caufe déshonorante. Ce fut en- 
core une injuftice qui lui coûta la vie. Le 
duc Jean , titulaire d'une partie de la Suabe , 
fon neveu & fon pupille , confpira contre 
lui , & il l'aflàflina pour fe venger de ce 
qu'il luiretenoit l'héritage defes pères con- 
fié à fes foins. Son règne forme une épo- 
que remarquable dansl'hilloire de l'iiurcpe. 
En effet ce fut pour repouffer les infultesde 
feslieutenansque les Suiflès élevèrent l'édi- 
fice de leur indépendance : cette nation gé- 
néreufe fecoua le joug qu'elle ne pouvoir 
fupporter plus lon^-temps 'ans ignominie. 

Outre dix enfans qui moururent au ber- 
ceau , l'empereur eut de l'impératrice Eli- 
fabeth lix fiU & cinq filles , favoir : Rodolfe 
duc d'Aui riche & roi de Bohême , Frédéric 
duc d'Autriche, Léopold-Henri , Albert II 
le fage , & Otor le hardi : Agnes , l'ainée de 
fes filles, épousa le roi de Hongrie André 
lii ; Catherine la féconde, Charles deCa- 
labre , fils r'uié de Robert II , roi de Naples ; 
Elifabech la troifieme , fut femme de Fré- 
déric IV , du'^. ^e Lorraine ; Anne la qua- 
trième , de Herman , Margrave de Bran- 
debourg ; & Giuca la dernière , le fut de 
Louis ni , comte J'Oettingue. I! fut inhumé 
à Wittinge" , d'où il fut transféré dans la 
fuite à Spir 0. ( Mr. ) 

AlE:-:kT lîjditi'e Grai-c & L' Magnanime, 
{Hifl. d'Ali. &Je Hong.) ruccedeur de Si- 
gifriond; ving.-huiticme empereur d'A.le- 
magne depuis Conrad I, viiîgc-troifieme lo; 
de Hongrie , vingt-llxieme roi de Bohême , 



A L B 21 

naquit en 1394, d'Albert d' Autriche IVe du 
nom , & de Jeanne de Bavière. 

Les dernières volontés de Sigifmond qui 
avoit appelle Albert II aux trônes de Hon- 
grie & de Bohême , n'étoient pas un titre^ 
luffifant. Les Bohémiens & les Hongrois 
prétenûoient avoir feuls le droit de fe don- 
ner des maîtres. Fondés fur ces prétentions , 
les états de Hongrie s'afl'emblerent à Pref- 
bourg. Albert ne crut point devoir leur ap- 
porter aucun obftacle. Cette condefcen-' 
dance tourna à fa gloire : tous les fuhTages 
fe réunirent en fa faveur, & la couronne 
lui fut déférée , comme au prince qui étoic 
le plus digne de la porter. Cependant , 
avant de le facrer , on lui fit certaines con- 
ditions , dont la principale étoit , qu'il ne 
monteroit jamais fur le trône impérial. Les 
états craignoient que les affaires de l'empire 
ne lui fiflënt négliger les leurs d.ms un temps 
où les Turcs & les Tartares portoient leurs 
dévallations lur les frontières. Albert éprou- 
va plus de difficulté de la part des Bohé- 
miens. Ceux des Huffites qui s'étoient ligués 
fous le nom de Calijlins , avcient appelle 
Cafimir , fils de Jagellon & frère de La- 
dillas V, roi de Pologne. Ca'.imir , à peine 
âgé de treize ans, voulut en vain juiiifier 
fes droits : fa taflion , qui n'étoit plus qu'u.a 
foible relie d'un parti autrefois confidéra- 
ble , fut forcée de céder ; & Albert II 
reçut la couronne dans une afiemblée qui ie 
tint dans l'églile cathédi aie de Prague. Les 
états des deux royaumes venoient de lui ren- 
dre hommage , lorfque des députés lui ap- 
prirent que les é'efteurs i'avoient unanime- 
ment élu , & qu'ils l'invitèrent à ne point 
fe refufer aux vœux de l'Allemagne. Albert 
ne fut point infenfible à ce nouvel honneur. 
Il étoit retenu par le ferment que les Hon- 
grois avoient exigé lors de fon facre ; mais 
cet obftacle fut bientôt levé : les Hongrois 
le jugeant capable de porter ce nouveau 
fceptre , lui envoyèrent leur agrément. Le 
premier événement mémorable de fon rè- 
gne , fut une diète qu'il tint à Nurember^-^. 
Il y fit plulieurs réglemens utiles , & fe di- 
clara le proteclcur du concile de Bafle. On 
abolit dans cette diète une loi qui fubfiitoic 
depuis Chailemagne. Cette loi , qui , com- 
me le dit un moderne , n'étoit qu'une n;a- 
niere d'aliàiTiner , s'appelloit le jugement 



22 A L B 

fecret , & confiftoit à condamner à mort 
une perfonne , fans qu'elle fût qu'on lui avoit 
fait fon procès. La foiblefl'e du gouverne- 
ment l'avoit rendu néceflàire , dans un temps 
où l'on n'eût pu févir contre un coupable 
puifTant , fans exciter des re'volces. L'ancien 
tribunal des Auftregues y fjbit une réfor- 
me. Ce tribunal avoit été établi pour juger 
les querelles des feigneurs, qui , fe croyant 
fupérieurs aux loix , s'arrogeoient le droit 
de venger , les armes à la main , les torts 
qu'ils prétendaient avoir reçus : mais ce qui 
dut rendre fon nom bien cher à l'Allemagne, 
ce fut cette atrention de taire défendre au 
pape, par le concile , de donner aucune ex- 
peftarive fur les bénéfices , dont la nomina- 
tion devoit appartenir aux chapitres àc aux 
com.munautés par une éledion canonique. 
Les annates furent fupprimées , comme un 
droit honteux &: à charge à l'églife. Ces 
fages décrets furent adoptés par le roi de 
France Charles VII , qui , dans une aflemblée 
d'états tenue à Bourges , arrêta la célèbre 
pragmatique-fandion qui affermit les liber- 
tés de l'églife Gallicane. Ces glorieux com~ 
mencemens donnoient à la Hongrie & à 
l'empire les plus heureufes efpérances ; mais 
la contagion qui fit périr la plus grande par- 
tie de l'armée qu'il conduifoit contre Amu- 
rat II , conquérant de la Servie , lui caufa 
la mort à lui-même. Il laiffa l'Europe dans 
les alarmes où la tenoient les rapides pro- 
grès des Turcs & des Tartares. Il étoit dans 
la quarante-fixieme année de fon âge , la 
deuxième de fort règne. L'impératrice Eli- 
fabeth , à laquelle il fut redevable de fon 
élévation , donna le jour à deux filles , qui 
furent Anne , mariée à Guillaume duc de 
Saxe ; & Elifabcth , qui époufa Cafimir III , 
roi de Pologne. Elle eut encore un fils pof- 
thume , qui fut Ladiflas , roi de Hongrie & 
de Bohême. ( M-v. ) 

Albert DE MECKLEMBOURG,(/ir/y?.<./£? 
Suéde. ) roi de Suéde , étoit fils d'Albert, 
ducdeMecklembourg, qui avoit époufé une 
fœur de Magnus , roi de Suéde. Ce royau- 
me s'étant foulevé contre Magnus Smeek , 
diverfes fadions offrirent la couronne à dif- 
férens princes ; mais le parti le plus puiflànt 
l;i plaça fur la tête du jeune Albert en 1365. 
Magnus s'appuya de l'alliance des rois de 
Danemarck & de Norwege , & marcha 



A L B 

contre fon concurrent. Albert ne l'attendit 
point ; il le prévint , lui préfenta la bataille 
dans la province d'L'pland, Se remporta 
une viftoire fignalée. Magnus , atteint 
dans la pourfuite , fut contraint de rendre 
les armes. Albert n'avoic entre fes mains que 
le plus foible de fes ennemis : le roi de Da- 
nemarck cherchoit à fomenter les troubles 
de Suéde, pour s'emparer lui-même de ce 
royaume, ^/i^rffentit qu'il falluit facrifier 
une partie de fes états pour conferver l'au- 
tre ; il céda au roi de Danemarck le Got- 
land , la Windowidie , la Mercie , la Vin- 
die , &: quelques places fortifiées. Ce traité 
fut bientôt violé , comme tous ceux qui 
font didés par la néceffité : Albert entra 
dans une ligue formée par tous les princes 
du Nord contre les rois de Danemarck &c 
de Norwege. Albert conquit la Scanie , & 
tourna fes armes contre Haquin : mais ce 
prince aima mieux porter la guerre dans les 
états de fon ennemi , que de la foutenir 
dans les fiens : il affiégea Stockolm. Albert 
prévit que la perte de la capitale entraîne- 
roit celle de la Suéde entière ; il entra en 
négociation , rendit la liberté à Magnus , & 
lui a/Tigna une peniion confidérable. En 
1376 il reprit les arm.es contre le Dane- 
marck , pour foutenir les prétentions d'Al- 
bert , duc de Mecklembourg , fon neveu. 
Ce prince étoit fils de l'ainée des filles de 
Valdemar. 11 devoit fuccéder ù ce prince ; 
mais les états placèrent fur le trône Olaiis , 
petit-fils de Magnus , qui ayant des droits 
fur la Norwege & la Suéde , pouvoir un 
jour réunir les trois couronnes fur fa tête , 
& donner plus de fplendeur au Danemiirck. 
La mort du prétendant termina la guerre ; 
Haquin le fuivit de près dans le tombeau , & 
l'on confia la régence des deux royaumics â 
la reine Marguerite, fa mère. C'eft cette 
princefie qu'on a furnommée la Semiraniis 
du Nord. Elle repoulfa deux fois les troupes 
à' Albert, defcendues dans la Scanie; le roi 
lui-même fe retira précipitamn-:enten Suéde. 
Il ne fongea plus à envaliir les états de fes 
voilms , mais à fe rendre abfolu dans les 
fiens. Il fe lafToit de dépendre des réfolu- 
tions du fénat , des confeils de l.i nobleffe , 
& des loix fondamentales de la monarchie. 
Il fentoit bien :jue le defpotifme feroit odieux 
à une nation libre , & qu'elle rongeroit long- 



A L B 

temps le frein qu'il vouloit lui donner. Il 
favoic que le véritable moyen de rendre le 
peuple foible & piifillanime, c'efi: de le ren- 
dre malheureux : il l'accabla d'impôts , & 
fli-tric Ton courage à force de mifere ; mais 
la noblefTe lui réliftoit encore , & paroiflbit 
difpofée à combattre pour fon antique li- 
berté. Albert appella dans 'a Suéde une mul- 
titude de gentilshommes du Mecklem- 
bourg , accoutumés à être les tyrans de leurs 
valîaux & les efclaves de leurs m.aîtres : il 
leur confia le gouvernement des provinces 
& la défenfedes châteaux, dépouilla la no- 
blefTepour les enrichir , les décora des plus 
éminentes dignités du royaume , en créa 
de nouvelles en leur faveur , emprunta des 
diiFérens corps de l'état des fommes qu'il ne 
rendit jamais , exigea de nouveaux fubd- 
des, & réduifit enfin fon peuple à cet excès 
d'indigence & d'oppreffion qui produit le 
défefpoir , &: dont renaît quelquefois la li- 
berté publique. 

La nobleile conjurée s'enfuit en Dane- 
marck l'an 1388 , & implora le fecours de 
Marguerite. Cette princefTe reçut les mé- 
conrens avec indifférence , pour les rendre 
plus prelfans , & leur fit elfùyer des refus , 
pour les m.cttre dans la néceffité de lui faire 
des offres proponionnées à fes defirs ambi- 
tieux. Lorfqu'elle eût, par degrés, difpofé 
les efprits , elle demanda la couronne de 
Suéde , pour prix de la guerre qu'elle alloit 
entreprendre ; elle lui fut promife. 

On arma de part & d'autre. Albert mar- 
cha avec confiance contre une femme dont 
il dédaignoit la foiblelîè. On en vint aux 
mains. Albert fut vaincu & fait prifonnier. 
La fituation de la Suéde n'en fut pas plus 
heureufe. Les villes qui fe déclarèrent en 
faveur à' Albert furent affiégées ; celles qui 
fe déclarej ent en faveur de la reine Mar- 
guerire , n'en furent pas plus à l'abri des fu- 
reurs de la guerre : des troupes de partifans 
coururent la campagne , & pillèrent tout ce 
que lavarice à"" Albert r\^\fo\t p.s englouii : 
d'avides étrangers vinrent de toutes les con- 
trées du Nord dév'orer une proie abandon- 
née à leur difcrétion : tous les navigateurs 
devinrent pirates , & les Suédois ne trouvè- 
rent plus d'afyle ni fur la mer , ni fur la 
terre. Jean de Mecklcmbourg entra dans la 
Sue.de à maki armée pour délivrer Albert ; 



A L B 23 

mais , vaincu lui-même, il fut contraint de 
fe retirer. On en vint à une négociation. 
Albert fut contraint de céder fa couronne à 
Marguerite ; & alla cacher fa honte dans 
le Mecklcmbourg , tandis que Marguerite 
afTembloit lesétats des trois royaumes à Cal- 
mar , où la célèbre union ^ui aflura la pof- 
fe/Tion des trois couronnes. 

Albert , tant que fon fils vécut , ne per- 
dit pas de vue le trône , & conferva quel- 
que efpérance d'y remonter. 11 croyoit que 
la pitié qu'on avoit conçue pour les mal- 
heurs du fils , afFoibliroit la haine qu'on 
avoit conçue contre le pcre. D'ailleurs ce 
jeune prince étcit plein de courage. Ses ta- 
lens pour la guerre &: pour la négociation 
s'étoient déjà développés ; mais la mort l'en- 
leva à la fleur de fon âge en 1397. Albert 
ne fongea plus qu'à pleurer dans fa retrai- 
te , fon tils , fa grandeur éclipfée & fes cri- 
mes. ( M. DE SACi^. ) 

Albert ( Jean ) , Hi ft.de Pologne , roi 
de Pologne , étoit le troilicme des enfans de 
Cafimir iV. Il avoit porté les armes contre 
les Tartares. Sa valeur n'e'toit point équivo- 
que ; & les défaites récentes de ces ennemis 
de la Pologne atteftoient cfu"il pouvoit las 
vaincre encore. Le peuple , tranquille du 
côté de la Ruffie , de la Hongrie & de 
l'Allemagne , ne redcutoit eue les Tartares , 
qui, malgré leurs échecs accumulés, me- 
naçoient toujours la Pologne. Il s'emjjreflà , 
après la mort de Cafimir en 1492. , à por- 
ter leur vainqueur fur le trône. Les cris de 
cette multitude étouffèrent ceux des parti- 
fans d'Alexandre, duc de Lithuanie , d'U- 
la.iillas , roi de Hongrie , & de Jean , duc 
de Mazovie. J-tan crut que , facisfait d'une 
couronne , fon fiere Uladillas ne viendroic 
plus lui difputer celle qu'il avoit obtenue : il 
fe hâta de faire alliance avec lui , pour en 
impofer à fes autres concurrens. Ce traité fit 
plus d'effet qu'il n'en avoit cfpéré. Le fultan 
Bajazet craignit que ces deux princes ligués 
ne s'armafient , pour venger fur fes états 
tous les maux que les Turcs avoient faits à 
la Ptlogne : il prévoyoït que la république 
de \^enife, trop foille pour lui réfiller, re- 
chercheroit l'appui de ces princes , & crut 
prévenir cette négociation par de magnifi- 
qi-:es préfens qu'il envoya à Jean Albert. Il 
le trom^ja : ce prince craignit les embûches 



24 A L B 

cach^lT fous les carefibs d'un ennemi , ou- 
vrit l'oreille aux confeils des ambafladeurs 
Vénitiens, fit de grands préparatifs contre 
la Turquie , força (es vaflaux & l'ordre teu- 
tonique même à lui fournir des troupes , & 
voulut attirer dans fon parti Ethienne , vai- 
vode de Valaquie , dont les états étoient , 
comme la Pologne , ouverts aux incurfions 
des Turcs. Le devoir de feudataire parloit 
à ce prince en faveur de Jean , fon intérêt 
lui parloit en faveur du fultan , &c l'intérêt 
fut préféré. Son intelligence avec Bajazet 
fut bientôt éventée : il fut déclaré rebelle. 
Albert , avant de porter fes armes contre les 
Turcs , crut devoir humilier un vafTal info- 
lent ; il l'adiégea dans fa capitale , livra 
plufieurs allants , & fut toujours repouflé. 
Ethienne devint aggrefleur, porta le défor- 
dre jufques dans le camp des Polonois , & 
força le roi à accepter la médiation du roi 
de Bohême qui ht la paix. Mais le vaivode 
ne vit dans ce traité qu'une arme plus fûre 
pour exterminer fes ennemis. L'armée Po- 
lonoife fe retiroit dans une fécurité profon- 
de , & ne s'occupoit plus que des fuccès 
qu'elle fe promettoit contre les Turcs. Elle 
marchoit lentement à travers des monta- 
gnes couvertes d'arbres , lorfque tout-à- 
coup on voit fortir des bois les Valaques 
rangés en bon ordre , & précipitant la cour- 
fe de leurs chevaux : on n'eut pas le temps 
de fe mettre en défenfe , tout ce qui s'étoit 
écarté fut d'abord mallàcré ; une partie de 
la noblefle fut égorgée ; des milliers de fol- 
dats périrent entaflés les uns fur les autres. 
Jejn voyoit la deftruûion de fon armée , & 
ne pouvoir ni la venger , ni la réparer ; il 
e'toit malade ; on le traînoit dans un cha- 
riot , & déjà les Valaques alloient l'enve- 
lopper , lorfque l'élite des Polonois échap- 
pés au carnage vint fe ranger autour de lui , 
foutint le choc des ennemis , & arracha fon 
roi de la mêlée. Ethienne fe flattoit de dé- 
truire dans la pourfuite ce qui lui étoit échap- 
pé dans le combat ; mais lorfque les Polo- 
nois eurent déployé en rafe campagne le 
refte de leurs forces , ils firent volte-face , 
préfenterent la bataille aux Valaques , & 
les mirent en déroute. 

Le vaivode , qui , après une perfidie fi noi- 
re & fi malheureufe , ne pouvoir plus comp- 
ter fur la clémence de Jean Albert , s'unit 



A L B 

aux Turcs & aux Tartares pour l'accabler j 
les troupes de ces puillànces entrèrent dans 
la Pologne par différeiis endroits , ravagè- 
rent les frontières , & portèrent la terreur 
julqu'au centre du royaume ; mais les ri- 
gueurs de l'hiver délivrèrent les Polonois 
d'un fléau li funefte : quarante mille enne- 
mis périrent , les uns de faim , d'autre^ con- 
fumés par la pefte , le relie engLuti dans 
les neiges. Bajazet & le vaivode demandè- 
rent la paix , à l'infiant où Jean lui-même 
fe préparoit à la leur demander. La négo- 
ciation ne fut pas longue , & le traité fut 
conclu. 

Pierre , fils d'Heley , prédécefTeur d'E- 
thienne , fut la vidime de cet accommode- 
ment. Il s'étoit mis fous la proteftion de la 
Pologne ; Ethienne exigea qu'il lui fût livré. 
Jean viola les droits de l'hofpitalité , les loix 
de l'honneur, & fa promeïïe folemnelle. Il 
ne livra pas l'infortuné prince , mais il lui 
fit trancher la tête en préfence des députés 
Valaques. Une lâcheté fi cruelle n'empê- 
cha point Schalmatey , chef des Tartares 
qui habiroient au-delà du Wolga , de re- 
chercher l'alliance du roi de Pologne ; il fe 
ligua avec lui contre les Mofcovites & le 
relie des Tartares ; mais Jean , aprè-. lui avoir 
laiffé faire les frais & fupporter les travaux 
de la guerre , fit fa paix en fecret , & l'a- 
bandonna à la fureur de fes ennemis. Albert 
rentra en Pologne , & fe préparoit à abaif- 
fer l'orgueil de l'ordre teutonique , qui re- 
fufoit de lui rendre hommage , lorfqu'une 
apoplexie l'enleva en 1501. 

C'étoit un prince cruel parfoiblefTe , ef- 
clave de fes préjugés comme de fes favo- 
ris , eftimant la vertu & n'ofant être ver- 
tueux , ne faifant rien par lui-même , ne 
voyant rien par fes yeux , laillant à fes fa- 
voris la gloire de tout le bien qu'il put faire , 
& ne fe réfervant que la honte des crimes 
qu'ils lui firent commettre. Il avcit remis 
toute fon autorité dans les mains de Phi- 
lippe Buonaccorû qui avoit été fon gouver- 
neur. C'étoit un pédant que , de nos jours , 
ont eût fait rentrer dans la pouffiere des col- 
lèges, mais qui, dans un fiecleprefque bar- 
bare , joua un rôle en Europe , gouverna 
la Pologne , diéla des loix , fit la paix & la 
guerre , & fut le maître de fon roi , comme 
il l'avoit été de fon élevé. (M. de Sacy.) 

ALBERTUS , 



A L B 

ALBERTUS , f. m, ( Comm. ) ancienne 
monnoie d'or qu'Albert , archiduc d'Autri- 
che , fit frapper en Flandre , à laquelle il don- 
na Ion nom. 

Cette monnoie eft au titre de vingt-un 
carats j|. On la reçoit à la monnoie furlepié 
de matieie pour pafTer à la fonte. Le marc 
eft acheté 690 livres , & il y a 90 carolus au 
marc ; conféquemment il vaut 8 1. 4. f. 4 d. 

ALBKSIE,(À////. anc. ) c'eft le nom de 
certains bouchers dont fe fervoient les Ai- 
biens , peuple de la nation des Marfes ; on 
les appelloit aufli atcaïuaiiJ. , à caule de leur 
étendue , parce que les Latins prenoient 
decumaiias & decinius pour maximus , cro- 
yant que ce qui tenoitledixiemeétoitleplus 
grand ; ainfi ils difoient jiuclus decumanus 
ou décimas , pour flaclus maximus y c'eit 
dans ce fens qu'Ovide a dit : 

decimce 

Ruit impetus undix. ( — j— ) • 

§ ALBl , ( Geogr. ) capitale de l'Albi- 
geois , dans le haut-Languedoc , fe nomme 
en latin cii-'itas Albienjium, Albiga ,Albia. 
Elle eft fituée fur le Tarn , érigée en arche- 
vêché en 1676. La cathédrale eft dédiée à 
fainteCecile:il y a un des plus beaux chœurs 
du royaume. On compte treize cardinaux , 
évéques d'Albi. Le chapitre fut fécularifé 
en 12.97. L'archevêque eft métropolitain de 
cinq évêques , & feigneur d'Albi , fans en 
avoir cependant la juiifdiâion. Son diocefe 
peut contenir environ trois cens vingt pa- 
roiffes , & lui rapporte 95000 liv. de reve- 
nu. Il y a une éledion , une viguerie , un 
préfidial , une juftice des eaux & forêts , & 
un bureau de maréchaufte'e. 

Albi , bâti fur un tertre, a une belle pro- 
menade appellée la lice : ce diocefe eft un 
pays abondant en bleds, en paftel , en vins, 
en fafran , en prunes & en bêtes à laine. 

Michel Leclerc , & Claude Boyer , de 
l'académie françoife , étoient nés à Albi , 
aufti-bien qu'Antoine Roffignol , dont l'é- 
loge fe trouve entre ceux des hommes iiluf- 
tres de Perrault. L. 19,49. /. 43,55,44. {C) 
Albi , ( Geogr.) petite ville appartenant 
au duc de Savoie , dans le Genevois. Elle 
eft fituée fur le penchant d'une montagne , 
au pié de laquelle il y a un torrent nommé 
le Ser2n. On la trouve en allant d'Aix à 
Annecy. Son mandement eft entre les lacs 
Tome IL 



A L B 25 

d'Annecy & de Bourget: c'eft un petit pays, 
borné au nord-oueft par le mandement de 
Rumilly ; à l'eft , par le mandement de 
Château-vieux & par le Baug^, au midi 
& à l'oueft , par les mandemens de Cham- 
bery &: d'Aix. Le Cheraine eft le fécond 
lieu confîdéiable du mandement d'Albi. 
Long. 23 , 42 ; lut. 45 , 50. [C. A. ) 

Albi , ( Geogr. ) ville d'Italie au royau- 
me de Naples , dans l'Abruzze ultérieure , 
& dans le petit quartier de Marfi , vers les 
frontières de l'écat deféglife, à trois milles, 
& au couchant du lac de Celano , en tirant 
vers Tagliacozzo , d'où elle n'eft éloignée 
que de fix milles. C'étoit autrefois une aftèz 
bonne ville, connue des Latins fous le nom 
à'Alba Marforum. On prétend que ce tut en 
cette ville que les Romains firent périr de 
mifere Perlée , dernier roi de Macédoine > 
Jugurtha , roi de Nimidie , & plufieurs au- 
tres. Ils y envoyoient ordinairement leurs 
captifs & leurs prifonniers d'état. ( C yi. ) 

ALBIAS, ( Geogr. ) petite ville de Fran- 
ce , dans le Querci , divifée en deux par la 
rivière d'Aveyrou. Elle eft marquée fur les 
cartes de Jaillot , au bord méridional de 
l'Aveyrou. (^C. A.) 

ALBICANTE ou CARNÉE , f i. c'eft, 
che\ les Fleurilhs , une anémone dont les 
grandes feuilles font d'un blanc fale , & la 
pluche blanche , excepté à fon extrémité 
qui eft couleur de rofe. 

* ALBICORE , f. m. poifTon qui a , dit- 
on , la figure & le goût du maquereau , mais 
qui eft plus grand. On le trouve vers les la- 
titudes méridionales de l'Océan , où il fait 
la guerre aux poifïbns volans. 

ALBIGEOIS , ( Geogr. ) canton du haut- 
Languedoc , dont Albi eft la capitale , & 
qui peut avoir dix lieues de long iSc fept de 
large. Il eft très-peuplé , & produit abon- 
damment du vin , du grain , des fruits & 
du fafran. Les principaux lieux de Y Albi- 
geois , font Albi , Cadalen , Cahufac , Caf^ 
telnau , Cordes , Dénat , Gailhac , l'Itle , 
Lombers, Monefîiers, Pam.pelone, Peclîclfy, 
Pennes , Rabaftens , Réalmur , Valence & 
Villeneuve. {C. A.) 

ALBlGEûlS,ad).pris fubft. (Theol.) fede 
générale compofée de plufieurs hérétiques 
qui s'élevèrent dans le xij'^. liecle , & dont le 
but principal étoit de détourner les chrétiens 

D 



20 A L B 

de la réception des faciemens , de renverfér 
l'ordre hiérarchique , & de troubler la difci ■ 
pline de l'églife. On les nomma ainfi parce 
qu'Olivier , un des difciples de Pierre de 
Valdo , chef des Vaudois ou pauvres de 
Lyon, répandit le premier leurs erreurs dans 
Albi , ville du haut-Languedoc fur le Tarn , 
& que cette ville fut comme le centre des 
provinces qu'ils infefterent de leurs opinions. 
, Cette héréfie qui renouveiloit le Mani- 
chéifme , i'Arianifme , & d'autres dogmes 
des anciens fedaires , auxquels elle ajoutoit 
diverfes erreurs particulières aux différentes 
branches de cette fede , avoit pris naiflance 
en Bulgarie. Les Cathares en étoient la tige ; 
& les Pauliciens d'Arménie l'ayant femée 
en Allemagne , en Italie &c en Provence , 
Pierre de Bruys & Henri la portèrent >^dit- 
on , en Languedoc ; Arnau de Brefle la 
fomenta ; ce qui fit donner à ces hérétiques 
les noms d'Henriciens , de Petrobujiens , 
à'Ariiaudifles,Cut!iares, Fijfres, Patarins, 
TiJPerûiids , Bons-Hommes , Publicains , 
Pajfugiens y (Sec. & à tous enfuite le nom 
général ^Albigeois. 

Ceux-ci étoient proprement des Mani- 
chéens. Les erreurs dont les accufent Ala- 
nus , moine de Cîteaux , & Pierre , moine 
de 'V'aux-Cernay , auteurs contemporains 
qui écrivirent contr'eux , font i^. D'admet- 
tre deux principes ou deux créateurs , l'un 
bon , l'autre méchant : le premier , créateur 
des chofes invifibles & fpirituelles ; le fé- 
cond , créateur des corps , & auteur de l'an- 
cien Teftament qu'ils rejetoient , admet- 
tant le nouveau , & néanmoins rejetant l'u- 
tilité des facremens. i^. D'admettre deux 
Chrifts ; l'un méchant , qui avoit paru fur 
la terre avec un corps fantaflique , comme 
l'avoient prétendu les Marcionites , & qui 
n'avoit , difoient-ils , vécu ni n'étoit refTuf- 
cité qu'en apparence ; l'autre bon , mais qui 
n'a point été vu en ce monde. 3*^. De nier 
la réfurredion de la chair , & de croire que 
.nos âmes font ou des démons , ou d'autres 
âmes logées dans nos corps en punition des 
crimes de leur viepafll'e ; en conféquence ils 
nioient le purgatoire, la néceffité de la priè- 
re poulr les morts , & traitoient de fables la 
créance des catholiques fur l'enfer. 4.^*. De 
condamner tous les facremens de l'églife ; 
de rejeter le baptême comme inutile \ d'a- 



A L B 

voir l'euchariftie en horreur ; de ne prati- 
quer ni confefTion ni pénitence ; de croire 
le mariage défendu : à quoi l'on peut ajou- 
ter leur haine contre les miniftres de l'églife; 
le mépris qu'ils faifoient des images & des 
reliques. Ils étoient généralement divifés en 
deux ordres, les pa/Juits & les crojaiis. Les 
parfaits menoient une vie auftere, continen- 
te , ayant en horreur le menfonge & le ju- 
rement. LescTqyj/2j , vivant comme le relie 
des hommes , éc fouvent même déréglés , 
s'imaginoient être fauves par la foi , & par 
la feule impoficion des mains des parfaits. 
Cette héréhe fit en peu de temps de ii 
grands progrès dans les provinces méridio- 
nales de la France , qu'en 1176 on la con- 
damna dans un concile tenu à Lombez , & 
au concile général de Latran en 1179. Mais 
malgré le zèle de S. Dominique & des au- 
tres inquifiteurs , ces hérétiques multiplie's 
mépriferent les foudres de l'églife. La puif- 
fance temporelle fe joignit à la fpirituelle 
pour les terraffer. On publia contr'eux une 
croifade en iz 10 ; & ce ne fut qu'après dix- 
huit ans d'une guerre fanglante , qu'aban- 
donnés par les comtes de Touloufe leurs 
protedeurs , & affoiblis par les vidoires de 
Simon de Montfort , les Albigeois pourfui- 
vis dans les tribunaux eccléfiaftiques , & li- 
vrés au bras féculier , furent entièrement dé- 
truits , à l'exception de quelques-uns qui fe 
joignirent aux Vaudois des vallées de Pié- 
mont , de France & de Savoie. Lorfqueles 
nouveaux réformés parurent, ces hérétiques 
projetèrent de fe joindre aux Zuingliens , 
& s'unirent enfin aux Cal viniftes , fous le rè- 
gne de F'rançois I. L'exécution de Cabrie- 
res , & de Mérindol , qu'on peut lire dans 
notre hiftoire , acheva de difïïper les refies 
de cette f>;de dont on ne connoît plus que 
'e nom. Au relie , quoique les Albigeois fe 



foient joints aux Vaudois , il ne Faut pas 
croire que ceux-ci aient adopté les opinions 
des premiers ; les Vaudois n'ayant jamais 
été Manichéens , comme M. Boiliiet l'a dé- 
montré dans fon Hijl des l'.iriations , lit-'. 
XI. Petrus Vall. Cern. Sa.ideriis, Baroiiius, 
Spondan. de Marca , Boiïîiet , Hifi. des 
Vari-it. Y)ivpm Biblioth. ejckf.fecle xij &c 
xiij. (G). 

ALBIGNI , ( Geog. & Hifi. anc.) village 
prés de Lyon , qu'on croit avoir tiré fon aoECi 



A L B 

du long féjour qu'y a/oient fait les troupes 
d'Albin : Albiniacum quafi Albini cdjîruni. 
Aloin , fils de Cejonius Pofthumiis , né à 
AJrume:e en Afrique, d'abord Ccfar , prie 
le txaeà' Aiigufle ^ci^a .nà il apprit lesdcîîeins 
de l'empereur Sévère contie lui. De la Bre- 
tagne , il i-aîlà dans les Ga^îles avec une ar- 
mée nombrcùfe , i^ s'avança jafqu'à Lyon , 
qui fe détiara pour lui. il remporta dans 
les comrrencemens d'aflbz grands avanta- 
ges lur les lieLice.ians de Sévère: il défie entre 
autres,p;è. de Lyon , peut-être dans l'endroit 
même qu'on nomme Albigni , Lupus qui 
commandoie un gros corps de troupes. Ce 
fut fans doute en ce temps-là que les Lyon- 
nois , attachés à la fortune d'Albin , confa- 
crerent à Jupiter un monument de fes pre- 
miers exploita , qui leur donnoient de gran- 
des efpérances ; on le découvrit , il y a 170 
ans , à Albigni même : l'infcription eft fur 
un marbre qui , du c binet de M. de Boze , 
pafTa à celui de M. Foucault , confeiller d'é- 
tat. Elle eft mal rapportée dans M. Spon , 
& le père Méneftrier : la voici telle que M. 
de Boze l'a copiée lui-même. 
/. O. M. 
Cl. Albino. c. fu. c. p. gaz. auc. 
et luc. libertatis. awers. 
severum acerrj mo vindici. 
Elle fe lit naturellement ainfi : 
Jovi opn>7:o maximo. 
ClodioAlbiiio conjurjtorum fugatis copiis 
proteclori Gulliurum Augullo, ij Lugdunen- 
jium libcrcatis adi'erfiis Sererum acerrimo 
vindici. Voyez Hifl. ù Mém. de Vac.id.des 
Infcrip. wn. I. in-il , p. 173. (C) 

"ALBINOS, ( G/og. ) peuples d'Afrique , 
qui ont les cheveux blonds , les yeux bleus, 
& le corps fi blanc , qu'on les prendroit de 
loin pour des Hollandois ou des Anglois ; 
mais à mefure qu'on s'approche d'eux , on 
en voit la différence. La blancheur de leur 
teint n'eft point une couleur vive & natu- 
relle ; elle eft pâle & livide comme celle 
d'un lépreux ou d'un mort. Leurs yeux font 
foibles & languiftans ; &; ce qu'il y a de lin- 
gulier , c'eft qu'ils les ont fort bnllans à la 
clarté de la lune. Les Nègres regardent ces 
Albinos comme des monftres , & il.-, ne leur 
permettent point de fe miiltiolier. On peut 
conjecturer que ces Albinos font une variété 
del'efpece humaine,plus nouvelle fws doute 



A L B 17 

que la nôtre , & chez qui la progrefTion des 
forces , & la perfedion des fens n'a acquis 
encore qu'un degré médiocre. J'imagine 
même que li l'on ttudloit cette efpece d'hom- 
mes , &; Il on l'afiocicit à d'autres hommes 
plus roburtes & plus perfcdionnés , elle fe 
perfectionreroïc elle-même plutôt. Ce font 
fur de pareils objets , que le^ académies & 
les univerlités devroient faire leurs principa- 
les recherches. ( C A. ) 

* ALBION , ancien nom de la grande 
Bretc gne. Les conjeâures que l'on a formées 
fur l'origine de ce nom nous paroillent II va- 
gues , que quand elles ne feroient pas hors d» 
notre objet, nous n'en rapporterions aucune. 

'^ ArBlON, {U nout^e lie) pâme de f Amé- 
rique feptentiionale , découverte & nom- 
mée par J^iacke en 1578. Elle eft voiiine 
du Mexique & de la fioride. 

* ALBIQUE , f. f. nom qu'on donne à une 
efpece de craie ou terre blanche qui a quel- 
que reflemblance avec la terre Iigillée , & 
qu'on trouve enplufieurs endroits de Fiance. 

ALBISOLA , (Gebg-.) petite villed'Italie, 
dans l'état de Gênes , où l'on fabrique une 
aftez bonne porcelaine. Plufieurs nobles de 
la république y ont des maifons de cam- 
pagne. Les Anglois y jetèrent des bombes 
en i74^.Zo/;g-. 25 , 50 ; /ar. 4+ , 15. (G.^.) 

ALBKAA ou BoccA , ( G.ogr. ) grande 
plaine d'Afie en Sourie ou Sy rie,dans le gou- 
vernement de Damas. Elle iépare l'anti- 
Liban du Liban : fon fol eft une terre rouge , 
où le grain ne réulfit pas ; mais il produit en 
dédommagement ces bons raifins qui nous 
viennent de Damas. ( C. A. ) 

* ALBLASSER-WAERT, (Gfbg.) pays 
de la Hollande méridionale , entre la Meute 
(Se 1g LgcIc 

* ALBOGALERUS , f. m. bonnet des 
Flamines Diales ou des Flaminesde Jupiter. 
Ils le portoient toujours , & il ne leur étoit 
permis de le quitter que dans la maifon. Il 
étoit fait , dit Feftus , de la peau d'une vic- 
time blanche : on y ajoutoit une pointe 
faite d'une branche d'olivier. 

ALBOLODUI , iCeog) petite ville dEf- 
pagne au royaume de Grenade. Elle eil: fituée 
au confluent de deux petites rivières , qui 
viennent des montagnes nommées en Efpa- 
gnol los alpuxarrds , entre Almerie & 
Guadix , au nord de la première , & aa 

D i 



28 A L B 

fud de la dernière. Long. 15 , 30 ; lat. 35 , 
55. {C.A.) 

* ALBORA , efpece de gale ou plutôt 
de lèpre dont Paracelfe donne la defcrip- 
tion fuivante. C'elt , dit-il , une complica- 
tion de trois chofes ; des dartres farineufes ^ 
du ferpigo , &: de la lèpre. 

Lorlque plufieurs maladies dont l'origine 
eft différente viennent à fe réunir , il s'en 
forme une nouvelle à laquelle il faut donner 
un nom différent. Voici les lignes de celle- 
ci. On a fur le vifige des taches femblables 
zu ferpigo ; elles fe changent en petites puf 
tules delà nature des dartres farineufes : quant 
à leur terminaifon , elle fe fait par une éva- 
cuation puante par la bouche & le nez. Cette 
maladie , qu'on ne connoît que par fes fignes 
extérieurs , a aulïï fon fiege à la racine de 
la langue. N'^oici le remède que Paracelfe 
propofe pour cette maladie qu'il a nommée. 

Prenez d'étain , de plomb , d'argent , de 
chacun une dragme ; d'eau diltillée de 
blanc -d'ccufs demi-pinte : mêlez. Il faut 
difliller les blancs-d'œufs après les avoir fait 
cuire, verfer l'eau fur la lijpaille des métaux, 
& en laver ra/3ori2. Paracelfe, de apoflema- 
tibus. Voy. Dartre , Serpigo , Lèpre. 

* ALBORNOZ , f m. manteau à capu- 
ce fait de poil de chèvre , & tout d'une pie- 
ce , à l'ufage des Mores , des Turcs , & des 
chevaliers de Malte , quand ils vont au 
camp par le mauvais temps. 

ALBÛUR ou AULBOURG , arbre 
mieux connu fous le nom ^ébcnier ou de 
faux éhenier. Voye^ EbeNIEPv. (/) 

* ALBOURG , ( Geog. ) ville de Dane- 
marck dans le Nord Jutland. L. 27 ,• /. 57. 

ALBOURS , ( Geogr. HilL nat. ) mon- 
tagne près du mont Taurus , à huit lieues de 
Herat. C'eft le plus fameux volcan que l'on 
connoifîe dans les illes de l'océan Indien. 
Son fommet fume continuellement , & il 
jette fréquemment des flammes , & d'autres 
matières , en fi grande abondance,que toute 
la campagne des environs eft couverte de 
cendres. Hifl. nat. avec la Defcripdon du 
cabinet du roi , tome II. (C) 

* ALBRAND ou ALEBRAN , ou 
ALEBRENT , nom qu'on donne en Vé- 
nerie au jeure canard , qui devient au mois 
d'oûotre canardeuu , & en novembre ca- 
nard ou oifeau de rivière. 



A L B 

■ ALBRENE , adj. terme de Fauconnerie^ 
fe dit d'un oifeau de proie qui a perdu en- 
tièrement ou en partie fon plumage. On dit : 
ce gerfaut efl albrené , il faut le baigner. 

ALBRENER, v. n. veut dire cliaffer 
aux albrar.ds : il fait bon albrener. 

* ALBRET ou LABRIT , {Géog) ville 
de France en Gafcogne , au pays d'Albret. 
Long. 17 ,• lût. 44. , 10. 

ALBUFEIRA , ( Geogr. ) lac de l'ille 
Majorque , dans la Méditerranée. Il peut 
avoir environ douze mille pas de circonfé- 
rence j ai communique avec la mer par un 
golfe nommé Grac Major. {C. A.) 

Albufeira, ( Geogr. ) petite ville du 
royaume de Portugal , dans la province 
d'Âlgarve. Elle eft fituée fur le bord de la 
mer , entre Lagos à l'occident , Faro à l'o- 
rient , Sylves au nord. Long. 9,25 ,- lat. 
37. {C.A. ) , 

ALBUGINEE , adj. f en Anatomie , eft 
la tunique la plus extérieure de l'œil , ap- 
pellée autrement conjcnûive. Voye^ CON- 
JONCTIVE. Ce mot vient du Latin albus , 
blanc ; la tunique albuginc'e recouvrant le 
blanc de l'œil. Voye\ (ElL. 

Albuginc'e eft aulfi la troifieme des tuni- 
ques propres du tefticule ; elle eft appcllée 
albuginée , parce qu'elle eft blanche. Elle eft 
nerveufe , épaifle & ferrée , & couvre im- 
médiatement la fubftance du tefticule. 

La f'urface extérieure de cette membrane 
eft lillè , polie & humide ; mais fa face inté- 
rieure , qui eft adhérente au corps du tefti- 
cule, a toujours des afpérités & des inégalités. 

Cette tunique reçoit en fa partie fupé- 
rieureles vailfeaux fanguins , les nerfs & les 
vaiffeaux lymphatiques , qui fe diftribuent 
enfuite au tefticule par plufieurs ciivifions & 
fubdivifions qui parcourent toute fa fubftan- 
ce. V. Testicule & Scrotum. (-+-) 

ALBUGO ou TAIE , eft une maladie 
des yeux cii la cornée perd fa couleur na- 
turelle , & devient blanche & opaque. 

La caie eft la même chofe que ce qu'on 
appelle autrement leucoma , KivKay.ci.. Voy. 
Leucoma & Taie. 

Albugo ou Leucoma yC. m.{Chir.) 
c'eft une tache blanche & fuperficielle qui 
furvient â la cornée tranfparente par un 
engorgement des vaiffeaux lymphatiques de 
cette partie. Ce vice empêche la vue tant 



A L B 

qu'il fubfîfte. Il ne faut pas confondre l'a/- 
bugo avec les cicatrices de la cornée : les 
cicatrices font ordinairement d'un blanc lui- 
fant & fans douleur ; ce font des marques 
de guérifon , & non de maladie. Ualbugo 
efl: d'un blanc non luifant comme de craie , 
& eft accompagné d'une légère fluxion , 
d'un peu d'inflammation & de douleur , & 
d'un petit larmoyement ; il arrive fans qu'au- 
cun ulcère ait précédé : la cicatrice au con- 
traire efl la marque d'un ulcère guéri. 

Ualbugo peut fe terminer par un ulcère ^ 
& alors après fa guérifon il laillè une cica- 
trice qui ne s'efface point. 

Pour guérir Vdlbugo, il faut prefcrire les 
remèdes généraux propres à détourner la flu- 
xion : on fait enfuite ufage des remèdes par- 
ticuliers. Les auteurs propofent les remèdes 
acres & volatils pour diflbudre , détacher & 
nettoyer Yalhugo,commc les fiels de brochet, 
de carpe ou autres poiifons ; ou ceux de per- 
drix , d'cifeaux de proie &: autres , dans lef- 
quelson trempe la barbe d'une plume pour en 
toucher la tache deux fois par jour. M. Me. 
Jean confeille entr'autres remèdes le collyre 
fec avec l'iris , ie fucre candi , la myrrhe , 
de chacun un demi-gros , & quinze grains de 
vitriol blanc. Un s'eft fouvent fervi avec fuc- 
cès d'un mélange de poudre de tuthie , de 
fucre candi «Si de vitriol bine a parties éga- 
les qu'on foufflefur la tache avec un fétu de 
paille ou un tuyau de plume. ( Y) 

ALB UM, ( Antiq. Rom. ) tablette ou ta- 
bleau blanchi , fur lequel on écrivoir, regif- 
tre, catalogue, rôle; ainli, album pnvtoris 
étoit. le regiftreoù l'onécrivoit les édits du 
préteur , les noms des afpirans à quelque char- 
ge, les caufes que l'on devoir juger: album 
decurionum , le catalogue où l'oninfcrivoitle 
nom des décurions : albumfeiiatorum , &c. 

Album eft aulfi parmi les modernes , un 
livre blanc , des tablettes , dont les négocians 
& les voyageurs fe lervent pour leur marque 
ordinaire : les voyageurs Allemands, fur-tout, 
ont en poche un album : un voyageur de cette 
nation , dit M. de Voltaire , pafTant à Blois , 
eut une conteflacion avec fo.i hôteffe , qui 
étoit roufTe , &: marqua furfon album: Tou- 
tes les femmes âj Blois foric roufîes & aca- 
riâtres ; c'eft ainli que jugent quelques voya- 
geurs , & que d'ancres ofenC écrire. (— j— ) 

§ ALBUMINEUX, ( Anat. ) Le blanc 



ALB ^ 29 

d'œuf a prefque les mêmes propriétés que la 
lymphe ; c'efî à caufe de cette refTemblance , 
que M. Quefnay s'efl fervi du mot é'albumi- 
lieux , pour défîgner la lymphe & les humeurs 
de fon efpece. La lymphe tient un milieu 
entre le fang& les humeurs aqueufes. Plus 
légère , moins inflammable que lui , elle 
diffère des humeurs aqueufes, & elle refïem- 
ble aufang, par la facilité avec laquelle elle 
fe prend par la chaleur , & fur-tout pat le 
mélange des efprits acides & vineux. La 
chaleur feule , poufTée à 150 degrés de 
Fahrenheit, qui répondentà 54 de Réaumur, 
fait épaiflir la lymphe , & en fait une gelée ; 
les efprits , donc nous avons parlé , en font 
de même. Des caufes méchanique'> épaifTif- 
fent également cette liqueur; on en fait des 
membranes en la battant , & le polype n'eil 
autre chofe , que la lymphe coagulée. C'eft 
elle encore qui forme la couenne du fang , 
nous l'avons vu fortir des artères d'un an ima!, 
ouvertes avec la lancette , former un brouil- 
lard autourde l'ouverture , fe prendre & la 
fermer en peu de minutes. 

Le principal élément de la lymphe , c'eil 
l'eau : on n'y remarque point de globu- 
les ; jamais le microfcope ne nous en a mon- 
tré d'autres que des globules rouges : aulli 
n'y trouve-t-on point de fer ; il y a de la 
mucofité. L'analyfe chymique en produit 
des fels, de l'huile & de la terre : cette huile 
efl inflammable. Il eft elîentiel à l'huile de 
s'enflammer. Il entre beaucoup moins d'huile 
dans la lymphe que dans le fang, qui prend 
feu lui-même quand il eft fec , au lieu que 
les liqueurs albumineufes deviennent une 
efpece de gomme lèche, dure & prefque 
friable. La terre contenue dans la lymphe 
eft vitrifiable. ( H. D. G. ) 

Albumineux , adj. {Phyfiol.)fuc alhn- 
mineux. Dans l'économie animale , eft 
une efpece d'huilefort fixe, tenace, glaireufe 
& peu inflammable , qui forme le fang & les 
lymphes des animaux. Voy. Suc & HuiLE. 

L'huile albumuieufe a des propriétés fore 
fmgulieres, dont il eft difficile de découvrir 
le principe : elle fe durcit au feu , & même 
dans l'eau chaude ; elle ne fe laiffe point 
délayer par les liqueurs vineufes , même par 
l'efprit-de-vin , ni par l'huile de térébenthi- 
ne , & les autres huiles réfineufes fluides; 
au contraire ces huiles la durcifTent. Elle 



•30 A L B 

contient aflez de fel tartareux pour être fort 
fufcepcible de pourriture , fur-tout lorfqu'el- 
le ell expoi'ée à l'adion de l'air : mais elle 
n'efè fujecte à aucun mouvement de feimen- 
tacion remarquable , parce que fon fel efl: 
plus volacilifé & plus tenacement uni à l'huile 
que celui des vége'caux ; aulïï le feu le fait-il 
facilement dégénérer en fel alkali vola.il ; 
ce qui n'arrive prefque pas au fel tartareux 
des végétaux , fur-tout lorfqu'il n'eft encore 
uni qu'à une huile mucilagineafe. L'indii- 
folubilité , le caraâere glaireux , & le dé- 
faut d'inflammabilité de cette huile , lui 
donnent beaucoup de conformité avec l'huile 
muqueufe ; mais elle en diffère par quelques 
autres propriétés , & fur-tout par le fel 
qu'elle contient, & dont l'huile muqueufe 
efl: entièrement ou prefqu'entiérement pri- 
vée. V. EJf. de Payf. par M. Quefnay. {L) 

* ALBUNEE, la dixième des Sibylle.. 
Varron dit qu'elle étoit de Tibur ; c'eft au- 
jourd'hui Tivoli. Elle y fut adorée : elle eut 
une fontaine & un bois confacrés près du 
fleuve Anis. Oa dit que fa fl:atue fut trou- 
vée dans le fleuve ; elle étoit repréfentée 
tenant un livre à la main. 

* ALBUQUERQUE, (G/o^r.)vilIe d'Ef- 
pagne dans l'Eltramadure. Long, ii , 40; 
Lt. 38 , 51. 

* ALBURNE, f. m. Ce fut d'abrd le 
nom d'une montagne de Lucanie , puis ce- 
lui du dieu de cette montagne. On dut à 
M. ^Emilius Metellus laconnoiflàncede cet- 
te nouvelle divinité. 

ALBUS , f. m. i^Comm.') petite monnoie 
de Cologne, qui vaut deux creuzers,& le creu- 
zer vaut un fou fix derniers , & -- de denier ; 

iinÇiV albus vaut neuf deniers^ de France. 

ALBUSEME , ( Géogr.) petite ille de la 
Méditerranée , fur la côte du royaume de 
Fez , en face d'un bourg qui porte le même 
nom. ( C. A. ) 

ALBUZINKA, {Géogr.) c'ell la forte- 
refle la plus reculée que la czarine pofleJe 
dans la Tartarie Mungalienne. Elle efl fur la 
rivière d'Amura , à douze cens lieues de 
Moskou. ( C. A. ) 

ALCA , {Geogr.) petite ifle très-fertile , 
dans la mer Cafpienne , fur la côte de Taba- 
refl:an. C'eft l'ille la plus conl'idérable de cette 
mer.iC.A.) 



Aie 

ALCABENDAS , ( Geogr. ) très-jolie 
petite ville d'Efpagne , dans la nouvelle 
Caflille. Elle eft lituée au nord , & à trois 
ou quatre lieues de Madrid. On y voit de 
belles maiions de campagne aux environs. 
Long. 14 , 2.0 ; ht. 40 j 35, ( C. A. ) 

è ALCAÇAR D'OSAL, {Geogr.) Ce:te 
pe.ire ville de Portugal a un château qui 
palï'e pour imprenable. On y fait du très- 
beau fel blanc , qui lui donne beaucoup de 
réputation: elleeit à lix lieues de la mer, & 
à quatorze fud-eft de Lisbonne. ( C. A. ) 

§ ALCAÇAR QL'IVIR ou Alcazar. 
QUiVIR , {Geogr.) ville d'Afrique, ùc. Elle 
fut fondée par Almanzor IV. Ce fut près 
de cette ville , en 1 578 , que trois rois per- 
dirent la vie le même jour, dans une bataille : 
Abdemelec, roi de Maroc , Mahomet qui 
prétendoit l'être aufTi , & Sébaftien , roi de 
Portugal. Les deux premiers font bien & 
duement morts; mais Sébaftien a été tranf- 
porté dans quelque ille enchantée où il attend 
l'occafion propice pour venir un jour réta- 
blir la puilîancedu royaume de Portugal , & 
le rendre le premier du globe.C'eft l'opinion 
delà plupart des Portugais qui comptent fur 
ce miracle avant leur mort , & qui meurent 
toujours fans le voirs'effcftuer. {C.A.) 

Alcaçar de Guette, {Geogr.) petite 
ville d'Efpagne daiis la nouvelle Caftille. 
Elle eft dans une belle plaine, entre Cuenza 
& Guete , avec lefquelles elle forme prefque 
un triangle. Cette ville n'a rien de remar- 
quable. Long. 15 , 30 ; Lu. 40, 10. {C. A.) 

ALC ACENAS , {Geogr) petite ville de 
Portugal dans la province d'Entre-Teis & 
Guardiana. Elle elt au fud-eft d'Evora , & à 
foueft d'AIcaçar d'Ofal , fur un bras de la 
rivière de Zadaon. Il n'y a rien de remar- 
quable dans cette ville. Long. 10 , 25 ; lac. 
3§, 2^. {C.A.) 

ALCADE , f. m. ( Hifi. mod. ) en Efpa- 
gne , eft un juge ou officier de judicature , 
qui répond à-peu-près à ce que nous appel- 
ions en France un prérot. 

Les Efpagnols ont tiré le nom à^ alcade , 
àsValcaïde àsi Mores. V. KlCK'ioz. {G) 

ALCADETE, {-Géog.) petire ville d'Ef- 
pagne dans la nouvelle Caftille. Elle eft fituée 
fur une petite rivière qui fe jette dans le 
Tage , non loin de-là. Lor.g. 13, 50 ; lat. 39 . 
30. {C.A.) 



A L C 

ALCAI , ( Geogr. ) montagne très-haute 
& très-fertile, dans le royaume de Fez , à 
douze lieues de la capitale de ce nom. Elle 
eft auffi très-forte par fa fituation. Plufieurs 
particuliers du pays riches & puiflans , y 
habitent. (C. A.) 

ALCAIDE ou ALCAYDE , fub. m. 
{Hiji. mod.) chez les Mores , en Barbarie , 
eft le gouverneur d'une ville ou d'un châ- 
teau , fous l'autorité' du roi de Maroc. Ce 
mot eil compofë de la particule a/ , &: du 
verbe "isp, kadonakad, gouverner, régir , 
adminiftier. 

La jurifdiûion de Valcaïde eft fouverai- 
ne , tant au criminel qu'au civil ; & c'eft à 
lui qu'appartiennent les amendes. (G) 

ALCAIQUES , adj. {Littérat. ) dans la 
poéfie greque & latine, eft un nom com- 
mun à plufieurs fortes de vers , ainli appel- 
les du nom SAlcee , à qui on en attribue 
l'invention. 

La première efpece d'alcjïques eft de vers 
de cinq pies , dont le premier eft un fpon- 
dée ou un ïambe ; le fécond un ïambe , 
le troilieme une fyllable longue , le quatriè- 
me un dactyle , & le cinquième un dac- 
tyle ou un amphimacre , tels que font ces 
vers d'Horace : 

Omnes\eo\dem\cogimur , \ omnium] 
J^erfa\tur ur\na \ferius \ ocyus \ 
Sors exitura , 

La féconde efpece confifte en deux dac- 
tyles & deux trochées , tel que celui-ci : 

Exili\um impofi \ tura ' cymhiX. 

Outre ces deux premières fortes qu'on 
appelle alca'iqnes daclyles , il y en a une 
troifieme qui s'appel'elimplementj/t'ji'i/u^, 
dont le premier pic eft un épitrite, le fécond 
& le troilieme deux choriambes , & le qua- 
trième un bacche , comme celui-ci : 

Cur timet fld\vuoi tiierim [rungere, ciiroli\vum ? 

L'ode alca'ique coîififte en quatre ftrophes, 
de quatre vers chacune , dont les deux pre- 
miers font de vêts alcaïques de la premiè- 
re efpece ; le troilume un ïambe dimetre 
hypercataledique , c'eft-à-dire , de quacre 
pies & une fyllabe longue , tel que celui-ci : 

frans mu\tat in\cer\tos ho\nores{. 



AL C 31 

& le quatrième eft un alca'ique de la fécon- 
de efpece , tel que le dernier de la ftrophe 
fuivante : 

Non pojjldentem multa vocareris 
Rec7e beatum : reclius occupât 
Nomen beau , qui deorum 
Muneribus fapienter uti , &c. Horat. 

Pour peu qu'on ait l'oreille de'licate , on 
fent combien les vers a/c-j/yufj, mais fur- 
tout ceux dont eft formée cette ftrophe , 
font harmonieux. Auftl Horace les appelle- 
t-il les fons mâles & nerveux d'Alcée , mi- 
naces Alcixi camœncv. [G) 

* ALCALA LA REALE, (Geo^.) ville 
d'Efpagne dans l'Andaloufie , près de la ri- 
vière deSalado. Zong-. 14, 30 ; lat. 37 , 18. 

* ALCALA DE HENAREZ, (GV'o^^r.) 
ville d'Efpagne dans la nouvelle Caftille , 
fur la rivière de Henarez. Long. ij. , 31 j 
Lit. 40 , 30. 

* ALCALA DE GUADAIRA , {Geog.) 
ville d'Efpagne dans l'Andaloulie , fur la 
rivière de Guadaira. Long. 12, 40 ; lat, 

35. 15- 

ALCALESCENT , TE , adj. en r.éde- 
cine , qui n' eft pas tout-à-faitalkali , qui ap- 
proche de la nature dufel lixii'iel. Boerhaa- 
ve, comm. Pourquoi les chofes naturellement 
acefcentes, ou alcalefcentes n'eftuyeroient- 
elles pas dans l'eftomac les mêmes dégé- 
nérations qu'elles foufFrent au dehors ? (Z) 

ALCALI , royei AlKALI. 
^ ALC AMENE, {Hifl.de Sparte.) petit- 
fils d'Archelaiis , fuccéda au trône de Sparte 
dont fes vertus le rendoient encore plus 
digne que fa naifiance. Il régna dans un 
temps où lesinftitutionsde LycurgueétoienC 
dans toute leur vigueur , & il en obfervoit 
toute l'auftérité. Il tlit moins fenlible à l'am- 
bition de faire des conquêtes qu'à la gloire 
d'être le pacificateur de fes voifins. Les 
Cretois agités de diflentions domeftiques , 
le choifirent pour arbitre de leurs ditFérens; 
il leur envoya un Spartiate intègre qui étoufFa 
le germe des faâions parmi ces infulaires. 
Pendant qu'il faifoit régner le calme dans la 
Grèce , les habitans d'Elos , qu'Agis y avoic 
laiftes , préparoient les orages fur la Laconie , 
& foutenus des Argiens , ils tentèrent de 
s'affranchir du joug des Lacédémoniens. 
Alcamene tpaicha contre eux , les défit , Se 



3i A L C 

pour les mettre d;ins uns éternelle împulf- 
îknce de fe foulever , il rafa leur ville , & 
appéfantit encore le joug dont ils étoientdcja 
accable's. ( T-N- ) 

* ALCAMO , ( Geogr. ) ville de Sicile , 
au pie du mont Bonifkti. Long. 30 , 42 ; 
lat. 38 , 2. 

* ALCANA , f. m. Le troefne d'Egypte 
fournit à la teinture un rouge ou un jaune 
qu'on tire de fes feuilles , félon qu'on em- 
ploie cette couleur : un jaune, lî on le fait 
tremper dans l'eau ; un rouge , h on le laiflb 
infufer dans du vinaigre , du citron , ou de 
l'eau d'alun. On extrait des baies de la mê- 
ir.e plante, une huile d'une odeur très-agréa- 
ble ; on en fait ufage en médecine. 

ALC AMIZ , ( Geogr.) petite ville d'Efpa- 
gne en Aragon , avec un château fur la rivière 
de Guadolape , à quatre lieues & au midi de 
Cafpe , &: prés des frontières de la Catalogne. 
On prétend que c'eftlaLéonica dePtolomée 
oue d'autres placent à Oliete. (C A.) 

§ ALCANNA , f m. [Hifl. nat. Bouniq.) 
arbrilfeau de la famille des cilles , dans la 
feftion de ceux qui ont les feuilles oppofées , 
£v des fleurs complètes. Rheede en a donné 
une aiïez bonne figure dans fon Hortus 
MaLibùviciis y fous le nom Malabare mail- 
anfchi , l'olume I , pi. XL , p. 73- Celle de 
Rumphe , fous le nom de cypriis alcanna, eft 
meilleure, quoiqu'incomplette. Herbarium 
Amboinicum, v. 1 V-^p. àfZjpl. XVIL Enfin 
celle de Plukenet efl: encore meilleure , mais 
avec moins de détail fous la dénomination 
de rhamnus Malabiricus mail-anfchi dlclce 
Jimilis è MjderafpatanPhytograph.pl. XX, 
fig. I. Almageji. pag. 318. Les Brames l'ap- 
pellent mety, les Malays drum lacca, les Sé- 
négaloisybuiyf/2/2 y les Arabes alcanna alhen- 
na , les Hébreux copher, les anciens cyprus, 
lelon Profper Alpin. Jean Commelin le 
défigne feus le nom de oxiacanthœ affinis 
/rialubarica racemofafub Jh^o flore , dans 
fes notes fur V Hortus Malaburicus , ^o/. J, 
pag. 74 ; & M. Linné , fous celui de lau^- 
fonia fpinofa, rawis fpinojis : Syftem. nat. 
edit. 12 , pag. 267 , n". 2. 

'V alcanna a à-peu-prés la forme conique 
d'un grenadier ; il croît à la hauteur de i ^ 
à 18 pies, ayant un tronc d'un pié à un 
pié un tiers de di.imetre ; croît couvert du 
bas en haut de branches poiur l'ordinaire 



ALC 

oppofées en croix , quelquefois alterne» ; 
étendues horizontalement, longues , menues, 
droites , roides, terminées communément 
en une pointe qui forme une épine comme 
dans le grenadier. Leur bois ell blanc , fore 
dur, & recouvert d'une écorce cendrée, 
mais verte intérieurement , ridée & fendue 
dans les vieilles branches , & lille dans les 
jeunes qui font un peu quarrées. 

Ses fviuilles font communément oppofées 
en croix & quelquefois alternes , difpofées 
d'une manière alfez ferrée fur les jeunes 
branches qu'elles couvrent entièrement. 
Elles font elliptiques , pointues aux deux 
bouts, longues d'un à deux pouces au plus , 
une à deux fois moins larges, minces, mais 
fermes , liflès , luifantes , unies , un peu 
repliées en-defTous, à nervures peu fenfibles, 
d'un verd ordinaire , & portées fur un pédi- 
cule demi- cylindrique fort court. 

Il n'y a communément de branches 
épineufes que les plus courtes ou les inté- 
rieures qui partent du tronc ; les autres font 
plus menues & terminées par une panicule 
pyramidale de cent fleurs ou environ , dif- 
pofées fur quatre ou cinq paires de ramifica- 
tions, qui portent chacune une dizaine de 
fleurs blanc-jaunes , ouvertes en étoile , du 
diamètre de cinq à fept lignes , portées fur 
un pédicule trois à quatre fois plus court. 
Lorfque les fleurs ne font encore qu'en bou- 
ton, elles repréfentent de petites fpheres 
verd- brun à quatre angles , de la giofleur 
d'un grain de vefce. Elles coniiflent en un 
calice verd à quatre feuilles triangulaires 
perfiftantes ; en quatre pétales blanc-jau- 
nâtres , alternes avec eux , une fois plus longs, 
elliptiques , deux lois plus longs que larges , 
un peu crifpés, cuve.ts en étoiles , portés 
fur une efpece de pédicule , caducs ; & en 
huit étamines blanches , à anthères jaunes , 
orbiculairesaffez grofles, difpofées par paires 
entre les pétales qu'elles égalent en longueur, 
& qui font caduques comme eux : la poui- 
fiere fécondante eil compofée de molécules 
ovoïdes , blanches , tranfparentes. Du cen- 
tre du calice s'tleve un ovaire fphéroïde , 
contigu aux étamines , à la corolle & au 
calice , furmonté d'un flyle cylindrique , 
terminé par un ftigmate hémifphérique , 
velu , de la hauteur des étamines. L'ovaire 
en mûrilTant, devient une capfule fphérique 

de 



A L C 
de trois à quatre lignes de diamètre , d'abord 
verre , enfuite veinée de rouge, enfin jaune 
de bois ou de coriandre, terminée pai ion 
ftyle , ne s'ouvranr jamais , même daas la 
plus g.ande maturité , & néanmoins partagée 
intérieurement en quatre loges , qui con- 
tiennent chacune un grand nombre de fe- 
me.ices fines , alongées , d'abord jaunes , 
enfuiie brua-noires , attachées droites en 
s'tlevai'.r à un placenta qui s'érige comme une 
colonr.e à fon centre. 

La racine de Wilcanna forme un pivot 
épais, i.;ui s'enfonce profondément dans les 
fablco humides où elle fe plaît; foi? bois eit 
blanc & recouvert d'une écorce cendrée ou 
blanchâtre fur fon épidémie , maisrougeâ- 
tre au defîôus. 

Qualités. Cet arbriffeau ne fleurit qu'une 
fois l'an , & cela dans la faifon des pluies : 
il eft toujours verd ; fes feuilles ont une 
faveur amere , mais un peu acide , afhin- 
gente & rafraîchiffante : elles ont la propriété 
de teindre en rouge de feu , mais cette cou- 
leur ne prend que fur les parties folides des 
corps vivans , comme lesongles , les cheveux, 
la barbe , auxquels elle tient li vivement , 
que rien ne peut l'en féparer , ni en diminuer 
la vivacité , de forte que ce n'cft que par 
l'accroiirement & l'ufer de ces parties par le 
frottement , ou d'une manière équivalente , 
qu'elle difparoif. 

Ufiiges. Les peuples de l'Afrique & de 
l'Afie , chez lefquels croît cet arbrilfeau , ont 
profité de tout temps de la propriété qu'ont 
les feuilles de cet arbriflèau pour teindre 
diverfes parties de leur corps. C'eft un ufage, 
par exemple , en Egypte & en Perfe , au 
rapport de Belon , que toutes les femmes fe 
teignent les mains , les pies , & une par- 
tie de leurs cheveux , en rouge ou en jaune , 
& que les hommes fe teignent feulement 
les ongles. Les Egyptiens teignent pareille- 
ment les cheveux de leurs enfans des deux 
fexes , la crinière , la queue & les pies de 
leurs chevaux. Leurs femmes croient encore 
ajouter beaucoup à leur beauté , que de fe 
teindre en jaune depuis le nombril jufqu'aux 
cuifles ; ce qui leur réufïït , en appliquant fur 
ces parties de la poudre des feuilles ^cilcanna. 
aulFi-tôt au fortir du bain , parce qu'alors 
les pores de la peau étant plus ouverts , laif- 
fent pénétrer plus avant cette drogue ; il faut 
Tome II. 



AL C , ^ 33 

que cette poudre ait été macérée quelque 
temps avant dans l'eau. Bclon dit encore que 
les payfans de l'Aue fe teignent les cheveux 
en jaune avec cette poudre , mais qu'il ne 
faut pas alors en approcher ni le favon , ni 
aucune fubftance alk.line , parce que cette 
couleur devient d'un rouge noiiàire défa- 
gréable. Au Sénégal , les homn.es & les 
femmes de tout âge fe teignent indifiinc- 
tement les ongles; les Indiens pareillement , 
mais cela n'eti permis qu'aux perfonnes 
libres , & particulièrement aux jeunes gens. 
Les rois des Macafî'^res font i\ fcrupu leux (ur 
cet article , que lorfque des efclaves en font 
ufage pour afteder de paroître libres , ils leur 
font arracher impitoyablement les ongles. 

Diofcoride dit, lii^'. I, cliap. 107 , que 
les feuilles du cyprus , pilées & mêlées en 
forme de pâte avec le lue de finuliium ou 
ùruria , communiquent aux cheveux une 
couleur fauve ;mais là préparation ell: aujour- 
d'hui beaucoup plus fimple ; il fuffit de ma- 
cérer un peu dans J'eau la poudre de ces feuil- 
les , & de l'appliquer ainli pendant une nuit 
fur la partie que l'on veut teindre. Au Séné- 
gal , les nègres font macérer les feuilles fort 
peu de temps , & fouvent point du tout , 
& les appliquent toutes entières pendant 
une nuit fur les ongles , en les afliijettiflànt 
avec une compreflè bien mouillée: cela fuf- 
fit pour procurer aux ongles une couleur 
d'un beau rouge de feu oud'écarlate; quel- 
ques-uns y ajoutent le fuc acide du limon 
ou du tamarin , avec la chaux ou l'alun , 
pour l'aviver & la rendre plus tenace. J'ai 
obfervé que les ongles de mes pies , que 
je teignis ainfi en 1749 ^^ Sénégal , ne per- 
dirent leur couleur qu'au bout de cinq mois, 
c'eft-à-dire , après leur entière reprodudion. 
La poudre ne teint pas aufli promptement , 
& ne pénètre pas autant que les feuilles ■ 
fraîches. 

Un ufage aufli général des feuilles de 
cette plante , l'a fait devenir un objet de 
commerce confidérable pour l'Egypte & le 
Caire , oij l'on en charge des vailicaux pour 
la porter à Alexandrie & à Conftantinople , 
& il fort , au rapport de Belon , plus de 80 
mille ducats de la Turquie , de la 'Valachie , 
de la Bofnie & de la Ruifie , pour cette 
drogue dont on fait un grand ufage dans ces 
pays. On les vend aufii en poudre dans de 



34- AL C ^ 

petits facs , tant en Turquie qu'en Arabie 
& en Perfe ; cette poudre eft d'une couleur 
jaune mêlée de verd , & ii fembla le à celle 
de la graine de moutarde pilée , qu'on a de 
la peine à y trouver de la diuérence. 

On fait aufFi d'autres ufages de cette 
plante; fes fleurs, à caufe de leur, bonne 
odeur, fe mettent parmi les cheveux, dans 
Je lit, dans les armoires au linge & dans les 
garde-robes. Les jeunes branches fe vendent 
auffi pour frotter les dents dont elles entre- 
tiennent la blancheur & la fermeté ; maison 
leur préfère au Sénégal lei branches du nio- 
tout qui efr le bdellium ; celles du faule ap- 
pelle^^f'/t /e'fontmoins agréables pourl'odeur. 
L'huile , dans laquelle on fait cuire fes fleurs, 
eft encore employée comme du temps de 
Diofcoride & de Théophralte, pour rendre 
la foupleflc aux fibres devenues roides& trop 
tendues. Le vinaigre dans lequel on les a fait 
macérer, s'emploie en Egypte comme ici le 
vinaigre où Ton a infufé les fleurs de fureau 
pour la migraine caufée par une trop grande 
tenfion dans les fibres. Ses feuilles pafTent 



A L C 

tant de notes caraftérifbiques , la plupart des 
Botaniftes depuis Matthiole^ fe foient obf- 
tinés à attribuer le nom de cyprus à notre 
troène , ligujhum , qui , ncn-feulement ne 
croie pas en Egypte , mais qui n'a aucune 
des propriétés qui femblent afFeccées au feul 
cyprus. Néanmoins nous avons cru devoir 
lui conferver fon nom à^alcamia , fous lequel 
il eft connu généralement dans les pays où il 
croît , & dans les boutiques ; 6c il paroîtra 
fans doute fingulier à tout bon dialeûicien , 
que M. Linné ait voulu donner un autre 
nom , celui de lajvfonia , à cette plante 
qui fembloit en avoir déjà un de trop. 
( M. Adanson. ) 

^ § ALCANTARA , {Géogr.) petite ville 
d'Efpagnc dans l'Ellramadure , fur le Tage. 
Elle elh aux confins du Portugal , à dix-huit 
lieues nord-ouell de Mérida&: cinquante de 
Sévillc. C'eft le chef-lieu des chevaliers du 
Poirier , autrement ^Alcantara. On y voit 
un magnifique pont lur le Tage , qui fut 
conftiuit par l'empereur Trajan. Cette ville 
futprife en 170e au mois d'Avril , par les 



aufli pour le fouverain remède des ongles , I Portugais & le comte de Galloway , & re- 



fur-tout du panaris & des maladies de ia 
peau , comme la galle , la lèpre , les dartres 
miliaires, étant appliquées delïus. La décoc- 
tion de fa racine fe boit dans les douleurs de 
la goutte aux pies. 

Culture. Cette plante eft naturelle à l'E- 
gypte , au Sénégal & à l'Inde , où elle croît 
par préférence dans les fables humides , très- 
aére's , loin des bois ; mais tant de bonnes 
qualités en ont faitdefirerla polTelTion tians 
tous les pays où elle n'cft'pas encore. C'eft 
ainfi que Rumphe remarque qu'elle a été 
tranfportée dans lesllles Moluques.&qu'elle 
y étoit encore très-rare en l'année 1650 ; elle 
le multiplie de graines, mais plus fréquem- 
ment de batituîes. 

Remarques. Il n'eft pas douteux , par les 
propriétés & les ufages que l'on fait aujour- 
d'hui de ïalcanna , que ce ne foit le cyprus 
des anciens &rharopher de l'écriture fainre, 
où il eft dit: {Lit'. I des C a niques , verf. 14.) 
que l'ami de la mariée reftemble à Vefclwl- 
hacopher, c'eft-à-dire , àlagrappe de fleurs 
du cypriis , que lesHébreux appellentencore 
aJ^ueîicnient copher , parce que l'on répan- 
doitalors, comme aujourd'hui , de fes fleurs 



daiis k lit ; & il eft étonnant que , malgré I i ^ , 41 ; Ut. 38 , 28. 



prife ai^mois de novembre fuivant par les 
François. Long. 11,35; lut. 39, 20. [C.A.) 
§ ÂlCANTARA ,{ L'ordre militaire d' ) 
ou de S. Julien du Poirier en Efpagne , 
confirmé parle pape Alexandre III, en 1167^ 
a été ainfi nommé de la ville à'Alcantarj , 
conquife fur les Mores par Alplionfe IX , 
roi de Léon , l'an 1112 , lequel la donna en 
garde àdom Martin Fernandèsde Quintana, 
douzième grand-maitre de l'ordre de Cala- 
trava , qui remit cette place aux chevaliers 
de S. Julien du Poirier , icfquels prirent alors 
le nom à'Alcintara. 

Après la défaite des Mores & la prife 
la Grenade , la grande maîtrife de l'ordi-e 
d' Aie uitara fut réunie à lu couronne de 
Caftille , par Ferdinand & Ifabelie , en 1489, 

Les chevaliers d'Alcintara demandèrent 
dans ce temps la permifîîon de fe marier , 
& ils l'obtinrent du pape Innocent VIII. 

La CToix de cet ordre eft àefnople & 
Jleurdelifée ; un ecujfon ovale d'or au centre 
de la croix , chargé d'un poirier diipr emier 
émail. ( G. D. L. T. ) 

* ALCARAZ , (Géngr.) ville d'Efpagne 
dans la manche , fur la Guardamena. Long. 






A L C 

*ALCATHÉES, fêtes qu'on célebrolr 
à Micè.ics en riionneiir d'Alcathoils tils de 
Peîops , celui qui, fuupçonné d'avoir fait af- 
faffiner fon frère Chryfippe , chercha un aly- 
le à lacour du roi de Me'gare, dont il épou- 
fa la ulL, après avoir délivré le pays d'un 
lion fiiiieux qui le ravageoit. Il luccéda à 
fon beau-pere , fut bon fouverain , & mé- 
rita Je l'amour de fes peuples les féres an- 
nuelles appellées Alc.ithées. 

* ALC A TRACE , f. m. petit oifeau que 
l'on chercheroit en vain fur l'Océan des In- 
des, aux environs du ieizieme degré de la- 
titude , & fur les côtes d'Arabie , où Wic- 
quefort dit qu'il fe trouve ; car pour le re- 
connoître il en faudroit une autre defcrip- 
tion , & fur cette defcription peut-être s'ap- 
percevroit-on que c'eit un oifeau déjà con- 
nu fous un autre nom. Nous invitons les 
voyageurs d'être meilleurs obfervateurs, s'ils 
prétendent que Thiftoire naturelle s'cnri- 
chiflè de leurs obfervations. Tant qu'ils ne 
nous apporteront que des noms, nous n'en 
ferons guère plus avancés. 

ALCATILE , ( Gcogr. ) ville des Indes 
au royaume de Carnato , au midi de Can- 
givouran , au couchant de Madras , & à 
l'orient de Velour. C'efl une grande ville, 
mais fale & ma! peuplée , comme la plupart 
des villes de l'Inde. {C.A.) 

AL-CATIPF , ou Al-katif ou El- 
KATiF ou Catif , ( Gfb^T. ) ville d'Afie 
dans l'Arabie Déferte, furie golfe Perfique, 
à fix journées de Baflbra au fud. Elle eft 
entourée de murs & de foffés , & commu- 
nique avec la mer par un canal que les plus 
grands vaifTeaux peuvent remonter quand la 
marée eft haute. II croît, aux environs , une 
grande quantité de dattes, & il s'y fait une 
pêche de perles dont le profit appartient 
au shérif de Médine. Long. 6-j ; lat. 25 , 
30. {C.A.) 

* ALCAVALA , droit de douane de 
cinq pour cent du prix des marchandifes , 
qu'on paye en Efpagne & dans l'Amérique 
efpagnole. 

_ ALCAUDETE, (Gf'r'3T.)crès-iolie petite 
ville d'Efpagne dans l'Andaloufie audiftrid 
de Cordoue. Elle eft au milieu d'une belle 
plaine très-fertile entre le Guadalquivir & la 
Marbella , au fud-fud - eft de Cordoue. 
Long. 14, 20 ; Au. 37, 3$. {C.A.) 



ALC 3î 

ALCE , f. m. animal quadrupède. O.n 
ne fait pas bien quel eft l'animal auquel ce 
nom doit appartenir , parce que les delirnp- 
tions qu'on a faites de Wilcé , font diftéren- 
tes les unes des autres. Si on confulte les 
naturaliftes anciens & modernes , on trou- 
vera par rapport à cet mima! des faits qui 
paroiftènt abfolument contraires ; par exem- 
ple , qu'il a le poil de diverfes couleurs, & 
qu'il eft femblableau chameau dont le poil 
n'eft que d'une feule couleur : qu'il a des 
cornes , & qu'il n'en a point ; qu'il n'a point 
de jointures aux jambes , & qu'il a des join- 
tures , & que c'eft ce qui le diftingue d'un 
autre animal appelle muchlis ; qu'il a le pié 
fourchu , & qu'il a le pié folide comme le 
cheval. Cependant on croit qu'il y a beau- 
coup d'apparence que l'a/cf' n'eft point dif- 
férent de l'animal que nous appelions élan y. 
parce que la plupart des auteurs convien- 
nent que l'j/c-f'eft à-peu-prèsde la taille du 
cerf; qu'il a les oreilles & les pies comme 
le cerf, qu'il lui reftemble encore par la 
petiteft'e de fa queue , & par fes cornes ; qu'il 
eft différent ^u cerf par la couleur & la lon- 
gueur de fon poil , par la petiteftê de fon 
cou , ôc par la roideur de fes jambes. On 
a remarqué qu'il a la lèvre fupérieure fort 
grande. Il eft certain que tous ces carac- 
tères conviennent à l'élan. On pourroit aufti 
concilier les contrariétés qui fe trouvent dans 
leidefcriptionsde Valcé:, car quoique le poil 
de l'élan ne foit que d'une couleur , cepen- 
dant cette couleur change dans les diffé- 
rentes faifons de l'année , fi on en croit les 
hiftoriens feptentrionaux , elle devient plus 
pâle en été qu'elle ne l'eft en hiver. Les 
élans mâles ont des cornes , les temelles n'en 
ont point ; & lorfqu'on a dit que l'j/cf'n'a- 
voit point de jointures, on a peut-être vou- 
lu faire entendre feulement , qu'il a les jam- 
bes prefque aufti roides que s'il n'avoit point 
de jointures; en effet cet animal a !a jambe 
très-ferme. Mém. de V acad. royale des Se. 
tom. III , pan. I,pag. 169. ]^. ElaN. (/.) 
ALCEE , en latin alcea , f. f heibe à fleur 
monopétale en forme de cloche ouverte &: 
découpée ; il y a au milieu de la fleur un 
tuyau pyramidal , chargé le plus fouvent 
d'étamines , il fort du calice un piftil qui 
pafte par le fond de la fleur , & qui s'tm- 
boite dans le tuyau. Ce piftil devient dans 

E 2 



3<5 A L C 

la fuite un fruit applaci & arrondi , quel- 
quefois pointu , & enveloppé pour l'ordinai- 
re par le calice. Ce fruit eli compofé de 
plufleurs capfules qui tiennent à un axe can- 
nelé, dont chaque cannelure reçoit une cap- 
fule qui renferme un fruit tait ordinaire- 
ment en forme de rein. \.'!alcée ne diffère 
de la mauve & de la guimauve , qu'en ce 
que fes feuilles font découpées. Tournefort, 
Inf}. rei herb. Voye\ PLANTE. (/) 
. "ALCESTE^, { Myth. ) fille de Pélias & 
û'Anaxabie , étant recherchée en mariage 
par un grand nombre d'amans , fon père, 
pour fe détaire de leurs pourfuites , die qu'il 
ne la donneroit qu'à celui qui pourroit atteler 
à fon char deux bétes féroces de différente 
efpece , & promener Alcefte defllis. Admete, 
roi de Theffalie , qui étoit fort amoureux 
de la princelTe , eut recours à Apollon ; ce 
dieu avoit été autrefois fon hôte & en avoit 
été bien reçu ; auili fe montra-t-il recon- 
noiffant en cette occafion , car il donna à 
Admete un lion &: un fanglier apprivoifés , 
qui traînèrent de compagnie le char de la 
princefle. 

Alcefle accufée d'avoir eu part au meurtre 
de Pélias , fut pourfuivie par Àcafte fon frère 
qui fit la guerre à Admete , le prit prifon- 
nier , & alloit venger fur lui le crime des 
filles de Pélias , lorfque la généreufe Alcefle 
alla s'offrir volontairement au vainqueur 
pour fauver fon époux. Acafte emmenoit 
déjà à Yolcos la reine de Thelîalie, dans le 
deffein de l'immoler aux mânes de fon père , 
Jorfqu'Hercule , à lapriere d'Admete , ayant 
pourfuivi Acalfe , l'atteignit au-delà du 
fleuve Achéron , le défit & lui enleva 
Alcefte pour la rendre à fon mari. La fable 
dit qu Alcefte mourut effeétivement pour 
fauver fon mari , & qu'Hercule ayant ren- 
contré la mort , combattit contr'elle , la 
vainquit & la lia avec des chaînes de dia- 
mant jufqu'à ce qu'elle eût confenti de ren- 
dre Aiefte à ta lumière du jour. Allégorie 
afTez jufte ; car délivrer une perfonne prête 
à perdre la vie , n'eft-ce pas l'arracher des 
bras de la mort ! On parle ainfi tous les jours 
fans iiclion- Mais ce qui aidoit encore à la 
fable , c'efl qu Alcefle avoit déjà paffé le 
fleuve Achéron avec Acafte , lorfqu'Her- 
cule la délivra. Homère furnomme Alcefte 
ia Divine ; fans doute , dit madame Dacier, 



, A LC 

parce qu'elle aîma fon mari jufqu'à vouloir 
mourir pour lui fauver la vie. Euripide , 
qui nous a donné une tragédie dont le 
fujet eft le dévouement à' Alcefte à la raorE 
pour fon mari , traite autrement cette fable. 
Admete , dit - il , fauve par Apollon qui 
avoit trompé les parques , en forte qu'il ne 
lui écoit plus libre de mourir , fut contraint 
de chercher une autre vifiime de la mort : 
tous fes proches refuferent de l'être , il 
ne reftoit qW Alcefte : elle fe dévoue , & les 
parques l'acceptent. Sur quoi Platon , dans 
fon Banquet , fait cette réflexion fmguliere; 
Alcefte feule eut le courjge de mourir pour 
fon mari , quoiqu'Admete eût fon père & 
fa mère , que l'étrangère furpalîa tellement 
en amour , qu'elle fit bien voir qu'ils n'é-« 
toient liés à leur fils que de nom , & qu'ils 
étoient véritablement étrangers à fon égard. 
(-H) 

ALCHABUR, {Ge'og.) ville d'Afie dans 
le Diarbekir. Elle eft fur le fleuve de l'Eu- 
phrate , au fud-cft d'Alep , & au fud-oueft 
de Mozul , dans une fituation fort agréable 
&: fort commode. Elle fert d'entrepôt & de 
fcjour aux caravanes qui viennent de Baf- 
fora. Long. 75 , 40; la.t. 34.. Il y a une rivière 
du même nom dans le même pays. ( C.A.) 

ALCHAMARUM, (Gfogr.) ville d'Ara- 
bie. Elle eft: fituée près du fleuve Ormannus^ 
fur une montagne dont le penchant eft en- 
viron de 4000 pas. L'abord en eft fi difficile 
que deux hommes peuvent en garder les 
avenues. Le fommet en eft très-fertile & 
fournit à cette ville toutes les provifions né- 
ceft'aires. C'eft la réfîdence d'un roi Arabe. 
{C.A.) 

* ALCHIMELECH ou MELILOT 
EGYPTIEN , plante qui croît & s'étend à 
terre, petite , ferpentant lentement , ne s é- 
levant prefque jamais ; ayant la feuille du 
trèfle , feulement un peu moins grande ; 
les fleurs petites , en grand nombre, oblon- 
gues , placées les unes à côté des autres , de 
la couleur du fafran , & d'une odeur fort 
douce. Il fuccede à ces fleurs des gouflès 
obliques, qui contiennent unetrès-penre fe- 
mence ronde , d'un rouge noirâtre , d'une fa- 
veur amere & aftringente , & qui n'efi pas 
fans odeur. Ray. 

ALCHYMIE , f. f eft la chymie la plus 
fubtile par laq^uelle on. fait des opératioDs de 



A L C 

chymie extraordinaires , qui exécutent plus 
promptement les mêmes chofes que la na- 
ture eft long-temps à produire; comme lorl- 
qu'avec du mercure & du fouffre feulement, 
on fait en peu d'heures une matière folide 
& rouge , qu'on nomme cinnabre , & qui 
eft toute femblable au cinnabre natif, que 
la nature met des anne'es & même des lie- 
cles à produire. 

Les opérations àeValchymie ont quelque 
chofe d'admirable & de myftérieux ; il faut 



A L C 37 

qui eft l'objet principal de Xalchymie , avant 
Geber , auteur arabe , qui vi voit dans le fep- 
tieme fiecle. 

Suidas prétend que fi l'on ne trouve point 
de monument plus ancien de Yalchymie , 
c'eft que l'empereur Dioclétien fit brûler 
tous les livres des anciens Egyptiens, & que 
c'étoientces livres qui contenoient les myf- 
teres de Valchymie. 

Kirker affure que la théorie de la pierre 
philofophale eft expliquée au long dans la 



emarquer que lorfque ces opérations font table d'Hermès, & que les anciens Egyptiens 



devenues plus connues , elles perdent leur 
merveilleux , & elles font mifes au nombre 
des opérations de la chymie ordinaire, com- 
me y ont été mifes celles du lilium , de la 
panacée , du kermès , de l'émétique , de la 
teinture, de l'écarlate , &c. &: fuivant la fa- 
çon dont font ordinairement traitées les 
chofes humaines , la chymie ufe avec in- 
gratitude des avantages qu'elle a reçus de 
Vûlcyhmie : Valchymie ell maltraitée dans 
la plupart des livres de chymie. Voye^ Al- 
CHYMISTE. 

Le mot alcliymie eft compofé de la pré- 
pofition al qui eft arabe, &: qui exprime 
Jublime ou par excellence , & de chymie , 
dont nous donnerons la définition en fon 
lieu ( l'oycT^ Chymie) ; de forte que dlchy 



n ignoroient pomt cet art. 

On fait que l'empereur Caligula fit des 
eflais pour tirer de l'or de l'orpiment. Cefait 
eft rapporté par Pline , Hifl. nat. chap. ir. 
liv. XXXIlI. Cette opération n'a pu fe 
faire fan:- des connoiftances de chymie, fupé- 
rieures à celles qui fuffifent dans la plupart 
des arts , &: des expériencci pour lelquelles 
on emploie le feu. 

Au refte le monde eft fi ancien , & il s'y 
eft fait tant de révolutions , qxi'il ne reftc 
point de monumens certains de l'état où 
étoient les fciences dans les temps qui ont 
précédé les vingt derniers fiecles : je n'en 
rapporterai qu'un exemple. La mufique a 
été portée dans un cerc.iin temps chez les 
Grecs à un haut point de perfeftion ; elle 



mie , fuivant la force du mot , fignifie la cny- . étoit fi fort au defliis de la nôtre , à en ju- 



inie fiihlime ^ Li chymie pcir excellence. 

Les antiquaires ne conviennent pas en- ' 
tr'eux de l'origine ni de l'ancienneté de Val- 
chymie. Si on en croit quelques hiftoires fa- 
buleufes, elle écoit dès le temps de Noé : il 
y en a même eu qui ont prétendu qu'Adam 
favoit de Valcyhmie. 

Pour ce qui regarde l'antiquité de cette 
fcience , on n'en trouve aucune apparence 
dans les anciens auteurs , foit médecins , 
foit philofophes, foit poètes , depuis Homè- 
re , jufqu'à quatre cens ans après Jefus- 
Chrift. Le premier auteur quipjrle de taire 
de l'or , eft Zozime , qui vivoif vers le com- 
mencement du cinquième fiecle. Il a com- 
pofé en grec un Viviefur l'art dii'in défaire de 
Vor (& de /'argfnr. C'eft un minulcrit qui eft 
à la bibliothèque du rci. Cet ouvrage don- 
ne lieu de juger que lorfqu'il a été écrit, il y 
avoit déjà long-temps que la chymie étoit 
cultivée,puifqu'elle avoit déjà fait ce progrès. 

Il n'eft point parlé du remède univerfel , 



ger par fes effets , que nous avons peine à 
le comprendre ; & on ne manqueroit pas d& 
le révoquer en doute , fi cela n'étoit bien 
prouvé par l'attention finguliere qu'on fait 
que le gouvernement des Grecs y donnoit , 
& par le témoignage de plufieurs auteurs 
contemporains & dignes de foi. Vûye\ An 
adfanitatem mufice , dit M. Malouin. A F.:- 
ris , c/if^ Quillau , rue Galande. 

Il fe peut aufti que la chymie ait de mê- 
me été portée à un fi haut point de perfec- 
tion , qu'elle ait pu faire des choies que nous 
ne pouvons faire aujourd'hui , &: que nous 
ne comprenons pas comment il feroit pof- 
fible que l'on exécutât. C'eft la chymie ainiî 
perfedionnée , qu'on a nommé alchymie. 
Cette fcience , comme toutes les autres , a 
péri dans certains temps , & il n'en eft refté 
que le nom. Dans la fuite , ceux qui ont 
eu du goût pour Valchymie ^ fe font tout 
d'un coup mis à faire les opérations dans 
lefquelles la renommée apprend que Val" 



■^?> A L C 

ciiymie réu/Tifiait; ils ont ainfi chercha l'in- 
connu fans pafler par le connu : ils n'ont 
point commencé par la chymie , lans la- 
quelle on ne peut devenir alchymifte que 
par hafard. 

Ce qui s'oppofe encore fort au progrès de 
cette fcience , c'eîl que les chymiltes, c'ell- 
à-dire , ceux qui travaillent par principes , 
croient que Valchymie eft une fcience ima- 
ginaire à laquelle ils ne doivent pas s'ap- 
pliquer ; & les alchymiftes au contraire 
croient que la chymie n'elt pas la route qu'ils 
doivent tenir. 

La vie d'un homme , un fiecle même , 
n'eft pas fuffifant pour perfedionner la chy- 
mie ; on peut dire que le temps où a vécu 
Beker, eft celui où a commencé notre chy- 
mie. Elle s'eftenfuite perfedionnée du temps 
de Stahl , & on y a encore bien ajouté de- 
puis ; cependant elle eft vraifemblablement 
fort éloignée du terme où elle a été autrefois. 

Les principaux auteurs Valchymie font 
Geber , le Moine , Bacon , Ripley , Lullej, 
Jean le Hollandois , & Ifaac le HoUandois , 
Bafile Valentin , Paracelfe , Van Zuchten , 
Sendigovius , Ê't-'. {M) 

ALCHYMiSTE , f. m. celui qui travaille 
à l'alchymie. Voye-{ Alchymie. Quelques 
anciens auteurs grecs fe font fervis du mot 
Xfvs^o-Totmnf qui rignine_/'a//£r«/- d'or , pour 
dire aie hymljh; &: de Xf '^^'^o-'"''"'''-'''» l'iirtcie 
faire d'or , en parlant de Valchymie. On 
lit dans d'autres livres grecs , Tronn-Ji; ,Jiclor, 
faifeur , alchymifte , qui fignifie aufti auteur 
depers,poêce. En effet, la chymie &la poéfie 
ont quelque conformité entr'elles. M. Dide- 
rot dit ,page 8 du Profpeffus de ce Diction- 
naire : la chymie eft imitatrice & rii'ale de la 
nature ; fon objet eft prefque aujfi étendu 
que celui de la nature même : cette partie de 
la phyjîque eft entre les autres , ce que lapoe- 
fie eft entre les autres genres de littérature ,• 
ou elle de'compofe les êtres , ou elle les revi- 
vifie y OU elle les transforme , &c. 

On doit diftinguer les alchymiftes en vrais., 
& enjaux ou fous.Le'ialchymiftes vrai s [ont 
ceux qui , après avoir travaillé à la chymie 
ordinaire en phyficiens , poulTent plus loin 
leurs recherches , en travaillant par princi- 
pes & méthodiquement à des combinaifons 
curieufes & utiles, par lefquelles on imite 
les ouvrages de la nature ; ou qui les rendent 



A L C 
plus propres à'I'ufage des hommes , foit e» 
leur donnant une perfedion particulière , 
ioit en y ajoutant des agrémens qui , quoi- 
que artificiels , font dans certains cas plus 
beaux que ceux qui viennent de la fimple 
nature dénuée de tout art , pourvu que ces 
agrémens artificiels foient fondés fur la na- 
ture même, & l'imitent dans fon beau. 

Ceux au contraire qui , fans favoir bien 
la chymie ordinaire , ou qui même , fans 
en avoir de teinture, fe jettent dans l'al- 
chymie fans méthode & fans principes , ne 
lifant que des livres énigmatiques qu'ils efti- 
ment d'autant plus qu'ils les comprennent 
moins, font àe /aux alchymiftes qui per- 
dent leur temps & leur bien, parce que tra- 
vaillant lans connoiftance , ils ne trouvent 
point ce qu'ils cherchent , & font plus de 
dépenfes que s'ils étoient inftruits , parce 
qu'ils emploient fouvent des chofes inuti- 
les , & qu'ils ne favent pas fauver certaines 
matières qu'on peut retirer des opérations 

'( manquées. 

I D'ailleurs ils ont pour les charlatans au- 
tant de gojt que pour les livres énigmati- 
ques : ils ne fe foucient pas d'un bon livre 
qui parle clairement , mais ne flatte point 
leur cupidité , comme font les livres énig- 
matiques auxquels on ne comprend rien , 
& auxquels les gens entêtés du fabuleux , ou 
du moins du myftérieux , donnent le fens 
qu'ils veulent y trouver , & qui eft plus fui- 
vant leur imagination ; auffi ce^/aux alchy. 
rniftes s'ennuyeront aux difcours d'un hom- 
me inftruit de cette fcience, qui la dévoi- 
le , & qui réduit fes opérations à leur juf- 
te valeur : ils écouteront plus volontiers 
des hommes à fecrets aufti ignorans qu'eux , 
mais qui font profeffion d'exciter leur cu- 
rioiité. 

Il faut dans toute chofe , & fur-tout dans 
celles de cette nature , éviter les extrémités : 
on doit éviter également d'être fuperftitieux 
ou incrédule. Dire que l'alchymie n'eft 
qu'une fcience de vifionnaires , & que tous 
les alchymiftes font des fous ou des impof- 
teurs, c'eft porter un jugement injufte d'une 
fcience réelle à laquelle des gens fenfés & 
de probité peuvent s'appliquer: mais aufll 
il faut fe garantir d'une efpece de lanatif- 
me dont font particulièrement fufceptibles 
ceux qui s'y livrent fans difcernement , fans 



A E C 

confeil & fans connoifTancespréliminaîres; 
en un mot fans principes. Or les princi- 
pes des fciences font des chofes connues ; 
on y doit paffer du connu à l'inconnu '■ 11 
en alchymie , comme dans les autres fcien- 
ces , on paffe du connu à l'inconnu , on 
pourra en tirer autant & plus d'utilitc^ que 
de certaines autres fciences ordinaires. {M) 
ALCIBIADE , {Nijl des_ Athéniens. ) 
ce prince Athénien defcendoit d'Ajax , & 
Ion origine du côté de fa mère n'étoit pas 
moins glorieufe , puifqu'elle e'toit de la 
famille des Alcméonides , la plus illuftre de 
l'Attique. Il faut qu'il ait fixé l'attention de 
fon fîecle , puifque l'hiftoire eft defcendue 
dans tous les détails de fa vie, & qu'elle nous 
a tranfmis jufqu'au nom de fa nourrice & de 
fon inftituteur. La nature en le formant réu- 
nit toutes fes forces peur en faire un homme 
accompli. Des traits nobles & intérefïàns , 
des grâces touchantes & foutenues de tous 
les dons du génie & de l'aménité du carac- 
tère y lui affurcrent un empire abfolu fur les 
cœurs & les efprits. Né avec toutes les paf- 
lions , il les aflêrvità fon ambition , & Pro- 
tée politique, il fut tour-à-tour altier &: po- 
pulaire j intempérant & frugal , décent & 
licencieux. Toujours différentde lui-même, 
il ne fut que ce qu'cxigecit le m.oment. Sa 
beauté n'éprouva point les outrages du 
temps , &: par un privilège exclufif, il fut plai- 
re d.ins fon été comme dans fon printemps. 
Il eft difficile de ne pas abufer d'un fi riche 
partage: aulTi tut-il le corrupteur des mœurs 
publiques. Il prêta à la débauche les grâces 
de la volupté ; & les vices , pour ainfi dire , 
ennoblis par fes exem[;les, n'offrirent rien 
de rebutant. Les inclinations de fon enfance 
manifefterent ce qu'il tëroit pendant tout le 
cours de fa vie. Un jour qu il luttoit contre 
un de fes compagnons, il fe fentit fi vive- 
ment prefTé qu'il le mordit au bras , comme 
s'il eût voulu le dévorer. L'ofîenfé s'écrie : 
ahtraitre ! tu mords comme une femme ; dis 
plutôt comme un lion , répond ALibiade. 
Dans une autre occafion qu'il jouoit aux 
offelets dans la rue , un chariot vint à pafler , 
il prie le conducteur d'arrêter un moment ; 
mais ce charretier fans compliafince piv-iTe 
plus vivement fes chevaux : tous les comua- 
gnons à'Alcibiade fe difperfent , & au lieu 
de les imiter , il fe couche devant la roue , 



A L C 59 

en difant : malheureux, paJfe,Jitul'ofes. Ces 
détails qui paroilfent minutieux , font bien 
dignes d'être obfervés par ceux qui préfi- 
dent à l'éducation de la jeuneffe. Quoiqu'il 
tût naturellement impérieux , l'avidité de 
tout favoir le rendit docile à la voix de fes 
maîtres; &: ce fut à l'école de Socrate qu'il 
développa le germe heureux de fes talens. 
Alcihiade , beau & voluptueux , donna lieu 
à la malignité de croire que cette union étoit 
fondée fur une paffion profcrite par la na- 
ture ; & la licence de fes mœurs accrédita 
ces bruits calomnieux. Tous fes contem- 
porains fe réunilfent pour dépofer qu'il étoit 
fouillé de ce vice ; mais ell-il à préfumer 
qu'il eût donné la préférence à un philofophe 
grave & rigide fur tant de jeunes voluptueux 
qui briguoient l'avantage de lui plaire ? Quoi 
qu'il en foit , Socrate lui devint nécefiaire , 
il l'atTocia dans tous fes amufemens. La 
bonne chère lui devenoit infipide s'il ne la 
partagcoit avec le phHofophe qui l'accom- 
pagnoit à la ville & à la campagne, & foXis 
la tente. Il fe trouva avec lui à l'expédition 
de Potidée , où Socrate montra que , s'il 
favoit difTerter fur le mépris de la vie , il 
favoit aufïï méprifer la mort. Le prix de la 
valeur lui auroit été adjugé , mais les géné- 
raux le déférèrent à Alcihiade qui avoit 
montré autant de courage , & qui lui étoit 
fupérieur par la nailTance ; & dans une autre 
occafion où l'armée Athénienne fut défaite, 
Socrate à pié fut rencontré par Alcihiade , 
qui , ne voulant point abandonner fon ami , 
lui fervit de rempart contre une troupe d'af- 
faillans. Quoique l'élevé tût beaucoup d'at- 
tachement pour fon maître , il fe déroboit 
quelquefois à fa vigilance pour fe livrer fecré- 
tement à la licence de fes penchans. Socrate 
le pourfuivoit comme un efclave fugitif de 
la maifon de fon maître. Son goût pour 
les beaux-arts alloit jufqu'à l'enthoufiairne : 
étant entré dans l'école d'un grammairien , 
il lui demanda un Homère ; il lui donna un 
fouiîiet pour le punir de n'avoir pas un fi 
beau modèle à offrir à fes élevés. Un autre 
pédagogue lui montra un Homère corrigé 
de fa main : quoi ! lui dit-il, tu te crois capa- 
ble d'ôter les taches à un fi beau génie , & tu 
t'amufes à enfeigner des en fans ! tu devrais , 
plutôt {occuper à former le cœur des rois &" 
des miniJires.Sd, naiflànce lui ouvroit lèche- 



■.^o AL C 

min aux plus hautes dignités , il ne voulut 
être redevable de fon élévation qu'à fes ta- 
lens. Ce fut fur-tout par fon éloquence qu'il 
ambitionna de fubjuguer les fufFrages. Une 
imagination riante & féconde , une pronon- 
ciation gracieufe & facile, ungefle noble & 
décent adiiroient le triomphe de fon élo- 
quence. Egalement jaloux de plaire au peu- 
ple que le fafte féduit , il nourrilToit les plus 
beaux chevaux pour difputer le prix dans 
les jeux de la Grèce, & fes charriots furpaf- 
foient en magnificence ceux de tous les rois 
qui en envoyoient aux jeux olimpiques. Il 
y fut deux fois couronné , & les villes lui 
firent de magnifiques préfens. La réputa- 
tion de Nicias , qui le furpafloit en éloquence, 
choquoit fa fierté. Tout moyen lui parut lé- 
gitime pour le fupplanter ; il le décria com- 
me parti fan fecret & mercenaire des La- 
cédémoniens. Nicias devenu fufpeâ: , fut 
obligé de partager le commandement avec 
Lamachus & Alcibiade. La Sicile devint le 
théâtre de la guerre. Athènes épuifa fes tré- 
fors pour lever des foldats & des mate- 
lots. L'ardeur de s'enrôler faifoit envifager 
de grands fuccès. La diverfité des caraderes 
des généraux aff'oiblit le commandement. 
Nicias, circonfped jufqu'à la timidité, voyoit 
les difficultés fans découvrir les moyens de les 
furmonter.v^/czé/jae audacieux jufqu'à la té- 
mérité , paroifloit afluré de vaincre , s'il pou- 
voir réfoudre fes collègues à combattre. Son 
éloquence les tira de leur aflToupiirement , 
& leur réveil fut fuivi de la victoire. Tandis 
qu'il triomphoit en Sicile , on l'accufoit à 
Athènes d'avoir mutilé les ftatues des dieux , 
& d'avoir profané les myfteres facrés. Celui 
que l'on avoir révéré comme le héros de la 
patrie , fe vit abhorré comme un facrilege , 
digne d'expirer fous le glaive de la loi. Sa 
religion étoit fort fufpeâe ; on l'avoir déjà 
accufé de faire fervir dans fes banquets les va- 
fes facrés qu'on portoit dans les proceflîons , 
& cette accufation donna de la probabilité à 
la féconde. Les Athéniens aveuglés par leur 
zèle , fermèrent les yeux fur le caractère 
des témoins. Tout fut admis , rien ne fut 
difcuté , parce que la fuperftitionfedifpenfe 
de tout examen. Tous les profanateurs furent 
condamnés à la mort. Alcibiade eut ordre 
de quitter l'armée , pour aller fe juftifier à 
Athènes: il s'embarqua avec fes amis, & 



A L C 

afFeciaune confiance qu'il n'avoitpas, parce 
qu'il connoiflbit fes ennemis. La crainte 
détre livré à un peuple fanatique , l'en- 
gagea de débarquer à Thurie , & à fe fouf- 
traire à la vigilance de (es conduéleurs. Les 
Athéniens furieux d'avoir manqué leur proie, 
prononcèrent fon arrêt de mort & la confif- 
cation de fes biens. Ce fut ainii que ce peuple 
voluptueux , pour relever quelques ftacues , 
renverfa la colonne de l'état. Les foldats , 
privés de leur chef, tombèrent dans l'abat- 
tement: la flottedes Athéniens fut détruite, 
& Nicias périt par la main de fes ennemis 
qui dévoient refpeder fa vertu. Alcibiide 
retiré à Sparte , leur fufcitoit par-tout des 
ennemis : mais fans frein dans fes pallions , 
il féduilit Timée , femme du roi Agis , qui 
lui avoir donné rhofpitalité. Après avoir 
trahi fon hôte & fon proteiSeur , il crut 
avoir tout à redouter de fes vengeances : il fe 
retira dans le Péloponnefe , mais les peuples 
alarmés de pofleder un homme li dangereux 
par l'art de féduire , confpirerent fa mort. 
Alcibiade , inftruitde leur complot , fe réfu- 
gia vers Tifapherne , gouverneur de la bafl'e 
Afie. Sa dextérité & fa fouplelle infinuante, 
le rendirent bientôt l'ami de fon nouveau 
protefteur ; & il fe fervit, à l'avantage de fa 
patrie , de l'afcendant qu'il ufurpa fur le fa- 
trape. Il ménagea aux Athéniens l'alliance 
des Perfes contre les Spartiates & leurs alliés, 
qui n'éprouvèrent plus que des revers. Quoi- 
que, comblé d'honneurs dans une terre d'exil, 
il confervoit un tendre attachement pour fa 
patrie , qui l'avoit retranché de fon iein , 
& il aimoit mieux qu'elle fût ingrate envers 
lui , que d'être criminel envers elle. L'idée 
que les Athéniens avoient de fon crédit , 
leur fit délirer fon retour : il leur répondit , 
non avec la modellie d'un banni , mais avec . 
la fierté d'un vainqueur qui prefcrit des loix. 
Il déclara qu'il fe priveroit de la confolation 
de revoir fa patrie , tant que le gouvernemeiit 
feroit démocratique , pour ne pas être une 
féconde fois la vidime d'une populace info"- 
lente quil avoit perfécuté après l'avoir fer- 
vie. Ce fut à Samos, au milieu du tumulte 
du camp , que la conftitution d'Athènes fut 
changée. Pifandreaffuréde l'armée, fe rendit 
dans Athènes, où il força le peuple à remet- 
tre l'autorité illimitée entre les mains de qua- 
tre cens nobles qui , dans des circonflances 

critiques , 



A L C 

ciitiqnes , feroient obligés de convoquer cinq 
mille citoyens, pour délibérer fur les befoins 
de l'érar. Les nobles envahirent tout le pou- 
voir , & Alcibiade , dont ils redoutoient les 
talens , ne fut point rappelle. Les prifons fu- 
rent remplies de citoyens généreux. Athènes 
€ut autant de bourreaux qu'elle eut de tyrans. 
L'armée apprit avec indignation que le peu- 
ple avoit été dépouillé de les privilèges. Les 
foldats qui étoient citoyens , dépofent leurs 
généraux fie rappellent ALibiade. Le peuple 
coniirme leur choix , & d'une voix unanime 
il efl élevé au commandement. Il ne voulut 
point que fon rappel fût regardé comme une 
grâce , & il ne rentra dans fa patrie que 
fuivi de la viâoire. La fortune ne l'aban- 
donna point pendant cette campagne , & les 
Péloponnéi.ens furent obligés de lui céder 
l'empire de la mer. Alors il fe montra dans 
Athènes , précédé des prifonniers qu'il avoir 
faits. Les dépouilles & les débris de deux 
cens vaiffeauxornoient fa pompe triomphale. 
Les Athéniens attendris fe reprochoient les 
outrages qu'il avoir eflTiiyés.Cetteivrefle d'ad- 
miration fut bientôt dillipée ; le peuple trop 
prévenu de fes talens , fut moins fenfible à ce 
qu'il fit qu'à tout ce qu'il le croyoit capable 
d'exécuter. S'il s'arrétcit dans fes conquêtes, 
on lui fuppofoit des motifs d'intérêt ; fii s'il 
éprouvoit des revers , on l'en croyoit com- 
plice. Après une vidoire complète prés 
d'Andros , il ne put fe rendre maître de 
cette iile, le peuple éclata en murmures. On 
îui faifoit un crime d'une lenteur qu'on ne 
devoir attribuer qu'à l'épuifement de fes 
finances ; c'étoit pour fuppléer à cette difette 
qu'il étoit fouvent forcé de quitter fon armée 
pour aller chercher de l'argent & des provi- 
fions. Unedecesabfences lui devint funefte 
par la défaite de fon armée ; il fut accufé 
d'être l'auteur ce défaire , parce qu'il ne 
s'étoit éloigné de la flotte que pour fe livrer 
à fes débauches. On le peignit comme un 
exadeur qui ne paicouroit les provinces que 
pour s'enrichir de leurs dépouilles ; on allé- 
gua qu'il avoir fortilié une citadelle près de 
Byzance, où il dépofoit fes tréfors , & d'où 
il fe flattoit de braver les vengeurs des loix 
& du public. Il fut deftitué du commande- 
ment , & le peuple vomit contre lui mille 
imprécations. Il fentit le danger de rentrer 
dans fa patrie , & raffemblant avec lui fgs 
Tome II, 



A L G . 4' 

amis , il forma une armée d'aventuriers qui 
s'attachèrent à là fortune. Il porta la guerre 
dans la Thrace , où il conlkuilit trois cita- 
delles pours'oppofer aux incurfions des bar- 
bares. Plufieurs petits rois recherchèrent fon 
alliance , & fa facilité à fe plier aux mœurs 
& aux ufages étrangers, leur fitprefque ou- 
blier qu'il étoit né dans Aihenes. Les géné- 
raux qu'on lui avoir fubftitués , étoient: 
fans talens & fans expérience. Leur armée 
fans ordre & fans difcipline , bravcit les 
Spartiates qui afîedoientdelacraindie. Al~ 
cibiadek fouvint qu'il étoit Athénien , & fe 
trouvant dans le voilmage où étoient les 
deux puifîànces rivales , il fe rendi'. auprès 
des généraux auxquels il daigna donner des 
conleils ; mais l'excès de leur imbécillité leun 
fit croire qu'ils n'en avoient pas befoin. Les 
généraux , fiers de leur titre , l'écouterent 
avec mépris, fi^ l'un deux, nommé l'idée, lui 
ordonna de s'éloigner au plutôt du camp. Il 
alla chercher un afyle auprès de Pharnabafe , 
&: quoiqu'éloigné de la Grèce , il n'en paruC 
pas moins redoutable aux Lacédémoniens. 
Lyfandre , leur général , le fît demander morC 
ou vif au fatrape , qui avoit alors befoin 
d'eux : il eut la bafleflb de condefcendre à 
fes defirs. Les droits de l'hofpitalité furent 
violés pour fervir la politique. Les minifires 
de fang qui furent envoyés pour fe faifir de 
fa perfonne , furent frappés d'un refped reli- 
gieux , en s'approchant de fa maifon , & 
n'ofant y entrer, ils y mirent le feu. Alcibiade 
environné de flammes, s'élance l'épée à la 
main , fur fes ailàfîins. Il n'avoir avec lui 
qu'un ami & une femme , qui s'étoientafïb- 
ciés à fes deftinées. Les barbares n'ofent en 
approcher, ils lui lancent de loi/i un déluge 
de dards, & il tombe percé de coups , à fâge 
de quarante ans. Cet homme fingulier qui 
fervit fa patrie, dont il fut toujours perfécuté, 
eut toute la folidité des talens, &: n'eut que 
le faite des vertus. On prétend qu'il étoic 
perc de la célèbre laïs , qui avoit hérité de 
ies grâces & de fa beauté. Quelques-uns 
rapportent quç Pharnabafe & les Lacédémo- 
niens n'eurent aucune part à fa mort , qu'ils 
imputent à deux frères dont il avoit féduit la 
fœur , & que ce lut pour venger l'outrage 
fait à leur famille , qu'ils mirent le feu à 
fa maifon. ( T-i} . ) 

* M.ClDE,(Mvtholog. critiq.) M. l'abbé 

F 



42. A L C 

Banier dit que THercule grec fut furnommé 
Alcide. C'eft précifi/ment le contraire. Cet 
Hercule s'appella d'abord Akée ou Alcide , 
ou peut-être Alcaïde , du nom à^Alce'e fon 
bifaïeul paternel , & fon trifaïeul du côté 
de fa mère. Ce ne fut que quelque temps 
après fa nailTance qu'il fut furnommé Her- 
cule. Il mérita ce beau nom pour avoir 
étouffé des ferpens qui l'attaquoient dans 
fon berceau. 

Le même critique diflingue avec raifon 
plufieurs Hercules, & il ôte judicieufcment 
à l'Hercule grec la défaite de Geryon , d'An- 
tée, desPygmées, de Cacus & la conquête 
des fruits des Hefpérides. Il auroit pu , par 
les mêmes principes , mettre fur le compte 
d'un autre Hercule la délivrance de Pro- 
néthée , la défaite du gaulois Lygis , fon 
combat contre les géans en Provence , & la 
mort d'Eryx en Sicile. Mais je voudrois qu'il 
eût encore plus fait , qu'il eût diftingué les 
ims. des autres, les Hercules que nous con- 
noiflbns , & afTigné à chacun les adions qui 
probablement lui appartiennent. Diodore 
de Sicile &Cicéron marquent la route qu'on 
pourroit fuivre. 

Diodore compte trois Hercules : un Egyp- 
tien qui voyaga en Afrique , & qui éleva près 
lie Gadeird ou Gades , les colonnes appellées 
de fon nom; un Cretois qui inflitua les jeux 
olympiques; un Thébain qui eft celui des 
Grecs. Cicéron double ce nombre & nomme 
fix Hercules; le premier fils de Jupiter & de 
Lyfidée (*) ; le fécond , fils du Nil ; le troi- 
fieme , un des Dadyles ; le quatrième , fils de 
Jupiter &: d' Aftérie , adoré à Tyr ; le cinquiè- 
me , Indien , furnommé Belus ; le fixieme , 
Thébain & fils d'Alcmene. Prenant quelque 
chofedecesdeux écrivains & les corrigeant 
l'un par l'autre , je difîinguerois cinq Hercu- 
les, l'Egyptien ou l'Hercule de Canope, que 
Diodore nomme le premier & Cicéron le fé- 
cond ; l'Africain ou l'Atlante , que Diodore 
omet, & que Cicéron compte le premier; 
JeTyrien , dont Cicéron feul fait mention ; 
le Cretois ou le Daâyle , qui eft le fécond 

(^) Cicéron , lis/rtlll de Iti nature des Dieux, 
dit cjae le premier Hercule étoit 'Jove W Lyfiio na- 
tus. Fiilvio Orfmi , fur un manufcrit ancien , i-)iii 
porte ces mots , ]ove C I.yfici , a cru qu'il falloir 
lire Lifidca. Je ne fais fi Jovt (S Lihya- nefeioil pis 
M YcntabJe coiieftion. 



A L C 

Hercule de Diodore & le troilîeme de Cice'- 
ron ; & le Thébain ou Tyrinthien que tous 
deux placent le dernier &; qui l'eft en effet. 

Le premier Hercule feroit Menés , Ofiris , 
Bacchus l'ancien , Apis , Epaphus , le Soleil , 
le conquérant & le légiliateur des Indes & 
de l'Ethiopie , l'Hercule des mufes , le con- 
temporain d'Atlas , le libérateur de Promé- 
thée , le maître des Silènes , des Satyres , des 
Bacchantes , l'époux d'Ifis ou de Cérès , enfin 
le dieu que laGrcce & l'Italie honoroient par 
des fêtes nommées Orgies & Bacchantes. 

Le fécond Hercule, arrière pecit-fils du 
premier , feroit le même que l'Indien fur- 
nommé Belus , fils de Neptune & de Libye 
& l'émule du premier Hercule. Je luiattri- 
buerois la défaite d'Antée , fils d'Atlas , & je 
croirois que c'eft lui , qui , félon la fable , tira 
des flèches contre le foleil dont la chaleur 
l'incommodoit , & à qui le foleil donna une 
coupe d'or , fur laquelle il traverfa la mer. 

Le troifieme , contemporain du fécond , 
feroit Melcarthus , fils du premier Jupicer , 
celui que les Efpagnoîs nommoient Briaréc , 
qui érigea les célèbres colonnes d'He cule 
qu'on voyoit à Gades , qui pénétra à.m^ les 
Gaules & fut furnommé l'Hercule gaulois , 
qui pafta en Italie & dans la Sicile, & qui 
par conféquent a vécu en même temps que 
ces Arcadiensqui vinrent s'établir eu Italie. 

L'âge du quatrième Hercule eft fixé par 
ces deux carafteres. Il étoit contemporain 
d'un Saturne & fut le premier inftituteur 
des jeux olympiques. Ce n'en eft pourtant 
pas alfez pour indiquer au jufte le temps où il 
vécut. Il ne fufîic même point d'y ajouter 
qu'il étoit un des Curetés, ou Dadiyies, ou 
Cory'ûantes , ou Telchines , & qu'il fonda 
& peupla la ville de Rhodes. On peut me 
demander encore à quel temps je rapporte 
ces événemens. J'avoue que je l'ignore. Ce 
qu'il y a de certain , c'eft qu'il eft de beau- 
coup antérieur à l'Hercule de Thebes qui efl 
un cinquième Hercule. 

* ALCIDON; c'eft le nom que lesFleu- 
rifles donnent à une autre efpece d'œiilets 
piquetés. Voye\(ElLL£r. 

ALCINOaS , ( Mnh. ) roi des Phéaciens 
dans l'iile de Corcyre aujourd'hui Corfou. 
C'ttoieut les peuples les plus voluptueux de 
ce temps-là ; enrichis par le commerce, ils vi- 
voient dans l'abondance & dans le luxe. Oi\. 



. A L C 

ne voyott parmi eux que danfes , que fêtes , 
quefeftins continuels , où la mufique accom- 
pagnoit ordinairement la bonne chere,& où 
des chanfons fouvent trop libres , telles que 
celles que Phémius chanta en préfence d'U- 
jyflc , au fujet de l'adultère de Mars & de 
Vénus^ accompagnoient ces fortes de fellins. 
Rien n'étoit lî magnifique que les jardins 
diAlcinoiis , auquel fantiquité n'a comparé 
que ceux d'Adonis &; de Sémiramis. Jamais 
les arbres de ce jardin ne font fans fruit , dit 
Homère , un doux zéphir entretient toujours 
leur vigueur & leur feve,& pendant que les 
premiers fruits mûriflent', il en naît toujours 
de nouveaux: la poire prête à cueillir en fait 
voir une qui commence d'être : la grenade 
& l'orange déjà mûres , en montrent de 
nouvelles qui vont mûrir : l'olive efl: poufTée 
par une autre olive , & la figue ridée fait pla- 
ce à une autre qui la fuit. La vigne y porte 
des railins en toute faifon ; pendant que les 
uns féchent au foleil dans un lieu découvert, 
on coupe les autres , & on foule dans le pref- 
foir ceux que le foleil a déjà préparés , car les 
ceps chargés de grappes toutes noires qui font 
prêtes à couper , en laifTent voir d'autres tou- 
tes vertes qui font prêtes à fe colorer. Homère 
qui fait paflèr Ulifle fon héros par tous les 
genres de dangers , pour relever davantage 
fa vertu , le fait venir à la cour du roi Alct- 
nous , & paffer quelque temps dans ce lieu 
de délices. (-}-) 

* ALCIS , nom fous lequel Minerve étoit 
adorée chez les Macédoniens. 

§ ALCMAER pu Alkmaar , ( Ge'og. ) 
ville du Kennemerland , dans la partie fep- 
tentrionale des provinces-unies. Elle elt à lix 
lieues nord-ell d'Harlem & à feptnord-ouefl 
d'Anifcerdam. C'elUa première dans îe rang 
des villes de la nord-Hollande qui envoient 
des députés à l'affemblée des états généraux. 
Elle ell bâtie avec régularité & coupée de 
larges canaux qui entretiennent la propreté 
dans fes rues. On y comptoit en 173 z , au- 
delà de 1500 mail'ons. Toutes fes avenues 
font autant de promenades charmantes. 
C'eft dans fes environs que l'on fait le meil- 
leur beurre & le plus excellent fromage de 
Hollande , & qu'on trouve les plus belles 
tulipes. Cette ville palfoit autrefois pour une 
place forte ; elle a été fouvgnt ravagée par les 
FriPjnsEn . 1573 '^^ Efpagnols furent con- 



traînts de l'abandonner après un ficge de fepr 
femaines. L. 22, , io\Ut. 51 , 28. ( C. ^. ) 
ALCM ANIEN , adj. ( Belles-Let. ) dans 
la poéfie latine , c'eft une forte de vers corn- 
pofés de deux daâyles &: de deux trocliées , 
comme celui-ci : 

Virgini \ bus pue \ ri/que \ tanto. Horat. 

Ce nom vient d'Alcman , ancien poète 
grec , eftimé pour fes poéfies lyriques & 
galantes , dans lefquelles il employoit fré- 
quemment cette mefure de vers. (G) 

* ALCMENE, ( Myth. Arcs du Defin. 
Peinture. ) On voit fur un vafe étrufque , 
une parodie des amours de Jupiter & à'Alc- 
mene , compofitioneftimée une des plus fa- 
vantesquel'on connoifîê, &: en même temps 
des plus comiques. Il femble , dit le célèbre 
Winckelmann, dont Y Hijioire de l'Art che^ 
les anciens nous a fourni ce dcffin , que le 
peintre ait voulu peindre ici le principal ade 
d'une comédie telle que celle que Flaute a 
int'nuléeïAmphitrion.Alcmene regarde pan 
une fenêtre , comme faifoient les courtifan- 
nesqui mettoient leurs faveurs à renchere,& 
comme font encore nos courtifannes moder- 
nes. La fenêtre efl: élevée , comme celle d'un 
premier étage. Jupiter eft travefti ; il porte 
un mafque blanc , duquel pend une longue 
barbe. Il a pour coiffure un boiffeau , mo- 
t/z'ff j, comme Serapis , qui eft d'une feule pie- 
ce avec le mafque. Il porte une échelle com- 
me pour monter chez fa maîtreliê , en en- 
trant par la fenêtre. La tête du dieu quipafîe 
entre deux barreaux de l'échelle , fait une 
figure ilnguîiere. De l'autre côté eft Mer- 
cure, avec un gros ventre , alfez reftemblanc 
au Sofiede Plante. II tient de la main gauche 
Ion caducée qu'il bai fie comme pour le ca- 
cher, afin de n'être pas reconnu ; il tient de 
l'autre main une lampe qu'il élevé vers la 
fenêtre comme pour éclairer Jupiter. 11 porte 
à la ceinture un grand phallus, dont la fignifi- 
cation n'eiî: pas équivoque. Sur le théâtre des 
anciens ,lc3 comédiens en avoientun rouge, 
n'ofant paroitre nus. AufTi les deux figures 
ont ici des culottes &: des bas blanchâtres 
d'une même pièce flui defcendenî jufqu'aux 
chevilles des pies , comme le mime allis & 
mafque qui eft dans la vigne Mattei. Leur 
draperie & l'habillement à'Alcniene font 
marqués d'étoiles blanches,. 

Fa 



'44 A L C 

ALCOBACA , {Géogr. ) petite ville de 
Porcugal,dans la partie occidentale de l'Eftra- 
madure, aufud-ouellde Leiria&au nord- 
oueft de Santaren. Elle eil fur une petite 
rivière non loin de la mer , & dans une très- 
belle fituation. La ville n'a rien de remar- 
quable en elle-même. {C. A.) 

ALCO'ER , ( Géogr. ) petite ville d'Efpa- 
gne, dans la Cailille nouvelle, fur les fron- 
tières de l'Ertramadure efpagnole. Elle eft 
litu^e dans une belle campagne entre le Tage 
& la rivière du Cuyar. Cette ville a un dif- 
tridafTez confidérable ; au refte on n'y voit 
rien de remarquable. Long. 13 , 20; Lu. 
38, 5^. {C.A.) 

ALCOLEA , ( Géog. ) petite ville d'Efpa- 
gneenCaftille nouvelle, dans un beau pays 
au nord & à quelques lieues de Madrid. Il 
y a aux environs de cette ville de très-jolies 
maii'ons de campagne, appartenantes à de 
riches particuliers de Madrid. Long. 14,40; 
7.2^.40, 40. On trouve encore une jolie ville 
de ce nom en Andaloufie , fur le Guadal- 
quivir. {C.A.) 

Alcolea, {Ge'ogr.) autre ville d'Efpa- 
gne, dans le royaume d'Aragon , aux con- 
iins de la Caftille. Elle elî fur la rivière de 
Cinça, dans la pofition la plus agréable , & 
dans le pays le plus fertile de l'Aragon , au 
l'uddeBaldaftro, &aunord-eftdela rivière 
d'Yzuela. Long. 20 ; ht. 41 , 30. ( C. A. ) 

ALCORAN ou AL -CORAN, f m. 
( Théol. ) c'ertle livre de la loi mahométa- 
ne, ou le livre des révélations prétendues 
& de la dodrine du faux prophète Maho- 
met. Voyez MaHOMÉTISME. 

Le mot alcoran eft arabe , & fignifie à la 
lettre lii-re ou colleclion, & la première de 
ces deux interprétations eft la meilleure ; 
Mahomet ayant voulu qu'on appellàt fon 
alcoran le livre par excellence , à l'imitation 
des juifs & des chrétiens , qui nomment 
l'ancien & le nouveau Teftament l'Ecri- 
ture , ifnsn , les livres , t^' jiiQhici.. Voye\ 

Livre & Bible. 

Les Mufulmans appellent au fti V alcoran , 
^>^p"l^^M , alforkan, du verbe pns ,phdraka , 
divifer ou diftinguer, foit parce que ce li- 
vre marque la diftindion entre ce qui eft 
vrai ou faux, licite ou illicite ; foit parce 
qu'il co tient des divifions ou chapitres , ce 
qui eft tncore une imicacion des Hébreux , 



À L C 

qui donnent à difFérens li\Tesle même noth 
de opib , perakim , c'elï-i-àhe , titres ou 
chapitres , comme mpKnpis , chapitres des 
Pères; ^^\^^a^^i.»^\ Ipia , chapitres du R. Elie\er. 
Enfin ils nomment encore leur alcorao al~ 
\eerli , avertiflementou fouvenir , pour mar- 
quer quec'eft un moyen d'entretenir les ef- 
prits des croyans dans la connoifiance de la 
loi , & de les y rappeller. Dans toutes les 
fauflès religions, le menfonge a affeftéde fe 
donner les traits de la vérité. 

L'opinion commune parmi nous fur l'o- 
rigine de V alcoran , eft que Mahomet le com- 
pola avec le fecours de Batyras , hérétique 
Jacobite ; de Sergius , moine Neftorien , & 
de quelques Juiis. M. d'Herbclot, dans fa 
Bibliothèque orientale , conjeâure qu'après 
que les héréfies de Neftorius & d'Eutychès 
eurent été condamnées par des conciles 
œcuméniques, plufieurs évêques , prêtres, 
religieux & autres s'étant retirés dans les 
déferts de l'Arabie & de l'Egypte , fourni- 
rent à cet impofteur des pallages défigurés 
de l'écriture faintc , & des dogmes mal 
conçus & mal réfléchis, qui s'altérèrent en- 
core en pafiant par fon imagination : ce 
qu'il eft aifé de reconnoître par les cogmes 
de ces anciens hérétiques , dilperfés dans 
Valcoran. Les juifs répandus dans l'Arabie 
n'y Contribuèrent pas moins ; auffi fe van- 
tent-ils que douze de leurs principaux doc- 
teurs en ont été les auteurs. Quoiqu'on n'aie 
pas de certitude entière iur le premier de 
ces fentimens, il paroît néanmoins plus pro- 
bable que le fécond ; car comme il s'agif- 
foit, en donnant Valcoran , de tromper tout 
un peuple , le fecret & le filence , quelque 
grolFiers que puflent être les Arabes , n'é- 
toient-ils pas les voies les plus fûres pour 
accréditer la fraude? &n'étoic-il pas à crain- 
dre que dans la multitude il ne fe rencon- 
trât quelques efprits aftcz éclairés pour ne 
regarder pas comme inipiré, un ouvrage au- 
quel tant de m.ains auroient eu part? 

Mais les Mufulmans croient comme un 
article de foi, que leur prophète , qu'ils di- 
fent avoir été un homme Innple &c fans let- 
tres , n'a rien mis du iien d?ns ce livre ; 
qu'il l'a reçu de Dieu par le miniflere de 
l'ange Gabriel , écrit fur un parchemin fait 
de la peau du bélier qu'Abraham immola 
à la place de fon fils Ifaac , & qu'il ne hii 



A L C 

fut communiqué que fuccefllvement verfet 
à verfet en différciis temps & en ditfe'rens 
Jieux pendant le cours de vingt-trois ans. 
C'eft à la faveur de ces interruptions qu'ils 
prétendent juftifier la confufion qui règne 
dans tous l'ouvrage ; confufion qu'il efi: fi 
impoffible d'éclaircir que leurs plus habi- 
les dodeurs y ont travaillé vainement : car 
Mahomet , ou fi l'on veut font copifte , 
ayant ramafle pêle-mêle toutes ces préten- 
dues révélations , il n'a plus été polîible de 
retrouver dans quel ordre elles ont été en- 
voyées du ciel. 

Ces vingt-trois ans que l'Ange a employés 
à apporter Valcoran à Mahomet , font , com- 
me on voit, une merveilleufe reflburce pour 
fes fedateurs : par-là ils fauvent une infinité 
de contradièlions palpables qui fe rencon- 
trent dans leur loi. Ils les rejettent pieufe- 
ment fur Dieu même , & difentque pendant 
ce long eipace de tem.ps il corrigea & réforma 
plufieurs des dogmes &; des préceptes qu'il 
avoir précédemment envoyés à fon prophète. 

Quant à ce que contient Valcoran , ce que 
nous en allons dire , avec ce qu'on trou- 
vera a/i ;72jr MahOMÉTISME, fuffira pour 
donner une idée jufte & complète de la 
religion mahométane. 

On peut rapporter en général toute fa 
doctrine aux points hifloriques &: dogma- 
tiques : les premiers avec quelques traces de 
vérité , font mêlés d'une infinité de fables 
& d'abfurdités. Par exemple , on y lit qu'a- 
prés le châtiment de la première pofrénté 
des enfans d'Adam , qu'on y nomme le 
plus ancien Je s prophètes . Noéavoit réparé 
ce que les premiers avoient perdu ; qu'A- 
braham avoir fuccédé à ce fécond , Jofeph 
au troilieme ; qu'un miracle avoit produit 
&c confervé Moyfe ; qu'enfin faint Jean étoit 
venu prêcher l'évangile ; que Jefus-Chrifî , 
conçu fans corruption dans le fein d'une 
Vierge exempte des tentations du démon , 
créé du fouffie de Dieu , & animé de fon 
faint-Efprir , étoit venu l'établir , & que 
Mahomet l'avoit confirmé. En donnant ces 
éloges au S-iuveur du monde , que ce livre 
appelle It l'eibe , la vertu , l'aine & la force 
de D:eu , il nie pourtant fa génération éter- 
nelle & fa divinité , & mêle des fables ex- 
travagantes aux vérités faintes de notre re- 
ligion 3 & rien n ell p!:;: ^rdiiisire oue d'y 



A L C 4^ 

trouvet à côté d'une chofe fenfée , les ima- 
ginations les plus ridicules. 

Quant au dogme , les peines & les ré- 
compenfes de la vie future étant un motif 
très-puifTant pour animer ou retenir les hom- 
mes , & Mahomet ayant afîaire à un peu- 
ple fort adonné aux plaifirsdes fens , il a 
cru devoir borner la félicité éternelle à une 
facilité fans bornes de contenter leurs deiirs 
à cet égard ; & les chàtimens principale- 
ment à la privation de ces plaifirs , accom- 
pagnée pourtant de quelques chàtimens 
terribles , moins par leur durée que par leur 
rigueur. 

En conféquence il enfeigne dans Valcoran 
qu'il y a fept paradis ; &; le livre d'Azar 
ajoute que Mahomet les vit tous, monté 
fur l'alborack , animal de taille moyenne , 
entre celle de l'âne & celle du mulet ; que 
le premier eft d'argent fin ; le fécond d'or ; 
le troifiem.e de pierres piécieufcs , où fe 
trouve un ange , d'une main duquel à l'au- 
tre il y a foixante-dix mille journées , avec 
un livre qu'il lit toujours ', le quatrième eft 
d'émeraudes ; le cinquième de cryftal ; le 
fixiemede couleur de feu ; & le feptieme eft 
un jardin délicieux arrofé de fontaines & 
de rivières de lait , de miel & de vin , avec 
divers arbres toujours verds , djnt les pe- 
^ pins fe changent en des filles fi belles & fi 
douces , que h l'une d'elles avoit craché dans 
la 'Tier , l'eau n'en auroit plus d'amertume. 
Il ajoute que ce paradis eft gardé par des 
anges , dont les uns ont la téce d'une vache, 
qui porte des cornes , lefquelles ont qua- 
rante mille nœuds , & comprennent qua- 
rante journées de chemin d'un nœud à l'au- 
tre. Les autres anges ont 70000 bouches , 
chaque bouche 70000 langues , & chaque 
langue loue Dieu 70000 fois le jour en 
70000 fortes d'idiomes dirF.'rens. Devant le 
trône de Dieu font quatorze cierges allu- 
més qui contiennent cinquante journées de 
chemin d\m bout à l'autre. Touj les ap- 
partemens de ces cieux imaginaires feront 
ornés de ce qu'on peut concevoir de plus 
brillant ; les croyans y feront fervis des mets 
les plus rares &: les plus délicieux , & épou- 
icront des houris ou jeunes filles , qui , m.<l- 
gré le commerce continuel que les Muful- 
mans auront avec elles , feront toujour'^ 
I vierges, Par qI\ l'on voit (jus Mahomsc £àc 



4*5 A L C 

condfter toute la béatitude de fes predeftînés 
dans les voluptés des fens. 

L'enfer confilte dans des peines qui fini- 
ront un jour par la bonté de Mahomet , 
qui lavera les réprouvés dans une fontaine , 
& les admettra à un feffin compofé des 
reftes de celui qu'il aura fait aux bienheu- 
reux. Il admet auffi un jugement après la 
ir.ort, & un? efpeee de purgatoire , c'elt-à- 
dire , des peines dans le tombeau & dans 
le fein de la terre , pour les corps de ceux 
qui n'auront pas parfaitement accompli la 
loi. VoyeiHUNKlK & Nekir. 

Les deux points fondamentaux de l'j/- 
ûoran fuffiroient pour en démontrer la fauf- 
feté : le premier eit la prédellination , qui 
confifte à croire que tout ce qui arrive efl: 
tellement déterminédans les idées éternelles, 
que''rien n'eft capable d'en empêcher les 
effets ; & l'on fait à quel point les Muful- 
mans font infatués de cette opinion. Le 
fécond ei\ que la religion mahométane doit 
être établie fans miracle , fans difpute , fans 
contradiftion ; de forte que tous ceux qui 
y répugnent doivent être mis à mort , & 
que les mufulmans qui tuent ces incrédules , 
méritent le paradis : auffi l'hiRoire fait-elle 
foi qu'elle s'eft encore moins établie & ré- 
pandue par la féduâion , que par la vio- 
lence 6c la force des armes. 

Il eft bon d'obferver que Valcoran , tant 
que vécut Mahomet , ne fut conferyé que 
fur des feuilles volantes ;& que ce fut Abou- 
bekre fon fuccedêur 5 qui le premier fit de 
ces feuilles volantes un volume , dont il 
confia la garde à Hapsha ou Aiicha , veuve 
de Mahomet , comme l'original auquel on 
pût avoir recours en cas de difpute ; & com- 
me il y avoir déjà un nombre infini de 
copies de Valcoran répandues dans l'Afie , 
Othman fuccelFeur d'Aboubekre , en fit 
faire plufisurs couformes à l'original qui 
étoit entre les mains d'Hapsha , & fupprima 
toutes les autres. Quelques auteurs préten- 
dent que Mohavia , calife de Babylone, 
ayant fait recueillir les difiérentes copies de 
Valcoran , confia à iix doâeurs des plus ha- 
biles le foin de recueillir tout ce qui étoit 
véritablement du fondateur de la fefle , & 
fit jetter le reile dans la rivière. Mais mal- 
gré l'attention de ces doâeurs à établir un 
feul & même fondement de leur doftrine , 



\ À L C 

ils devinrent néanmoins les chefs de quatre 
feâes di.îérentes. La première &: la plus 
fuperltitieufe efl celle du dodeur Melik , 
fuivie par Içs Mores & par les Arabes. La 
féconde, qu'on nomme Vlmeniane , confor- 
me à la tradition d'Ali , efl: fuivie par les 
Perfans. Les Turcs ont embrafl'é celle d'O- 
mar qui ell la plus libre ; & celle d'Odman , 
qu'on regarde comme la plus fimple , efl: 
adoptée par les Tartares ; quoique tous s'ac- 
cordent à regarder Mahomet comme le plus 
grand des prophètes, 

Les principales différences qui foient fur- 
venues aux copies faites poltérieurement à 
celle d'Aboubekre , confiftent en des points 
qui n'étoient pas en ufage du temps de Ma- 
homet , & qui y ont été ajoutés par les com- 
mentateurs , pour fixer & déterminer la 
véritable leçon , & cela à l'exemple des Maf- 
foretes , qui ont aufli mis de pareils points 
au texte hébreu de l'écriture, l^oy. Point. 

Tout Valcoran efl divifé en furas ou cha- 
pitres , & les furas font fubdivifées en petits 
verfets mal coufus & fans fuite , qui ref- 
femblent plus à de la profe qu'à de la poé- 
fie. La diviiïon de Valcoran en furas eft mo- 
derne ; le nombre en efl: fixé à foixante. La 
plupart de ces furas ou chapitres ont des 
titres ridicules, comme de la radie , des four- 
mis , des mouches , & ne traitent nullement 
de ce que leurs titres annoncent. 

II y a fept principales éditions de Valca- 
rjn ; deux à Médine , une à la Mecque , 
la quatrième à Coufa , une à Balfora, une 
eu Syrie , &: l'édition commune. La pre- 
mière contient 6ooo vers ou lignes ; les au- 
tres en contiennent loo ou 236 de plus : 
mais pour le nombre des mots ou des let- 
tres , il efl le même dans toutes : celui des 
mots efl de 77Ôi,(j , &c celui des lettres de 
223015. 

Le nombre des commentaires de Valco- 
ran efl- fi immenfe , que des titres feuls raf- 
femblés on en pourroit faire un très-grps 
volume. Ben Ofchair en a écrit l'hifloije 
intitulée, Tarikii £cn Ofchair. Ceux qui 
ont le plus de vogue font le Raidhaori 
Thaalebi , le Zamalcii fchari , & \eBacai. 

Outre l'alcoran dont les Mahométans 
font la bafe de leur croyance , ils ont un 
livre de traditions appelle la Sonna. V^oye^ 
Sonna,Tradition,Mahométisme. Us 



A L C 

ont auffi une théologie poritive , fond Je fur 
Vakoran & fur \2if0nna , & une fcholaltique 
fondée fur la raifon. Ils ont leurs cafuiites 
& une efpece de droit-canon , où ils dif- 
tinguent ce qui eft de droit divin d'avec 
ce qui eft de droit pofitif. 

On a fair différentes tradaftions de Val- 
coran : nous en avons une en François d'An- 
dré du Riel , fieur de Maillezais ; & le P. 
Maracci , profefleur en langue arabe dans 
le collège de Rome , en fit imprimer à 
Padoue ,en 1698 , une latine , à laquelle il 
avoir travaillé 40 ans , & qui pafle pour 
la meilleure , tanr par rapport à la fidélité 
à rendre le texte , qu'à caufe des notes fa- 
vantes , & de la réfutation complète des rê- 
veries de Vakoran , dont il l'a ornée. 

Les Mahométans ont un culte extérieur , 
des cérémonies , des prières publiques , des 
mofcfuées , & des miniftres pour s'acquitter 
des fondions de leur religion, dont on trou- 
vera les noms & l'explication dans ce Dic- 
tionnaire , fous les titres de Mosquée , 

MUPHTI , IMAN , HATIB , SCHEIK , 
DeRVIS , & autres. 

Alcoran , chez les PerfanSjfignifie auffi 
une efpece de tour ou de clocher fort élevé , 
environné de deux ou trois galeries l'une 
fur l'autre , d'où les Moravites , efpece de 
prêtres parmi eux, récitent desprieresà haute 
voix plufieurs fois le jour en faifant le tour 
de la galerie afin d'être entendus de tous 
côtés. C'eft à peu près la même chofe que 
les minarets dans les mofquées des Turcs. 
Voye:{ MiKARET. (G) 

ÂLCOUCHETE, {Gcog.) petite ville de 
Portugal , dans l'Eftramadure. Elle eft au 
bord du Tage , de l'autre côté de Lisbonne , 
& prefque vis-à-vis , à peu de diftance de 
l'ancienne ville de Lisbonne , qui fe trou- 
voi: alors de ce côté. Long. 9 , io ; Lu. 38 , 
55. {C.A.J 

ALCOVE, f. ( ArclutecJ. ) c'eft la partie 
d'une chambre où eft ordinairement placé 
le lit , & où il y a quelquefois des ficges ; 
die eft féparée du refte par une eftrade , 
ou par quelques colonnes ou autres orne- 
mens d'architedure. 

Ce mut nous vient de l'efpagnol alcoha , 
lequel vient lui-même de l'arabe eîcauf^qm 
fignifie fimplcmenr un cabinet , un heu où 
l'on dort, ou à'ekohat , qui fignitiê une tinte 



A L C 47 

fous laquelle on dort , en latin :[eta. On dé- 
core les akores de plufieurs façons. VoyeT^ 
Niche. C'eft à l'architeâe à marquer la 
place de Vakore ,• c'eft au fculpteur ou aU 
menuifier à l'exécuter. (P) 

ALCOY , ( Géogr. ) petite ville d'Efpa- 
gne jdans le royaume de Valence. Elle eft 
lur une rivière qui porte fon nom , & qui 
traverfe du fud-oueft au nord-eft toute la 
province. Cette ville eft précifément au mi- 
lieu du val de Bayte. Long. 17 , 25 ; lut. 38, 
4Ï. ( C. A. ) 

ALCREBIT.f m, (C/ijtoV.) inftrument 
de fer qui garnit une ouverture faite à la 
partie poftérieure du fourneau à fondre les 
mines ; ce fourneau fe nomme ciflillan. On 
ne fe fervoitque de cette efpece de fourneau 
pour la fonte des mines en Efpagne , avant 
la découverte de l'Amérique. L'ii/cnii/f fert 
à recevoir le canon du foufflet , de forte que 
le bout du foufflet ne déborde point dans 
le fourneau. (TV/) 

ALCUDIA , ( Geog. ) ville de l'ifle Ma- 
jorque , dans la Méditerranée. Elle eft entre 
Puglierza & le Capode laPedra, fur la côte 
orientale. On y f.iit quelque commerce. 
Long. XI , 10 ; lac. 39 , 40. Il y a encore 
une ville de ce nom en Afrique , près du cap 
des Trois-Forcats. ( C A. ) 

ALCUESAR , ( Geog. ) petite ville d'Ef- 
pagne , dans le royaume d'Arcgon , fur la 
rivière de Vero , au nord de Balbaftro & 
au fud du Saz de Surta. Elle eft aflez jolie 
& fes environs font aflez fertiles. Long. 17 , 
55 ; lat.^i. (C. A.) 

ALCYON , f. m. akedo , nom que les 
anciens ont donné à un oifeau : mais ils 
n'ont pas affez bien décrit cet oifeau , pour 
que l'on ait pu le reconnoître : ainfi nous 
ne favons pas précifément quel étoit l'al- 
cyon des anciens. Cependant les modernes 
ont fai tl'application de ce nom. Belon l'a 
donné à deux cfpeces d'oifeaux que nous 
appelions en françois martin-pû-heur&i rouf- 
ferolle. Voye^ MarTIN-PÊCHEUR , RoUS- 
SEROLLE. On trouvera dans V Ornithologie 
d'Aldrovande,//V. XX,chap. /x,toutceque 
cet auteur a pu tirer des anciens , par rap- 
port à leur alcyon. (/) 

Alcyon, f m. alceJo, inis , ( terme Je 
Bhjon. ) oifeau hantant la mer & les maré- 
cages , il eoiivc lar l'eavi & parmi les- tor^ 



^8 A L C 

f'caux au commencement âeYh'iver.U alcyon 
eft un meuble d'armoiries ; on le reprefente 
fur Ton nid au milieu des flots de la mer. 

Les naturalises dilent que la mer eft 
calme quand les alcyons font leurs nids. 

Il y a plulieurs deviles prifes de V alcyon. 
^ Un alcyon dans fon nid au milieu des 
flots ; alcedinis dits , les jours heureux que 
Ton coule fous le règne d'un bon prince ; 
filencibus aiifiris , pour im favant qui tra- 
vaille dans le {i\encù;agnofcic tempus , pour 
un homme prudent. 

Un alcyon au milieu d'une tempête , ne- 
quicquam terreor ajîu , pour un guerrier 
intrépide au milieu des hafards. 

De Martin à Paris ; de gueules à l'alcyon 
d'argent , fur une mer d'azur. (G.D.L.T.) 

ALCYONE , {Geog.) ville de Theflàlie, 
qui e'toic près du golfe de Male'e , mainte- 
nant appelle le golfe de Zitcn , & fur les 
ruines de laquelle fut enfuite bâtie la ville 
de Methon , remarquable par la bleillire de 
Philippe roi de Macédoine qui y perdit un 
ceil. (C.A.) 

ALCYONÉE , ( Geog. ) lac du pays de 
Connthe dans la Ptloponnefe , aujourd'hui 
la More'e. Il eft extrêmement profond. 
L'empereur Néron eut la curiofité de le 
faire fonder ; on prétend qu'il n'en put trou- 
ver le fond. Près de ce lac étoit un temple 
confacré par les Oropiens à Amphiaraiis le 
devin , avec une fontaine qui avoit le nom 
de ce miférable forcier. (C A. ) 

^'îLCYONIUM,luh. m. fubftance qui fe 
trouve dans la m,er , & que l'on avoit mifc 
prefque jufqu'à préfent au rang des végé- 
taux , & au nombre des plantes de mer. Les 
botaniiles ont diftingué plufieurs efpcces 
à'alcyoniurn ,• on en trouve douze dans les 
Jnfiuutions deM.de Tournefort:'mais com- 
me on ne pouvoit reconnoître ni feuilles ni 
fleiu"s ni iemences dans aucune de ces ef- 
peces , on ne leur a donné aucun caradere 
générique. Le degré de conliftance , la cou- 
leur , la grandeur , & la figure de ces pré- 
tendues plantes , fervoient de caraderes fpé- 
cifiques : mais le meilleur moyen de les re- 
connoître cft d'en voir les gravures dans 
différents auteurs, comme le confeilleM.de 
Tournefort. On en trouve aulfi des AeÇ- 
criptions détaillées , Hifl. pi- Jo. Hauh. 
IQm. m , lii^. XXXIX. Hifl- plant. Raii , 



A L D 

tom. I , &:c. Enfin on a reconnu que ces 
prétendues plantes doivent être Ibuftraites 
du règne végétal , & qu'elles appartiennent 
au règne animal. On eft redevable de cette 
découverte à M. Peyllbnel ; il a reconnu que 
ïalcyonium étoit produit & formé par des 
infeâes de mer qui font affez reftemblans 
aux polypes. Cette obfervation a été confir- 
mée , & elle s'étend à la plupart des fubf- 
tances que l'on croyoit être des plantes ma- 
rines. V. Plantes marines, Polypier. 
Le mot alcyonium vient à'alcyon , parce 
qu'on a cru que ïalcyonium avoit quelque 
rapport avec cet oifeau pour fon nid. En 
effet , il y a des alcyonium qui font creux &c 
fpongieux , & que l'on a bien pu prendre 
pour des nids d'oifeaux. (/) 

* ALDBOROUG , Ç Geog. ) ville d'An- 
gleterre , dans le comté de Suffolk. Long, 
i8 ; lat. 57 j 40. Il y a encore une ville du 
même nom dans la fubdivilion feptentrio- 
nale de la province d'Yorck. Long. 17 ; 
l'if, 'Ç7 , 9- 

ALDEA , ( Geog. ) petite ville dePortu- 
gal dans l'Eftramaduje. Elle eft dans une ifle 
formée par le Tage , au nord de Setuva! & 
au fud-eft de Lisbonne. Long. 9 , 15 ', lat. 
38,45. (C.^.) 

ALDEBARAMow ALDEBARAN.f. m. 
( Aftron. ) mot arabe , nom d'une étoile de 
la première grandeur , dans l'œil d'un des 
douze figues ou conlfellations du Zodiaque , 
appelle le Taureau ,• ce qui t'ait qu'on l'ap- 
pelle aufîi très-'communément ï'ail du Tau- 
reau. Voye^ TAUREAU. (O) 

ALDEGO , {Geog.) rivière d'Italie , 
dans le Veronnois. Elle fe joint à l'Ad.'ge 
dans les états de la république de Venife , 
près de Zevio. ( C. A. ) 

* AL)3ENB0URG. Voye^ Altem- 

BOURG. 

ALJ3ERMAN,f. m.{Hifi, /no^.) terme 
ufité en Angleterre , où il fignifie un adjoint 
ou collègue affocié au maire ou magiftrat 
civil d'une ville ou cité , afin que la police 
y foit mieux adminiftrée. Voye:{ CiTÉ , 
ViLT.E , Ùc. 

Il y a des aldermans dans toutes les cités 
& les villes municipales, qui en compofent 
le confeil commun , & par l'avis defquels 
fe font les réglemens de police. Ils prennent 
auili connoiilance en quelques occafions 

de 



A L D 

de matières civiles & même criminelles , 
mais tré:,-rarement. 

Leur nombre n'eft point le même par- 
tout ; il y en a plus ou moins , félon les 
difFcientes villes : mais il n'y en a nulle part 
moins de fix , ou plus de ving-fix. 

C'ell de ce corps d'aUermans qu'on tire 
tous les ans des maires & échevins , qui , 
après leur mairie ou échevinage , retournent 
dans la clarté des aldermans , dont ilsétoient 
comme les commirtaires. V'oye^ MAIRE. 

Les vingt-fix aldermans de Londres font 
fupérieurs aux trente-fixquarteniers. Voye\ 
QUARTENIER. 

Quand un des aldermans vient à mourir , 
les quarteniers en préfentent deux , entre 
L-fquels le lord maire & les aldermans en 
choifirtent un. 

Tous les aldermans qui ont été lords- 
maires, & les trois plus anciens aldermans 
qui ne l'ont pas été , ont le brevet de juges 
de paix. 

Il y a eu autrefois des aldermans des mar- 
chands , des aldermans de l'hôpital , & au- 
tres. Il eft parlé aurti dans les anciennes 
archives des Anglois , de Valdeman du roi 
■qui étoit comme un intendant ou juge de 
province envoyé par le roi pour rendre la 
juftice. Il étoir joint à l'évêque pour con- 
noître des délits ; de forte néanmoins que 
la jurifdidion du premier fe renfermoit dans 
les loix humaines, & celle de l'autre dans 
les loix divines , & qu'elles nedevoient point 
empiéter l'une furî'autte. V. SÉNATEUR. 

Les aldermans chez les Anglois-Saxons 
étoient le fécond ou troifieme ordre de leur 
noblefle. V. Noblesse. AulFi ce mot vient- 
il du faxon aider , ancien , &: man , homme. 

Un aateur moderne prétend avec aflèz 
de vraifemblance , que chez les anciens Al- 
lemands le chef de chaque famille ou tribu 
le nommoit ealderman , non pas pour figni- 
fier qu'il tût le plus vieux , mais parce qu'il 
repréfentoit l'aîné des enfans , conformé^ 
ment au gouvernement paternel qui étoit 
uficé dans cette nation. 

Comme un village ne confiftoit ordinai- 
rement qu'ea une tribu ou branche de fa- 
mille , le chef de cette branche ou tribu , 
qui en cette qualité avoit une forte de ju- 
rifdiftio.i fur le village , s'appelloit Vealdei- 
man du village. 
Tome il. 



A L D _ 49 

Thomas Elienfis , dans la vie de S. Ethel- 
red , rend alderman par prince ou comte : 
Egehf^inus, qui cognounnatus e//alderman, 
quod intelLgLtur princeps Jive cornes. Mat- 
thieu Paris rend le mot à' alderman par julli- 
cier , jujiiciarius ; & Spelman obferve que 
ce furent les rois de la maifon des ducs de 
Normandie qui fubftituerent le mot de jujii' 
cier à celui d'alderman. 

Atheling fignifioit un noble de la pre- 
mière clarté ; alderman , un homme de la fé- 
conde ; & thane , un fimple gentilhomme. 
Voye\ Atheling & Thane. 

Alderman étoit la même chofe que ce 
que nous appelions comte ; & ce fut après 
le règne d'Athleltane qu'on commença à 
dire comte au lieu d^ alderman. V. CoMTE. 

Alderman , dès le temps du roi Edgar , 
s'employoit auffi pour fignifier un juge ou 
unjujUcier. Voye^ JuGE & JUSTICIER. 

C'ert dans ce fens qu'Alwin , tils d'A- 
thleftane , eft appelle aldermanus totius An- 
glicv i ce que Spelman rend par capital: s 
jujiiciarius Angliœ. [G) 

ALE , ( Ge'ogr. ) royaume des Barbecins 
en Afrique , dans la Guinée , au midi du 
Sénégal & prelque vis-à-vis du cap verd. Sa 
capitale eft i^Jgog , réfidence du roi. Les 
éléphans y font très-communs. 

On nous raconte que les filles du pays fe 
font des cicatrices & s'agrandiffent la bou- 
che pour paroître plus belles. Quand le roi 
veut faire la guerre , il artèmble fon con- 
fcil dans un bois où l'on fait une forte & 
où chacun baiflè la tête pour dire fon avis. 
Puis , quand la r>=Tûlution eft prife , le prince 
les art^ure que le forte qu'on fait combler ne 
découvrira pas le fecret , afin qu'ils ne le dé- 
clarent point eux-mêmes. Cette coutume eft 
finguliere , mais elle eft innocente & elle 
réuffit : aucun d'eux ne trahit jamais le fecret. 
Long, y, la t. 13. (C A.) 

* ALEA , furnom de Minerve : il lui fut 
donné par Aleus , roi d'Arcadie , qui lui 
bicit un temple dans la ville de Tegée , 
capitale de Ion royaume. On confervoic 
dans ce temple la peau & les défenfes du 
lan^lier Calydon ; & Augufle en enleva la 
Minerve aléa , pour punir les Arcadiensd'a- 
voir fuivi le parti d'iA.ntoine. 

ALECHARITH , f. m. ( Clymie. ) i 1 y 
vH a qui fe fervent de ce uoni pour fignifier 

G 



<o A L E 

le mercure. V. MERCURE, ViF-ARGENT. 
{M) 

* ALECTO , f. f. une des trois furies ; 
Tifyphone & Me'gere font fes fœurs. Elles 
font filles de l'Acheron & de la Nuir. Son 
nom répond à celui de V Envie. Quelle ori- 
gine & quelle peinture de Veiiiie ! 11 me fem- 
ble que pour les peuples & pour les enfans , 
qu'il faut prendre par l'imagination , cela 
eft plus frappant que de fe boiner à re- 
prc'fenter cette paflion comme un grand 
mal. Dire que l'envie ell un mal , c'eft pref- 
qiie ne faire entendre autre chofe , finon 
que l'envieux relfemble à un autre hom- 
me : mais quel elt l'envieux qui n'ait hor- 
reur de lui-même , quand il entendra dire 
que l'Envie eft une des trois furies , & qu'elle 
eft fille de l'Enfer & de la Nuit ? Cette partie 
emblématique de la théologie du paga- 
nifme n'étoit pas toujours fans quelque avan- 
tage ; elle e'toit toute de l'invention des 
poètes : & quoi de plus capable de rendre 
aux autres hommes la vertu aimable & le 
vice odieux , que les peintures charmantes 
ou terribles de ces imaginations fortes ? 

ALECTORIENNE, PIERRE ALEC- 
TORIENNE, PIERRE DE COQ , gem- 
ma alecloria , pierre qui fe forme dans l'ef- 
tomac & dans le -foie des coqs & même 
des chapons. Celles qui fe trouvent dans 
le foie font les plus groftes , & il y en a eu 
une qui avoit jufqu'à un pouce & demi de 
longueur , & quiétoit de figure irréguliere, 
& de couleur mêlée de brun & de blanc. 
Celles de l'eftomac font pour la plupart 
aftez femblables aux femences de lupin pour 
la figure , & à une fève pour la grandeur ; 
leur couleur eft cendrée, blanchâtre, ou 
brune claire ; il y en a qui refîèmblent à 
du cryftal , mais elles font plus obfcures , 
& elles ont des filets de couleur rougeâtre.' 
V. Agricola , de namrafofjilium , Lib. VI, 
pag. 307. (/) 

ALECTRYOMANCIE, f. f. Divination 
quife fàifoit par le moyen d'un coq. V. DIVI- 
NATION. Ce mot eft grec , compofé d'^-Z/s- 
XTpij'càv 3 un coq , & de /^«vt/;* , divination. 

Cet art étoit en ufage chez les Grecs ;, 
qui le pratiquoient ainfi : on traçoit un 
cercle fur la terre , & on le partageoit en- 
fuite en vingt-quatre portions ou efpaces 
égaux , dans chacun defq^uels on figuroit 



AIE 

une des lettres de l'alphabet , & fur cha- 
que lettre on mettoit un grain d'orge ou 
de blé. Cela fait , on plaçoic au milieu du 
cercle un coq fait à ce manège , on obfer- 
voit foigneufement les lettres de defl'us lef- 
queiles il enlevoit les grains , & de cej, let- 
tres rallèmblées on faifoit un mot qui forr 
moit la réponfe à ce qu'on vouloir favoir. 

Quelques devins nommés Fidujiius , Ire- 
née , Pergamius , & Hilaire , félon Ammien 
Marcellin , auxquels Zonaras ajoute Liba- 
nius&z Jamblique , cherchèrent quel devoic 
être le fucceflèur de l'empereur Valens. Le 
coq ayant enlevé les grains qui étoient fur les 
lettres 9 , E , o , A , ils en conclurent que 
ce feroit Théodore : mais ce fut Théodofe, 
qui feul échappa aux recherches de Valens , 
car ce prince , informé de l'adion de ces 
devins , fit tuer tous ceux dont les noms 
commençoient par ces quatre premières let- 
tres, comme Théodofe, Théodore, Théodar, 
Théodule , &c. aulTi-bien que les devins. 
Hilaire , un de ces derniers , confelTa dans 
fon interrogatoire , rapporté par Zonaras & 
cité par Delrio , qu'ils avoient , à la vérité , 
recherché quel feroit le fucceffeur de Va.- 
lens , non par Yalecrryomancie , mais par la 
dadyliomancie , autre efpece de divination , 
où l'on employoit un anneau & un baflin. 
Vojei Delrio , Difquijit. magie. lib. IVy 
cap. 1) , queji. VII , jecl. iij. pag. 564 S^ 

565- {G) 

ALEE , a. p. f ( Hifl. anc. ) fêtes qu'on 
célebroit en Arcadie en l'honneur de Mi- 
nerve Aléa , ainfi furnommée par Aleus , 
roi de cette partie de la Grèce. 

* ALEGR ANIA, (Gfb^r.) Foye^Ai- 

LEGRANTA. 

* ALEGRE, {Géogr. ) Voy. Allègre. 

* ALEGRETTE, {Géogr) ville de Por- 
tugal dans l'Alentéjo, fur la rivière Caia & 
les confins de Port-Alegre. Long. 11 , 10 j 
Lt. 39 , 6. 

ALEIRON ou ALERON , f m. pièce 
du métier d'étoffe en foie. L'uleiron eft un 
liteau "i'en-.iion un pouce de large & ua 
peu plus , fur un den.i-pcuce d'épailieur , 
&: deux pies eu environ de !orgue;'.r. 11 efl 
percé dans le n.ilieu : on eiifile des ateirons 
dans le caiete , plus ou moins , félon le 
genre d'étoile qu'on a à ttavaillcr. Au muyea 
des cordes eu ficelles qui pairent dans cha-- 



A L E 
qoe trou pratiqué aux deux extrémités de 
V-aleiron , & dont les unes répondent aux 
lifl'es , & les autres aux calquerons , on 
fait hajflèr & re'ever les lifles à difcrétion. 
h'uleiro/i 'k'is les bons métiers ne doit pas 
être coché à fes extrémités , mais percé. 
Si on pafluic le^ cordes autour des aleirons , 
elles pourroient froCfei les unes contre les 
autics , & gi 'er le renvoi des lifTes. Voyti 
Velours cijele. 

ALEMBIIOTH, f. m.{Chjm.) eft un 
mot chaldéen dont fe fervent les alchy- 
miftes pour fignifiert/f't/e l'art, c'eft-à-dire, 
de Part chymique. Ce:te clé tkit entrer le 
chymilte dans la tranfmu acion, & elle ou- 
vre les corps de forte qu'ils font propres à 
former la pierre philofophale. Qui fait ou 
qui fauroit quelle efl cette clé , fauroit le 
grand œuvre. Il y en a qui difent que cette 
clé eft le fel du mercure. 

Alembroth lignifie aulTi un fel fondant ; 
& parce que les fcis les plus fondans font 
les alkalis , alembroth eft un fel alkali qui 
fert à la fufion des métaux. 

Dans ce fens alembroth a été employé 
pour fignifier un fel alkali naturel qui fe 
trouve en Chypre ; & il y a apparence que 
ce fel eft une efpece de borax, ou qu'on en 
pourroit faire du borax. Voye^ BoRAX (M) 

ALEMDAR, i. m. ( Hift. mod. ) officier 
de la cour du grand-feigneur. C'eft celui 
qui porte l'enfeigne ou étend .rd verd de 
Mahomet, lorfque le fultan fe montre en 
public dans quelque folemnité. Ce mot eft 
compofé à'alem , qui fignifie e'tendard , & 
de dar , avoir , tenir. Ricault , de l'Emp. 
Ou. (G) 

ALENÇON , ( Gfb^r. ) ville de France 
dans la bafte Normandie fur la Sarte , groftie 
parla Briante. Long. 17 , 45 ; lut. 48 , 25. 

Le commerce de la généralité à^Àlenfon 
mérite d être connu. On fait à Alenyon des 
toiles de ce nom : au Pont-audemer & à 
Bernay , les biancards , qui font des toiles 
de lin ; à Bernay , à Lizieux , à Brionne , les 
brionnes ; à Lizieux , les cretones , dont la 
chaîne eft chanvre, & la trame eft lin ; à 
Donfront & Vimoutiers , de groftes toiles ; 
les points de France , appelles relin , à Alen- 
fon; IciFiûcsàLifieux, àOrbec , àBernay, 
à Fervaques , & à Tardo'.'etj des fcrges, des 
écamines , des crépons , à Alenyon ,• d*;s pe- 



' A L E _ ^r 

tîtes ferges à Seez ; des ferges croîfées & des 
droguets à Verneuil ; des éramines de laine, 
de laine & foie , & des droguets de hl & 
laine,àSouance& àNogent-le-Rotrou ;des 
ferges fortes &: des tremieresà Eicouche ; des 
ferges , des étamines, & des laineries à Lji- 
g!e , où l'on fabrique aufti des épingles , de 
même qu'à Couches. Il y a à Conches quin- 
caillerie & dinandrie-; tanneries à Argentan , 
Vimoutiers, Conches , & Verneuil ; fabrique 
de fabots , de bois quarrés , de planches & 
merrain, engrais de volailles, œuts& beurre; 
falpétre d'Argentan ; verreries & forges , 
verreries à Nouant , à Tortiftàmbert & à 
Thimarais ; forges à Chanfegrai , Varennes, 
Carouges , Rannes , Conches , & la Bonne- 
ville ; mines abondantes dans le pays d'Houl- 
me , & aux environs de Domfront , chevaux 
dans les herbages d'Auge , & beftiaux à l'en- 
grais. 

§ Alençon pafte pour la troifieme ville 
de Normandie , & eft l'une des trois oiî il 
y a généralité. 

Pierre de France , fîls de Saint Louis , eût 
en partage le comté d' Alençon , qui à fa 
mort en 1283 , fut donné à Charles , fécond 
fils de Philippe le hardi. Ce duché fut réuni 
à la couronne en i^z^ à la mort de Charles 
de Valois. Dans la paroifTe de Notre-Dame 
font les tombeaux des ducs d'Alençon. On 
voit encore le vieux château, où ilsfailoient 
leur rélidence : cette généralité comprend 
quatre pays , le pays d'Auche , d'Houlmc , 
Liévin ik la campagne ^Alençon. (G) 

ALENE , f f c'eft un outil d'acier dont 
fe fervent les felliers , bourreliers , cordon- 
nière , & autres ouvriers qui travaillent le 
cuir épais , & qui le coufent. \J alêne a la 
pointe très-fine & acérée , & va toujours en 
groffiftant jufqu'à la foie , ou à l'endroit par 
où elle eft enfoncée dans un manche de bois. 
On a foin de fabriquer toujours les alênes 
courbées en arc , afin de les rendre plus 
commodes pour travailler, & moins fujettes 
à blefTèr l'ouvrier qui s'en fert. 

Ce font les maîtres Eoingliers & Aiguiî- 
liers qui font & vendent les alênes : aufilJes 
appelle-t-on quelquefois -•-. Lniers. 

Il y a des alênes de plulieurs lortes , les 
ait nés à joindre , font celles dont les cor- 
donniers fe fervent pour coudre les em- 
peignes avec les quartiers ; Vaiaie à première 

G i 



^2 A L E 

femelle eft plus grolTe que celle à joindre ; 
& Valene à dernière femelle , encore davan- 
tage. Ces alênes de cordonniers font des 
efpeces de poinçons d'acier très-aigus , polis , 
& courbés de différentes manières , félon 
le befoin. Ils font montés fur un manche 
de buis. On tient cet oudl de la main 
droite , & on perce avec le fer des trous 
dans les cuirs pour y paffer les fils qu'on 
veut joindre enfemble. Ces fils font armés 
de foie de cochon , qui leur fert de pointe : 
ils font au nombre de deux , que l'on pafle 
dans le même trou , l'un d'un fens , & l'autre 
de l'autre. On ferre le point en tirant des 
deux mains ; favoir de la main gauche , 
après avoir tourné le fil un tour ou deux 
fur un cuir qui environne la main , & qu'on 
appelle manicle. Voy. ManiclE. Son ufage 
eft de garantir la main de l'impreffion du 
fil : de la main droite on entortille l'autre 
fil deux ou trois fois autour du colet du 
manche de Valene ; ce qui donne le moyen 
de les tirer tous deux fortement. 

* ALENTAKIE , ( Géogr. ) province de 
l'Efthor.ie , fur le golfe de Finlande. 

§ ALENTEJO , ( Geogr. ) grande pro- 
vince de Portugal , qui s'étend du fud au 
nord , depuis les montagnes d'Algarve ju(- 
qu'aux frontières de l'Eflramadure portu- 
gaife , dans un efpace de cinquante lieues ; 
& de l'efl: à l'ouert , depuis la mer & le 
Tage jufqu'aux frontières de l'Eftramadure 
efpagnole &: de l'Andaloufie , dans un autre 
efpace de quarante lieues. Elle a de vaftes 
plaines très-propres à fagriculture , & des 
coteaux très-propres au vignoble , qui font 
tous très-négligés par l'indolence des Portu- 
gais. Les huiles & les fruits y abondent , 
ainfi que le gibier & le poiffon. On y 
trouve des marbres de différentes couleurs , 
& on y fabrique une faïence eftimée , dont 
le grand débit fe fait en Efpagne. Cette 
province eft fort peuplée : on y comptoit en 
1732, 260000 perfonnes. Elle fe partage 
en huit jurifdiôions , & renferme quatre 
villes du quatrième ordre, quatre-vingt-huit 
petites villes ou bourgs , & trois cens cin- 
quante-cinq paroiflbs. UAlentéjo fait un 
grand tiers du royaume de Portugal. (C A.'S 

ALÉNUPIGON, {Géogr)\zc de l'Amé- 
rique feptentrionale , dans le pays des AGni- 
îoels j aa Canada. U appaitienc aux Ang^lois , 



A L E 

& eft préclfément fur les frontières de leurs 
pofteftions. Les rivières de Perrai & d'Ale- 
mipiffoki fortent de ce lac. (C. A.) 

ALÉON , {Myth. ) fils d'Atrée, eft un 
de ceux qu'on a appelle Diofcures , avec 
Melampus & Eumolus les frères. (■+-) 

ALEOPHANGINES , adj. ( en Pharma- 
cie.^ Ce font des pilules qu'on prépare de 
la manière faivante. 

Prenez de la cannelle , des clous de gi- 
rofle, des petites cardamomes, de la muf- 
cade , de la fleur de mufcade , du calamus 
aromatique , carpobalfamiim , ou fruit de 
baum.e , du jonc odorant , du fantal jaune , 
du galangala , des feuilles de rofes rouges , 
une demi - once de chaque. Réduifez le 
tout grolfiérement en poudre ; tirez-en une 
teinture avec de l'efprit-de-vin dans un 
vaiffeau de terre bien fermé ; vous dilfou- 
drez dans trois pintes de cette teinture du 
meilleur aloès une livre. Vous y ajouterez 
du maftic , de la myrrhe en poudre , une 
demi-once de chaque , du fafran , deux 
gros ; du baume du Pérou , un gros : vous 
donnerez à ce mélange laconfiftance propre 
pour des pilules , en faifant évaporer l'hu- 
midité fuperflue , fur des cendres chaudes. 
Pharmjcop. de Londres. {N) 

* ALEP , {Gc'ogr.) grande ville de Syrie , 
en Afie , fur le ruiflèau de Marfgras ou 
Goié. Long. 55 ; lat. 35 , 50. 

Le commerce d'Alep eft le même que 
d'Alexandrctte , qui n'eft , à proprement 
parler , que le port à'Alep. Les pigeons y 
fervent de couriers ; on les inftruit à ce 
voyage , en les tranfportant d'un de ces en- 
droits dans fautre , quand ils ont leurs petits. 
L'ardeur de retrouver leurs petits , les ra- 
mené à'Alep à Alexandrette , d'Alexan- 
drctte à Alep , en trois heures , quoiqu'il y 
ait vingt à vingt-cinq lieues. La défenfe 
d'aller autrement qu'à cheval d'Alexandrctte 
à Alep , a été tàite pour empêcher par les 
frais le matelot de hâter la vente , d'acheter 
trop cher , & de fixer ainfi le taux oes mar- 
chandifes trop haut. On voit à Alep des 
marchands François , Anglois , Hollandois , 
Italiens , Arméniens , Turcs , Arabes , Per- 
l'ans, Indiens, &c. Les marchandifes propres 
pour cette échelle, font les mêmes que pour 
Smyrne. Les retours font en foie , toile de 
coton j comme amanblucies , anguilis , II- 



A L E 
raies , toiles de Beby , en Taquis , à Jamis , 
& indiennes , cotons en laine ou filés , noix 
de galle , cordouans , favons & camelots 
fort elHmés. 

ALEPH , c'eft le nom de la première 
lettre de l'alphabet hébreu , d'où l'on a for- 
mé Valpha des Syriens & des Grecs ;ce nom 
lignifie Chef, Prince , ou mille. On trouve 
quelques pfeaumes & quelques autres ou- 
vrages dans récriture , qui commencent par 
alep/i , & dont les autres verfets continuent 
par les lettres fuivantes de l'alphabet. Il n'y 
a en cela aucun myftere ; mais ces pièces 
s'appellent acrojliches , parce que tous les 
vers qui les compofent , commencent par 
une lettre de l'alphabet , félon l'ordre & 
l'arrangement qu'elles tiennent entre elles 
dans l'ordre grammatical. Ainfi dans le 
pfeaume Beati immacalati in via , les huit 
premiers vers commencent par aleph , les 
huit fuivans par bech,6c ainfi des autres. 
Dans le pfeaume iio , Conficebor tibi Do- 
mine in toto corJe meo , ce vers commence 
par aleph ,• ce qui fuit , in concilia juftorum 
6" congregdtione , commence par beth y & 
ainfi de fuite. Dans les lamentations de 
Jérémie , il y a deux chapitres , dont la pre- 
mière ftrophe feulement commence par 
aleph , la féconde par beth , & ainfi des 
autres. Le troifieme chapitre a trois verfets 
de fuite qui commencent par aleph ,• puis 
trois autres qui commencent par betli , & 
les Hébreux ne connoiflent point d'autres 
vers acrofiiches que ceux-là. l^oye^Kcv.OS- 
TICHE. 

Les Juifs fe fervent aujourd'hui de leurs 
lettres, pour marquer les chifres : aleph vaut 
un ; beth , deux ; ghimel , trois ; &; ainfi des 
autres. Mais on ne voit pas qu'ancienne- 
ment ces caraâeres aient eu le même ufage : 
pour le refte , on peut confulter les gram- 
maires hébraïques. On en a depuis peu im- 
prim.é une en François à Paris chez Co- 
lombat , en faveur de ceux qui n'entendent 
pas le latin : pour les latines , elles font 
très-communes. Ou peut confulter ce que 
nous dirons ci-après , fous les articles de 
LANGUESHÉBRAÏQUES,t/eGRAMMAIRE, 
^ePoiNTS VOYELLES, c/eLETTR.ES,6'c. (G) 
ALÉRIONS , f m. pi. terme de Blafon , 
fortes d'aiglettes qui n'ont ni bec ni jambes. 

Voye\ AiGLETTE. Ménage dérive ce mot 



. . A L E ^3 

de aquilario , diminutif i'aquila. Il n'y a 
pas plus de cent ans qu'on les nomme ale'- 
rions , & qu'on les repréfente les ailes éten- 
dues fans jambes & fans bec. On les ap- 
pelloit auparavant fimplement , par leur 
nom aiglettes. 

îJalerion repréfente ne paroît différent 
des merlettes , qu'en ce que celles-ci ont 
les ailes ferrées, & font repréfentées comme 
payantes ; au lieu que Yale'rion eft en pal , 
& a l'aîle étendue ; outre que la merlette 
a un bec , Se que Valérioa n'en a pas. Voje\ 
Merlette. {V) 

ALERON , f. m. ( Soierie. ) Voyei 
Aleiron. On dit aleron dans la manufac- 
ture de Paris , & l'on dit aleiron dans celle 
de Lyon. 

* ALERTE , cri de guerre , par lequel 
on appelle les foldats à leur devoir. 

ALESA, (Gtfbg.) ancien nom d'une ville 
de Sicile , aujourd'hui le bourg de Tnja , 
dans la vallée de Démona , où pafTe aufll 
un fleuve anciennement nommé Alefus , 
&: aujourd'hui Pittineo. Cette ville avoit 
donné fon nom à une fontaine qui etoit 
aux environs , & dont on a publié des 
chofes afièz extraordinaires : car on dit que 
dans le temps qu'elle étoit très-calme , fi 
on jouoit de la flûte fur fes bords , on 
voyoitauffi-tût l'eau s'agiter peu-à-peu, bouil- 
lonner , & comme fi elle eût été charmée 
de la douceur de cet inllrument , s'enfler 
jufqu'à fortir de fon baflin. C'eft ce que ces 
vers de Prifcien ont marqué : 

Hic (S" ALfinus fcns eft miiijjimus undis , 
Tihia qiiem extoLlit : cuntu faltare putatur 
Muficus (ff ripis laians exctirrere plenis. 

Une imagination bien échauffée , un cœur 
bien fendre , bien fenlible aux doux accens 
d'une flûte maniée par Blavet , auroient pu 
voir de nos jours le même miracle. ( C.A- ) 

ALESE , ( Hydr^ul. ) fe dit des pa- 
rois ou côtés d'un tuyau qui font bien li- 
més , c'eft-à-dire , dont on a abattu tout 
le rude. (K) 

AléSj:, terme de Blafon ;\\ fe dit de toutes 
les pièces honorables , comme d'un chef, 
d'une fafce , d'une bande , qui ne touchent 
pas les deux bords ou les deux flancs de 
l'écu. De même , la croix ou le fautoir qui 
ne touchent pas les bords de leurs quatre 



J4 . A L E 

extrémités , font dits aléfe's. Il porte d'ar- 
gent à la fafce aléfe'e de gueules. 

L'ADbefpine , d'azur au fautoir aleTe 
d'or , accompagné de «^uatre billettes de 
même. ( V) 

ALESENSIS , ALSFNSIS, ALI- 
SE NSIS PAGUS ,{ Geog. du moyei 
âge. ) l'Auxois en Ecur^^ogne. Ce/5-<^«j tiie 
fon nom de l'ancienne Alife , célèbre par le 
fiége qu'elle foutint contre Céfar , & dont 
laprife couronna fes exploits dans les Gaules. 
jyAlefia s'eft formé le nom firançois 
d^AiiJ/ois , Aulfois , & Auxois. 

Cette ville étoit la capitale des Mandu- 
biens, peuples de la république des Eduens , 
dont le difhiâ s'étendoit depuis Saulieu à 
Duefme , douze lieues du fud au nord , & 
d'Avalon à Chanceaux , treize lieues de 
l'oueft à l'eft. Le Duefmois dans la fuite fit 
un canton féparé de l'Auxois, nous en parle- 
rons en fon article. L'Avalonois même en 
dépcndoit ; mais il fit aulTi un comté parti- 
culier , dont on fera mention. 

Le pdgus Alefenfis renfermoit Semur,FIa- 
vigny,Mjontbard, ville très-ancienne , Mont- 
faint-Jean , Arnai , Pouilli , & tout le pays 
depuis ce bourg à celui d'Epoiil'es. l/^oye\ 
chacun de ces lieux à leur article. 

Dans la vie de faint Germain , écrite par 
Fortunat,ce/'a^//j-eft nommé y^/f^e/z/rj; dès 
le neuvième fiecle il eut le titre de comté, 
& fut poflédé par Manefsès de Vergy , qui 
étoit aufli comte de Dijon. Ces deux comtés 
payèrent à fes defcendans. Raoul de Vergy , 
un de fes petits- fils , fut comte d' Auxois &: 
du Duefmois. Aimo fe qualifie en IC04. , 
adminilhateur de la chofe publique dans 
ces comtés : admini/frator rei publiciX comi- 
tatûs Aljienfis & Dufmenfjs. ( Maifon de 
Vergy ^ par Duchêne ,pj.g. 4.5 , pr. in-fol. ) 
Valon de Vergy eut cette même qualité en 
1035. Après la mort du comte Letalde , 
Eudes I , duc de Bourgogne , unit le comté 
d'Auxois à fon duché en 1082. 

Saint Agricole , que le peuple appelle 
faint Aril'e ou Are , né au territoire d'Au- 
xois , devint évéque de Nevers fous Con- 
tran. ( Coquille , p. 36 , e'd. 1612 , //z-4^. 
Marcyrol. AutiJ]\ p. 50. 

Thierri II & la reine Brunehaut réfi- 
doient en 598 à Epoiffes , où ils avoient une 
maifon royale , SpinçiajEfpiJfia.. Saint Co- 



A L E 

lomban qui parloir aux rois avec un zele 
d'EIie , y vint trouver le roi , & reçut un 
ordre de la reinedefortirdu royaume : c'eft 
la première efpece de lettre de cachet donc 
il foit fait mention dans notre hifloire. ( V. 
iiifl. de Fr. t. IIL D. Mab./œ.-. Bened. 2. ) 

La Mdfon-Dieu d'Epoifles fut donnée 
par Hilduin , évéque de Langres , à l'ab- 
baye de Moutier-faint- Jean en 1200. ( /^. 
Gai. chr. t. IV. p. 1^6. pr. )Près d'Epoiffes 
eft le Brocariaca des anciens , que M. le 
Tois , lieutenant civil & criminel à Avalon, 
a prouvé être la Bouckeraffe , hameau de la 
paroilîe de Trevilli fur Te Serin , près de 
Montréal. 

Le fondateur de l'abbaye de faint Prie en 
721 , défigne Flavigny en Auxois , dans 
un territoire particulier , nommé Boniay ; 
Flaviniacum inpago Aljinfi in agroBurna- 
cenfe. ( Hifl. de Bourgogne , in-fol. t. I. p. 
^ } pr. ) Le pape Jean VIII fit la dédicace 
de cette églife en 877. ( Gui. chr. t. IV ^ 

P- 4n-,). . 

Varré fait mention dans fon teftament de 
phifieurs villages , fitués dans ce canton j 
tels que Miflëri , Meferiacum ; Saill'erey , 
Cenjiacuni y Lavau , Valiinfe y Cha igni , 
Cariacum y Darcey , Darcium y Giiîey , 
Geffiacum y Lugni , Luviniacum. Ce tella- 
ment fut paflé en 721 , félon D. Mab. à 
Semur( damni Sinemuro caftro , ) qui eft à 
préfent la capitale de l'Auxois. Semur eft: 
appelle Sine mûris inAuxeto dans un ade de 
l'abbaye d'Agaune 2. Poillenai ou^Poulle- 
nai , Poliniacum & Poifcul , Puteoli , fu- 
rent donnés à l'abbaye de Flavigny en 748. 
( Gai. cil. tom. IV , p. 358. ) 

Le cartulaire de Flavigny que j'ai conful- 
té, fait connoitre en 768 Marfilli & Myard- 
de-Lafaye , donnés par Pierre de Viteaux ; 
Poifeul , Vefvre , Menetreux-le-Pitois y Ma- 
gni près Semur ; Marjilliacum , Myurdis , 
Puteoli y Vdbra , MeneJîriolu'?i,Man,.eum 
in pago Alfinji. Semnon , curé de faint Eu- 
phrone , cite un habitant àAlife devant le 
prévôt de Flavigny en 8 12. S. EuphronUfa- 
num. ( Voy. D. Viole, l'ie de fainte Reine.) 

Munier nous a confervé une chartre de 
Charles le chauve , où il eft lait mention 
de Blancey , cédé en partie à lubbaye de 
faint Symphorien d'Autun en 864 , Blun- 
fiacum in pago Alfiufi. 



A L E 

Le cartulaire de faint Bénigne , marque 
Salmaife & Vcircy dans l'Auxois : caflrum 
Sarmacum , Sarmada , & Vitriacum,Çoxis 
la vingt-deuxième année du règne de Char- 
les le chauve. En 103 1 , il y eut un prieuré 
de fondé à Salmaife , où les ducs de Bour- 
gogne de la première race avoient un châ- 
teau. 

Richard le jufticier aimoit le féjour de 
Pouilli en Auxois , Polliacum , Puliacus , 
Poilleyum , cofnme un lieu de plaifance. 
La chapelle de Notre-Dame y fut bâtie en 
' 106 1. Pouilli fut vendu au duc Hugues IV , 
qui y fit bâtir un château. ( Perard , pag. 
498. ) Voye^ Pouilli. 

Flodoard , dans fa chronique , dit que 
Mont-faint-Jeau,cv//f //i//?z Monds S. Joan- 
nis in comicatu Alfinji , fut alTiégé & pris 
par le roi Raoul en 914 , fur Renaud de 
Vergy. ( Mai/on de Vergy ,page 30, pr. ) 
Voyci Mont-saint-Jean. 

Achard , quarante - feptieme évéque de 
Langres , réunit à Moutier-faint-Jean les 
églifes ^QCoï^zïnt,Corpus-fancli ; de Mont- 
bertaut , Mons-Berculdi y Afnieres , Afne- 
riiX ; Ricey , Riceium , fi connu par fes 
vins & fes fromages ; & Nuys , Nuidis. 
( Gai. chr. t. IV, p. Î47. ) 

G.iutler , évêque d'Autun , de fa propre 
autorité en 992 , unit à l'abbaye de Flavi- 
gny les églifes de Haute-Roche , Aha- ' o- 
cha ,• de Jailly , Jaliacum ; de Villi , Vui- 
dilidcum vel VilLicum ; Chanceaux , Can- 
cellum ; Poifeul-la-ville,Purf o/i' ,• l'ille fous 
Montréal , InJuUv ; ce bourg , où des cor- 
deliers furent établis en 1471 , eft nommé 
dans le GaUia chr. de Robert,in-fol.p. 215, 
infulce ui manduhiis fub Monte rcgali ; 
Maffingi-lès-Semur , Ma(fingiacum ; Cef- 
fey , S'idaciim ; Fain , Fanum ,* Blaifi , 
Bldjidcum.{ l/'oye\hiJi. de Bourg, in-fol. 
t. I , p. 24 , pr. ) 

Arnai-le-Duc , où fut fondé un prieuré 
de Bénédidins en 1088 , étoit en Auxois , 
Arnetum , Arnacum. V. ci-après AkK Al. 
Il elt aufîi fûuve/it parlé dans les titres des 
IX , X & XI fieclcs de Thil ou Til en Au- 
TiohjCaJîrum T'iiu/rif Tilurn , Te ium: lin- 
gues l'abbé pofieJoit le châceau en 886. Mi- 
les de Thil doia le prieuré de Precy en 
1018 : Jean de Tkil , conriécable de Bour- 
gogne , fonda fur la montagne de Tliil à 



A L E ^ ^? 

l'oppofite de fon château , une collégiale 
en 1340. 

Montréal , Mons Regalis , efl: ancien : 
on croit que les rois de la première race y 
avoient une maifon de plaifance , d'où lui 
vient fon nom. Le duc Robert I y établit 
une collégiale en 1068 ; elle fut enrichie de 
plufieurs terres en 1170 par Anferic de 
Monti^éal , fénéchal de Bourgogne. Il y a 
un ancien prieuré de l'ordre de faint Au- 
guftin de chanoines réguliers , poffédé ac- 
tuellement par M. Mynard , homme de let- 
tres tiès-inllruit. Cette petite ville a donné 
le nom à une ancienne maifon alliée à celle 
de Bourgogne. Voyei MONTRÉAL , fur le- 
quel le prieur m'a envoyé un bon mémoire 
qui m'a fervi pour cet article. 

Montbard , eft un lieu d'une haute anti- 
quité : il obtint le droit de commune du 
duc Hugues en 1221 : caflrum Montisbarri, 
de Monte Bdrro. ( Voye\ Perard , p. 419. ) 
Voye\ ci-après MONTBARD. 

Humbert , évêque d'Autun , confirma en 
1 142 à l'abbaye de Fontenai , nouvellement 
fondée , près de Montbard , Fontenetum , 
les donations faites des granges de Jailli & 
de Flacey , grangix Juiliaci & FLiciaci. 

Le Réomans , in-^'^. pag. 188 , 191 , in- 
dique au XI le fiecle quelques villages de 
l'Auxois , AJidcum , Aizy , fous Rouge- 
mont ; Betfontis , que je crois être Buffon , 
devenu li célèbre par le fcigneur actuel ", 
Ajnerix , Afnieres ; Curtannacurn, Coute- 
moux ; Tijiacurn , Tili ; S uentiacum, Cen~ 
fey ; T'f//j<:u/7z,Talleci ; Bjrreium,B[cm , 
aujourd'hui Anlirude. 

Une bulle du pape Anaftafe , nomme 
précifément fous Thil , Prifciacum , dont 
le prieuré fut uni à l'abbaye de Flavigny en 
11^4. La même bulle tait mention de Gri- 
gnon, caflrum Griniacutn ou Grignonis \de 
Chanceaux , de Cancellis , Perard , p. 237. 
Touillon , caflrum Toilonum rel TuUoniy 
fut uni à l'églife d'Autun , fous l'évêque 
Etienne : le pape Pafcal lui en confirma la 
polfeffionen 1186. ( Voye^Gal. chr, t.IV, 
p. 88 , pr.^ ) 

La cartulaire de Flavigny indique encore 
en Auxois au x ou xi i le fiecle , les villages 
de Nailli , Nallaium , Nauliacus , où il y 
avoir un hofpice ou Maifon-Dieu avant l'an 
12,28 ; Laiîtilli, LandlUacum : Grifigni , 



ç5 A L E 

Criai jhc:irn ; B.i'îi-b-Grand, Buxiacum , 
où le fameux Roger, comte de RabutixT , 
avoit un beau château , & où pendant fa 
difgface, il a compofé plulîeurs ouvrages; 
Frolois, Frollefium, Frolletum, Froliacum, 
baronnie très-connue par fes anciens & puif- 
fans feigneurs ; Saigni , Seigniacum , vieux 
château , j'etus cdfirum , lieu ancien du do- 
maine des ducs de la première race ; S. Thi- 
baut , où fut fondé un prieuré au X lie fiecle 
par les feigneurs de S. Beurri , & dont i'é- 
glife fut bâtie par le duc Robert II. S. Theo- 
baldi cella , la vallée de faint Thibaut eft 
renommée par la fertilité de fon terroir & 
l'excellence de fes grains. 

Gilfey-le-vieux , Gijfeij.cum , porte des 
marques de fon ancienneté , par une petite 
colonne qui eil: au milieu du jardin du châ- 
teau , fur laquelle on lit : Aug.fac. Les mé- 
dailles du haut & du bas empire qu'on 
trouve en ce lieu , prouvent qu'il étoit con- 
nu du temps des Romains. Le père du fei- 
gneur de GifTey ( M. de Riollet ) , qui eft 
curieux d'antiquités , a fait une petite col- 
ledion de médailles Gauloifes & Romai- 
nes , trouvées dans les environs. 

Cinq médailles d'argent d'Antonin , de 
Marc-Aurele &: Probus qui étoient dans des 
tombeaux de pierre , déterrés à Arcenai , 
près Saulieu en 177 1, par le feigneur ( M. 
de Conighan ) qui me les a données , mar- 
quent allez l'antiquité de ce village , qu'on 
croit avoir été autrefois le cimetière public 
de ce canton. 

Les titres du château de Mont-faint-Jean , 
fontconnoître aux X& XII (iecles , Orman- 
cey , Noidan^ Thoify , la Motte , Charni , 
fameux par fes braves & puiflans comtes de 
Charni , & par fa fortereiîe . Thorey , fous 
Charni ; Onnancedum , NoiJaneum , Oto-i- 
feium, Charneium, Thorre i-el Thorrejum: 
le curé de Thorey ( M. Pafquier ) , homme 
de goût & inftrulc , a découvert fur fes mon- 
tagnes , des morceaux curieux de pétrifica- 
tions : M. Foiftet , amateur de l'hiiloire na- 
turelle , curé de la Motte , ion voifin , en 
a rafTemblé une nombreufe coUeclion de 
toute efpece , trouvées dans les environs. 

LeVal-Croiff-nt, Vallis Crefcens , prieu- 
ré de l'ordre du Val-Jes-Choux , fut fon- 
dé en 1Z16 par Guillaume de Mont-faint- 
Jean. (C) 



A L E 

ALÉSER, dans L'Artillerie, c'eft net- 
toyer l'ame d'une pièce de canon, l'agran- 
dir pour lui donner le calibre qu'elle doic 
avoir. (Ç) 

Aléser , terme d'Hologerie , c'eft rendre 
un trou circulaire fort lilfe & poli , en y 
pafTant un aléfoir. Voye^ AlÉSOIR. ( T" ) 

ALESOIR , f. m. en terme de la Fonderie 
des canons , eft une machine aflez nouvel- 
lement inventée, qui fertà forer les canons, 
& à égalifer leur furface intérieure. 

Valefoir eft compofé d'une forte cage de 
charpente , établie fur un plancher folide , 
élevée de huit ou dix pies au deffus du fol de 
l'attelier. Cette cage contient deux montans 
à languettes fortement fixés à des pièces de 
bois qui portent par leurs extrémités fur 
les traverfes qui aftemblent les montans de 
la cage. On appelle ces montans à languet- 
tes , coulijfes dormantes. Leurs languettes , 
qui font des pièces de bois de quatre pouces 
d'équarriflàge clouées fur les montans , doi- 
vent fe regarder & être pofées bien d'à plomb 
& parallèlement dans laçage; leur longueur 
doit être triple , ou environ , de celle des 
canons qu'on y veut aléfer. 

Sur ces couliffes il y en a deux autres à 
rainure qui s'y ajuftent exadement. Ce fonc 
ce-; derniers qui portent les moifes , entre 
lefquelles la pièce de canon fe trouve prife; 
en forte que les deux couliifes à rainure , les 
moifes & la pièce de canon , ne forment 
plus qu'une feule pièce au moyen des gou- 
geons à clavettes ou à vis qui les uniifent 
enfemble ; en forte que le tout peut couler 
entre les deux couliffes dormantes par des 
cordages & poulies mouflées , attachées au 
haut de Valefoir & à la culaffe de la pièce de 
canon. Le bout des cordages va fe rouler fur 
un treuil , aux deux extrémités duquel font 
deux roues dentées du même nombre de 
dents. Les tourillons du treuil font pris dans 
des colets, pratiqués entre les montans anté- 
rieurs de la cage S>c des doffes qui y font 
appliquées. 

Les deux roues dont nous venons de par- 
ler , engrennent chacune daas une 1 nterne 
d'un même nombre de fufeaux. Ces lanter- 
nes font fixées iur un arbre commun , dont 
les tourillons font pris de même par des colets, 
formés par les deux montans de la cage & 
les dollès qui y font appliquées. Les parties 

de 



A L E 

de cet axe quî excédent la cage , font des 
quarrés fur Icfquels font montées deux roues 
à chevilles, au moyen defquelles les ouvriers 
font tourner les lanternes lixéesfur le même 
axe , &c les roues dentées qui y engrènent , 
& parce moyen, éleveroubaiflèrlesmoifes, 
les couliffes à rainures , & la pitce de canon 
qui leur eft affujettie par les cordages qui le 
roulent fur le treuil ou axe des roues dentées. 
Sur le fol de l'attelier , direâement au- 
defibus des coulifles dormantes , eft fixé un 
bloc de pierre folidemcnt maçonné dans le 
terre-plain. Cette pierre porte une crapaudi- 
ne de fer ou de cuivre , qui doit répondre 
diredtemcnt à plomb au-deflbus de la ligne 
parallèle aux languettes des couliffes dor- 
mantes , & qui fépare l'efpace qu'elles bif- 
fent entr'elles en deux parties égales. Nous 
appellerons cette ligne , la ligne de foi Je l'a- 
lefoir. C'eft dans cette ligne qui eft à plomb , 
que l'axe vrai de la pièce de canon , dont la 
bouche regarde la crapaudine, doitfc trou- 
ver ; en forte que le prolongement de cet 
axe , qui doit être parallèle aux languettes 
des couliffes dormantes , paffe par- cette 
crapaudine. 

Toutes ces chofes ainfi difpofées & la 
machine bien affermie , tant par des con- 
trevents que par des traverfesqui unifient les 
montans à la charpente du comble de l'atte- 
lier , on préfente le foret à la bouche du ca- 
non , s'il a été fondu plein , pour le forer, ou 
s'il a été fondu avec un noyau , pour faire 
fortir les matières qui le compofent. Le foret 
eft fait en langue de carpe , c'eft-à-dire , à 
deux bifeaux ; il eft terminé par une boîte , 
<jans laquelle entre la partie quarrée de la 
tige du foret qui eft une forte barre de fer , 
ronde dans la partie qui doit entrer dans le 
canon , &: terminée en pivot par fa partie 
inférieure , laquelle porte fur la crapaudine , 
dont on a parlé. 

A trois ou quatre pies au-defllis de la cra- 
paudine eft fixée fur la tige du foret, qui eft 
quatre en cet endroit , un forte boîte de 
bois ou de fer , au travers de laquelle pal- 
fent les leviers , que des hommes ou des 
chevaux font tourner. Au moyen de ce 
mouvement & de 1 1 preffion de la pièce de 
canon fur la pointe du foret , on vient à bout 
de li percer aufïï avant qu'on le fouhaite. 
Les parties que le foret détache , & qu'on 
Tome II. 



A L E î7 

appelle ale'fures , font reçues dans une auge 
pofée fur la boîte ce ces leviers , ou fufpen- 
due à la partie inférieure des couliffes dor- 
mantes. 

Lorfque la pièce eft forée affez avant, ce 
que l'on connoîc lorfque la bouche du canon 
eft arrivée à une marque faite fur la tige du 
foret , à une diflance convenable de fa poin- 
te , on l'élevé au moyen du rouage expliqué 
ci-devant jufqu'à ce que le foret foit forti de 
la pièce. On démonte enfuite le foret de def- 
fus fa tige , & on y fubftitue un aléfoir ou 
équarrifîbir à quatre couteaux. Valefoir , 
eft une boîte de cuivre de forme cylin- 
drique , au milieu de laquelle eft un trou 
quarré , capable de recevoir la partie quar- 
rée & un peu pyramidale de la tige fur la- 
quelle précédemment le foret étoit monté. 
Cette boîte a quatre rainures en queue d'a- 
ronde , parallèles à fon axe & dans lef- 
quelles on fait entrer quatre couteaux d'acier 
trempé. Ces couteaux font des barres d'acier 
en queue d'aronde , pour remplir les rainures 
de la boîte. Ils entrent en coin par la partie 
fupérieure , pour qu'ils ne puifîcnt fortir de 
cette boîte , quoique la pièce de canon les 
poufîè en embas de toute fa pefanteuf. Les 
couteaux doivent excéder de deux lignes , 
ou environ , la furface de la boîte , & un 
peu moins par le haut que par le bas , pour 
que Valefoir entre facilement dans la pièce 



de canon 



on accroît l'ame avec cet 



outil , en faifant tourner la tige qui le porte , 
comme on fait pour forer la picce. 

Après que cet alefoir a paflédans la pièce 
on en faitpaftèr un autre de cinq couteaux, 
& on finit par un de fix , où les furfaces 
t anchantes des couteaux font parallèles à 
Taxe de la boîte , & feulement un peu arron- 
dies par le haut pour en faciliter l'entrée. Cet 
aléfuir efface toutes les inégalités que les au- 
tres peuvent avoir laiflées , & donne à l'ame 
du canon la foime parfaitement cylindrique 
£c polie qu'elle doit avoir. 

Le canon ainfi altfé, eff renvoyé à l'atte- 
lier des cizeleurs , où on l'achevé & répare. 
On y perce auffi la lumière ; & il en fort pour 
être monté fur fon aftut. Il eft alors en état 
ce fervir , après néanmoins qu'il a été éprou- 
vé. Voye\ Canon. 

On a pris le parti de fondre les canons ^o~ 
lides, & de les forer &aléfer à l'aide de cette 

H 



^8 A L E ^ 

machine, parce qu'on eft fur par ce moyen 
de n'avoir ni foufflures , ni chambres ; in- 
convéniens auxquels on eft plus expofé en les 
fondant creux par le moyen d'un noyau. Le 
premier aléfoir a été conftruit à Strasbourg. 
On en fit long-temps un fecret , & on ne le 
montroit point. Il y en a maintenant un à 
l'arfenal de Paris , que tout le monde peut 
voir , & auquel nous renvoyons nos ledeurs , 
à qui les planches le plus artiftement travail- 
lées , ne donneroient qu'une idée imparfaite 
de cette machine aufli utile qu'ingénieufe. 
Un feul aléfoir fuffit pour trois fourneaux ; 
cette machine agiflant avec alfez de prom- 
ptitude , elle peut forer autant de canons 
qu'on en peut fondre en une année dans un 
attelier. 

AlésOIR , outil d'Horlogerie , efpece de 
broche d'acier trempé. Pour qu'un aléfvir 
foir bien fait , il faut qu'il foit bien rend & 
bien poli , & un peu en pointe. II feit à 
rendre les trous durs , polis & bien ronds. 
Ces fortes d'outils font emmanchés comme 
une lime dans un petit manche de bois , 
garni d'une viroie de cuivre. Leur ufage eft 
tle polir intérieurement & d'accroître i;n 
peu l'es trous ronds dans lefquels on les fait 
tourner à force. 

AlÉSOIR , en terme de Doreur , eft une 
autre efpece de foret qui fe monie fiir un 
fût de viJcbrequin. On s'en fertpour équaiTu- 
les trous d'une pièce. 

* ALESONNE , ville de France en Lan- 
guedoc , généralité de Toulcufe , diocefe 
de Lavaur. 

"ALESSANA , petite ville du royaume 
de Naples dans la province d Ocrante. Long. 
36 ; Ut. 40 , 12. 

§ ALESSIO,Alessoo« Alessîs,(G%-) 
ville de la Turquie européenne dans l'Al- 
banie , fur le golfe Adriatique ,^ à l'embou- 
chure du Drin , & au fud-oueft d'Albano- 
poli. Elle a un fort & un évéché fuKragant 
de Durazzo. Le tombeau eu fameux Scan- 
derberg , roi d'Albanie , qui y mourut en 
1467 , a rendu cette ville célèbre. (C.A.) 

*ALESSI5 , {Géog.) ville d'Albanie dans 
la Turquie européenne , proche l'embou- 
chure du Drin. Long. 37, 15 ; lat. 41 ,48. 

ALESURES, f t. LesFondears de cunom 
appellent aiofi le métal qui provient des 
piecesqu'on alefe. F.AlÉSER &AlÉS0IR. j 



A L E 
ALET ou AtETH , ( Ge'o^. ) en latin , 
Elecla , Eleâum , Alecla, ville de France 
dans le bas-Languedoc , au comté de Ra- 
zes , eft fituée au pie des Pyrénées , fur la 
liviere d'Aube. Il y a des ruifteaux aurifè- 
res dans fes environs , &: des bains qui ont 
quelque réputation. Cette ville fut érigée en 
évéché en 13 19 par le Pape Jean XXil. Le 
diocefe à'Alet n'a que 80 paroifles , & fon 
évéque eft fufFragant de Narbonnc. L'évê- 
que Nicolas Pavillon , oncle de Pavillon 
l'académicien , s'eft diftingué dans le der- 
nier fiecle par fon zèle & fa rare piété ; on 
lui doit le rituel à'Alet, un des mieux faits 
qu'on connoift'e en ce genre. M. de Chan- 
terac , aujourd'hui évêque delà même ville, 
vient de le faire réimprimer avec l'éloge 
de l'auteur. ( C.A.) 

ALETES, f.f. plur. (^roA/r.)^de l'Italien 
aletta , petite aîle ou côté, s'entend du 
parement extérieur d'un pié-droit : mais la 
véritable lignification à'j-letcs s'entend de 
l'avanr-ccrps que l'on affeite fur un pié-droic 
pour former une niche quarrée lorfque l'on 
craint que le pié-droit , fans ce reffaut , ne 
devienne trop mafllf eu trop pefant en rap- 
port avec le diamètre de la colonne ou pi- 
laftre. l^oye'{'P]t-VKO\T.{P) 

ALETiDES , adj. pris fubft. {Hifl. anc.) 
fjcrifices folemnels que les Arhéniens fai- 
foient aux mânes d'Erigone , par ordre de 
loracle d'Apollon. 

ALEUROMANCIE , f. f. ( Di^'inat. ) 
divination dans h-,quelle on fe fervcit de 
farine foit d'orge , foit o autres grains. Ce 
mot efl grec & form.é ^ÀKvJfov , f^nne , & 
de /xaenia. , dii'ination. 

On fur que V akuromjLncie étoit en ufage 
dans le paganifme , qu'elle s'eft même in- 
troduire parmi les chrétiens , comme ert 
fait foi cette remarque de ThéodoieBalfa- 
mon , fur le fixieme concile générale : Mu~ 
lieres qucvdam cuin hordso ea, qux ah aliis 
ignoiantar enunciant ; quce. . . . ecdejjis Êr 
funclis imaginibus ajjidentes,ù fe ex lisfiuu-' 
radifcereprtxdic-ntes^nonfeciisdcpytlïonij^ 
fœjutarapradicant : mais on n'ignore de 
quelle manière on difpofoit cette farine pour 
en tirer dcpréfages.Deltrio , difquijit.magic- 
lih. 1 V, cap. ij , qiuvjh 7,fec7. i;, p. 5 5 3.( G)- 
On me/ioit aux prêtres ou devins les efcla- 
ves fcupçonnés de larcin, les prêtres leur/ 



A L E 

donnoient un croûte de pai» enchanté fait 
avec de la farine de bled , &: fi elle leur 
demeuroic dans h gorge , c'était une preu- 
ve qu'ils étoient coupables. 

ALEXANDRE , roi de Syrie , ( Hifl. de 
Syrie. ) fut un de ces inftrumens dont la po- 
litique fe fert pour arriver à fon but. Uobl- 
curité & l'incertltiide de fa naifïance , qui 
dévoient le laifier languir dans la baifeflé , 
préparèrent fonélévatioii. Hcraclide, ch'.llé 
de Syrie , s'e'toit retiré à Rome , où il éleva 
ce jeune homme fous le nom à'' Alexandre , 
fils d'AntiochusrEpiphanès. Le fénat ferma 
les yeux fur une impofture dont il efpéroit 
profiter. Il lança un décret pour placer le 
jeune aventurier fur le trône de Syrie : on lai 
donna une armée pour appuyer fes préten- 
tions : Démétrius , qui vint à fa rencontre , 
le combattit & remporta la vidoire. Mais 
abhorré de les fu jets qui fe rangèrent fous les 
drapeaux de fon ennemi , il tenta la fortune 
d'un nouveau combat , oij il perdit la vie. 
Alexandre^àevenu paifiblepoflbfleurdu trô- 
ne de Syrie , s'appuya de l'alliance de Pto- 
lomée, qui lui donna fa fille Cléopatre en 'na- 
riage. Cet ufurpateur porta fur le trône tous 
les vices., & affoupidans les débauches , il fe 
repofadu foin de l'adminiftration fur Ammo- 
nius , miniflre fans pudeur & fans capacité ; 
le fils & la fœur de Dém.étrius furent les 
premières viâimes immolées à fes foupçons , 
& ce fut le prélude du carnage qui arrofa la 
Syrie du fang des plus illuftres citoyens. Aux 
cris de tant d'innocens égorgés , une armée 
nombreufe de mécontens fe rangea fous les 
ordres du jeune Démétrius , qui faifit l'oc- 
cafion de recouvrer l'héritage de fes pères. 
Ptolomée informé de l'orage fufpendu fur la 
tête de fon gendre , arme pour le dillîper , il 
entre dans la Cilicie avec un appareil fi for- 
midable c[\\ Alexandre craignit qu'il ne s'en 
rendît le maître , & pour prévenir fon ambi- 
tion , il eut l'ingratitude d'attenter contre fa 
vie. Ptolomée indigné de cette perfidie , lui 
déclare la guerre ; il fe préfente devant An- 
tioche dont les habitans lui ouvrent les portes. 
Ammonius , qui avoit tout à redouter de fes 
vengeances , fut puni par le peuple, qui l'ar- 
racha de fa retraire pour le mettre en pièces. 
Ptolomfe, proclamé roi de Syrie parla voix 
publique , eut la modération de refufer ce 
titre. Il exhorta les Syriens de rentrer fous 



AIE î9 

l'obéifTance du jeune Démétrius, qui n'avoic 
point hérité des vices de fon père Antiochus. 
Sa recommandation eut un plein fuccès , & 
aufîi-tôt l'armée de l'impofteur jura fidé- 
lité au defcendant de fes légitimes maîtres, 
^/fxa/ziireau bruit de cette révolution,fortit 
du fommeil où il étoit plongé. Il marche 
contre Antioche , & femble ne vouloir faire 
de la Syrie qu'un bûcher & des déferts. Les 
deux armées engagent une aftion fanglan- 
te , & Alexandre vaincu s'enfuit feul avec 
précipitation dans l'Arabie , fe flattant de 
trouver un afyle auprès d'un roi qu'il croyoit 
fon ami, & qui fut fon affiflin. Ce prince 
infrafleur des droits de rhofpitalicé , lui fit 
trancher la tête qu'il envoya comme un don 
précieux à Ptolomée. (T'-a.) 

ALEXANDRE,(//'/y^.<./ecS'j'nV.) Ptolomée 
Phifcon , roi d'Egypte , voulant fe venger de 
Démétrius, roi de Syrie, fe fervit d'un trip- 
pier d'Alexandrie , nommé ^/f.rj/212'rc' , qui 
eut l'adreHède fe faire pafl'er pour le fils 
d'Alexandre Bala , dont il réclama l'héritage. 
La conformité de l'âge , de la taille & des' 
traits favoriferent fon impofiure : Phifcon 
lui fournit des troupes & de l'argent pour 
appuyer fes prétentions. Des qu'il parut dans 
la Syrie , les peuples , amateurs des nouveau- 
tés, le reconnurent pour leur roi fans exami- 
ner fes titres , dont le plus réel fut une via oire 
remportée fur Démétrius , qui , après fa dé- 
faite fut afTaffiné dans Tyr , où il avoit cru 
trouver un afyle. L'impofteur monta iur le 
trône aux acclamations d'un peuple féduit. 
Il fe crut afîèz puiflant pour ne pas s'alfujettir 
à la honte d'un tribut annuel que Phifcon 
exigeoit comme une récompenfe du fe- 
cours qu'il lui avoit fourni : la guerre lut 
rallumée. Les Egyptiens entrèrent en Syrie , 
où ils remportèrent une grande vicloire. 
Alexandre qui avoit vu tailler fes troupes en 
pièces , enleva les richeffes du temple de Ju- 
piter pour lever une nouvelle armée. Mais 
cette refTource excita l'horreur des peuples , 
qui crurent que ce facrilege avoit rompu le 
frein de leur obéiftance. Ils cndofTercnt la 
cuiralfe , & la multitude , docile à la voix 
des chefs , fe rangea fous leurs drapeaux. 
Alexandre abandonné fiuva fa vie par la fui- 
te. Il fut pendant quelque temps errant & in- 
connu , mais enfin il fut pris & condamné à 
mort , non comme impofteur , mais comme 

H 2 



6o A L E ^ ^ 

un facrilege , qui avoit dépouillé les dieux 
de leurs richeflës. Il eft plus connu fous le 
nom de Zébina , qui étoit celui de fon père. 

Alexandre I, {Hifl. d'Egypte.) Ptolo- 
mée Phifcon , feptieme roi d'Egypte de la 
race de Lagides , I ilTa trois fils , dont 
l'ainé , forti d'une concubine , fut exclu du 
trône par le vice de fa naiiTance. Son père , 
en mourant, légua fon royaume à fa femme 
Clcpârre , à condition de faire monter avec 
elle fur le trône celui de fes fils qu'elle en 
croiroit le plus digne. Une tendre prédilec- 
tion la décida pour le plus jeune nommé 
Alexandre \ mais le peuple refpedant l'ordre 
de la nature , y plaça l'aîné , qui prit le nom 
de Fwlomée Soter II, mais plus connu fous 
le nom de Lathyre. Le fouvenirde la préfé- 
rence donnée à fon puîné , le rendit ennemi 
fecret de fa mère , qui fe débarraffa d'un 
collègue fi dangereux, en publiant qu'il avoit 
voulu attenter à fa vie. 

Alexandre , qui avoit eu en partage l'ide 
de Chypre, en fut rappelle par fa mère , qui 
l'affocia au pouvoir fouverain. Lathyre dé- 
gradé , ne tomba point dans l'abattement. 
Son courage reflerré dans l'ifle de Chypre 
tju'on lui avoit abandonnée , s'élança dans 
laPaleftine qu'il étonna par fes visSoires & 
fes vengeances. Sa mère alarmée de fes prof- 
pérités , fit équiper une flotte & rafîembla 
une armée de terre pour en arrêter le cours. 
Lathyre étoit afTez puifTant pour réfifrer à 
tant d'efforts , mais cédant à la voix de la 
nature , il fe reprocha de tourner fes armes 
contre une mère dont il ne pouvoit triom- 
pher que fans gloire , & qui le rr»ettroit dans 
la cruelle nécefiicé de la punir. Il défarma & 
fut affez généreux peur s'abandonner à la 
difcrétion d'une mère qui n'eut pour lui que 
les fureurs d'une marâtre. Alcundre , tou- 
ché du fort de fon frère, malheureux fans erre 
coupable , craignit d'être à fon tour la victi- 
me d'une mère familiarifée avec le crime ; 
& ce fut pour prévenir fes fureurs qu'il abdi- 
qua l'autoriti fouveraine. Il fut bientôt rap- 
pelle de l'exil volontaire qu'il s't toit imp'ofé , 
par le peuple , qui , las d'obéir à une femme , 
demandoit un maître. Alexandre remonta 
fur le trône , où jufqu'alors il n'avoir eu 
que les décorations & l'onibre du pouvoir ; 
il YQulut en avoir la. réalité. Sa mère trop 



A L E 

ambitieufe pour partager le pouvoir, réfolue 
de fe débarrafîer de l'importunité d'un rival, 
& Com.me elle fe préparoir à le faire périr , 
elle fut prévenue par le prince qui la fit 
mourir. 

Alexandre qu'une efpece de nécefîité avoit 
précipité dans le plus afïreux des crimes , 
excita l'horreur de la nation , dont il avoit 
été l'idole. Les Egyptiens crurent devoir 
venger la mort d'une fem.me qu'ils avoient 
abhorrée pendant fa vie ; ils oublièrent fes 
crimes , & leur haine retomba fur le par- 
ricide , qui , chargé des imprécations publi- 
ques, fut obligé de defcendre du trône pour 
aller mendier un afyle chez l'étranger , ofi 
il fut afiàffiné par Navarchus Chéreas. 

(r-iv.) 

Alexandre II , {Hifi. d'Egy.) fécond 
fils d'Alexandre I , fiit élevé fur le trône 
d'Egypte par la proteâion des Romains , 
qui difpofoient de ce royaume que Lathyre 
leur avoit légué en mourant. Bérénice, hlle 
unique de ce monarque , tenoit du privilège 
de fa naiflànce , un droit plus facré ; mais 
Rome , qui avoit ufurpé ie pouvoir de dil— 
tribuer les fceptres , lui aflbcia Alexandre 
pour régner conjointement avec elle ; & 
pour détruire la jaloufie du pouvoir , ils 
furent unis par le lien conjugal. Ce mariage ^ 
qui n'étoit point formé par leurs penchans 
réciproques, fut la fourcede leurs malheuit. 
La princefTe toujours chagrine & mécon- 
tente - aigrit le caraâere de fon époux , qui 
ordonna de le débarrafîer, par un aîiàffinac, 
de fes importunités. 

Alexandre , que fes talens naturels enno- 
blis par l'éducation avoient rendu cher à fês 
fujets , devint l'objet de l'exécration publi- 
que , mais protégé par Sylla il jouit d'une 
longue impunité. Ce ne fut qu'après la mort 
du ciciateur que les Egyptiens , humiliés- 
d'obéir à un parricide , le précipitèrent du 
trône pour y placer Aulere , fils bâtard de 
iarliyrc» Le monarque dégradé fe retira 
dans le camp de Pompée , trop occupé con- 
tre Mithridate pour lui accorder le fecours 
qu'il lillicitoit. Il fuccomba fous le poids 
de ics chagrins , Se mourut à Tyr au milieu, 
des tréfors qu'il avoit enlevés de l'Egypte 
pour tenter l'avarice des Rcmains^(r-^'i) 
Alexandre le G'R.\y!D,{HiJlanc.)Ale- 
xûJidre le £rand , troilieme du nom., tils: &. 



A L E 
fiiccefTeur de Philippe roi de Macédoine, 
naquit l'an du monde trois mille fix cent 
quatre-vingt-dix-huit. Le nom de ce prince 
préfente l'idée d'un héros qui maitrife la for- 
tune Ik difpofe desévénemens. Jamais reine 
le furpaflà en magnanimité ; jamais général 
ne remporta de victoires plus éclatantes , & 
ne fut mieux en profiter. Sa naiflance fut 
marquée par plufieurs fignes qui tous furent 
regardés comme autant de préfages de fa 
grandeur future , oc qu'on peut lire dans 
Quinte-Curce& Plutarque, peintres gracieux 
& fidèles de fes traits qu'ils ont tranfmis à la 
poftérité. 

Alexandre n'eut pour ainfi dire point d'en- 
fance ; &: dans lâgc où les hommes ordi- 
naires ont befoin de s'inftruire , fes quefiions 
& fes réponfes annor.çoient une parfaire 
maturité de raifon. Ir,diiférent pour tous les 
plaifirs , il n'eut de paiïion que pour la gloire , 
& tous fes penchaiis parurent tournés vers 
la guerre. J^esambaflàdeurs du roi de Perfe 
l'ayant vu à la cour de Philippe , s'écrièrent : 
Notre roi cil riche & puiffant , mais cet 
enfant eft véritablement un grand roi. 
Comme on le prefioit un jour d'entrer en 
lice pour difputer le prix de la couife : Où 
font les rois, répcndic-il , que vous me pro- 
pofez pour émules ? Son courage impatient 
de commander fembloit lui avoir révélé 
qu'il n'avoit pas befuin du fecours de lexpé- 
rience. Les victoires de Philippe , en exci- 
tant fon émulation , lui c^ufoieat une triftefie 
fecrete , & quand on lui en apportoit la 
nouvelle , il fe tournoit vers les enfans de 
fon âge pour fj plaindre de ce que fon père 
ne lui lailTeroit rien de grand à e> écuter. C'eîl 
à ce conquérant qu'on dvift appliquer ce 
beau mot de Cléopâtre : le plus bel éloge 
d'Alexandre f:it d'aiÎLjenir des villes &: des 
royaume- , &: de ne fe réferver que la gloire 
de les doiincr. 

Il n'avoit que feize ans lorfquc Ton père, 
occupé à faire la guerre aux Bizautins , lui 
confia pendant fon abfence les rênes de l'état. 
Les MéJares , pleins de mépris pour ù. jeu- 
reffe, cruieuc que ce niomeni: écoit fa'.'oia- 
ble pour recouvrer lem; ancienne indépen- 
dance. Alexandre ayant pris leur ville , les 
en chali'a; 'Si-epiCifavoir repeuplée du mé- 
lange de difFérens peuples , il lui tic porterie 
nom à' Akxandrojpclis. Son courage Icng- 



A L E 6i 

lempsoifif fe déploya à la bataille de Chéro- 
néeoù il eut la gloire d'enfoncer le bataillon 
facré des Thébains. Ce fut autour de lui que 
fe raHemblerent les plus vaillans hommes , & 
que fe fit le plus grand carnage. Le lieu où 
il avoir combattu étoit tellement j jnché de 
morts , qu'il fut choifi pour celui de leurfé- 
pulcure. Sa magnanimité furpaffant fa valeur , 
les Macédoniens lui donnèrent le nom de 
roi par excellence , & Philippe ne s'offenfa 
pas de ce qu'on ne l'appelloit que le général. 
Cependant les noces de Philippe avec Cléo- 
pâtre , occafionnerent des troubles , dont 
Alexandre manqua d'être la vidime. Olym- 
pias ambitieufe& jaloufc , voyoit avec cha- 
grin une rivale qui venoic partager une cou- 
che qu'elle avoir occupée toute entière. Elfe 
engagea Alexandre à venger fon orgueil of- 
fenfé , & dès-lors il y eut des querelles fré- 
quentes entre le père & le fils. Philippe ,u^ans 
un accès de colère , fut fur le point de tuer 
Alexandre , qui , pour éviter les effets de fon 
reiïèntiment, fut obligé de fe retirer en Epire 
où il paflà quelque temps en exil avec fa mè- 
re. Il étoit dans fa vingtième année lorfqu'il 
monta fur le trône de Macédoine vacant par 
la mort de Philippe affafliné par Paufanias. 
II trouva fon royaume en proie aux guerres 
inteftines. Les nations barbares , impatientes 
d'un joug étranger , firent éclater leur pen- 
chant pour leur prince naturel précipité du 
trône par Philippe. Les républiques de la 
Grèce n'étoient pas encore afièz façonnées 
à l'efclavage pour ne pas frémir au nom d'un 
maitre. Les changemens opérés dans les 
provinces , les avoient peuplées de mécon- 
rens ; & l'on palfe aifément du murmure à 
la révolte. La jeunefTe du nouveau roi faifoit 
croire qu'on pouvoir tout enfreindre avec 
impunité. Les généraux & les minières 
épouvantés des orages prêts à fondre fur la 
Macédoine, conTeilloient à Alexandre de 
refferrer fa domination , & de rendre aux 
villes de la Grèce leurs anciens privilèges , 
comme un mcyen iiitàillible de les captiver 
par le trein des bienfaits. Celte politique 
tendoit encore à prévenir le foulevemen: des 
Barbares , qui n'étant plus fcuter.us des Grecs 
mécontens , n'oferoient point fortir de l'o- 
béifiàace: mais au lieu de fuivre ces confeils 
timiJes, Alexandre n'écouta que fa m^gna- 
nimité. il favoic que l'indiugcnce pour des 



i£i A L E 

rebelles ne fort qu'à nourrir leur confiance , 
& à les rendre plus indociles. Il conduifit 
auffi-tôt une armée fur les bords du Danube , 
& par une vidoire éclatante remportée fur 
Syrnaus , fameux roi des Tribales , il retint 
dans le devoir tous les peuples d'en deçà ce 
fleuve : alors fe repliant vers la Grèce , il 
commença par diffiper la ligue que les peu- 
ples de Thebes avoient formée avec ceux 
à^ Athenes.Marchonsd\ibord contre Thebes, 
dit- il à fes foldats , & lorfque nous aurons 
fournis cette ville orgueilleufe , nous force- 
rons Démojikene qui m'appelle un enfant, à 
voir un homme fur les murs d'Athènes. Ar- 
rivé aux portes de Thebes, il voulut donner 
aux habitans le temps du repentir. 11 leur en- 
voya un héraut leur promettre unpardon illi- 
mité , s'ils vouloient lui livrer les principaux 
auteurs de leur révolte ; mais les Thébains 
ayant fait une réponfe un peu trop fiere pour 
desfujets, il prit & rafa leur ville. Six mille 
habitans furent pafTés au fil de l'épée , & 
trente mille furent condamnés à l'efclavage. 
Alexandre conferva la vie & la liberté à 
tous les prêtres ; il eut la même vénération 
pour les defcendansde Pindare ; & la maifon 
où ce poète étoit né , fut la feule qui fubfilta 
au milieu de tant de débris. 

Cette exécution fanglante , excufée par la 
politique , fut fuivie d'un vif repentir. 
Alexandre eut toujours devant les yeux les 
malheurs des Thébains. Ce prince fuperfli- 
tieux attribua toutes les difgraces qui lui ar- 
rivèrent dans la fuite à fon excès de févérité 
envers ces peuples : aufli ceux de ces infor- 
tunés qui furvécurent au défaftre de leur 
patrie , & qui voulurent s'attacher à fon parti, 
en reçurent mille bienfaits. Il fit grâce à 
tous les fugitifs , & négocia avec les Athé- 
niens qu'il invita à fe foumettre de gré , ne 
voulant pas leur faire éprouver les mêmes 
malheurs. Après leur avoir psrdonné , il 
leur recommanda de s'occuper des affaires 
du gouvernement , parce que , s'il venoit à 
périr dans l'exécution de fes vaftes projets , 
il vouloit que leur ville donnât la loi à toute 
la Grèce. 

Après s'être ainfi affuré de la founiiffion 
des nations fujettes & tributaires , & avoir 
affermi fon autorité , toutes les republiques 
de la Grèce, dans une affem.blée libre, l'élu- 
rent pour leur général. Il fongea à humilier 



A L E 

la fierté des Perfes , qui maîtres de l'Afie ^ 
avoient de tout temps ambitionné la con- 
quête de la Grèce ; & qui même projetoient 
alors de la mettre à de nouvelles contribu- 
tions. Avant de partir pour cette guerre 
importante , il donna audience aux princi- 
paux officiers des villes libres , & à tous les 
philofophes qui venoient le féliciter fur fes 
glorieux deU'eins. Etonné de ne pas voir 
Diogene , il daigna le prévenir par une vi- 
fite ; & après lui avoir fait les complimens 
qu'il eût dû en recevoir , il lui demanda s'il 
ne pouvoir rien faire pour l'obliger? Ce fat à 
cette occafion que ce cynique lui répondit 
qu'il ne lui demandoit autre chofe , que de 
ne pas fe placer devant fon foleil. On die 
qyC Alexandre diàmrz cette réponfe qui prou- 
ve que l'ame d'un philofophe fait réiiller 
aux promefles de la fortune. 

Avant de fe mettre en marche , Alexandre 
voulut confulter Apollon , foit que fon ef- 
prit fût infeflé des préjugés vulgaires , foie 
qu'il fe fût affuré des oracles de ce dieu pour 
mener avec plus de facilité des foldats natu- 
rellement fuperftitieux.La prétreffe en l'abor- 
dant , lui dit, o mon invincible fils ! Il la 
quitta fur le champ , s'écriant qu'il n'en 
vouloit pas davantage. Les hiftoriensne s'ac- 
cordent pas fur le nombre des troupes qu'il 
conduifit en Afie. Les uns lui donnent tren- 
te mille hommes de pié &: cinq mille de 
cavalerie ; leS autres trente-quatre mille fan- 
taffins & cinq mille chevaux. Ce fut avec 
cette armée peu nombreufe, mais compo- 
fée de bons foldats , qu'il marcha à la con- 
quête du plus fioriffant empire du monde , 
contre un prince qui venoit le combattre à la 
tête de près d'un million d'hommes. Il fit 
auffi-tôt le partage de tous fes biens entre fes 
amis , ne fe réfervant que l'eipérance avec 
l'amour de fes fujets & le droit de leur com- 
mander. Il dirigea fa route par la Phrygie ; 
arrivé à Ilion , il marcha avec refped fur 
les cendres de cette ville également célèbre 
par fa puiffance & par fes malheurs. Il y 
offrit unfacrifice à Minerve , & nt des li- 
bations aux héros. Comme il en admiroit les 
ruines , quelqu'un lui demanda, s'il étoit 
jaloux de voir la lyre de Paris, niontie\-moi , 
répondit-il, celle dont fefervoit Achille pour 
chanter les exploits des grands hommes. 

Après avoir franchi les bords efcarpés da 



A L E 

Graiiique , fous les yeux & malgré les efforts 
d'une armée nombreufe , il prit Sardes le 
plus ferme boulevart de l'empire d'Afie ; 
Milet 6: Halycarnaflè eurent la même defti- 
née.Un nombre infini d'autres villes frappées 
de terreur , fe rendirent fans oppofer de ré- 
fiftance. Ces rapides fuccès donnèrent lieu 
à des menfonges qu'il n'auroit pas manqué 
d'accréditer , s'il eût prévu la vanité qu'il 
eut dans la fuite de vouloir pafTer pour dieu. 
On pubiioit que les montagnes s'applanif- 
foient devant lui , & que la mer docile reti- 
roit fes eaux pour lui laillerun libre pallàge : 
mais Alexandre écri vit plufieurs lettres pour 
détruire ces prétendus miracles. Il n'ambi- 
tionnoit encore que les éloges avoués par les 
fages. Arrivé à Gordium, capitale de l'Aile 
mineure , il coupa le fameux nœud gordien 
auquel les oracles avoient attaché le deftin 
de l'empire de l'Afie. La conquête de la Pa- 
phlagonie & de la Cappadoce fuivit de prés 
la prife de Gordium , & fur ce qu'on lui 
apprit la mort de Memnon le plus grand 
capitaine de Darius , il marcha à grandes 
journées vers les hautes provinces de l'Alie. 
Déjà Darius étoit parti de Suze , plein de 
confiance dans la fupériorité du nombre 
de fes troupes qui montoient à fix cens mille 
combattans. Ses mages , prêtres flatteurs , 
augmentoient encore fes hautes efpérances , 
& tiroier.tles plus favorables préfages desévé- 
nemens les pluscrdinaires.Ilslui promettoient 
la viâoire la plus éclatante , & lui faifoient 
perdre tous les moyens de fe la procurer. 

Cependant Ali:xjndre s'étoit emparé de 
la Cilicie abandonnée par fon lâche gou- 
verneur. Il étoit avec fon armée fur les 
bords du Cydnus , loifque la beauté des 
e ux &: l'extrême chaleur l'invitèrent à fe 
baigner. Il ne fut pas plutôt entré dans le 
fleuve , que l'extrême fraîcheur des eaux 
glaça fon fang & le priva de tout mouve- 
ment. Ses officiers le retirèrent aufC- tût, & 
le portèrent dans fa tente à demi-mort. Il 
eut à peine repris fes efprits , qu'il déclara à 
fes médecins qu'il préféroitune mort promp- 
te à une tardive convalefcence. Darius avoir 
mis ^a tête à prix ; aucun médecin n'ofoit 
prendre f u foi l'événement d'un remède 
précipité. Philippe qui truitoit Alexandre 
depuis fon enfance , fut le feul qui eut afîèz 
de confiance dans fu.a art , poiu" fe rendre 



A LE 65 

à Ion impatience : mais tandis qu'il prépa- 
roit fon remède , le roi reçut des lettres de 
Parménion le plus zélé de fes généraux , de 
ne point le confier à Philippe qu'il foupçon- 
noit de s'être laiflé corrompre par les pro- 
mefies de Darius , qui lui offroit mille ta- 
lens & fa fille en mariage. Cette lettre plon- 
gea le roi dans la plus grande perplexité. 
I! craignoit d'être accufé d'imprudence s'il 
prenoit le remède qu'on lui difoic être un 
poifon , ou d'être opprimé par l'ennemi fous 
fa tente , (i fa lanté tardoit à fe rétablir : 
mais tous fes doutes fe dilîiperent en pré- 
fence de Philippe. Il reçoit la coupe que lui 
préfeiite ce médecin fidcle , & la boit fans 
témoigner la plus légère émotion : il lui ix- 
rtiit enfuite la lettre de Parménion. Cette 
héroïque alfurance eft un trait qui caradé- 
rife ce conquérant. 

Après qu'il eut pris ce remède, Alexandre 
fe fit voir à fon armée. Il s'avança au(îi-tôc 
vers les gorges de la Cilicie qui conduifent 
dans la Syrie. C'étoit le poile que fes géné- 
raux lui avoient confeillé d'occuper, parce 
que ces défilés ne pouvant plus recevoir une 
grande armée rangée en bataille , les Macé- 
doniens & les Perfes fe mefureroient nécel- 
fairement à force égale. 



Darius eut 



idc 



imprudence ce s y engager. 
Il n'y fut pas plutôt entré , qu'il voulut re- 
tourner dans ces vaftes campagnes de la 
Méfopotamie qu'il n'auroit jamais dû quitter ^ 
mais Alcxaqdre s'étant préfenté à fa rencon- 
tre , il fut obligé de r;rnger fes troupes en 
bataille dans un lieu , qui , d'un cûté refîerré 
par la mer , & de l'autre par des ivsntagnes 
efcarpées , lui ôtoier.t tout l'avantage du 
nombre. Le Pinare qui coule de ces mon- 
tagnes-, rendoit fa cavalerie inutile. Mais 
h la fortune donna à Alexandre un champ 
de bataille avantageux , ce prince tira des 
fecours plus grands encore de fon génie pour 
la guerre. Comme il craignoit d'être enve- 
loppé par un ennemi fupérieur en nombre , 
il étendit fon front de bataille depuis la- 
mer jufqu'aux montagnes- Ses deu?; aîles 
étoient compofées d'hommes iorts &: hérif- 
fés de fer. Se pbçant lui-même à la tête de 
la dioite , il renverfe l'aîle gauche des en- 
nemis , & la met en fuite. Lorfqu'il l'euî 
entièrement difFipée , il retourna fur fes pas- 
au fecours de Parménion c^ui déiendoitriûlg.- 



■^4 A L E 

gauche : rien ne put réfifter aux Macédo- 
niens , encouragés par la préfence d'un prin- 
ce , qui, malgré une bleflure à la cuifTe , fe 
portoit dans tous les endroits où le péril étoic 
le plus grand. La vidoire fut des plus écla- 
tantes , & l'on peut dire qviAlexandre en 
méritoit tout l'honneur. Cent dix mille Pcr- 
fes refterent fur le champ de bataille ; toute 
la famille de Darius , fa mère , fa femme , 
&fes enfans, toute leur fuite, tomberentau 
pouvoir du vainqueur, qui mit fa gloire à 
leur faire oublier leurs malheurs : après leur 
avoir fait dire que Darius , qu'ils pleuroient 
comme ruort, étoit vivant, il les lit inviter 
à ne point fe laifler abattre par la douleur , 
& les fît avertir de favifite. Mais comme il 
étoit tout couvert de fiieur , de fang & de 
pouflîere , il défit fa cuiralle , & voulut pren- 
dre des bains chauds. Allons , dit-il à fes 
officiers, allons lairr cette fueur dans le bain 
de Darius. Lorfqu'il y fut entré , & qu'il eut 
apperçu les balTms , les urnes , les buires , 
les phioles, & mille autres uflenfiles tous 
d'or maHif, & travaillés parles plus célèbres 
artilles; lorfqu'il eut refpiré l'odeur délicieufe 
d'une infinité d'aromates & d'eiibnces pré- 
cieufes dont la chambre étoit parfumée , & 
que dc-là il eut palIé dans latente , qui , par 
fa grandeur , fon élévation & la magnificen- 
ce de fes meubles , & par la fomptuofité & 
la délicatellè des mets préparés pour le fou- 
per de Darius , furpaflbit tout ce qu'il avoit 
vu jufqu'alors ; il fut frappé d'étonnement, 
& ne put s'empêcher de dire , en fe tournant 
vers fes officiers : Celui qui préjîdoitici était 
vraimcr.t roi. C'eft le feul mot qui paroiflè 
indigne à' Alexandi e.'LQs ambaffadeurs Per- 
fes qui l'avoient vu à la cour de Philippe , 
avoient une idée bien plus fublime de la 
vraie grandeur. 

Alexandre , après s'être remis de fes fa- 
tigues , & avoit fait donner la fépulture 
aux morts , honneur qui fut rendu aux 
ennemis, voulut voir fes captifs , non pour 
jouir du fpeftacle de fa gloire , mais pour 
les confoler de leur infortune. Il eut pour 
Sifigambis , mère de Darius , les mêmes 
égards qu'il eût eu pour la fienne. Il entra 
dans la tente de cette princefïe avec Ephef- 
tion, fils de fa nourrice, qu'il avoit toujours 
beaucoup aimé. Alexandre avoit des grâces 
naturelles , mais il étoit d'une petite taille , 



A L E 

& fon extérieur étoit négligé. La reine le 
prenant pour le favori , adrefla le falut à 
Epheftion : un eunuque 1 avertillant de fon 
erreur , elle fe jette à fes pies , & s'excufe 
fur ce qu'elle ne l'avoit jamais vu. Alexandre 
la relevant aulfi-tct : O ,ma mère ! lui dit-il 
avec bonté , l'cusne vous êtes point trompe'ey 
celui-ci eji aujj: Alexandre. ^^ CQïtes , dit 
y} Qainte-Ci.rce , s'il eût gardé cette modé- 
n ration jufqu'à la fin de fes jours , s'il eût, 
j> vaincu l'orgueil & la colère dont il ne put 
» fe rendre maître , & qu'au milieu des ieC- 
y> tins il n'eût pas trempé fes mains dans le 
»j fang de fes meilleurs amis , ni été fi prompt 
»> à faire mourir ces grands hommes auxquels 
» il devoit une partie de fes vidoires , je 
>j l'auroit effimé plus heureux qu'il nes'ima- 
» ginoit l'être , quand il imitoit les triom- 
7j phes de Bacchus , qu'il rempliffoit de fes 
n vidoires les rivages de l'Hellefpont & de 
» l'Océan : mais la fortune n'avoit point 
7} encore égaré fa raifon ; & comme elle ne 
)j faifoic que commencer à lui prodiguer fes 
I }> faveurs , il les reçut avec modération ; 
)3 mais à la fin il n'eut pas la force de la fou- 
» tenir & fut accablé fous le poids de fa 
j> grandeur. Il eft certain qu'en fes premières 
» années il furpaflà en bonté & en continence 
>5 tous les rois qui l'avoient précédé. Il vécut 
» avec les filles de Darius , princefTes de la 
» plus rare beauté , comme ii elles eufTenc 
jj été fes fccurs ; & pour la reine , qui paf-^ 
» foit pour la plus belle perfonne de fon 
» fiecle , il eut l'attention d'empêcher qu'il 
» ne fe paflât rien qui pût lui déplaire : enfin 
>5 il fe comporta avec tant d'humanité , en- 
» vers les princeffes fes captives , que rien 
}} ne leur manqua que cette confiance qu'il 
»> eft impofhble au vainqueur d'infpirer. » 
Suivant Plutarque , Alexandre ne fe permit 
pas même de voir la femme de Darius. Ce 
prince avoit coutume d'appeller les dames 
Perfes , le mal des jeux. Il n'en ufa pas de 
même avec la veuve de Memnon , cet excel- 
lent capitaine de Darius ; mais ce fut à la 
follicitation de Par ménion , qui eut la baffeilé 
d'être le minifîre de fon impudique maître. 

Le fucccs de cette bataille , livrée aux 
environs d'IlTus , ouvrit tous les pafTages 
aux M cédoniens. Alexandre envoya un dé- 
tachement à Damas en Syrie , fe faiiir du 
tréfor royal de Perfe , &c alla en perfonne 

s'afliirer 



A L E 
s'aflurer des ports &: des villes maritimes le 
long de la Méditerranée. Plufieurs rois vin- 
rent lui jurer obéifrance , & remettre l'ide de 
Chypre & la Phe'nicie, à l'exception de Tyr, 
qui , fiere de fa fituation au milieu de la 
mer, forma la réfolution de fe défendre. 
Alexandre employa fept mois entiers au 
fîege de cette ville , dont la prife forme une 
époque remarquable dans la vie de ce con- 
quérant. Il eut à combattre tous les élémens, 
& il ne s'en rendit maître qu'après l'avoir 
jointe au continent , dont elle étoit féparée 
par une mer orageufe. 

La prife de Tyr fut fuivie de celle de 
Gaza , capitale de la ^rie. Cette nouvelle 
conquête lui coûta plufieurs bleflTures. Dans 
toutes fes expéditions, il eut la même fagefle, 
la même intrépidité & la même fortune. Il 
fouilla cependant la gloire qu'il s'étoit acqui- 
fe devant Gaza, par fon inhumanité envers 
ce Betis qui en étoit gouverneur. 11 ne pouvoit 
reprocher à ce guerrier que fa réfillancegéné- 
reufe , & fa fidélité à fon maître. Alexandre, 
oubliant dans ce moment les égards dus à 
la valeur , le fit mourir de la mort des cou- 
pables ; & tandis qu'il refpiroit encore , il 
lui fit pafl'erdes courroies à travers les talons, 
& l'ayant fait attacher à un charriot , on le 
traîna autour de la ville : il ufa de cette bar- 
barie à l'exemple d'Achille , dont il fe difoit 
defcendu. C'eft ainfi qu'Homère fit le mal- 
heur de Betis , en louant fon héros féroce 
dans fes vengeances. 

Alexandre fe rendit en Egypte , dont les 
peuples, fatigués de la domination desPerfes 
qui les traitoient en maîtres ambitieux & 
avares, l'attendoient comme leur libérateur. 
Il s'avance vers Memphis , qui , à la pre- 
mière fommation , ouvrit fes portes , tandis 
que fes lieutenans marchoient versPelufe, 
qui lui montra la plus prompte obéiflànce. 
La révolution fut rapide. LesPerfes , épou- 
vantés de cette défedion générale , abandon- 
nèrent un pays qu'ils étoient dans l'impuiflan- 
ce de défendre. Mazaze, lieutenant de Darius, 
ne fauva fa vie & fa liberté qu'en livrant au 
héros Macédonien les tiéforsde fon maître. 

Alexandre , aufii politique que guerrier , 
étudia le caraftere de fes nouveaux fujets , 
& profita de leur foiblerte pour affermir fa 
domination naiflànte. 11 rétablit les ancien- 
nes coutumes & les cérémonies religieufes 
Tome IL 



A L E 6^ 

abolies par les Perfes. Les Egyptiens , gou- 
vernés par leurs propres loix , & libres dans 
l'exercice de leur culte , oublièrent qu'ils 
avoient un maître. Cette nation , naturel- 
lement indocile , devint foumife & fidelle, 
dès qu'elle fervit fes dieux fuivant fes pen- 
chans. Cette conquête fe fit fans effufion de 
fang. Alexandre paroît vraiment grand dans 
les moyens qu'il prit pour la conlerver. Il 
favoit qu'un conquérant peut dévafter avec 
impunité tout un royaume , mais qu'il ne 
pouvoit abattre un autel ou un bois facré 
fans exciter un bouleverfement général. Pour 
plaire à fes nouveaux fujets , il afFeda pour 
Jupiter Ammon le refpeâ dont ils étoient 
pénétrés ; mais avant d'aller confulter l'ora- 
cle de ce dieu , il s'aflîira d'une réponfe 
favorable par des largefles prodiguées aux 
prêtres mercenaires. Ce voyage entrepris à 
la tête d'une armée , ofîroit les plus grands 
périls dans un pays où le ciel avare de fes 
eaux , fait du fol une mafl'e de pouffiere&de 
fable. Alexandre ne fut point arrêté par l'e- 
xemple de Cambife qui, dans ce voyage, avoit 
perdu une armée de cinquante mille hom- 
mes , qui fut enfevelie fous des montagnes 
de fable. Les Macédoniens prêts à périr dans 
ces contrées brûlantes , étoient tourmentés 
de la foif dont tous alloient expirer , fans un 
nuage qui modéra la chaleur , & leur fournit 
une pluie abondante. Cette pluie fut regardée 
comme un miracle opéré par Jupiter , en 
faveur du prince qui venoit vifiter fon oracle. 
Ce premier bienfait fut fuivi d'un fécond 
vraiment merveilleux. Les vents avoientcou- 
vert de fable les bornes qui fervoient de 
guides aux voyageurs , & les Macédoniens 
erroient fans tenir de route certaine , lorf- 
qu'un effaim de corbeaux fe préfenta devant 
leurs enfeignes , s'arrêtant de diftance en 
diftance pour les attendre , & les appellant 
par leurs croafî'emens pendant la nuit. Ale- 
xandre qui avoit regardé comme faux les 
premiers miracles, adopta ceux-ci , qu'il 
prétendoit donner pour marque de fon 
origine cêlefte qui commençoit à flatter fon 
ambition. 

Le caradere de la divinité imprimé à ce 
conquérant , étoit le triomphe de la poli- 
tique pour affermir fon pouvoir fur un peu- 
ple fuperfticieux , accoutumé à adorer ce 
1 qu'il y avoit de plus vil : mais cet orgueil le 

I 



66 ^ A L E 

rendit méprifable aux yeux des fages d'entre 
les Macédoniens : leur voix fut étoufFe'e par 
les clameurs de la multitude ; ils furent obli- 
gés d'obéir & de fe taire. A fon retour idu 
temple d'Ammon , il voulut laiflèr dans 
l'Egypte un monument durable de fa puif- 
fance. Il choifit un efpace de quatie-vingts 
ftades entre la nier & les Palus Aaréotides , 
pour y fonder une ville qui de fon nom fut 
appellée Alexandrie. La commodité de fon 
port , les privilèges dont il la gratifia , les 
édifices dout il l'embellit , en firent une ville 
célèbre qui devintdans la fuite la capitale de 
tout le royaume. Tandis qu'il en traçoir l'en- 
ceinte avec de la farine & de l'orge , fuivant 
l'ufage des Macédoniens , une multitude 
d'oifeaux de toute efpece en fît fa pâture. 
Alexandre qui faifoit tout fervir à fes def- 
feins , emprunta l'organe des prêtres pour 
déclarer au peuple crédule , que ce phéno- 
mène étoit un ligne que toutes les nations 
s'y rendroient en foule. 

Lorfqu'il eut établi fon culte & affermi fa 
domination , il quitta l'Egypte , où il laifloit 
autant d'adorateurs que de fujets. Il en confia 
le gouvernement à Echile de Rhode , & à 
Pucette , Macédonien : il ne leur donna que 
quatre mille hommes pour faire refpecîer 
fon autorité. Polémon fut chargé de garder 
les bouches du Nil avec trente galères. La 
perception des impôts fut confiée à Cléo- 
mene ; & par-tout il établit un fi bel ordre, 
que l'Egypte pouvoit le flatter d'un calme 
durable. 

Cependant Darius lui avoit écrit plufîeurs 
lettres fuperbes , auxquelles il avoit répondu 
avec plus de fierté. Il en reçut ur.e plus mo- 
defte de la part de ce prince , qui lui i,fFrcit 
autant d'argent que pouvoit en contenii i.i 
Macédoine , & pour dot de ''a fille qu'il Là 
donnoit en mariage , toutes les terres &. fou- 
verainetés d'entre- TEuphrated.! HelL-fponf, 
pourvu qu'il voulûtdevenir'or. ami, & faire 
avec lui une alliance ofFenfive & défenfiye. 
Alexaidre communiqua cette 1 ttre à fes 
officiers. Parménion ouvrant le premier fun 
avis: J' acceptera' s ces offi es ,à'\>\\ ,Ji j'étais 
Alexandre. Et moi aiijji,xcç:ixût Alexandre 
avec une fierté dédaigneufe ,Ji j'e'tois Far- 
ménion. Il fit réponfe à Darius que, s'il vcnoit 
le trouver, il lui donnoit fa parole que non- 
feulement il lui lailLeroit fon royaume, mais 



A L E 

qui lui rendroic toute fa famille fans rançon J 
qu'en attendant il alloit au-devant de lui pour 
le combattre. Il donna aufli-tôt fes ordres 
pour fe mettre en marche , mais il fut arrêté 
par les obfeques de Statira, femme de Da- 
rius , qui venoit de mourir en travail d'en- 
fant. Les larmes dont il honora cette prin- 
ceffè infortunée excitèrent les foupçons ja- 
loux de Darius , qui ne pouvoit s'imaginer 
que l'on pût avoir en fa puillknce une femme 
fi belle , fans en abufcr.Ce fut à Gaugamele, 
bourg voilin d'Arbelle , à quelque difiance 
de l'Euphrate, que le donna la féconde ba- 
taille. Darius étoit à la tête de huit cens mille 
hommes de pié , & de deux cens mille de 
cavalerie. Les généraux d'Alexandre , éton- 
nés à la vue d'une armée fl nombreufe , 
étoient d'avis de combattre pendant la nuit, 
qui cacheroit aux Macédoniens leur inéga- 
lité ; mais il leur ferma la bouche , en leur 
difant qu'il ne déroboit point la vidoire. 
L'ordre fut donné pour le lendemain , & iî 
alla fe repofer dans fa tente. 

Quoique cette bataille dût décider de fora 
fort, il ne témoigna aucune inquiécude. Son 
ame étcit li calme , qu'il dormoit encore à 
l'heure qu'il avoit marquée pour ranger fon 
armJe en bataille. Ses officiers , furpris de 
ne le point voir , fe rendirent à fa tente , & 
le trouvèrent plongé dans un profond fom- 
meil. Parménion rappellaplulieursfoisiCom- 
ment , Seig'.eur, lui dit-il , nous fommes en 
pre'fence de l'ennemi , £ vousdorii:e\ comme 
fi i-' ou s afie\ vaincu ! Eli,mon ami, lui répon- 
dit-il a/ec bonté , ne vois-tu pas que nous 
avo,;seJfeclivemen,vaincu,puifqueDariuseJl 
pre'fent. G' qu'il nous exempte la peine de le 
cliercher dans tes plaines qu'il a cnange'es ca 
^Jf'iufesfoli tunes. Aptes les avoir renvoyés 
à ieurs polies , il prit fon aimure:c"étoit une 
double cuiraffe de lin , bien piquée , qu'il 
avoit gagnée à l<i journée dTlîus ; un cafque 
de fer , mais plus brillant que l'argent le plus 
pur ; fon hauiTe-col étoit aufîi de fer , mais 
toutfemé de diarna.is. Sa cotte d'armess'at- 
tachoit avec une agrafte d'un travail exquis, 
& d'une me gnificence fort au defiùs du refle 
de fon armure. C'ctoit un prcieiit que lui 
avoit fait la ville de Rhode , comme une. 
mai que de fon admiration. Il avoit pour 
arn-.es ofîénfivei une épée & une javeline. 
Loifqu'xl eut fart fes difpoiîticns pour l'at- 



A L E 

taque , & qu'il eut excité le courage de Ces 
foldats , il le fit amener Bucephale , cheval 
excellent , & qui lui avoit été d'une grande 
utilité: il s'y étoit d'autant plus atraché, que 
lui feul avoit fu le dompter. Ce cheva! , 
quoique vieux , n'avoit encore rien perdu de 
fa vigueur. Avant de prendre le pofte qu'il 
^toit réfolu de gaider pendant la bara^ile , 
Alexandre fit paroître le magicien Ariftan- 
dre , qui promit à l'armée le fuccès le plus 
favorable. Auifi-tôt la cavalerie , fiere de le 
voir à fa tête , s'avance au galop , & la pha- 
lange Macédonienne la fuit à grands pas 
dans la plaine. Mais avant que les premiers 
rangs fuilènt affez piîèl'pour donner , l'avant- 
gardedesPerfes prit la fuite. ^/cxa7i^/-f pro- 
fitant de ce coup de fortune, pourfuit avec 
ardeur les fuyards, & les renverfe fur !e corps 
de bataille , où il porte l'épouvante. Le roi 
ambitionnoit la gloire de prendre , ou de 
tuer Darius , qui paroiflbit au-delfus de fon 
efcadron royal , & qui fe faifoit remarquer 
par fa fierté , & la magnificence de fon équi- 
page. Ses gardes firent une belle contenance; 
mais voyant de près Alexandre , qui renver- 
foit les fuyards fur ceux qui oppofoient de la 
réfiftance, ils imitent l'exemple de leurs 
compagnons. Quelques - uns , plus auda- 
cieux , jettent leurs armes, & faififfant les 
Macédoniens au corps , ils les traînent fous 
les pies de leurs chevaux , ils meurent eux- 
mêmes , fatisfaiîs d'avoir fait de leur corps 
un rempart à leur roi. Darius fe trouva dans 
une pofition terrible ; il étcit , comme dit 
Plutarque , frappé du fpeftacle le plus ef- 
frayant. Sa cavalerie , rangée devant fon 
char qu'elle vouloir défendre, eft taillée en 
pièces , & les mourans tombent à fes pies. 
Les roues du char, embarraffées parles cada- 
vres & les bleflés , ne peuvent fe mouvoir. 
Ses chevaux percés , couverts de fang , 
n'obéiflènt plus à la main qui les guide. Sur 
le point d'être pris, il fe précipite de fon 
char , il fe met l'ur un cheval , & s'éloigne de 
cette fcene de carnage. Il feroit tombé au 
pouvoir de fon vainqueur , fi Parménion, 
preflé par la droite des Perles , n'eût follicité 
Alexandre de venir le dégager. Lapréfence 
de ce monarque décida de la vidoire , & 
fon premier devoir fut d'en témoigner fa 
reconnoilTance aux dieux , par des hymnes 
& des facrifices. Il fe fit enfuite proclamer 



A L E _ 6y 

roi de toute l'Afie. Magnifique dans les 
récompenfes , dont il honora la valeur des 
officiers & des foldats , il voulut encore que 
tous lei peuples de fa domination participaf- 
fent à fa gloire. La liberté qu'il rendit aux 
républiques de la Grèce , fut le premier mo- 
nument de fa vidoire. Toutes les villes de la 
Grèce, que fonpere & lui avoient détruites, 
fu: ent rebâties par fes ordres. Ses bienfaits ne 
fe bornèrent point à la Grèce ; il envoya du 
champ de bataille une partie des dépouilles 
aux Crotonijtes, en Italie , pour honorer la 
mémoire de Phail,qui,du temps de la guerre 
des Medes , avoit équipé une galère à fes 
dépens , & s'étoit rendu à Salamine , pour 
partager le péril des Grecs.Ce fameux athle e 
y acquit beaucoup de gloire ; & ce furent fes 
concitoyens qui , long-temps après fa mort , 
en recueillirent les fruits. 

y^/f:cu/2^/f parcourut en vainqueur les pro- 
vinces d'Arbclle & de Babylone , & fa 
marche avoit l'éclat d'une pompe triom- 
phale. Il fe rendit enfuite à Suze , qui étoit 
l'entrepôt de toutes les richedes de l'orient. 
C'étoit là que fe gardoient les tréfors des 
rois de Perfe. Il s'appropria cent cinquante 
millions d'argent monnoyé , &c cinq cens 
mille livres de pourpre d'Hermione , qui fe 
vendoit alors jufqu'à cent écus la livre. Une 
feule heure mit au pouvoir d'un étranger 
des richefles , que l'avarice des rois exac- 
teurs avoit accumulées pour leur poftéiité. 
Le monarque conquérant eut la vanité de fe 
faire voir fur le trône des Perfes; & ce fut 
dans cette occafion , qu'il donna un nou~ 
veau témoignage de fa bonté compatiflànte. 
Le trône fe trouv: nt trop élevé , un page 
lui apporta une table pour lui fervir de mar- 
chepié : un eunuque de Darius , touché de 
ce fpeâacle , fondit en larmes. On l'inter- 
rogea fur la caufe de fa douleur : c'était fur 
cette table , répondit l'être dégradé , que mon 
maître prenait fes repas. Alexandre loua 
beaucoup fafenfibiliré, & ilauroit fait ôtet 
cette table , fans Philotas, qui lui fit crain- 
dre qu'on ne tirât de finiftres préfages d'un 
fentiment fi généreux. 

Après avoir réglé tout ce qui pouvoitalfu- 
rer le calme dans cette ville pendant fon 
abfence , il la défigna pour être le féjour de 
la famille de Darius , à qui il ordonna de 
rendre les mêmes honneurs qu'elle recevoit 

li 



68 A L E 

dans les temps de fa première fortune. Avant 
départir, il voulut rendre vifite à la mère de 
ce prince infortune' ; il lui témoigna des ref- 
peÂs aulïï atFedueux , que fi elle eût e'té fa 
propre mère : il la combla de magnifiques 
préfens ; & comme dans fon compliment , il 
bleflà quelques ufages de Perfe , il lui en fit 
les excufes les plus touchantes. Il dirigea fa 
marche vers Perfépolis , fiege des anciens 
rois ,& capitale de tout l'empire. Cette ville 
lui ouvrit fes portes , fans s'expofer au dan- 
ger d'un fiége.Il eut de grands périls à efTuy er, 
en franchiflànt des défilés qu'on avoit regar- 
dés jufqu'alors comme inacceflibles à une 
armée. Les délices du climat cauferent une 
grande révolution dans fes mœurs. Ce héros 
fobre & tempérant, qui afpiroit à égaler 
les dieux par fes vertus, & qui fedifoit dieu 
lui-même , fembla fe rapprocher du vul- 
gaire des hommes , en fe livrant aux plus 
fales excès de l'intempérance. Un jour qu'il 
étoit plongé dans une ivreffe brutale , il 
s'abandonna aux confeils d'une courtifanne 
qui avoit partagé fa débauche , & qui lui 
demanda , comme un gage de fon amour , 
de réduire en cendres la demeure des anciens 
rois. Alexandre , follement complaifant , 
quitte la falle du fefl:in , & accompagné de 
fon amante infenfée , qui , comme lui , 
porte une torche enflammée , il met le feu 
au palaisdePcrfépolis,qui,prefque tout bâti 
de cèdre , palToit pour la merveille du 
monde. Les foldats tranfportés d'une ivreffe 
aufTi furieufe , fe répandent en un inftant 
dans toute la ville , qui bientôt ne fut plus 
qu'un amas de cendres & de débris. Tel fut , 
dit Quinte-Curce , le deftin de Perfépolis , 
qu'on appelloitrcci7^ero/-zV/2r, & où autre- 
fois tant de nations venoient , pour y perfec- 
tionner leurs loix & leurs ufages. Les adula- 
teurs de la foitunede ce héros ont tâché d'a- 
doucir l'horreur de cette a(aion,en alléguant 
que la politique ne permettoit pas de laifler 
fubfifter une ville qui rappelîoit aux Perfes 
le fouvenir de leiu: grandeur éclipfée. C'eft 
ainfi que les adorateurs des caprices des rois 
érigent en vertus les excès de l'intempé- 
rance. Alexandre , plus fincere , & ju^e 
rigide de lui-même , en fut puni par fes re- 
mords , & il répondit à fes courtifans, qui 
le félicitoient d'avoir ainfi vengé la Grèce : 
Je penfe que l'ous auriez CK mieux yengés. 



A L E 

en contemplant votre roi ajjls furie trône de 
Xercès , que je viens de détruire. 

Il fortit aufli-tût de cette ville , qu'il 
venoit de changer eu un affreux défert ; & 
fe mettant à la tête de fa cavalerie , il alla 
à la pourfuite de Darius : il étoit impatient 
de l'avoir en fa puifTance , non pour jouir 
du fpedacle barbare de fon malheur , mais 
pour faire éclater fa clémence & fa modé- 
ration. Plutarque prétend qu'il fit cent trente- 
deux lieues en moins d'onze jours , ce qui 
eft difficile à croire , dans un pays aride , 
& où il falloit traverferd'immenfes folitudes 
qui ne produifent rien pour les befoins de 
l'homme. Ses troupes|^uifées de fatigues , 
fe livroient à des murmures féditieux , & 
faifoient même difficulté de le fuivre. Sa 
dextérité à manier l'efprit du foldat , lui 
devint inutile ; il fut fur le point d'en être 
abandonné. On manquoit d'eau depuis plus 
d'un jour , & on marchoit fous un ciel brû- 
lant & avare de la pluie. L'exemple de fa 
patience contint les murmurateurs. Un 
vivandier lui ayant préfenté fur l'heure du 
midi de l'eau dans un cafque , il rejeta un 
préfent fi délicieux , difant qu'il ne vouloit 
fe défaltérer qu'avec fes troupes. 

Arrivé à Thabas , aux extrémités de la 
Paretafenne , fur les confins de la Badriane , 
on apperçut dans le fond d'une vallée une 
miférable charrette traînée par des chevaux 
percés de traits. Cette charrette portoit un 
homn^e couvert de blelTures, & lié avec des 
chaînes d'or , c'étoit Darius. Ce prince in- 
fortuné , depuis la journée d'Arbelle , avoit 
erré de province en province , jufqu'au mo- 
ment qu'il fut affaffiné par Beflùs , gouver- 
neur delà Baâriane , qui crut par cet attentat 
s'approprier le refte de fes dépouilles. Ale- 
xandre ému de ce fpeftacle , donna un libre 
cours à fes larmes : il ne put voir en cet état 
le monarque de toute l' Afie , que fes peuples, 
quelque temps auparavant , avoient révéré 
comme un dieu , & qui s'étoit vu à la tète 
d'un million d'hommes dévoués à le défen- 
dre ; il détacha cette riche cotte d'ai'mes , 
dont les Rhodiens lui avoient fait préfent , 
& en couvrit le cadavre. Après lui avoir fait 
rendre les honneurs funèbres avec la magni- 
ficence ufitée chez les Perfes, il fe mit en 
marche pour le venger. Le parricide Beffus 
ne put échapper à fon adivité ; il fut prises 



A L E 
quelque diftance du Tanaïs. Ses officiers , 
qui avoient été fes complices , le trahirent. 
On le conduifit chargé de chaînes à Ale- 
xandre , qui lui reprocha fon crime avec une 
éloquence forte & vertueufe : Monfire , lui 
dit-il , 'comment as-tu pu te liirer à la férocité 
d'encliaincr ton roi, ton bienfaiâeur,^ de le 
j>ercerdes traits qu'il t'avoitmis aux mains 
pour le défendre ? Dépofe ce diadème que tu 
ambitionnais comme le prix de ton exécrable 
parricide. Beflus fut remis entre les mains 
d'Oxatre , frère de Darius , qui le fit expirer 
dans des tourmens proportionnés à fon 
crime. 

Alexandre n'ayant plus de rivaux à com- 
battre , ne s'occupa que des moyens de cap- 
tiver le cœur de fes nouveaux fujets. Les lar- 
mes dont il avoit honoré les cendres de 
Darius , fes égards refpefteux pour la mère 
de ce prince , & pour fa famille , qu'il com- 
bloit chaque jour de nouveaux bienfaits , les 
avoient heureufement prévenus en faveur 
de fa domination ; & comme il favoit que 
les hommes règlent leurs affeâions fur le 
degré de conformité que l'on a avec eux , 
il adopta les ufages des Perfes , comme il 
avoit faitceux des Egyptiens. Il fe fit faire un 
habit moitié Mede & moitié Perfe ; & pour 
prix de cette condefcendance , il engagea 
ces peuples à fe dépouiller de leurs mœurs 
antiques, pour fe façonner à celles des Macé- 
doniens. Il fe flattoit par cet échange de con- 
fondre les vainqueurs avec ks vaincus , & 
d'étouffer ces antipathies naturelles , qui 
naifTent d'une origine différente. Ce prince , 
plus ambitieux du titre de protedeur des 
hommes , que de celui de leur conquérant , 
fonda des écoles pour trente mille enfans 
Perfes , qui dévoient être formés dans tous 
les exercices de la Grèce. Cette politique 
eut un fuccès fi heureux , que ces nouveaux 
fujets , en fe dépouillant des vices inhérens à 
leur nation , perdirent le fouvenir de leurs 
anciens maîtres , & qu'ils fe portèrent à lui 
obéir avec autant de zèle que les Macé- 
doniens mêmes , qu'ils égalèrent encore en 
courage. 

Alexandre s'étant approché du Tanaïs , fit 
défenfe aux Scythes , qui habitoient fur fes 
bords , de jamais paffer ce fleuve , ni de 
faire des incurfions fur les terres de fa nou- 
velle domination : ces peuples fuperbes , 



A L E 6q 

nourris dans l'indépendance naturelle , fu- 
rent étonnés d'entendre un homme qui leur 
diftoit des loix ; & après lui avoir fait une 
réponfe fiere & dédaigneufe , ils fe décidè- 
rent pour la guerre ; mais la fortune féconda 
mal leur courage. Alexandre , après les avoir- 
vaincus , bâtit une ville à quelque diftance 
du Tanaïs , & y mit une garnifon puiflante , 
pour réprimer les brigandages de ces bar- 
bares. Les remparts de cette ville, la féconde 
qu'il fit appeller Alexandrie , furent com- 
mencés & finis en dix-fept jours. Il en bâtit 
fix autres aux environs de l'Oxus , qui s'étant 
unies parles liens delà confédération ^ don- 
nèrent pendant long-temps la loi à tous les 
pays voifins. 

Alexandre infatiable de gloire , vouloic 
dominer par-tout où il y avoit des hommes. 
Son ambition enflammée par fes fuccès , ne 
connoifloit pour bornes de fon empire , que 
les limites du monde. Les vaftes régions de 
l'Inde , dont le nom étoit à peine connu , 
lui parurent une conquête digne de fon 
courage. Il en prit la route , & pour n'être 
point embarraifé dans fa marche , il fit 
brûlertous fes bagages. Porus , un des rois de 
ce pays , s'avança fur les bords de l'Hydafpe , 
avec une armée qui combattit avec cou- 
rage , & qui ne put éviter fa défaite. Ce 
prince tomba au pouvoir de fon vainqueur, 
qui mit fa gloire à le rétablir dans fon sn- 
cienne dignité. Alexandre , après ce premier 
fuccès , parcourut l'Inde, moins en ennemi 
que comme le maître de la terre , dont il 
règle les'deftinées. Difpenfateurdes trônes, 
il y élevé ceux qui s'abailTent devant lui , & 
en précipite ceux qui défient fes vengeances. 
Enfin cédant aux prières & aux larmes des 
Macédoniens , fatigués de leurs longs tra- 
vaux , & jaloux de revoir leur patrie , il ne 
pafTa pas le Gange. Ce fleuve , un des plus 
ccnfidérables de l'Inde, fut le terme de fes 
courfes. Ses bords étoient défendus par une 
armée de deux cens vingt mille hommes , 
de huit mille chariots & de fix mille éléphans 
dreffés à la guerre. Il érigea , fuivant l'ufage 
des anciens conquérans , des autels en l'hon- 
neur des dieux , & avant de revenir fur fes 
pas , il fit iercr dans les campagnes du Gan- 
, ge des mords de bride d'une grandeur & 
. d'un poids extraordinaires. Il ordonna en- 
i core de conftruire des écuries,dont les man- 



7© A L E 

geoires fembloient avoir été plutôt deftinées 
pour des éléphans que pour des chevaux. 
Plutarque cite cette anecdote pour accufer de 
vanité' le héros : mdÀsAlexandre pouvoitêtie 
guidé par la politique d'exagérer i'idée qu'on 
doit fe former des Macédoniens. C'étoit un 
moyen d'inlpirer plus de terreur aux peuples 
naturellement indociles , en leur faifant 
craindre d'avoir à combattre des ennemis 
dont les chevaux étoient fî monftrueux. 

Le monarque conquérant fit équiper une 
flotte , fur laquelle il s'embarqua pour ga- 
gner la mer des Indes. Après fept mois de 
navigation fur diiférents fleuves , pendant 
lefquels il fit des defcentes fréquentes , cher- 
chant partout de nouveaux dangers & de 
nouvelles viftoires , il jouit du fpedacle de 
cette mer qu'il regardoit comme la barrière 
du monde. Après y avoir navigué quelques 
ftades , il fefit mettre à terre pour examiner 
la nature de la côte ;il offrit plufieurs facri- 
fices aux dieux , les conjurant qu'après lui 
aucun mortel ne pottât plus loin fes armes. 
Il ordonna à fes amiraux de conduire la 
flotte parle golfe Perlique & par l'Euphrate : 
pour lui il revint par terre à la tète de fa 
cavalerie , compofée de fix vingt mille 
chevaux , dont il ramena à peine le quart. 
Cette perte qui ne diminua pas fa confiance , 
n'excita aucun peuple à fe révolter ; & mo- 
narque paifible dans une terre étrangère , il 
imita pendant fa route les triomphes de 
Bacchus qu'il s'étoit propofé pour modèle 
dans toutes fes expéditions. 

Dès qu'il fut rentré dans la Perfe , il s'af- 
fujettit à l'ufage des anciens rois , qui , au 
retour de leurs voyages , diftribuoient une 
pièce d'or à chaque femme. Il s'appliqua 
enfuite à effacer toute diftinftion entre fes 
anciens ôc nouveaux fujets ; & comme tous 
n'avoient qu'un feul & même maître , il vou- 
lut que tousfufTent fournis aux mêmes loix, 
& aux mêmes obligat ons. Il étoit impoflible 
de difcerner lequel lui étoit le plus cher d'un 
Macédonien ou d'un Perfe. Le tombeau de 
Cyrus ayant été pillé , l'auteur de ce larcin 
facrilege fut puni de mort ; le titre de Macé- 
donien, ni l'éclat de fa naifTance, ne purent 
le préferver d'un fupplice ignominieux. Ce 
valle empire ne vit plus qu'un père chéri dans 
un maître refpedé. Toutes les voixfe réuni- 
rent pour bénir fon règne fortuné ; & quoi- 



A L E 

que conquérant , il fut plus aimé que les roîs , 
que le privilège de leur naifTance élevé fur 
un trône héréditaire. Ce fut pour mettre le 
fceau à fon ouvrage qu'il favoriià les maria- 
ges entre la nation conquérante & la nation 
fubjuguée ; & pour apprendre aux Macédo- 
niens à ne point rougir de ces alliances , il en 
donna lui-même l'exemple en époufantSta- 
tira , fille ainée de Darius ; & en mariant 
les plu^ grands feigneujrs de la cour & fes 
premiers favoris , avec les antres Dames Per- 
fes de le première qualité. C;s ncces furent 
célébrées avec la plus gran^^e pompe & la 
plus grande magnificence , & 1 on y étala 
tout le luxe afiacique. Il y eut quantité de 
tables délicatement fervies où furent admis 
tous les Macédoniens qui s'étoient acja n:a- 
riés dans le pays. On ne doit donc pas être 
furpris s'il ne garda que treize mille Macédo- 
niens pour conferver des conquêtes fi éten- 
dues. Les autres furent renvoyés dans leur 
patrie, & ce fut le tréfor public qui acquitta 
leurs dettes. Pendant toutes ces expéditions, 
il avoit eu foin d'établir des colonies dans 
les provinces dont les peuples indociles lui 
paroifToient difpofés à la révolte ; & par cette 
politique îl contenoit dans l'obéiflànce des 
hommes qu'il auroit eu à punir. 

Alexandre ,z^rèszyo\ï célébré fes noces à 
Suze , fe rendit à Babylone. C'étoit là que 
l'attendoient les ambafl'adeurs de toutes les 
nations. La terre étoit remplie de la terreur 
de fon nom. Tous les peuples venoient le 
flatter à l'envi , comme celui qui devoit 
être leur maître. Il fe hàtoit d'arriver dans 
cette grande ville, pour y tenir les états gé- 
néraux de l'univers. En partant par Ecbatane, 
il perdit Epheflion. La mort de cet illuftre 
favori le plongea dans la plus profonde af- 
flidion. Les foibleflès de l'homme éclipfe- 
rent la fermeté du héros. II parut difpofé â 
ne pas furvivre à cet ami fidèle. Plutarque 
rapporte que fa feniibilité égarant faraifon , 
il fit couper les crins à tous les chevaux & à 
tous les mulets de fon armée , comme s'il 
eût voulu que les animaux partageafl'ent le 
deuil public. Suivant cet auteur , il immola 
fur fon tombeau , lesCulTéens qui formoienc 
un peuple nombreux ; voulant , ajoute Plu- 
tarque , imiter Achille , qui , barbare dans le 
délire de fa douleur, avoit immolé plufieurs 
princes Troyens fur le tombeau de Patrocle. 



A L E ^ 

Cependant il approcho t lui-même du ter- 
me tarai , & s'écant mis en marche , il mou- 
rut à la vue de Babylone , dans la trente- 
deuxiem.e année de fon âge , la douzième de 
fon règne , & la huitième de fon empire 
d'Afie. il ne nomma point de iuccefleur. Il 
avoit eu deux femmes , Barcine &: Roxane; 
la première avoit un fils , la féconde étoit 
enceinte. Nil'une ni l'autre n'eut la gloire de 
donner un héritier au trône. Ce fut Aridée, 
frère d'Alexandre , qui fut proclamé roi par 
le fuffrpge de l'armée. Voici l'ordre qui fut 
mis dans l'empire : Ptolomée eut la Satrapie 
d'Egypte & de toutes les provinces d'Afrique 
qui endépendoient ; Laomedon celle de Sy- 
rie&Phénicie.LaSyrie &l laPamphilie furent 
données à Antigonus , avec une grande par- 
tiede laPhrygie.LaCilicie échut àPhilotas. 
Leonatus eut en partage la petite Phrygie , 
avec toute la côte del Hellefpont. Cafl'andre 
eut le gouvernement de la Carie , & Menan- 
dre celui de Lydie. Eumenes eut laCappa- 
doce & la Paphlagonie jufqu'à Trébifonde. 
Python fut établi dans laMédie ; Lylimaque 
dans la Trace &. dans le Pont. Tous les 
Satrapes établis par Alexandre dans la Sog- 
diane , la B.ûiiane , & l'Inde , furent con- 
tinués dans leur charge. Perdiccas refla au- 
près d'Aiidée , comme principal miniftre de 
ce prince & général de fes armées. Cet em- 
pireconquis par la plus étonnante valeur, & 
gouverné par des chefs inlhuits dans l'art de 
la guerre & de la politique, fembloit repofer 
fur une bafe durable , mais l'ambition de 
ces chefs furpaflant encore leur capacité, fa 
fin fut aulTi prompte & aulFi déplorable , 
que fa naifTance a/oit été brillante & pré- 
maturée. 

Il efl bien difficile de tracer un tableau 
digne à'yllex.indie , le peintie fera toujours 
au-deffbus de ce que l'on attend ul lui. 11 ne 
faut pas le juger par le^ règles ordinaires. 
L'héroïfme aune marche qui lui e'I particu- 
lière. ..•-i/e':rand're fut ;jL!S qu'un homme,oudu 
moins il lut tout ce qu'un h'^aime peut être. 
Les projtt-) qu'il cunçut, turent exécutés avec 
gloire. Heareux à conquérir , h.ibile à gou- 
verner , il fut plus grand encore aprèa la vic- 
toire qne dans le combat , 6c il fubjugua les 
cœursavecplus deiacilitéque les provinces. 
Le plus^^eau de fcséljges, c'eil queSiiigam- 
bis , mère ùe Darius , avoit furvécu aux 



AL E 71 

malheurs de fa maifon , & qu'elle ne pue 
furvivre à la mort d'Alexandre. Ce héros , 
dans l'efpace de dix ans , fonda un empire 
auffi vaite que celui que les Romains élevè- 
rent en dix liecles. Tant qu'il vécut , fes gé- 
néraux relièrent dans l'obfcuritéjparce qu'ils 
ne fuient que les exécuteurs de fes ordres ; 
& dés qu'il ne fut plus , ils éclipfercntiagioi- 
re des plus grands rois de la terre ; ce qui 
prouve fon difcernement dans le choix de 
les agens. Ce prince , ami des arts & protec- 
teur de ceux qui les cultivent , récompen- 
foit avec magnificence les grands hommes 
dans tous les genres. Il donna près de deux 
millions à Ariltote , pour lui faciliter les 
moyens de faire fese vpériences phyliques. Il 
entretint une infinité de chaffeurs & de pê- 
cheurs pour procurer à ce naturalifte des fe- 
cours dans fes recherches fur la conilitution 
interne des animaux. Son hecle fut le fiecle 
du génie. Ce fut celui qui enfanta lesDioge- 
ne , les Pyrrhon. Les arts étendirent leurs 
limites. Protogene & Apelle firent refpirer 
la toile avec leur pinceau ; Praxitèle , Polic- 
tcte , Lyfippe animèrent le marbre, le bron- 
ze & l'airain. Alexandre , indifférent pour 
le médiocre , étoit épris pour tout ce qui for- 
toit des bornes ordinaires. Stafuratc , archi- 
tede fameux , lui propofa de tailler le Mont 
Atos en forme humaine, & de lui en faire une 
Uatuc où il eût été repréfenté portant dans 
une main une ville peuplée de dix mille ha- 
bitans , & dans l'autre un fleuve , dépofant 
fes eaux à la mer. Le projet de ce coloffe relia 
fans exécution , &; la gloire du héros n'a 
pas eu befoin de ce monument gigantefque 
pour fe perpétuer dans tous les âges. Les fie- 
cles d'Alexandre , d'Au:i,ufla , de Côme de 
Aiedicis ÎSc de Louis XIV , font des époques 
mtérelîàntes dans l'hiltoire des arts &: du 
génie. ( A'I-r. ) 

Alexandre de Paphlagonie, (//.a.) 
fut un célèbre impofteur qui étonna le vul- 
gaire par de prétendus prodiges, qui n'entraî- 
nèrent point les fages dans le fédudion. Les 
poètes avoient débité qu'Efculape avoit été 
métamorphofé en ferpent , fymûole de la 
prudence que doivent avoir ceux qui, com- 
me lui ,proîeHent l'art de guérir. Ce célèbre 
médecin révéré comme le Jifpenfateur de la 
(anté, devint l'objet d'un culte religieux, & 
tint le premier rang parmi les divinités ini'é- 



7i A L E 

lieures. Alexandre profita de la crédulité 
populaire , pour ufurper le titre d'homme 
infpiré ; & s'étant afïbcié Croconas , chro- 
niqueur Bifantin aulTi artificieux que lui , il 
courut les provinces fous plufieurs empereurs 
romains. Les peuples de Macédoine avoient 
l'art d'apprivoifer lesferpens,& on en voyoit 
de fi privés qu'ils tetoient les femmes & 
jouoient avec les enfans fans leur faire aucun 
mal. Alexandre étudia leur méthode , & fe 
fervit d'un de ces animaux pour établir dans fa 
patrie un culte qui pût y attirer les offrandes 
des nations. Les deux impofteurs pafferent 
à Chalcédoine , où ils cachèrent dans 
un vieux temple d'Apollon qu'on démolif- 
foit , quelques lames de cuivre , où ils écri- 
virent qu'Èfculape avoit refolu de fe fixer 
dans le bourg d'Abonus en Paphlagonie. Ces 
lames furent bientôtdécouvertes; Croconas, 
comme le plus éloquent , prêcha cette pro- 
phétie dans toute l'Afie mineure, &: fur-tout 
dans la contrée qui alloit être honorée de la 
préfence du dieu de la fanté , tandis qu'^- 
lexandre , vêtu en prêtre deCybele , annon- 
çoit un oracle de la Sibylle , portant qu'il 
alloit venir de Synope fur le Pont-Euxin un 
libérateur d'Aufonie ; & pour donner plus 
de poids à fes promelTes , il fe fervoit de ter- 
mes myftiques &: inintelligibles , mêlant la 
langue juive avec la grecque & la latine qu'il 
prononçoit avec enthoufiafme ; ce qui faifoit 
croire qu'il étoit faifi d'une fureur divine : 
fes contorfions étoient effrayantes , fa bou- 
che vomiffoit une écume parle moyen d'une 
racine qui provoquoit les humeurs. Ses con- 
noifTances dans les méchaniques favoriferent 
encore fes impoft:ures,il fabriqua la tête d'un 
dragon dont il ouvroit & fermoir la gueule à 
fon gré, par le moyen d'un crin de cheval : 
ce fut avec cette tête & fon ferpent appri- 
voifé qu'il féduifit plufieurs provinces : il 
n'y a pas beaucoup de mérite à tromper les 
hom mes. 

Les Paphlagoniens s'emprcflTerent à conf- 
truire un temple digne d'un dieu qui leur 
donnoit la préférence ; & tandis qu'on en 
jette les fondemens,il cache dans la fontaine 
facrée un œuf où étoit renfermé un ferpent 
qui venoit de naître. Dès qu'il eut préparé 
le prodige , il fe rend dans la place publique 
vêtu d'une écharpe d'or ; fes pas étoient 
chancelans comme s'il eût été tranfporté d'u- 



A L E 
ne ivrefTe myftérieufe , fes yeux refpiroient 
la fureur , fa bouche étoit écumante , & fes 
cheveux étoient épars à la manière des prê- 
tres de Cybele. Il monte fur l'autel , il exalte 
les profpérités dont le peuple alloit jouir ; la 
multitude l'écoute avec un refpect religieux , 
chacun fe profterne & fait des vœux. Quand 
il voit que les imaginations font embrafées 
du feu de fon fanatifme , il entonne une 
hymne en l'honneur d'Efculape , qu'il invite 
de fe montrer à l'airemblée , & quelques-uns 
même crurent voir ce Dieu , il enfonce un 
vafe dans l'eau d'où il tire un œuf, & s'écrie: 
peuple , voici votre Dieu ; il le cafTe & l'on 
en voit fortir un ferpent. Tout le monde eft 
frappé d'un étonnement ftupide ; l'un de- 
mande la fanté , l'autre les honneurs & les ri- 
chelTes: le vieillard fe fent moins débile, les 
beautés furannées fe flattent de recouvrer 
leur ancien coloris.Alexundre enhardi par fes 
fuccès , fait annoncer le lendemain que le 
dieu qu'ils avoient vu fi petit la veille , avoit 
repris fa grandeur naturelle. Les Paphlago- 
niens courent en foule admirer ce miracle ; 
ils trouvent l'impofteur couché fur un lit , 
& vêtu de fon habit de prophète , le ferpent 
apprivoifé étoit entortillé à fon cou & fem- 
blok le carefTer; il n'en laifToit voir que la 
queue , & il fubflituoit à la tête celle du 
dragon dont il dirigeoit la mâchoire à fon 
gré. 

Cette impofture ennoblit la Paphlagonie 
où chacun vint apporter fes offrandes ; & 
comme la fanté eft le plus précieux des biens, 
les provinces voifines & éloignées envoyè- 
rent confulter fes oracles , & l'on crut avec 
ce fecours pouvoir fe pafter de médecins. 
Croconas , fon complice , partageoit avec 
lui les applaudiflemens du vulgaire , lorf- 
qu'il mourut à Chalcédoine de la morfure 
d'une vipère. Alexandre , deftitué de l'appui 
d'un impofteur plus adroit que lui, foutint 
par lui-même fa réputation ; les imaginations 
étoient ébranlées ; il n'y a quelquefois qu'une 
première fédudion difficile à opérer. Les 
yeux fafcinés réaliferent tous les fantômes ; il 
vendoit fes oracles à un prix fi modique, qu'il 
en avoit un grand débit. Pour dix fous de 
notre monnoie , un imbécille achetoit de ce 
fripon la connoifîance de tout ce qui dévoie 
lui arriver. Ou lui envoyoit dans un billet 
cacheté la queftion qu'on propofoit , & il 

écrivoJt 



AIE 

ecrivoit la réponfe dans le même billet , 
fans qu'il parût qu'on eût rompu le cachet. 
On crioit au miracle pour un fecret que le 
dernier commis polFede aujourd'hui : les re- 
mèdes qu'il prefcrivoit aux malades accrédi- 
tèrent les impoftures , parce qu'il avoir fait 
une étude férieufe de l'art de guérir. Sa ré- 
putation s'étendit jufqu'à Rome , où il fut 
appelle par Marc-Aurele en 174. L'accueil 
que lui fit ce philofophe couronné , lui acquit 
la confiance des courtifans & du peuple ; 
on le révéra comme le difpenfiteur de l'im- 
mortalité , parce qu'il promettoit à tous de 
prolonger leur vie jufqu'au delà du terme 
ordinaire. 11 prédit qu'il vivroit cent cin- 
quante ans , & qu'alors il feroit frappé d'un 
coup de foudre ; il étoit de fon intérêt de 
faire croire qu'il mourroit par un accident , 
pour ne pas décrier les promeffes qu'il faifoit 
aux autres de perpétuer leur exiftence, & de 
reâifier les vices de la nature. Ses prédiâions 
furent démenties par l'événement ; il mou- 
rut d'un ulcère à la jambe à l'âge de foixante 
& dix ans. Quoiqu'il eût entraîné des peuples 
entiers dans la féduâion , fes preftiges n'é- 
blouiroient pas aujourd'hui la plus grofliere 
canaille : on eft familiarifé avec les prelliges. 
Le nom à^ Alexandre a fouvent été déf- 
honoré par des impolleurs. Outre Alexandre 
Balés qui arracha la couronne à Démétrius 
Soter , on voit encore un aventurier qui fut 
aflez audacieux pour fe dire le fils de Perfée , 
& pour difputer fon héritage aux P^omains. 
Les Macédoniens féduits fe rangèrent fous 
fes enfeignes ; fon début fut brillant , mais 
Métellus l'arrêta dans le cours de fes profpé- 
rités naiffantes ; Alexandre qui n'avoir au- 
cune des qualités guerrières du prince dont 
il le difoit le fils , effuya de fréquens revers. 
Il fut pourfuivi jufqu'en Dardanie , où il 
difparut fans qji'on pût découvrir quels lieux 
lui fervoient de retraite. Cet Alexandre am- 
bitionnoit les trônes , le Paphlagonien ne 
vouloit que s'enrichir. L'ambition & la 
cupidité font deux pallions , dont l'une fait 
fes viâimes de ceux qui en font dévorés ; 
l'autre , plus fourde & plus cachée, arrive 
plus fouvent à fon but. i^T-N.) 

Alexandre, tyran de Phérès , {Hifl. 

de la Grèce. ) Ce prince réunit au plus 

grands talens qui honorent l'homme public , 

tous les vices qui dégradent les plus obfcurs 

Tome IL 



AL E 73 

particuliers. Ses premiers penchans fe décla- 
rèrent pour la guerre , dont il médita tous 
les principes. Les ThefTaliens , qui connoif- 
foient fon ambition & la férocité de fon 
caïadere , n'oferent le mettre à la tête de 
leur armée. Alexandre , trop fier pour vieillir 
dans des emplois fubaltenies , fe fraya une 
route au commandement par le meurtre du 
général Poliphron ; & teint d'un fang qu'il 
devoit refpecler, il s'érigea en tyran de la 
Theflalie , dont fon crime l'avoit rendu 
l'exécration. Magnifique dans Çc& dons, ter- 
rible dans fes vengeances , il impofa filence 
à la cenfure , & fe fit de tous les hommes 
pervers d'avides partifans. Les foldats , juges 
& témoins de fa valeur, fermèrent les yeux 
lur fes vices , pour ne les ouvrir que fur les 
récompenfes qu'il prodiguoit par ambition. 
Dès qu'il fe vit à la tête de vingt mille bri- 
gands aguerris , il crut pouvoir tout enfrein- 
dre avec impunité.Les plus vertueux citoyens 
lui parurent autant d'ennemis , & les plus 
riches furent fes vidimes. Leurs dépouilles 
furent le partage d'une foldatefque effrénée , 
dont fes largefiès avoient fait des complices. 
Les femmes fiirent enlevées du lit de leurs 
époux , & les filles furent arrachées des bras 
de leurs mères. Les Theffaliens accablés 
fous^ le joug, implorèrent le fecours des 
Thébains. Pélopidas , qui leur fut envoyé , 
réduifit le tyran à recevoir la loi qu'il daigna 
lui prefcrire. Mais à peine eut-il foufcrit au 
traité^, qu'il ne rougit pas de l'enfreindre 
avec éclat. Le général Thébain pouvoir l'en 
punir ; mais il lui parut plus beau d'ufer de 
douceur , pour apprivoifer ce caraûere fa- 
rouche ; il^fut le trouver, fans avoir d'autre 
efcorte qu'un ami. Le tyran le voyant dé- 
farmé & fans défenfe , s'en faifit , & le fit 
jeter prefque nu dans une prifon obfcure , 
& on ne lui accorda d'alimens que pour 
l'empêcher de mourir. La femme du tyran , 
auffi tendre que fon mari étoit barbare, fut 
touchée du fortde cet illufire captif; ellelui 
rendit plufieurs_ vifites fecretes , & elle 
adoucit les ennuis de fa captivité. 

Les Thébains, indignés de l'outrage fait 
à leur général trompé par un parjure , en- 
voyèrent en Theffalie une nouvelle armée , 
fous les ordres de deux généraux fans cou- 
rage & fans cz^ncité. Alexandre les combattit 
avec avantage , -jufqu'au moment où les 

K 



74 A L E 

foIJ"ts Thébains mirent à leur tête Epami- 
nondas , plus digne de leur commander. La 
réputation de ce grand homme rendit le 
tyran plus traitable& plus fournis: Epami- 
nondas négocia au lieu de le combattre ; il 
craignoit (\\i^ Alexandre aigri par une nou- 
velle défaite , ne fît éprouver fa férocité à 
l'illuftre captif qu'il tenoit dans fes fers; ainfi 
il fut redevable de fon falut à la crainte 
qii'infpiroient fes cruautés. La paix fut con- 
clue , & Pélopidas fortit de fa prifon. Dès 
que les Thébains furent éloignés , le tyran 
s'abandonna à la brutalité de fes penchans ; 
les villes n'offrirent que des fcenes de car- 
nage. Pélopidas , réveillé par les cris d'un 
peuple fouffrant , fe met à la tête de fept 
mille hommes , & marche contre Ale- 
xandre, quilui en oppofe vingt mille , exer- 
cés dans toutes fortes de brigandages. L'ac- 
tion s'engage dans les plaines de Cynofe- 
phale ; Pélopidas, qui avoir fa patrie & fes 
injures particulières à venger , oublie qu'il 
efl général , &: n'a plus que l'intrépidité d'un 
foldat ; il apperçoit le tyran , il le défie au 
combat du gefte & de la voix ; une grêle de 
traits , décochés par l'ennemi , le perce & 
le renverfe expirant. Son génie lui furvit , 
& préfide après fa mort aux mouvemens de 
fon armée. Alexandre vaincu , eft forcé de 
rendre toutes les places où il exerce fa tyran- 
nie ; il s'engage par ferment à ne plus porter 
les armes que fous les ordres des Thébains. 
Quand il fut dansi'impuiifance de nuire , iJ 
languit dans la plus fale débauche , & ne 
pouvant plus exercer fes cruautés fur les ci- 
toyens , il les fit fentir à fa femme & à 
fes efclaves. Enfin , comme il n' exiftoit que 
pourfaire des malheureux , fa femme, fécon- 
dée de fes frères , en délivra la Thefialie par 
un aflaffinat. ( T-N.) 

Alexandre, {Hift. de Pologne.) Après 
la mort de Jean Albert , trois filsdeCafimir 
IV prétendirent au trône de Pologne , & 
partagèrent les fufFrages de la diete.C'étoient 
Ladillas , roi de Bohême & de Hongrie ; 
Sigifmond , duc de Glogaw ; & Alexandre , 
grand duc deLithuanie. Le premier s'eiFor- 
çoit de fubjuguer les efpritsparfapuiflànce, 
& de corrompre les cœurs par fes préfens. 
Le fécond n'oppofoit à fes deux concurrens , 
que fes vertus & l'eftime publique. Un plus 



A L E 

troifieme ; on faifit le moment d'éteindre ces 
L.ines nationales , fi funeftes à la Lithuanie 
& à la Pologne , & de former un même 



grand intérêt décida la diète en faveur du j SAcr. ) 



corps politique de deux peuples fi long-temps 
rivaux. Les Lithuaniens , flattés de voir la 
couronne fur la tête de leur duc , confenti- 
rent à la réunion , &c obtinrent le droit de 
voter dans les éleâions. Alexandre fut donc 
couronné en 1501 ; mais Hélène fon époufe, 
fille du czar , ne le fut pas , la nation lui fit 
un crime de fon attachement au fchifme des 
Grecs. Alexandre calma, les reflentimens de 
fon beau-pere , qui avoit juré d'exterminer 
les Lithuaniens. Ce peuple cultivoit fes 
champs en paix , lorfque les Tartares , qui 
n'etoient arrêtés ni parle fouvenir de leurs 
anciennes défaites, ni parla foi des traités, 
vinrent fondre tout-à-coup fur la Lithuanie. 
Alexandre étoit malade , & touchoit pref- 
que à fes derniers momens , il fe fit porter 
en litière à la tête de fon armée , anima fes 
foldats d'une voix mourante , & les conjura 
de donner à fes yeux le fpeâacle d'une vic- 
toire , avant qu'ils fe fermaient pour jamais. 
On étoitdéjaarrivéà la vue des ennemis ; le 
général Stanillas Kiska rangea les troupes en 
bataille , diftribua les poftes , & donna le 
fignal du combat. Les Tartares furent vain- 
cus; le roi étoit expirant, & fon ame fem- 
bloit s'arrêter pour apprendre le fuccès de la 
bataille. On vint lui annoncer qu'elle étoit 
gagnée ; il leva les yeux au ciel , & mourut 
le 15 août 1506. C'étoit un prince mélanco- 
lique & taciturne ; il lutta, mais en vain , 
avec le fecours de la mufique contre le noir 
chagrin qui le rongeoit. Il étoit plus févere 
qu'équitable , & moins généreux que pro- 
digue. Il régna quatorze ans en Lithuanie 
& cinq en Pologne. ( AI. d£ S^.^cy. ) 

Alexandre , {Hift.de Pologne.') filsde 
Jean Sobieski , roi de Pologne. L'hiftoire de 
ce prince n'eft remarquable que par une 
contradiâion finguliere. En 1697 il fe mit 
fur les rangs avec les autres prétendans à Ja 
couronne de Pologne ; en 1704 Charles XII 
la jui ofFrit, & il la refufa. Le motif de fon 
refus , étoit l'exclufion qu'on avoit donné à 
fon frère aîné ; mais dans la diète de 1697 il 
concouroit avec ce même frère , & s'effor- 
çoit de le fupplanter. Il efl difficile de péné- 
trer les raifons de cette conduite. ( M, vs 



A L E 

. • ALEXANDRETTE, {Ge'og.) vîllede 
Syrie en Afie, à l'extrémité de la mer Médi- 
terranée , à rembouchured'ur. petit ruifTeau 
appelle BeLum ou Soldrat, furie golfe d'A- 
jazze: Lit. 36, 35 , lo; long. 54. ?^. Alep. 

ALEXANDRIE on SC ANDERIA, ville 
d'Egypte à l'une des embouchures occiden- 
tales du Nil , prés de la mer Méditerranée. 
Long. 47 , î6 , 30 ; ht. 31,11, 30. 

Il y a en Pologne une petite ville de ce 
nom. Voye\ AlexandroW. 

* § ALEXANDRIE, ^ùf Alexandrie 

DE LA PAILLE , Akxandria. ftatiellorum , 
( Ge'ogr. ) Cette ville , capitale de l'Alexan- 
drin , dans le Milanez , & aujourd'hui fous 
la domination du roideSardaigne, eftainfi 
nommée , parce qu'elle fut bâtie en l'hon- 
neur du pape Alexandre III, grand ennemi 
de l'empereur Frédéric Barberoulfe. Après 
la ruine de Milan , en 1 161 , une partie de 
fes habitans vinrent s'établir en cet en- 
droit , & y fondèrent cette ville, conjoin- 
tement avec d'autres Gibelins, que l'empe- 
reur fit fortir de Parme , de Pl.iifance , & 
de plufieurs autres villes. On la nomma 
d'abord ï Alexandrie de p.iille , parce que 
fes murs , dit Sigonius , n'étoient abfolu- 
ment que de la paille mêlée avec la terre 
glaife. Cependant , malgré un li foible rem- 
part , Frédéric BarberoufTe , qui ne tarda 
pas à venir l'affiéger pour la détruire , ne put 
jamais la prendre, & les habitans fe défen- 
dirent avec tant de courage & de confiance , 
qu'après fix mois de fiege l'empereur fut obli- 
gé defe défifter de fon entreprife. Ils'en ven- 
geaparun mot piquant contre le pape, endi- 
lant qu'il ce s'étonnoit pas qu'on eût bâti une 
ville imprenable en l'honneurd'un ànevivant 
& féroce tel qu'Alexandre lll, puifqu' Ale- 
xandre le grand en avoir fait conftruire une 
fembîable pour conferver la m.émoire d'un 
cheval mort. Le pape, pourrécompenfer le 
zcle des habitans de c&ttt nouvelle Alexan- 
drie, leur donna un évéque, qu'il fit fuffragant 
de Milan , & leur accorda divers privilèges. 
MifTon ( Voyage d'Italie , tom. III, p.ig. 
47.) prend gratuitement beaucoup de peine , 
pour faire voir qu'il eft faux que les empe- 
reurs y ayent jamais été couronnés d'une 
couronne de paille. Mais La Forét-Bour- 
gon {Ge'ogr. hiji. tom. III, pag. 440.) donne 
une explication aflez ridicule an nom à'Ale- 



A L E 7Ç 

xandrie de paille. Il le fait venir de ce que la 
vigueur des troupes avec lefquelles Frédéiic 
l'alfiégea , ne fut qu'un feu de paille ; car 
elle ie ralentit fi fort, ajoute-t-il , qu'il fuC 
contraint de lever le fiege , après s'être mor- 
fondu fix mois. La Marcmiere dit que l'em- 
pereur voulut l'appeller Céfarée; mais que les 
habitans perliftant à lui laifler le nom à' Ale- 
xandrie , l'empereur alors la traita à' Alexan- 
drie de paille. L'origme que Sigonius donne 
à ce nom eft plus raifonnable. Les murs 
à^ Alexandrie ne font plus de paille aujour- 
d'hui ; ils forment un très-beau rempart , 
entouré d'un large fofie plein d'eau. C'eft 
une des plus fortes places du roi de Sar— 
daigne , & fa citadelle ell fortifiée à la Vau- 
ban. La ville à' Alexandrie ei'i: iituée fur le 
Tanaro , à onze lieues de Milan , & n'oitie 
aucun édifice remarquable , excepté le nouvel 
hôtel de ville. I a cathédrale eîl dans un goût 
abfolument gothique. Les foires à'' Alexan- 
drie , qui fe tiennent deux fois l'an , en avril 
& enodobre, font célèbres dans toute l'Ita- 
lie, Long. 26 , 15 ; /af. 44, 53. 

Alexandrie, (GfbgT.) ville de foixante 
ftades de tour , qu'Alexandre le grand fit 
bâtir près du fleuve Tanaïs. Quinte-Curce, 
qui parle de cette ville , nous apprend que 
le même Alexandre en avoir fait bâtir plu- 
fieurs autres de ce nom dans les Indes & 
ailleurs. Il y en avoir encore une en Suziane , 
qui étoit la patrie de Dcnys le géographe. 
[C.A.) 

* § ALEXANDRIN , ( Geogr. ) petit 
quartier du Milanez , appartenant aujour- 
d'hui au roi de Sardaigne depuis le traité 
d'Utreckde 1714. Il ell borné au nord par 
le Piémont , au levant par le Tortonois , au 
fud & au couchant parle Montferrat. Il tire 
fon nom de fa capitale , nommée Alexandrie. 
Voyei ce mot dans ce diftionnaire. 

* Alex ANDRlN,épithete qui défigne dans 
la poéfie françoife , la forte de vers affeâée 
depuis long - temps & vraifemblablement 
pour toujours, aux grandes & longues com- 
pofitions , telles que le poème épique &: la 
tragédie , fans être toutefois exclue des ou- 
vrages de moindre haleine. Le vers alexan- 
drin eft divifé par un repos en deux parties 
qu'on appelle hémiflicbes. Dans le vers ale- 
xandrin, mafculinou féminin , le premier 
hémiftiche n'a jamais que fix fyllabes qui fe 

K 2 



76 A L E 

comptent: je dis qui fe comptent , parce que 
s'il arrive que cet hémiftiche ait fept fy Ilabes, 
fa dernière finira par un e muet, & la pre- 
mière du fécond hémiftiche commencera par 
une voyelle , ou par une h non afpirée , à la 
rencontre de laquelle Ve muet s'élidant , le 
premier hémiftiche fera réduit àfix fyllabes. 
Dans le vers a/e:ra/2^rzV2 mafculin , le fécond 
hémiftiche n'a non plus que fix fyllabes qui 
fe comptent , dont la dernière ne peut être 
unefyllabe muette. Dans le vers alexandrin 
féminin , le fécond hémiftiche a fept fyllabes, 
dont la dernière eft toujours une fyllabe 
muette. Le nombre & la gravité forment le 
caraclere de ce vers ; c'eft pourquoi je le 
trouve trop éloigné du ton de la converfa- 
tion ordinaire pour être employé dans la 
comédie. Une loi commune à tout vers 
partagé en deux hémiftiches , & principa- 
lement au vers alexandrin , c'eft que le pre- 
mier hémiftiche ne rime pointavec le fécond 
ni avec aucun des deux du vers qui précède 
ou qui fuit. On dit que notre vers alexandrin 
a été ainfi nommé , ou d'un poème françois 
de la vie d'Alexandre, compofé dans cette 
mefure par Alexandre de Paris , Lambert 
Licor , Jean le Nivelois , & autres anciens 
poètes, ou d un poème latin intitulé YAlexan- 
driade , & traduit par les deux premiers de 
ces poètes , en grands vers , en vers alexan- 
drins y en vers héroïques ; car toutes ces 
dénominations font fynonymes , & déiignent 
indiftinâement la force de vers que nous 
venons de définir. 

Le vers alexandrin nous tient lieu du 
vers hexamètre , & à fa place nous l'em- 
ployons dans nos poèmes héroïques ; mais 
quant au nombre & au mètre , c'eft au vers 
afclépiade latin que notre vers héroïque 
répond. Il en a la coupe & les nombres , 
avec cette feule -différence que le premier 
hémiftiche de l'afclépiade n'eft pas eftentiel- 
lement féparé du fécond par un repos dans 
le fens , mais feulement par une fyllabe qui 
refte en fufpens après le lecond pié. 

Plus le vers héroïque françois approche de 
l'afclépiade par les nombres , & plus il eft 
harmonieux.Or ces nombres peuvent s'imiter 
de deux façons , ou par des nombres fem- 
blables , ou par des équivalens. 

On fait que les nombres de l'afclépiade 
font le fpondée & le datlyle , & que chacun 



__ A L E 

de ces deux pies forme une mefure à quatre 
temps. Ainfi toutes les fois que le vers héroï- 
que françois fe divife à l'oreille en quatre 
mefure égales , que ce foit des fpondées , 
des dadyles, des anapeftes , des dipyrriches, 
ou des amphibraches , il a le rhythme 
de l'afclépiade , quoiqu'il n'en ait pas les 
nombres. 

Le mélange de ces élémens étant libre 
dans nos vers françois, les rend fufceptibles 
d'une variété que ne peut avoir l'afclépiade , 
dont les nombres font immuables ; cepen- 
dant nos grands vers font encore monoto- 
nes , & cette monotonie adeux caufes ; l'une , 
parce qu'on ne fe donne pas aflèz de foin 
pour en varier les repos : l'oyei l'article HÉ- 
MlSTICHEfaic par l'auteurde la Henri ade ; 
l'autre , parce que dans nos poèmes héroï- 
ques les vers font rimes deux à deux , & rien 
de plus fatigant pour l'oreille que ce retour 
périodique de deux finales confonnantes , 
répété mille & mille fois. 

Il feroit donc à fouhaiter qu'il fût permis , 
fur-tout dans un poème de longue haleine , 
de croilerles rimes , en donnant , comme a 
fait Malherbe , une rondeur haimonieufe à 
la période poétique. Peut-être feroit-il à 
fouhaiter aufti que félon le caradere des 
images & des fentimens qu'on auroit à pein- 
dre y il fût permis de varier le rhythme & 
d'entremêler , comme a fait Quinault , dif- 
férentes formes de vers. ( AI. Mar- 

MON TEL- ) 

ALEXANDROW , petite ville de Po- 
logne , dans la Wolhinie , fur la rivière de 
Horin. 

ALEX AS, ( Hifl. des Juifs. ) troineme 
mari de Salomé , fœur d'Hérode le grand , 
mérite de juftes éloges pour avoir mis en 
liberté , après la mort d'Hérode , les prin- 
cipaux des Juifs que ce roi cruel avoir fait 
eniermer dans l'Hippodrome de Jéricho , 
avec ordre à Alexas & à Salomé de les faire 
mourir , aulTi-tôt qu'il auroit les yeux fer- 
més , afin que la Judée , affligée de la morï 
de tant deperfonnesde confidération , parût 
faire le deuil de fon roi. 

ALEXIPHARMAQUES , adjeflif pris 
fubft. ( Aled. ) Ce terme vient d'a^s^« , re~ 
pouj/er , & de (pûpuctKov , qui veut dire pro- 
prement/>o//b/2. Ainliles alexipharrnaques^ 
félon cette étymologie, font des remèdes dont 



A L E 
la vertu principale ell de repoufTer ou de 
prévenir les mauvais effets des poifons pris 
inte'rieurement. Ceft ainfi que l'on penfoit 
autrefois fur la nature des alexipharmaques ; 
mais les modernes font d'un autre avis. Ils 
difent que les efprits animaux font afFeâés 
d'une efpece de poilon dans les maladies 
aiguës, èc'\\sz.ttnhi\ent?Ln-ialexipharmaques 
la vertu d'expulfer par les ouvertures de la 
peau ce poifon imaginaire. Cette nouvelle 
idée , qui a confondu les fudorifiques avec 
les alexipharmaques , a eu de fàcheufes in- 
fluences dans la pratique ; elle a fait périr 
des millions de malades. 

Les j.hxipharinaques font des remèdes alté- 
rans , cordiaux , qui n'agiflent qu'en ftimul mt 
& irritant les fibres nerveufes & vafculeufes. 
Cet effet doit produire une augmentation 
dans la circulation, & une raréfaftion dans 
le fang. Le fang doit être plus broyé , plus 
atténué, plusdivifé, parce que le mouve- 
^ ment intelHn des humeurs devient plus rapi- 
de : mais la chaleur augmente dans le rapport 
de l'etfervefcence des humeurs ; alors les 
fibres ftimulées, irritées , agill'ant avec une 
plus grande force contractive , les adions to- 
niques, mufculaires & élafliques font plus 
énergiques. Les vaifî'eaux fouettent le fang 
& l'expriment avec plus de vigueur: la force 
trnfive & comprellive du cœur augmente , 
celle des vaiffeaux y correfpond : & les réfif- 
tances de venant plus grandes par la pléthore 
prcfuppofée ou par la raréfadion qui elî l'etfet 
de cesmouvemensaugmentés , il doitfe faire 
un mouvement de rotation dans les molécu- 
les des humeurs , qui étant poufTées de la 
circonférence au centre, du centre à la circon- 
férence , font fans cefTe battues contre les pa- 
rois des vaifTeaux ; de ces parois à la bafe , 
& de la bafe à la pointe de l'axe de ces mê- 
mes canaux ; la force iiff altique du genre vaf- 
culeux augmente donc dans toute l'étendue ; 
les parois fortement diffendues dans le temps 
de la fiftole du cœur ré-giffent contre le fang, 
qui les écarte au moment de ladiallole \ leur 
reflbrt tend à les rapprocher , &: fon adion 
efl égale à la diftention qui a précédé. 

Il doit réfuUer de cette impullion du fang 
dans Ici vaifî'eaux &■ de cette rttropulflon , 
une altération confidérable dans le tiflu de 
ce fluide ; s'il é.oit épais avant cette adion , 
fes parties fioiffées pallcu: de 1 état de cor.- 



A L E jj 

denfation à celui de raréfadion , &: cette 
raréfadion répond au degré de denfité & de 
ténacité précédentes ; les molécules collées 
& rapprochées par une cohéfion intime doi- 
vent s'écarter , fe féparer , s'atténuer , fe di- 
vifer ; l'air contenu dans ce tiflli refTerré & 
condenfé tend à fe remettre dans fon premier 
état, chaque molécule d'air occupant plus 
d'efpace , augmente le volume des molécules 
du liquide qui l'enferme ; & enfin celles-ci 
cherchant à fe mettre à l'aife , diftendent les 
parois des vaiifeaux , ceux-ci augmentent 
leur réadion , ce qui produit un redouble- 
ment dans le mouvement des liquides. Delà 
viennent la fièvre , la chaleur, les léfions de 
fondions qui fontextrémes& qui ne fe ter- 
minent que par l'engorgement des parties 
molles, le déchirement des vailTeaux , les 
dépôts de la matière morbifique fur des 
parties éloignées ou déjà difpofées à en rece- 
voir les atteintes , les hcmorrhagies dans le 
poumon , dans la matrice , les inflammations 
du bas-ventre, de la p-oitrine & du cerveau. 
Celles-ci fe terminent par des abcès , & la 
gangrené devient la fin funeffe de la cure des 
maladies entreprifes par les akxipharma- 
qiies , dans le cas d'un fang ou trop fec ou 
trop épais. > 

Mais fi le fang efl acre , difTous & raréfié , 
ces remèdes donnés dans ce cas fans prépa- 
ration préliminaire font encore plus funeftes : 
ils atténuent le fang déjà trop divifé ; ils ten- 
dent à exalter les fels acides & alkalins qui 
devenant plus piquans font l'efi'et des corro- 
fifs fur les fibres; ainfiil arrive une fonte des 
humeurs & une diaphorefe trop abondante. 
Delà ime augmentation de chaleur , de fé- 
chereffe &: de tenfion.Ces cruels effets feront 
fuivis d'autres encore plus fâcheux. 

Les alexipharmaques ne doivent donc pas 
être donnés de toute main , ni adminiftrés 
dans toutes fortes de maladies. Les maladies 
aiguës, fur-tout dans le commencement, 
dans 1 état d'accroiiTement , dans Vacme , 
doivent être refpedées ; & malheur à ceux 
à qui on donnera ces remèdes incendiaires 
dans ces temps où la nature fait tous fes efforts 
pour fe débarraflcr du poids de la maladie 
qui la lurcharge. Ces maladies aiguës où la 
fièvre , la chaleur, la féchereffe , le délire , 
font ou au dernier degré ou même L'i^ers , 
ne permettent point l'ufage des li/txz'p Ali A/7za- 



7? A ^ ^ . 

ques avant d'avoir défempli les vaïflèaux ; 
il faut diminuer la quantité , la raréfaâion 
& l'acrimonie des fels répandus dans les hu- 
meurs , avant de les mettre en adion. Les 
faignées , les adoucirtans , les déiayans , les 
purgatifs font donc les préliminaires requis à 
î'adminiftration des alexipharmaques. Mais 
ce n'efl pas allez d'employer ces précautions 
générale3;elles doivent être modifiées félon la 
différence des circonliances que préfentent la 
délicatefl'e ou la force du tempérament , l'é- 
paiflîflement ou la raréfaâion des humeurs , 
la diffolution & l'acrimonie , ou la vifcofité 
des liqueurs , la féchereffe ou la moilelTe de 
la peau , la tenflon ou la laxité des fibres. 
Cela étant, l'ufage de ces remèdes adifs ne 
fera point fi général qu'il eft, &leuradminif- 
tration ne fe fera qu'après un mûr examen de 
l'état aduel des forces , ou oppreffées par la 
quantité des humeurs , ou épuifées par la di- 
fette & l'acrimonie de ces mêmes humeurs. 

Voici des réflexions utiles pour I'adminif- 
tration de ces remèdes. 

1°. Les alexipharmaques ne pouvant que 
redoubler la chaleur du corps , doivent être 
■ profcrits dans les inflammations , dans la 
fièvre, dans les douleurs vives, dans la ten- 
fion &: l'irritation trop grande. Ainll ils ne 
conviennent nullement dans tous les cas où 
les empyriques les donnent , fans avoir égard 
à aucune des circonftances énoncées. 

1^. On doit les éviter toutes les fois que 
leur effet ne peut qu'irriter & accélérer le 
mouvement des liquides déjà trop grand. 
Ainfi les gens fecs , bilieux , dont les hu- 
meurs font aduftes & réfineufes , doivent en 
éviter l'ufage. 

3^. Ces remèdes devant agiter le fang , il 
eft bon de ne lesadminiftrer que dans les cas 
où l'on ne craindra pas de faire palier les im- 
puretés des premières voies dans les plus 
petits vailfeaux. Ainfi on fe gardera de les 
employer avant d'avoir évacué les levains 
contenus dans les premières voies , qui fe 
mêlant avec le fang , deviendroient plus 
nuillbles & plus dangereux. 

4*. Quoique dans les maladies épidémi- 
ques le poifon imaginaire fafle foupçonner 
la néceflité de ces remèdes, il faut avoir foin 
d'employer les humedans avant les incen- 
diaires, & tempérer l'adion des alexipkar- 
maques çzzla. douceur & l'aquofité des dé- 



A L E 

layans 8c des tempérans : ainfi le plus fur ef! 
de les mêler alors dans l'efprit de vinaigre 
délayé , & détrempé avec une fulEfante 
quantité d'eau. 

5°. Comme la fueur & la tranfpiration 
augmentent par l'ufage de ces remèdes , il 
fauc fe garder de les ordonner avant d'avoir 
examiné fi les malades fuent facilement , s'il 
eft expédient de procurer la fueur : ainii quoi- 
que les catarrhes , les rhumes , les péripneu— 
monies , fi'c. ne viennent fouvent que par la 
tranfpiration diminuée , il feroit impru- 
dent de vouloir y remédier par les alexiphar- 
maques avant de fonder le tempérament , le 
fiege &: la caufe du mal. 

Le poumon reçoit fur-tout une terrible 
atteinte de ces remèdes dans la fièvre & dans 
la péripneumonie ; car ils ne font qu'augmen- 
ter l'engorgement du fang déjà formé : aufli 
voit-on tous les jours périr une nombre infini 
de malades par cette pratique , auffi perni- 
cieufe que mal raifonnée. 

6°. Quoique les fueurs foient indiquées 
dans bien des maladies , il eft cependant bon 
d'employer avec circonfpedion les alexi" 
pharmaques : le tilfu compacl de la peau, la 
chaleur aduelle , l'épaifTilfement des li- 
queurs , l'obftrudion des couloirs , deman- 
dent d'autres remèdes plus doux & plus ap- 
propriés , qui n'étant pas adminiftrés avant 
les fudorifiques , jettent les malades dans un 
état affreux, faute d'avoir commencé par les 
délayans , les tempérans & les apéritifs légers. 

y°. Dans les chaleurs exceflives de 1 été , 
dans les froids extrêmes , dans les affedions- 
cholériques , dans les grandes douleurs , 
dans les fpafmes qui relferrent le tiffu des 
pores , il faut éviter les alexipharmaques, ou 
ne les donner qu'avec de grands ménage- 
mens. 

Les alexipharmaques font en grand nom- 
bre : les trois règnes nous fourniffcRt de ces 
remèdes. Les fleurs cordiales , les tiges & les 
racines , les graines &: les feuilles des plantes 
aromatiques, fur -tout des ombelliferes , 
font les plus gràndsalexipharmaquesàu règne 
végétal. Dans le règne animal , ce font les os, 
les cornes, lesdents des animaux & fur-touc 
du cerf, râpés & préparés philofophi- 
quement ; les difTérens befoards , les calculs 
animaux. Dans le règne minéral , les diffé- 
rentes préparations de l'antimoine , le foufire 



A L E 

anodin ou l'etherfait par ladulcification de 
l'efprit de vitriol avec l'alkool. Les remèdes 
fimples tirés des trois règnes font à l'infini 
dans la clafTe des alexipharmaques. 

Les remèdes alexipharmaques compofes 
font la confeâion d'alkermès , celles d'hya- 
cinthe , les différentes thériaques , le lauda- 
num liquide , les pilules de Starké , l'orvié- 
tan , les eaux générale , thériacale , divine , 
l'eau de mélifle compofée. F'.PoiSONS.(A'^) 

ALEXITERES , adj. prisfubft. {Médec.) 
Ce terme dans Hippociate ne fignifie rien 
plus que remèdes t^ fecours. Les modernes 
ont appliqué le mot alexiteres à des remèdes 
contre la morfure des animaux venimeux , & 
même aux amulettes & aux charmes ; en un 
mot à tout ce que l'on porte fur foi , comme 
unpréfervatifcontre lespoifons, lesenchan- 
temens & les maléfices , & leurs fuites fâ- 
cheufes. Il n'y a pas de différence entre les 
alexiteres & les alexipharmaques. 

Eau de lait al ex j t ère félon la phar- 
macopée de Londres. Prenez de reine de prés, 
de chardon béni , de galanga , flx poignées 
de chacun ; de menthe , d'abfynthe , cinq 
poignées de chacune ; de rue , trois poi- 
gnées ; d'angétique , deux poignées : mettez 
par-deflus , après que vous aurez broyé le 
' tout , environ douze pintes de lait & le 
diftillez au bain-marie. 

Trochifmes alexiteres delà même 
_pharmacope'e. Prenez de la racine de zé- 
doaire, de la racine de ferpentaire de Vir- 
ginie , de la poudre de pattes d'écrevifles , de 
chaque un gros & demi ; de l'écorce exté- 
rieure de citron féchée , de femence d'angé- 
lique, de chacun un gros ; du bol d'Armé- 
rie préparé , un demi-gros ; de fucre candi 
le poids du tout : réduifez tous ces ingré- 
diens en une poudre fine; enfuite faites-en 
une pâte propre pour les trochifques avec une 
«quantité fuff.fante de mucilage de gomme 
adraganth préparé avec l'eau thériacale. 

L'eau de lait a/t'ar/ffre & les trochifques 
font de bons altérans , propres à fortifier , 
llimukr , ranimer les fibres & réveiller les 
cfprits. 

Les trochifques font encore aftringens , 

abforbans & carmiipatifs : la dofe de l'eau 

& des trochifques eft fort arbitraire. Voye^ 

Poisons. (A^) 

ALFAJATES, {Géogr.) jolie petite viUe 



A L F 79 

de Portugal dans la province de Beira ; elle 
efï aux frontières de laCaftille, fur la rivière 
de Coa au fud-fud-eft de Vila-Mayor , & 
non loin des montagnes de l'Abadia. Long. 
12, 15 ; Zjf. 40, zo. [C. A.) 

' ALFANDIGA ; c'eft à Lisbonne ce que 
nous appelions ici la douane^ ouïe lieu où 
fe payent les droits d'entrée & de fortie.Il eft 
bon d'avertir que tous les galons , franges , 
brocards , rubans d'or & d'argent, y étoient 
confifqués fous le règne précédent , parce 
qu'il étoit défendu d'employer de l'or & de 
l'argent filés , foit en meubles , foit en habits : 
les chofes ne font peut-être plus dans cet 
état fous le règne préfent. 

ALFAQUES, ( Géogr. ) petites ifles de 
la Méditerranée, appartenantes à l'Efpagne ; 
elles font prefqueà l'embouchure de l'Ebre , 
& vis-à-vis des côtes de Catalogne , à très-peu 
de diftance des terres. Long. i8,2oj lac. 
40, ^o.iC.A.) 

* ALFAQUIN , f. m. prêtre des Mores : il 
y en a encore de cachés en Efpagne. Ce mot 
eft compofé de deux mots arabes , dont l'un 
fignifie exercerl'ojfice de prêtre , ou adminif- 
trerles chofes faintes,&c l'autre fignifie clerc: 
Yalfaqui ou alfaquin de la grande mofquce 
de Fez eft fouverain dans les affaires fpiri- 
tuelles , & dans quelques temporelles où il 
ne s'agit point de peine de mort. 

ALFAS , {Gêogr.) petites ifles de la mer 
Rouge ^ vis-à-vis de la côte occidentale de 
l'Arabie Heureufe celles ne font habitées que 
pendant quelques mois de l'année par des 
Mores qui viennent de plufieurs autres ifles 
à la pêche des perles ; elles font au nord-eft 
des ifles de Da & de Laça. Long. 6^ , 30 ; 
lat. 17, 10. ( C. A.) 

ALFERGAN, eft le nom d'un auteur ara- 
be traduit par Golius. F. Astronomie. (O) 

ALFET , l. m. ( Jurifprud. ) ancien mot 
anglois, qui fignifioit la chaudière qu\ con- 
tenoit l'eau bouillante dans laquelle l'accufé 
devoit enfoncer fon bras jufqu'au coude par 
forme d'épreuve ou de purgation. ï^oye\ 
Epreuve ù Purgation. ( H) 

* ALFIDENA , ville d'Italie au royau- 
me de Naples , dans l'Abruzze. 

* ALFIERE, ou porte-enfe igné. Cenom 
a pafîé de l'Efpagnol en notre langue à 
l'occafion des Flamands qui fervent dans les 
troupes d'Efpagne, 



go A L F 

ALFON , [Hifl. Mythol. du nord.) étoit 
fils de Sigard , roi de Danemarck. Son père 
aimoit la paix dans un fiecleoù la manie des 
combats étoit prefque la feule vertu. On ne 
peut lui faire un mérite de fon éloignement 
pour la guerre; cette qualité précieufe & fi 
rare étoit un effet de fon indolence , bien plus 
que de fon amour pour l'humanité. A peine 
fut-il monté fur le trône de Danemarck , 
qu'il abandonna fes droits fur la Suéde que 
Siwald fon père avoit conquife. Ce prince 
pufiljanime ne jouit pas cependant de la 
tranquillité qu'il croyoit s'être affuréeparce 
honteux facrifice. Ses trois fils la troublèrent 
bientôt par leur humeur turbulente & leur 
goût pour la guerre. Alfon , fur le récit qu'on 
lui fit delà beauté d'Alvide , fille du roi de 
Gothlan , en devint amoureux. Dès-lors il 
jura de ne prendre de repos que cette princef- 
fe ne lût en fa puifiance : ce ne fut qu'après 
avoir couru des aventures trop fingulieres 
pour être vraies qu'il parvint à voir fa flam- 
me couronnée. 

Les grâces de fa nouvelle époufe ne purent 
retenir long-temps ce jeune prince dans 
l'oiiiveté ; la mer avoit été le théâtre de fes 
exploits , il y reparut avec Alger Ion frère. 
La fortune ne tarda pas à leur offrir une 
cccalion de fignaler leur courage : ils ren- 
contrèrent la flotte des trois fils d'Hamund, 
roi d'un canton de la Suéde. On fe battit de 
part & d'autre avec acharnement : la nuit 
fépara les combattans fans qu'on eût pu dé- 
cider de quel côté avoit penché la viâoire. 
Le lendemain chaque chef s'apperçut que 
le combat de la veille avoit fi fort diminué le 
rombre de fes troupes , qu'il lui refloit à 
peine afiez de monde pour ramener la flotte 
dans fes ports. On ne parla plus de fe battre ; 
&l'impuifrance de faire la guerre fit à l'inftant 
figner la paix aux deux partis. Alfon retourna 
en Danemark , auffi indigné de n'avoir pas 
gagné la bataille qu'un autre l'eût été de l'a- 
voirperdue. Il équipa une nouvelle flotte, & 
vint attaquer les princes Suédois qui, fe fiant 
trop fur la foides traités , n'étoient point pré- 
parés à le recevoir. Helvin & Hamund qu'il 
rencontra les premiers , furent les victimes 
de leur fécurité ; mais Hagbert ayant appris 
la défaire de fes frères , vint fondre à fon 
tour fur les Danois à l'inftant où chargés de 
butin , ils remontoient fur leurs vaifieaux. 



A L F 

Alfon & Alger furent faits prifonniers dans 
cette occafion , & le vainqueur les immola 
fans pitié aux mânes de les frères. ( M, be 
Sacy.) 

* ALFONSINE , adj. pris fubft. c'eft 
dans l'univerfité d'Alcala le nom d'un aâe 
de théologie , ainfi appelle parce qu'il fe fou- 
tient dans la chapelle de S. Ildefonfe. On dit 
dnin bachelier qu'il a foutenu fon alfonjlne , 
comme on dit ici d'un licencié qu'il a fait fa 
forhonique. 

ALFRED LE GRAND , ( Hifl. d'Angl) 
L'ancien Minos vivoit encore, quand la re- 
connoiffance publique lui décerna les hon- 
neurs de l'apothéofe : il mérita fans doute 
l'eftime & la vénération des Cretois qu'il 
renedit heureux par fes loix & par fes bien- 
faits. Mais alors n'y avoit-il donc qu'un fils 
de Jupiter qui pût conftruire des villes , les 
peupler, en écarter l'oifiveté , les vices , la 
volupté , le crime , le luxe & les plaifirs ? 
Car ce fut à ces feules inftitutions que Minos , 
qui ne fut ni guerrier ni conquérant, dut le 
titre fublime & ridiculement faltueux ^qJÎIs 
du fouvcrain des dieux. Ainfi, dans des 
temps poflérieurs, l'oracle d'Apollon rendit 
publiquement hommage aux vertus de Ly- 
curgue , qu'il àéchra dieu plutôt qu' hommcy 
pour avoir à quelques loix fages , mais im- 
praticables ailleurs que dans la trifte & févere 
Lacédémone , mêlé des loix évidemment 
contraires à la pudeur , à la décence ; des loix 
égalem.ent défavouées par l'hum.anité qu'elles 
outrageoient , par la nature qu'elles offen- 
foient , & par la probité la plus commune 
qu'elles aviliffoient. Licurgue cependant 
qui ne fut ni le plus éclairé des légiliateurs, 
ni le meilleur des citoyens , fut jugé digne 
du refped de la Grèce & des éloges delapof- 
térité. Toutefois cet homme célèbre me 
paroît fort au-deffous de Numa ; de Numa 
qui fut un grand roi , quoiqu'il n'eut de la 
royauté que les vertus politiques , dans un 
temps oùjRome naiffante environnée de 
nations jaloufes , avoit befoin d'un roi guer- 
rier ; mais il fut infpireraux Romains encore 
indociles, barbares , l'amour de lajuftice & 
la crainte des dieux. Il eft vrai que , pour 
réuffir , il eut recours à l'impofture , & ce 
moyen , quelque fuccès qu'il eût , dégrade 
un peu le caraftere de ce légiilateur , qui , 
par fes fréquens entretiens avec la nyinphe 

' Egériej 



A L F 

Egérie , me paraît n'avoir cherché qu'à cou- 
vrir dii^merveilleuxl'inruffifance de fes loix. 
Si l'on trouvoit peu de jultcHe dans ces réfle- 
xions , & que l'on me demandât quel a donc 
été à mon avis le plus iilullre & le plus grand 
des rois ? quel a été le plus fage & le plus 
éclairéd'entrelesléginateurs? je nommerois 
Alfred , raconterois fa vie , & croirois n'a- 
voir riçn à dire de plus fur ces deux quel- 
tions, qui , à la vérité,s'il n'eût point exifté, 
meparoitroientdela plus épineufe difficulté. 
Vainement j'ai confulté l'hiftoire des peuples 
de l'antiquité ; j'ai fouillé vainement auffi 
dans les annales des nations modernes ; je 
n'ai vu nulle part de fouverain qui puiflè en- 
trer en parallèle avec Alfred , foit relative- 
ment à fes vertus guerrières , foit relative- 
ment à la profonde fagelfe de fa légillation , 
foit enfin que l'on ne confidere en lui que 
l'étendue de fon érudition , la variété de fes 
talens , fon goût pour la littérature , ou la 
folidité de fa philofophie , dans un fiecle qui 
ne fut néanmoins ni celui àei fciences , ni 
celui des belles-lettres , & beaucoup moins 
encore celui de la philofophie. Ce qui ajoute 
encore à la gloire à' Alfred, c'en qu'il ne dut 
qu'à lui-même, a fa valeur, à fon génie , l'é- 
clat de fes viûoires , l'illuftration de fon rè- 
gne , le bonheur de fes peuples & les droits 
qu'il acquit à l'immortalité. Quelques préfa- 
ges en effet , qu'il donna dans fon enfance , 
des grandes chofes qu'il pourroit faire un 
jour, Echelwolf , fon père , ne fongea point 
à développer fes talens par une éducation foi- 
gnée. Dans ces temps d'ignorance, les prin- 
ces n'étoient ni plus ni mieux infiruits que 
les particuliers ; & ceux-ci faifoientconfiller 
toutes leurs connoifTances à combattre , à 
s'abandonner à leurs pafïïons , & fur-tout à 
refpeder les préjugés flupides qui gouver- 
noientla multitude. Le feul moyen qu'Echel- 
wolf employa pour inftruire & former fon 
fils , fut de l'envoyer à Rome , fuivi d'un 
cortège nombreux : car Rome étoit alors 
la feule ville où la lueur des lettres fe laiffàt 
appercevoir à travers le voile épais de l'igno- 
rance qui couvroit le refte de l'Europe. 

Alfred n'eut ni le temps , ni la liberté de 
s'inftruire dans cette capitale. A peine il y 
fut arrivé , que le bruit de la mort d'Ethel- 
vrolf l'obligea d'en fortir ; mais avant fon 
départ , il fut contraint , par déférence , de 
Tome II. 



A L F 81 

fouffrir que le pape Léon III le facrât roi 
d'Angleterre , foit que par la folemnité de 
cette cérémonie Léon III voulût donner au 
jeune prince des marques diftinguées de fon 
alîeâ!on,foit , comme il eft plus vraifembla- 
b!e,qu'il voulût lui faire fentir que c'étoit ex- 
clufivement au fouverain pontife qu'apparte- 
noit le droicde conférer les couronnes. Alfred 
fe laiJfa facrer , fortit de Rome , fe hâta de 
revenir en Angleterre, trouva fon père furie 
trône , continua à faire les délices de la cour , 
&: à vivre dans l'ignorance , jufqu'à ce qu'un 
événement qu'il ne prévoyoit pas, le fit rougir 
des jeux qui l'occupoient & de fon incapa- 
cité. Ecoutant , un jour , la lefture qu'on 
iàifoit à la reine fa mère d'un poème faxon , 
la grandeur d'ame des héros qui agiffoient 
dans ce poème , l'élévation de leurs fenti- 
mens , & leurs belles actions le frappèrent , 
fon génie s'exalta ; & fentant tout-à-coup fe 
développer en lui les fentimens généreux & 
fublimes qu'il avoit reçus de la nature , il 
promit d'égaler & de furpalfer mêm.e les 
grands hommes que le poète avoit propofés 
pour modèles. Fidèle à fes promefles & en- 
couragé par la reine , il apprit à lire , dévora 
ce même poème dont la leélure avoit fait 
tantd'impreffion fur fon ame , étudia le la- 
tin , & ne céda de confulter & de méditer 
les auteurs les plus célèbres de l'antiquité , 
jufqu'à ce que la mort d'Ethelwolf fit pafier 
dans fes mains le fceptre britannique : digne 
de parcourir la brillante carrière qui s'ou- 
vroit devant lin, Alfred ne méritoit point les 
malheurs & les défaftres qu'il avoit à efluyer 
dans les premières années de fon règne ; 
mais à peine il fut monté fur le trône , qu'il 
fe vit obligé d'allerdélivrer fes provincesdu 
brigandage des Danois qui les avoient en- 
vahies & qui lesravageoient; il remporta fur 
eux d'éclatantes viâoires : mais i'inépuifa- 
ble nord vomifîànt continuellement des ef- 
faims de barbares , qui fe joignoient au refte 
des Danois échappés à la valeur des Saxons , 
il vit bientôt fon royaume hors d'état de ré- 
fifler à cette foule de brigands qui l'attaquè- 
rent de tous côtés. 

Alfred d'-dutiint plus grand , d'autant plus 
intrépide que le danger étoit plus preflànt , 
raffembla toutes fes forces , & redoublant 
d'activité , livra huit batailles en une année, 
triompha toutes les fois qu'il combattit , & 

L 



Si A L F 

réduifit fes ennemis à une telle extrémité , 
qu'ils lui demandèrent la paix , & promirent 
d'accepter toutesles conditionsqu'il voudroit 
leur impofer. Mais pendant qu'Alfred pre- 
nait les plus fages mefures pour mettre fin à 
ces hoililitésjil apprit qu'une nouvelle arm^e 
de Danois,pIus nombreufe que toutes celles 
qui jufqu'alors avoient défolé l'Angleterre , 
venoit de débarquer , & qu'elle portoir le 
ravage , la terreur & la mort dans toutes les 
provinces. Ce malheureux événement abat- 
tit le courage des Saxons ; la plupart prirent 
la fuite devant ce torrent deftrufteur , & 
coururent fe cacher dans le pays des Galles : 
quelques-uns plus effrayés encore , palFerent 
au-delà des mers , &: plufieurs efpérant de 
trouver leur falut dans une prompte obéiffan- 
ce , allèrent au-devant des chaînes que ces 
brigands leur préfentoient. Ainfi , l'armée 
di Alfred difperfée , & fon royaume en proie 
aux fureurs des Danois , il ne lui leftaplus , 
pour dérober fa tête à la férocité de ces ufur- 
pateurs , que la trifte refTource de chercher 
dans fes états envahis un afyle impénétrable 
à la pourfuite de fes ennemis. Il renvoya le 
peu de domeftiques qui lui étoient refiés fi- 
dèles , fe dépouilla des marques de la royau- 
té , fe traveftit afin d€ n'être point connu , 
& palTa , vêtu en payfan , dans la province 
d'Atheilney , chez un pâtre qui le reçut dans 
fa cabane , & où il demeura lîx mois. 

Cependant les Danois , pofTefTeurs du 
royaume , fuppofant le roi .^//re.i enveloppé 
dans le nombre des Saxons qu'ils avoient 
mafTacrés , & ne fe doutant point qu'on ofàt 
les troubler dans leur conquête, ne gardèrent 
plus ni ordre , ni difcipline. Entraînés par 
leur goût effréné pour la débauche , ils fe 
répandirent dans la campagne , perfuadés 
qu'il ne leur refloit plus d'ennemis à com- 
battre , ni précautions d'aucune efpece àob- 
ferver. Le bruit de leur licence , de leur 
débauche , & fur-tout de leur fécurité , péné- 
tra jufques dans la cabane à' Alfred qui , ne 
voulant s'en rapporter qu'à lui-même , prit 
le moyen le plus hazardeux , mais auffi le 
plus fur pour juger fainement de l'état des 
chofes. Il s'introduiiit déguifé en joueur de 
harpe , dans le camp des Danois , amufa les 
foldats par fes chants & par fa gaieté , vit 
tout , examina tout , ofa pénétrer même 
jufcj^ues dans la tente de Guthrum , leur prin- 



A L F 

ce & leur général , s'y fit retenir quelques 
jours par les charmes de fa mulîque & la vi- 
vacité de fa converfation ; s'éloigna fans obf^ 
tacles , revint dans la cabane de fon hôte , 
fit avertir ceux de fes ofhciers qui s'étoient le 
plus difiingués par leur valeur & leur fidélité, 
les harangua , & leur fit voir combien les 
circonftances étoient favorables , & com- 
bien il leur feroit facile de fe venger , & de 
délivrer le royaume des brigands qui l'op- 
primoient. La harangue iH Alfred ranime fes 
guerriers , ils jurent de raflêmbler les foldats 
que la frayeur a difperfés , & fixent à leur 
roi , le jour où ils viendront fe ranger fous 
fes ordres. Fidèles à leurs promeffes , ils re- 
viennent au temps marqué , fuivis d'une ar- 
mée formidable , finon par le nombre , du 
moins par le defir de fe venger des outrages 
qu'ils ont reçus , par l'efpérance de relever 
le trône , & fur-tout par cette audace qui 
dans les momens décififs annonce l'héroïf- 
me , & préfage le fuccès. Alfred n'a plus 
befoin d'exciter leur courage ;il fe met à leur 
tête , & par des routes détournées marche 
vers le camp des Danois : ceux-ci avoient 
paffé la nuit dans la débauche, & dormoient 
aflbupis par les vapeurs de la fatiété. Alfred 
& fon armée s'élancent dans le camp , & 
fans avoir le temps de fe reconnoître , les 
Danois attaqués de tous côtés , fe laiflenc 
égorger, hors d'état d'oppofer la plus légers 
réfiftance , & leur camp eft couvert de ca- 
davres. Les Saxons ne perdirent prefque 
aucun foldat , exterminèrent cette foule de 
brigands , & firent un butin immenfe : ceux 
d'entre les Danois qui avoient pu fe dérober 
par la fuite au fer des vainqueurs , s'étoient 
réfugiés dans les forêts ; ils y furent pourfui- 
vis , & dans la crainte d'être maffacrés , s'ils 
ofoient réfifler , ils implorèrent la clémence 
^Alfred qui , peu content de leur accorder 
la vie & la liberté , n'exigea d'eux & de 
Guthrum , leur chef , d'autre condition , 
s'ils vouloient refier dans le pays , que celle 
d'embraffer le catholicifme & de fe faire 
baptifer. Les Danois acceptèrent cette pro- 
pofition avec reconnoiffance , & le vain- 
queur leur donna à repeupler les royaumes 
d'Eftanglie & de Northumberland , dévaf- 
tés & prefque déferts par les fréquentes in- 
curfions des barbares. 
Les Danois établis dans d'autres provia» 



ALF 

ces britanniques , étonnés de la générofîté 
à' Alfred , fe hâtèrent de lui rendre homma- 
ge , & de fe déclarer fes vaflaux & fes tribu- 
taires. Ainfi , dans une feule journée , & 
par une feule viftoire , Alfred fit cefler l'op- 
preflion , la tyrannie & les crimes qui rava- 
geoient fes états , reprit fon fceptre , vengea 
fes fujets & brifa les fers de l'efclavage qui 
les avoient fi long-temps enchaînés. Mais les 
travaux à' Alfred n'étoient point finis encore; 
fon royaume reconquis , fon trône raffermi 
fuffifoient pour l'élever au rang des plus 
magnanimes héros ; une carrière plus épi- 
neufe s'ouvroit devant lui , celle qui n'ap- 
partient qu'aux grands hommes , aux rois 
équitables , aux génies fublimes , de par- 
courir avec fuccês. II régnoit à la vérité , 
mais fur un royaume épuifé , défolé dans 
toutes fes parties , qui ne préfentoit à fes 
yeux étonnés que des ruines , des débris , 
les déplorables reftes de la férocité de fes 
derniers ufurpateurs , des villes écrafées , des 
campagnes vouées à l'infertilité , de vaftes 
folitudes , des bourgs fans habitans , des 
champs fans cultivateurs; l'induflrieétoufïée, 
le commerce anéanti , les loix oubliées , les 
mœurs corrompues , l'adminiflration publi- 
que dirigée par l'ignorance ou par l'avidité, 
plus funefte que l'ignorance ; l'indigence , 
la mifere & la famine prêtes à dévorer le 
refl:e des fujets échappés à la barbarie 13a- 
noife. Quel affligeant fpeftacle pour le cœur 
compatiflànt à' Alfred ! & quel autre que 
lui eût pu feulement efpérer de ramener quel- 
qu'ordre dans fes états , & de remonter la 
machine du gouvernement , fi cruellement 
dégradée , écrafée par tant de violences , de 
chocs & de fecoufTes ! Ce qu'il y avoit de 
plus prefïant étoit de prévenir de nouvelles 
invafions , & de mettre les côtes britanniques 
à l'abri des defcentes des pirates. Dans cette 
\UQ Alfred fe hâta de former une marine qui 
pût fervir de défenfe naturelle : il fit conf- 
truire & perfeâionner la conftrudion des 
vaifTeaux ; enfuite il engagea, par fon exem- 
ple, fes dilcours , des éloges , des récompcn- 
fes , fes fujets à s'appliquer à l'art de la navi- 
gation , & à celui de combattre fur mer. 
Cette marine naiiTante fe fignala bientôt par 
une viâoirc éclatante contre des pirates 
Danois qui tombèrent au pouvoir de la flotte 
Angloife. Ce triomphe acheva d'intimider 



ALF 8| 

les Danois qui , ne pouvant plus efpérer de 
faire des courfes heureufes , furent contrainrï 
de refpeder les côtes britanniques , qu'ils 
avoient tant de fois infultées.Le moyen leplus 
prompt qu'.^:V/r<;'(i crut devoir prendre pour 
faire ceffer lindigencequi accabloit fes peu- 
ples , fut de rétablir le comnierce ; & pourjr 
parvenir , il céda aux plus habiles commerçans 
du royaume un grand nombre de vailTeaux, 
qui , paflànt en Afie , &: ramenant de riches 
cargaifons, excitèrent plulieurs citoyens à 
commercer aufTi ; en forte qu'en moins d'une 
année l'Angleterre fut le centre du com- 
merce de 1 Europe & de l'Afie. A ces pre- 
miers bienfaits fuccéderent le rétabliflbment 
des beanx-arts , & la reconftrudion des 
villes. Alfred appella dans fes états, par des 
diffindions flatteufes, & par l'attrait des ré- 
compenfes, les artifles & les ouvriers les plus 
habiles de l'Europe. Il fit élever des palais , 
apprit à fes fujets à bâtir en pierre & en bri- 
que , aggrandit & décora Londres , & la plu- 
part des villes des provinces ; établit des ma- 
nufadures qui , hâtant le progrès du com- 
merce britannique , déjà très-floriffant , ani- 
mèrent l'agriculture par le produit que rap- 
portoit aux cultivateurs l'emploi que l'on fai- 
foit des matières premières dans le fein de 
l'état même. Un roi fage , éclairé , peut faire, 
lorfqu'il le defire , le bonheur de fes fujets : 
mais ce bonheur n'eft que momentané , lorf- 
qu'il ne prend point les moyens de perpétuer 
les établilTemens utiles qu'il a formés ; car i4 
efl rare alors que les inftitutions partent au- 
delà de la génération qui les a vu s'établir. 
Alfred ^Qnh que la feule manière de rendre 
fiable & permanente la gloire de fon règne, 
étoit de pénétrer le cœur des citoyens , lors 
même qu'il ne feroit plus, du zèle qui l'ani- 
moit lui-même pour les fciences, les beaux- 
arts, les vertus fociales, l'amour de la patrie. Il 
n'y a que le fecours des études , il n'y a qu'un 
plan fuivi d'éducation nationale qui foient 
capables de donner aux jeunes citoyens , & 
de perpétuer de race en race les fencimens & 
les connoifiânces qui doivent diflinguer & 
caradérifcr tous les fujets d'un même état. 
Dans cette vue, Alfred éngea des collèges 
dans les villes principales & fonda l'univerlîté 
d'Oxford : infîitution qui feule eûtfufE pour 
l'immortalifer. 

S'il y avoit moins d'unanimité dans les 

L2 



«4 A L F 

anciens r^daâieurs des annales britanniques , 
je ferois tenté de croire qu'ils ont attribué au 
fcul Alfred , ce qui n'a été fait que fuccefli- 
vement & Tous les règnes de plufieurs fouve- 
rains : mais on ne peut fe méprendre , foit à 
l'unanimité de ces liiftoriens , foit à l'unifor- 
mité du principe qui me parcît avoir dirigé 
le grand Aljred dans toutes les inftitutions. 
Tout autre que lui fans doute eût cru faire 
beaucoup de garantir fon royaume des dif- 
férentes entreprifes que les Danois, toujours 
humiliés & toujours remuans , tentèrent pour 
recouvrer leur ancienne fupériorité; mais à 
peine ils avoient fait une invafion , qu'ils 
ttoient repoufTés par Alfred qm , fans cefTèr 
de les foumettre & de leur pardonner , ne 
paroiiîbit s'occuper que du foin d'affurer la 
durée , & d'ajouter à l'utilité des établiflê- 
mens qu'il avoit fondés. Toutefois ils médi- 
toit un ouvrage plus vafte , & qui feul eût 
rempli tous les momens du règne le plus long 
& le plus paifible. Cet ouvrage fi digne du 
génie & de l'ame d'Alfred , étoit la rédaftion 
des anciennes loix Saxones liées à de nou- 
veaux réglemens j ce corps de loix étoit fans 
contredit l'un des plus fages codes qui eût 
paru jufqu'alors , & la feule légifiation qui pût 
être donnée aux Anglois attachés aux coutu- 
mes nationales & aux anciennes loix Saxones. 
Le temps &les révolutions qui fefont fuccé- 
dés depuis les premières années du X<^ fiecle 
jufquesvers la fin du XVe, ont caufé bien des 
défaftres en Angleterre comme ailleurs. 
Mais la perte laplus irréparable a été celle de 
ce corps de loix : on fait feulement quec'eft 
à lui que la jurifprudence Anglcife doit fon 
origine, & qu'il doit être aufîî regardé com- 
me la bafe de ce qu'en Angletcerre on ap- 
pelle droit commun. On fait en'în qu'Alfred 
s'attacha moins à donner des loix nouvelles 
qu'à réformer & à étendre les inftitutions an- 
térieures quin'étoient pour la plupart que les 
coutumes & la jurifprudence fuivies pendant 
l'Heptarclrie , & jadis introduites par les 
Saxons. ( Voyei ANGLETERRE. ) 

La légifiation a Alfred eut le plus grand 
fuccès ; par elle le briganclage , trop long- 
temps toléré , le vol , le pillage , les crimes 
de toute efpece furent réprimés , ou par le 
châtiment, ouparlaréformation des mœurs, 
qui s'adoucirent & changèrent en peu de 
temps ^ au point que l'on raconte encore , 



A L F 

d'après les annaliftes du Xe ftede,qu' Alfred, 
un jour, afin d'éprouver fesfu jets , fufpendit 
ces bracelets d'or au milieu d'un grand 
chemin , qu'ils y refterenc plufieurs jours , 
&: que perfonne n'eut la témérité ou le defir 
d'y toucher. 

Mais ce ne furent ni les loix , ni les infti- 
tutions d'Alfred, ni fa valeur, ni fes bienfaits 
qui contribuèrent le plus à la réformation 
des mœurs & au progrès des fciences; ce 
lut l'exemple qu'il donna des vertus douces 
& utiles ; ce fut l'aifiduité conftante avec 
laquelle il fe livra lui-même à l'étude des 
connoiffances humaines , malgré la multitu- 
de & l'importance des affaires qui l'acca- 
bloient. Cette étude ne fut point ftérile ; peu 
d'hommes ont été auffi favans que lui , & 
nul de fes contemporains n'a écrit aufli uti- 
lement ni autant de bons ouvrages ; car orv 
fait qu'outre plufieurs écrits vraiment phi- 
lofophiques dans lefquels il publia fes idées 
morales fous le voile ingénieux de l'apolo- 
gue & de l'allégorie , Alfred traduifit eri 
Saxon le dialogue de faint Grégoire , le traité 
de Boece de la confolaticn de Upbilofopliie^ 
les pfeaumes de David , Thiftoire d'Orofe , 
celle d'Angleterre d'après Bcde , les fables 
d'Efope. 

De tous les fouverains qui ont honoré le 
trône, Alfred eft le feul depuis l'inftitution 
de la royauté , qui , avec un tempérament 
fcible & très-fouvent malade, ait livré ea 
perfonne cinruante batailles , foit fur terie 
foit fur mer ; le feul qui , après être remonté 
fur le trône & avoir rétabli les mœurs , après 
avoir délivré fa patrie des fléaux qui la rava- 
geoient , après avoir donné un exceller.c 
code de loix , foit devenu , dans un fiecle 
d'ignorance , & par les feule; forces de fort 
génie , bon grammairien , vrai philofophe , 
orateur éloquent , hiftorien exaét , poète 
aimable , excellent muficien , grand archi- 
tede & bon géomètre. Par quel moyen \ïQa- 
VQv\% Alfred put- il fe livrer tour-à-tour à des 
occupations fi variées , acquérir tant de 
connoiflànces , & tranfmettre à la poftérité • 
des preuves fi multipliées de fon érudition? 
Par le fage emploi du temps dont il connut le 
prix ; par l'emploi bien combiné du temps 
qui mené à tout , quand on fait en ufer. Il 
partageoit le jour en trois portions égales .^ 
l'une pour foa fommcil & la rcftauration de. 



A L G 

fes forces par les alimens & l'exercice ; l'autre 
pour les affaires du gouvernemenr , & la 
troifieme pour l'étude & l'exercice de la 
religion. Afin de mefurer exaftement fes 
heures , il fe fervoit de flambeaux d'un volu- 
me femblable , qu'il allumoic les uns après 
les autres dans une lanterne , expédient ingé- 
nieux pour un fiecle groîTier , où la géométrie 
des cadrans & le méchanirme des horloges 
étoient tout-à-fait inconnus. 

Des taîens fi dillingués, des vertus auffi 
éminentes méritèrent à Aljred le furnom de 
grand , auquel la poftérité a jugé qu'il avoit 
plus de droit que tant d'autres rois malfai- 
fans , qui , nés pour la ruine de leurs iujets , 
& la df'folation des nations voifînes , ont 
ofé l'ullirper. A juger du règne à^ Alfred par 
les grandes chofes qu'il fit , on croiroit qu'il 
a été d'une très-longue durée ; cependant 
ce prince vertueux , le modelé des rois qui 
veulent être julîes, ne mourut âgé que de 
cinquante-deux ans , en 900. Il n'en avoit 
régné que vingt-neuf. Sa mort fut un fujet 
de deuil pour fes fujets, de joie pour les en- 
nemis de l'Ar.gleterre, & de regrets pour la 
plupart des fouverains Européens , qui le 
regardoient après Charlemagne , moins 
grand peut-être , comme le plus vertueux 
prince que l'Europe eût vu naître, & comme 
le plus fage & le meilleur des rois. ( L. C. ) 
ALGALIE , f. f. inftrurnent de chirurgie , 
eft un tuyau d'argent qu'on introduit dans 
la veffie. Les cas pour lefquels on la met 
en uf^ge en ont fait changer diverfement la 
conllrudion. Les plus longues ont dix pouces 
de long & environ deux lignes de diamètre. 
Dans la forme la plus ordinaire , & dont la 
plupart des chirurgiens fe fervent en toutes 
rencontres , elles ont cinq à fix pouces en 
droite ligne; elles forment enfuite un petit 
coude en dedans , qui donne naiflànce à une 
courbure ou demi-cercle qui fait la panfe en 
dehors. Cette courbure a environ trois pou- 
ces : le refte de la fonde qui achevé la cour- 
bure , forme un bec d'un pouce & demi ou 
deux pouces de long , dont l'extrémité fermée 
finit le canal. Il y a fur les côtés du bec , à 
deux lignes de fon bout, deux petites ouver- 
tures longuettes d'environ cinq lignes , & 
d'une ligne de largeur dans leur milieu : on 
appelle ces ouvertures les jeux de lu fonde. 
L'extrémité poftérieure de la fonde qui forme 



A L G ^ 85 

l'entrée du canal doit être évafée en enton- 
noir , & avoir deux anfes fur les côtés. Ce 
font ordinairement deux anneaux , dont l'u- 
fage eft de fervir à armer en cas de befoin la 
fonde de deux cordons pour l'afiujettir à 
une ceinture. Je préfère l'ancienne figure 
de ces anfes qui font en forme de boufible ; 
elles me paroiflent plus propres à fervir d'ap- 
pui & empêcher que la fonde ne vacille 
entre les doigts de celui qui la dirige. Cette 
figure des anfes n'empêche pas qu'elles ne 
fervent au même ufage que les anneaux 
qu'on leur a fubftitués. V.fg. 2 & 3 , FI. X. 

Les 1 ondes à long bec que nous venons 
de décrire font bonnes pour s'inftruire de la 
capacité de la veffie , de l'exiftence des pier- 
res, &'<.■. mais on s'ell: apperçu quelles n'a- 
voient pas les mêmes avantages daiis le cas 
de rétention d'urine. Lorfque ce long bec 
eft dans la veffie , il déborde l'orifice de deux 
ou trois travers de doigt ; il n'eft donc pas 
poffible qu'avec ces fondes on puiffe tirer 
toute l'urine qui eft dans la veffie ; & ce 
qui reftera au-delfous du niveau desyeux de 
la fonde pourra occafionner des irritations , 
des ulcères & autres accidens, parlamauvailb 
qualité qu'il aura acquife. L'ne petite cour- 
bure fans panfe , avec un bec fort court , 
qui ne déborde l'orifice de la veffie que de 
quelques lignes , remédie à cet inconvénient. 

On a reconnu encore un défaut dans les 
algdlies ; ce font les ouvertures de l'extré- 
mité antérieure, dans lefquelles le tiflli fpon- 
gieux de î'urethre enflammé peut s'introdui- 
re & engager par là la fonde dans le canal , 
de façon qu'on ne pourroit la faire avancer 
ni reculer fans déchirement & efFufion de 
fang : accident qui , comme on voit , ne vient 
point du peu d'adreiîc du chirurgien , mais 
de l'imperfeâion de l'inltrument qu'il em- 
ploie: on y a remédié en coupant l'extrémité 
antérieure de la fonde, ( V. les fi g. 56-6, 
PL X. ) que l'on ferme exadement par un 
petit bouton pyramidal dont la groffeur doit 
excéder le diamètre de Valgalie d'un cina ou 
hxieme de ligne. Ce bouton eft au bout d'un 
ililet très-fin, qui paft'e dans le canal de la 
fonde , & qui eft contourné en anneau à ^ 
ou 4 lignes du pavillon. Lorfqu'on tire cet 
anneau , le bec de la fonde fe ferme ; & fi 
on le pouffe , le bouton pyramidal s'éloigne 
de rc:;trêmiré de la fende, ec eu îaifle l'ou- 



86 ALG ^ 

vercure afTez libre pour !a foitie de l'urine , 

des glaires & même des caillots de fang. 

Il y a des fondes tîexibles ( Voy. lafig. 4. 
PL X. ) qui paroiflent propres à moins in- 
commoder les malades , lorfqu'on eft obligé 
de leur laiflerune algalie dans la veflie pour 
éviter la réitération trop fréquente de fon in- 
trodudion. Leur ftrudure les rend fujettes 
à inconvénient : le fil d'argent plat tourné en 
fpirale peut s'écarter , pincer les parties qui 
le touchent , & ne pouvoir être retiré. On 
en a vu dont les pas fe font incruftés de 
matières tartareufes. 

M. Petit a le premier fupprimé la fonde 
flexible , & s' eft fervi en fa place d'une al- 
galie tournée en .S" , qui s'accommode par- 
tàitement aux courbures du canal de l'ure- 
thre , la verge étant pendante. 

Les algalies des femmes ne différent de 
celles des hommes qu'en grandeur & en 
courbure. Les plus longues ont cinq à fix 
pouces ; elles font prefque droites ; il n'y a 
que l'extrémité antérieure qui fe courbe 
légèrement dans l'étendue de fept à huit 
lignes. ( Voyeifig. i.Pl. X. ) La différente 
conformation des organes , établit , comme 
on en peut juger , la différence des algalies 
propres à l'un & à l'autre fexe. 

Lorfqu'on veut faire des injeélions dans 
la veiTie, il faut avoir une algjlie de deux 
pièces , entre lefquelles on ajufte un uretère 
de bœuf ou une trachée-artere de dindon , 
afin que la veffie ne fouffre point de l'adion 
de la feringue fur l'entrée du canal, Voyei 
Planche X , fig. 8. (F) 

ALGAROT eu Algerot ( poudre d' ) 
Chyinie & Thérapeutique. Voye\ ANTI- 
MOINE. ( Chymie. ) 

^ ALGAROTH , f. m. Viélor Algaroth 
étoit un médecin de réputation de Véronne ; 
il eft auteur d'un remède , qui eft une pré- 
paration d'antimoine , qu'on x\omv(\Q poudre 
d'algaroth. Voye\ ANTIMOINE. {M) 

* ALGARRIA (l') province d'Efpagne, 
dans la partie feptentrionale de la nouvelle 
Caftille. 

§ ALGARVE ou Algarbe , ( Géogr. ) 
province de Portugal bornée au nord par 
l'Entre - Teio e Guadiana , & au fud par 
l'Océan. On lui donnoit autrefois le nom de 
royaume & on y comprenoit alors une par- 
tie de l'Andaloufie, de la Grenade & du 



A L G 

royaume de Fez en Afrique. Elle n*â aujour- 
d'hui , telle qu'elle eft, que trente à trente- 
deux lieues de longueur fur fix à fept de 
large. Le froment , les figues , les olives , 
les amandes, les dattes & les raifins font fes 
productions principales & fon premier objet 
de commerce. On y trouve fix villes , dont 
la capitale eft Faro. On y compte douze 
bourgs , foixante-fept paroiftes & foixante 
mille habitans. L'extrémité la plus méridio* 
nale de l'Algarve , eft le cap de Saint-Vin- 
cent , où l'on fait ordinairement une pèche 
aflez abondante. {C. A.) 

* ALGATRANE , f. f. forte de pois 
qu'on trouve à la pointe de Sainte-Hélène , 
dans la baie. On dit que cette matière bi- 
tumineufe fort liquide d'un trou élevé de 
quatre à cinq pas au-deflus du montant de 
la mer; qu'elle bouillonne ; qu'elle fe durcie 
comme de la poix , & qu'elle devient ainfi 
propre à tous les ufages de la poix. 

ALGÉBRAIQUE, adj. eft la même 
chofe qu'algébrique. Voye^ ALGÉBRIQUE. 

ALGEBRE , f. f. ( Ordre encyclopédique , 
EntendementyRaifon, Science de la Nature , 
Science des êtres réels , des êtres abflraits, de 
la quantité ou Mathématiques , Mathémati-^ 
ques pures , Arithmétique , Arithmétique 
numérique , 6" Algèbre. ) c'eft la méthode de 
faire en général le calcul de toutes fortes de 
quantités , en les repréfentant par des fignes 
très-univerfels. On a choifi pour ces fignes 
les lettres de l'alphabet, comme étant d'un 
ufage plus facile & plus commode qu'aucune 
autre forte de fignes. Ménage dérive ce mot 
de l'arabe Agiabarat, qui lignifie le rétablijfc 
ment d'une chofe rompue ; fuppofant faufîe- 
ment que la principale partie de l'algèbre 
confifte dans la confidération des nombres 
rompus. Quelques-uns penfent avec M. 
d'Herbelot , que l'algèbre prend fon nom 
de Geber , philofophe chymifte & mathé- 
maticien célèbre , que les arabes appellent 
Giabert , & que l'on croit avoir été l'inven- 
teur de cette fcience ; d'autres prétendent 
que ce nom vient degefr , efpece de parche- 
min fait de la peau d'un chameau , fur lequel 
Ali & Giafur Sadek écrivirent en caraderes 
myftiques la deftinée du Mahométifme , & 
les grands événemens qui dévoient arriver 
jufqu'à la fin du monde ; d'autres le dérivent 
du mot geber , dont avec la particule al o» 



A L G 

6 formé le mot algèbre , qui eft purement 
arabe,& fignifie proprement la réducliondes 
nombres rompus en nombres entiers\étymo\o- 
gie qui ne vaut guère mieux que celle de Mé- 
nage. Au relie il faut obierver que les arabes 
ne fe fervent jamais du mot algebreïeul pour 
exprimer ce que nous entendons aujourd'hui 
par ce mot ; mais ils ajoutent toujours le 
mot macdbeidh qui fignifie oppojinon & 
comparaifon ; ainfi algebra-almacabelah ell 
ce que nous appelions proprement algèbre. 

Quelques auteurs déiinifTent l'algèbre l'^r/ 
de réfoudre les problèmes mathématiques : 
mais c'ell là l'idée de l'analyfe ou de l'art ana- 
lytique plutôt que de V algèbre. K An AL YSE. 

En eSetV algèbre a proprement deux par- 
ties : i". la méthode de calculer les grandeurs 
en les repréfentant par les lettres de l'alpha- 
bet : i". la manière de fe fervir de ce calcul 
pour la folution des problèmes. Comme cette 
dernière partie ell la plus étendue & la prin- 
cipale , on lui donne fouvent le nom ôi algè- 
bre tout court , (Se c'eft principalement dans 
ce fens que nous l'envifagerons dans la fuite 
de cet article. 

Les Arabes l'appellent V art de reflltution 
Ê' de comparaifon , ou l'art de réfolution & 
d'équation. Les anciens auteurs Italiens lui 
donnent le nom de régula rei & cenfus , c'ell- 
à-dire,la règle de la racine & du quarré : chez 
eux la racine s'appelle res y & le quarié , 
cenfus. l^'oye\ RACINE , QUARRÉ. D'au- 
tres la nomment arithmétique fpe'cieufe j 
arithmétique univerfelle , ùc. 

\Jalgebre eft proprement la méthode de 
calculer les quantités indéterminées ; c'eft 
une force d'arithmétique par le moyen de 
laquelle on calcule les quantités inconnues 
comme fi elles écoient connues. Dans les 
calculs algébriques , on regarde la grandeur 
cherchée , nombre , ligne , ou toute autre 
quantité, comme li elle étoit donnée ; & par 
le moyen d'une ou de plusieurs quantités 
données , on marche de conféquence en con- 
féquence , jufqu'à ce que la quantiié que l'on 
a fuppofé d'abord inconnue , ou au moins 
quelqu'une de cespuiftanccs , devienne égjle 
à quelques quantités connues ; ce qui fait 
connoître cette quantité elle-même. Voye^ 
Quantité & Arithmétique. 

On pejt diftingLier deux efpeces ^algèbre ; 
la numcri^ue , & la littérale. 



A L G «7 

"V algèbre numérale ou vulgaire eft cell* 
des anciens algébriftes , qui n'avoit lieu que 
dans la réfolution des queftions arithméti- 
ques. La quantité cherchée y eft repréfentée 
par quelque lettre ou caradere : mais toutes 
les quantités données font exprimées en 
nombre. Voye^ NOMBRE. 

\J algèbre littérale ou fpécieufe, ou la 7iou~ 
velle algèbre eft celle où les quantités données 
ou connues , de même que les inconnues , 
font exprimées ou reprélentées généralement 
parles lettres de l'alphabet, f^. Spécieuse. 

Elle foulage la mémoire & l'imagination 
en diminuant beaucoup les efforts qu'elles 
feroient obligées de faire , pour retenir les 
différentes chofesnéceflàires à la découverte 
de la vérité fur laquelle on travaille , & que 
ron*veut conferver prélentes à l'efprit : c'eft 
pourquoi quelques auteurs appellent cette 
fcience géométrie métaphyjique. 

\? algèbre fpécieufe n'eft pas bornée comme 
la numérale , à une certaine efpece de pro- 
blèmes : mais elle fert univerfellement à la 
recherche ou à l'invention des théorèmes ^ 
comme à la réfolution Se à la dénionihation 
de toutes fortes de problèmes tant arithméti- 
ques que géométriques. V. THÉORÈME, èv. 

Les lettres dont on fait ufage en algèbre 
repréfentent chacune féparément des lignes 
ou des nombres , félon que le problème eft 
arithmétique ou géométrique ; & mifes en- 
femble elles repréfentent des produits , des 
plans , des folides , & des puilfances plus 
élevées fi les lettres font en plus grand nom- 
bre : par exemple , en géométrie , s'il y a 
deux lettres comme a b , elles repréfentent 
un redangle dont deux côtés font exprimés , 
l'un par la lettre a & l'autre par b ; de forte 
qu'en fe multipliant réciproquement elles 
produifent le plan a b : fi la même lettre 
eft répétée deux fois , comme a a , elle fig- 
nifie un quarré : trois lettres , a b c , repré- 
fentent un folide ou un parallélipipede rec- 
tangle , dont les trois dimenfions font ex- 
primées par les trois lettres a,b ^c ; la lon- 
gueur par a , la largeur par b , la profondeur 
ou l'épaifteur par c ,* en forte que par leur 
multiplication mutuelle elles produifent le 
folide a b c. 

Comme dans les quarrés cubes , 4"' puif- 
fances, &c. la multiplication des dimenfions 
ou degrés eft exprimée par la muItipUcacion 



S8 A L G 

des lettres , & que le nombre de ces lettres 
peut croître jufqu'à devenir trop incommo- 
de , on fe contente d'écrire la racine une 
feule fois , & de marquera la droite l'expo- 
ihnc de la puiffance , c'eft-à-dire le nombre 
des lettres dont eft compofée la puifl'ance 
ou le degré qu'il s'agit d'exprimer , comme 
a- , a^ , ii'î- , i2î : cette dernière expreffion as 
veut dire la même chofe que a élevé à la 
cinquième puiffance ; & ainii du relie. V^oj. 
Puissance , R.acine , Exposant, &c. 

Quant aux fymboles , caraderes , &c. 
donc on fait ufage en algèbre , avec leur ap- 
plication , &c. Voye:^ les articles CARAC- 
TERE , Quantité , ùc. 

Pour la méthode de faire les différentes 
opérations de Valgebre , voye^ ADDITION , 

Soustraction , Multiplication^ê-c-. 

Quanta l'origine de cet art , nous n'avons 
rien de fort clair là-deffus : on en attribue 
ordinairement l'invention à Diophante , 
auteur grec , qui en écrivit treize livres , 
quoiqu'il n'en refte que fix. Xilander les pu- 
blia pour la première fois en 1575 ; & depuis 
ils ont été commentés & pertedionnés par 
Gafpard Bachet, fleur de Meziriac , de l'aca- 
démie Françoifej&enfuice par M. de Fermât. 

Néanmoins il femble que Y algèbre n'a pas 
été totalement inconnue aux anciens mathé- 
maticiens , qni exilioient bien avant le fiecle 
de Diophante : on en voit les traces en plu- 
ficurs endroits de leurs ouvrages , quoiqu'ils 
paroiffent avoir eu le deffein d'en faire un 
inyllere. On en apperçoit quelque chofe 
dansEuc!iJe,ou au moins dans Théon,qui 
a travaillé fur Euclide. Ce commentateur 
prétend que Flacon avoit commencé le pre- 
mier à enfeigner cette fcience. Il y en a enco- 
re d'autres exemples dansPappus,&: beaucoup 
plus dans Archimede & Apollonius. 

Mais la vérité ell que l'analyfe dont ces 
auteurs ont fait ufage , ell plutôt géométri- 
que qu'algébrique , comme cela paroît par 
les exeraples que l'on en trouve dans leurs 
ouvrages ; en forte que l'on peut dire que 
J3iûphance efl le premier & le feul auceur 
parmi les Grecs qui ait traité de l'algèbre. 
On croit que cet art a été fort cultivé par les 
Arabes : on dit même que les Arabes l'a- 
voient reçu des Perfes , &; les Perfes des 
Indiens. On ajoute que les Arabes l'apportè- 
rent en Efpagne ;d'où , fuivant l'opinion de 



A L G 

quelqucî-uns , il paffa en Angleterre avant 
que Diophante y fûc connu. 

LucPaciolo, ouLucasàBurgo, cordelier, 
efl: le premier dans l'Europe qui ait écrie fur 
ce fujec : fon livre , écrit en italien , fut impri- 
mé à Veni le, en 1494. Uétoit, dit-on , difci- 
ple d'un Léonard de Pife & de quelques 
autres dont il avoir appris cette méthode : 
mais nous n'avons aucun de leurs écrits. Se- 
lon Paciolo, V algèbre vient originairement 
des Arabes : il ne fait aucune mention de 
Diophante ; ce qui feroit croire que cet au- 
teur n'étoit pas encore connu en Europe. 
Son algèbre ne va pas plus loin que les équa- 
tions fimples & quarrées ; encore fon travail 
fur ces dernières équations efl-il fort impar- 
fait, comme on le peut voir par le détail 
que donne fur ce fujet M. l'abbé de Gua , 
dans un excellent mémoire imprimé parmi 
ceux de l'académie des fciences de Paris, 
1741. ^-Vk-Quarré ou Quadratique , 
Equations , Racine , ùc. 

Après Paciolo parut Stifelius , auteur qui 
n'efl pas f ms mérite : mais il ne iit faire au- 
cun progrès remarquable à Yalgebre. Vin- 
rent enfuite ScipionFerrei , Tarcaglia , Car- 
dan & quelques autres , qui pouffèrent cet 
arc jufqu'à la réfolution de quelques équa- 
tions cubiques : Bombelli les fuivit. On peut 
voir dans la differtationdeM. l'abbé de Gua 
que nous venons de citer , l'hifloire très-cu- 
rieufe & très-exade des progrès plus ou 
moins grands que chacun de ces auteurs fit 
dans la fcience dont nous parlons : tout ce 
que nous allons dire dans la fuite de cet arti- 
cle fur l'hifloire de l'algèbre , efl tiré de cette 
diiî'ertation. Elle efl trop honorable à notre 
nation pour n'en pas inférer ici la plus gran- 
de partie. 

« Tel étoit l'état de V algèbre &c de l'ana- 
>j lyfe , lorfqae la France vit naitre dans fon 
>3 fein François Viete , ce grand géomètre , 
f) qui lui fit feul autant d'honneur que tous 
y> les auteursdont nous venons défaire men- 
>j tion , en avoJent fait enfemble à l'Italie. 

» Ce que nous pourrions dire ici à fon 
}) éloge , feroit certainement aii-deffous de 
>j ce qu'en ont dit déjà depuis long-temps les 
>} auteurs les plus iiluflres, même parmi les 
)> Anglois, dans la bouche defquels ces louan- 
» ges doivent être moins fufpeclesdepartia- 
» lité que dans celle d'un compatriote. V^oy. 

}i ce 



A L G 

« ce qu'en dit M. Halley, Tranf. philof. 



f) «^. 190 , art. 2. , 



an. 



1687. 



» Ce ttmoignage , quelque avantageux 
» qu'il foit pour Viete , eft à peine égal à 
« celui qu'Haniot , autre algébrille An- 
r) glois, rend au même auteur dans la pré- 
V tàcedu livre qui porte pour titre , Artis 
» anuLycicix pmxis. 

» Les fcioges qu'il lui donne font d'autant 
« plus remarquables , qu'on les lit à la tête 
» c.e:CQ mCme ouvrage d'Hariiot, oùWallis 
»> a prétendu ap;:ercevoir les découvertes 
« les plii.. impcr;.ances qui fe foient faites 
« dans l'analyfe , quoiqu'il lui eût été îacile 
r> de les trouver prefque toutes dans Viete , 
n à qui elles appartiennent en effet pour la 
») plupart , comme on le va voir. 

>j On peut entr'autres en compter fept de 
fy ce genre. 

» La première , c'efl d'avoir introduit 
» dans les calculs les lettres de l'alphabet , 
» pour défigner même les quantités con- 
« nues. Wallis convient de cet article, & il 
>j explique au cliap. xir de fon traité d'al- 
f} gehre , l'utilité de cette pratique. 

» La féconde , c'efl d'avoir imaginé 
}) preique toutes les transformations des 
?> équations, aulFi-bienque lesdifFérens ufa- 
» ges qu'on en peut faire pour rendre plus 
7) fimpies les équations propofées. On peut 
>5 confulterlà-defliis fon traité Jf recognitione 
?» ivquatiunum , aux pages 91 & fui vantes , 
j) édit. de 1646 , auffi-bien que le commen- 
« cément du traité de emendatione xqita- 
T> tionum , pag. i l'j & fuivantes. 

jj La troifieme , c'eft la méthode qu'il a 
»> donnée pour reconnoîtrc par la comparai- 
»> fon de deux équations , qui ne difFéroient 
>j queparlesfignes, quel rapport il y a entre 
» chacun des coefficiens qui leur font com- 
j? muns, & les racines de l'une &de l'autre. 
■>■> Il appelle cette méthode fyncrifis , & il 
>■> l'explique dans le traité de recognitione , 
« pag. 104 & fuivantes. 

>» La quatrième, c'elH'ufage qu'il fait des 
j5 découvertes précédentes pour réfoudre gé- 
» néralement les équations du quatrième de- 
j) gré , & même celles du troifieme. Voye\ 
T> le traité de emendatione , pag. 140 & 147. 
» La cinquième , c'efl la formation des 
j) équations compofées par leur racines 
î» fimples , lorfqu'ellcsfont toutes politives , 
Tome II. 



A L G S9 

» ou la détermination de toutes les parties 
» de chacun des coefficiens de ces équa- 
» tions , ce qui termine le livre de emenda- 
» tione y pag. 158. 

» La flxieme & la plus confidérable , 
« c'efl la réfolution numérique des équa- 
» tions , à l'imitation des extradions de ra- 
» cines numériques, matière qui fait elle 
» feule l'objet d'un livre tout entier. 

j> Enfin on ne peutprendie pour une fep- 
>5 tieme découverte ce que Viete a enfeigné 
» de la méthode pour conflruire géométri- 
» quement les équations , & qu'on trouve 
» expliquées p.'g. Z29 Si faisantes. 

» Quoiqu'un fi grand nombre d'inven- 
» tions propres à Viete dans la feule ana- 
» lyfe , l'aient fait regarder avec raifon 
» comme le père de cette fcience , nous 
» fommes néanmoins obligés d'avouer qu'il 
>j ne s'étoit attaché à reconnoître combien 
» il pouvoit y avoir dans les équations de 
,j racines de chaque efpece , qu'autant que 
>j cette recherche entroit dans le deffein 
>j qu'il s'étoit propofé , d'afTigner en nom- 
M bre les valeurs ou exades ou approchées 
>5 de ces racines. Il ne confidéra donc point 
» les racines réelles négatives , non plus 
>j que les racines impoflibles , que Bom- 
».belli avoit introduites dans le calcul; & 
» ce ne fut que par des voies indireûes 
» qu'il vint à bout de déterminer , lorfqu'il 
» en eut befoin , le nombre des racines 
n réelles pofitives. L'illuflre M. Halley lui 
>5 fait même avec fondement quelques re- 
» proches fur les règles qu'il donne pour 
>j cela. 

»j Ce que Viete avoir omis de faire au 
>5 fujet du nombre des racines , Harriot 
») qui vint bientôt après , le tenta inutile- 
» ment dans fon Arïis analytic.v praxis. 
n L'idée que l'on doit fe former de cet 
» ouvrage , efl précifémer.t celle qu'en 
») donne fa préface ; car pour celle qu'on 
» pourroit en prendre par la ledure du 
» traité à'algebre de Wallis , elle ne feroit 
>5 point du tout jufîe. Non-feuIcment ce 
7> livre ne comprend point, comme Wallis 
»5 vouloit l'inlinuer , tout ce qui avoit été 
») découvert de pins intéreflànt dans 1 a- 
» nalyfe lorfque Wallis a écrit ; on peut 
>j même dire qu'il mérite à peine d'être 
;) regardé comme un ouvrage d'invention. 

M 



^o A L G 

» Les abrégés que Harriot a imaginés 
}y dans Vdlgebre , fe réduifeiit à maïqiier 
3i les produits de différentes lettres, en écri- 
>y vant ces lettres immédiatement les unes 
« après les autres : ( car nous ne nous arré- 
ty ferons point à obferver avec Wallis , 
a qu'il a employé dans les calculs les let- 
j) trcs minufcules au lieu des majufcules ). 
j> Il n'a point fîmplifié les exprefîions où 
» une même lettre fe trouvoit plufieurs 
7) fois , c'eft- à-dire , les expreflions àts 
}) puiffances , en écrivant l'expofant à cô- 
}> té. On verra bientôt que c'eft à Def- 
f} cartes qu'on doit cet abrégé , ainlî que 
f} les premiers élémens du calcul des puif- 
>5 fances ; découverte qui en étoit la fuite 
yy naturelle , & qui a été depuis d'un fi grand 
f} ut'age. 

p) Quant à l'analyfe , le feul pas qu'Har- 
>j riot paroilfe proprement y avoitfait, c'eft 
f) d'avoir employé dans !a formation des 
}> équations du 3e & du 4e degré , les ra- 
» cines négatives , & même des produits 
}) de deux racines impoftibles ; ce que n'a- 
>} voit point fait Viete dans fon dernier 
3) chapitre de emendatione : encore trouve- 
}y t-on ici une faute ; c'eft que l'auteur for- 
« me les équations du 4e degré , dont les 
» quatre racines doivent être tout à la fpis 
» impoftibles , par le produit de 3 e — f-^ a 
«=o, & ty/— i-i2a = o , ce qui n'eft pas 
» aftèz général , les quatre racines ne de- 
» vant pas être tout à la fois fuppofces des 
« imaginaires pures , mais tout au plus deux 
>5 imaginaires pures , & deux mixtes ima- 
9} ginaires. » 

M. l'abbé du Gua fait encore à Harriot 
plufieurs autres reproches , qu'on peut lire 
dans fon mémoire. 

« Il n'eft prefqu'aucune fcience qui n'ait 
y> dû au grand Defcartes quelque deg^é de 
?j perfedion : mais Valgthie & l'analyle lui 
?5 font encore plus reievabics que toutes 
»3 les autres. Vraifemblablement il n'avoic 
>5 point lu ce que Viete avoit découvert 
î) dans ces deux fciences , & il les poufla 
J5 beaucoup plus loin. Non-feulement il 
*> marque , ainfi qu'Harriot , les produits 
»> de deux letties, en les écrivant à la fuite 
») l'une de l'autre ; & il ajoute à cela l'ex- 
« preffioii du produit de deux poly-omes , 
li en ft fervant du figne de la multiplica- | 



A L G 

>5 tion , & en tirant une ligne fur chacun 
n de ces polynom.es en particulier , ce qui 
»5 foulage beaucoup l'imagination. C'eft lui 
" qui a introduit dans Vulgebre les expo- 
» fans , ce qui a donné les principes élé- 
" mentaires de leurs calculs : c'eft lui quî 
» a imaginé le premier des racines aux équa- 
n tions , dans les cas mêmes où ces racines 
» font impoftibles ; de façon que les ima- 
" ginaires & les réelles rempliftent le nom- 
» bre des dimenfions de la propofée : c'eft 
>} lui qui a donné le premier des moyens 
n de trouver les limites des racines des 
>} équations , qu'on ne peut réfoudre exac- 
» tement : enfin il a beaucoup ajouté aux 
}) affedions géométriques de ïalgebre que 
» Viete nous avoit laiftees , en déterminane 
» ce que c'eft que les lignes négatives , c'eft- 
>j à-dire , celles qui répondent aux racines 
» des équations qu'il nomme faujfes ; &c 
» en enfeignant à multiplier & à divifer les 
» lignes les unes par les autres, yoye:^ le 
>y commencement defû géométrie. Il forme , 
" comme Harriot, les équations par la mul- 
" tiplication de leurs racines fimples , & 
" ks découvertes dans l'analyfe pure fe 
» réduifent principalement à deux. La pre- 
yy miere , d'avoir enleigné combien il fe 
» trouve de racines pofitives ou négatives 
" dans les équations qui n'ont point de 
» racines imaginaires. Voye^ RACINE. La 
" féconde , c'eft l'emploi qu'il fait de deux 
" équations du fécond degré à coefficiens 
yy indéterminés , pour former par leur mul- 
" tiplication une équation qui puifle être 
yy cornpajée terme à terme avec une pro- 
» pofée quelconque du quatrième degré , 
»5 afin que ces comparaifons ditiérentes 
>j fournifient la détermination de toutes 
>) les liécerminées qu'il avoit prifes d'abord , 
yy & que la propofée fe trouve ainfl décom- 
yy pofée en deux équations du fécond degré , 
7j faciles à réfoudre par les méLlivides qu'on 
yy avoir déjà pour cet effet. Koyeifagéom.é- 
>j trie , page 89 , édit. d''Amfl. un. 1 649. Cet 
yy ufage des indéterminés eft fi adr(>it & fi 
»> élégant, qu'il a fait regarder Defcartes 
» comme l'inventeur de la méthode des in- 
yy déterminés; car c'eft cette méthode qu'on 
>5 a depuis appellée & qu'on nomme encore 
yy aujourd'hui proprement V dn.ilyfe de Def~ 
7> cartes y c^uoic^u'il faille avouer que Ferrei j 



A L G 

f> Tzrt:2g\i3L,BomhQ\\i ,Viere fur-tout,&après 
f> lui Hariiat, en euilenc eu connoilfance. 

>j P'jur ranalyfe mixte, c'cft-à-dire, l'ap- 
M plicâtion de l'dP.alyfe à la géométrie, elle 
»» appartieac prefque entièrement à Defcar- 
tj CCS , piiifcjUe c'eft à lui qu'on doiî; incon- 
w teiiaolemeni; les deux découvertes qui en 
7j fonf comme la baie. Je parle de la dércr- 
}) mination de la nature des courbes par les 
w équations à deux variables {p. l6 ) , & 
« de la conftrudion générale des équations 
« du 3e & du 4"^ degré (/>. 91; ). Oa peut 
»> y ajouter l'idée de déterminer la nature 
*) des Courbes à double courbure par deux 
« équations variables {p'Jge 74) ; la méthode 
}) des tarigentes , qui elt comme le premier 
?j pas qui fe foit fait vers les infiniment petits 
f}{page^6)j enfin la détermination des 
« courbes propres à réfléchir ou à réunir par 
f) réfraction en un feul point les rayons de 
» lumière ; application de l'analyfe ik de la 
f) géométrie à la phyfique , dont on n'avoit 
M point vu jufqu'alors d'aufli grand exemple. 
7> Si on réunit toutes ces difFérentesproduc- 
» tions , quelle idée ne fe formera-t-on pas 
« du grand homme de qui elles nous vien- 
?) nent ! & que fera-ce en comparaifon de 
r> tout cela , que le peu qui reliera à Harriot , 
}> lorfque des découvertes que Wallis lui 
« avoir attribuées fans fondement djns le 
»j chapitre 53 de fon algèbre hijiorique fi? 
« pratique , on aura ôté , comme on le doit , 
« ce qui appartient à Viete ou à Defcartes , 
» iuivant l'énumération que nous en avons 
t} faite ? 

» Outre la détermination du nombre des 
M racines vraies ou faufTes, c'efl-à-dire , pofi- 
j> tives ou négatives , dans les équations de 
fy tous les degrés qui n'ont point de racines 
» imaginaires, Defcartes a mieux déterminé 
j> qu'on n'avoit fait jufqu'alors , le nombre 
>} & l'efpece des racines des équations quel- 
» conques , du 3e & du 4e degré , foit au 
» moyen des remarques qu'il a faites fur les 
t) formules algébriques , foit en employant 
?> à cet ufage diiférentesobfervations furfes 
» conftrudions géométriques. 

» Ce dernier ouvrage , qu'il avoit néan- 
» moins laifTé imparfait , a été perfeâionné 
>} depuis peu-à-peu par différens auteurs , 
» Debaune , par exemple; jufqu'à ce que 
»> l'illultre M. Halley y ait mis , peur ainli 



A L G çi 

n dire , la dernieie main dans un beau mé- 
>j moiie iniéré dans les l 'ranf actions philofo' 
n phi que s , n'^. 1^0, an. i^an. 1687 , et qui 
>} porte le titre Iuivant : De numéro radi~ 
>} cumin a'quaiionibus folidi s ac biquadru— 
>? cicis , Jipe tertio: ac quart je potefiatis ^ 
» eorunique lirnicibus tractatulus. 

yy Quoique Newton lâc né dans un temps 
» où l'analyfe paroillôii: déjà prefque par- 
» faite , cependant un li g; and génie ne 
» pouvoir inar.quer de trouver à y ajourer 
» encore. 11 a donné en effet fuccetiivement 
7j dans fon arithmétique univerfelle : 1%. 
7} une re^le très-élégante & rrès-be'.le pous 
f> connokie les cas où les équations peuvent 
>5 avoir des divifeurs rationels , & pour dé- 
75 terminer dans ces cas quels polynômes 
» peuvent être ces divifeurs : z'^. une autre 
» règle pour reconnoître dans un grand 
»5 nombre d'occafions combien il doit fe 
»> trouver de racines imaginaires dans une 
» équation quelconque : une troifieme pour 
f} déterminer d'une manière nouvelle les li- 
7> mites des équations ; enfin une quatrième 
» qui eft peu connue , mais qui n'en eft pas 
» moins belle , pour découvrir en quel cas 
» les équations des degrés pairs peuvent fe 
» réfoudre en d'autres de degrés inférieurs , 
» dont les coefficiens ne contiennent que de 
» lîmples radicaux du premier degré. 

>» A cela il faut joindre l'application des 
» fractions au calcul des expofans ; l'expref- 
»> fion en fuites iniiniesdespuilTances entières 
>} ou fradionnaires , pofitives ou négatives 
>j d'un binôme quelconque ; l'excellente 
» règle connue fous le nom de Règle du pa- 
» ralle'lograrnme , & au moyen de laquelle 
» Newton alîigne en fuites infinies toutes les 
»3 racines d'une équation quelconque ; enfin 
>5 la belle méthode que cet auteur a donnée 
» pour interpoler les fériés , qu'il appelle 
>5 methodus dijf'erentialis. 

» Quant à l'application de l'analyfe à la 
» géométrie , Newton a fait voir combien 
j) il y étoit verfé , non-feulement par les fo- 
rs lutions élégantes de différens problèmes 
» qu'on trouve ou dans fon aritlimétique 
» univerfelle , ou dans fes principes de la 
» philofophie naturelle , mais principale- 
» ment par fon excellent traité des lignes du 
» troifieme ordre. Voye\ CoUP.BE ». 

Voilà tout ce que nous dirons fur le pro- 

M z ■ 



i^x A L G 

grès de Vdlgebre. Les élémens de cet art 
furent compilés & publics par Kerfey en 
1671 : l'arithmétique fpécieufe & la nature 
des équations y font amplement expliquées & 
éclaircies par un grand nombre d'exemples 
différens : on y trouve toute la fubftance de 
Diophante. On y a ajouté plufîeurs chofes 
qui regardent la compof:tion & laréfolution 
mathématique tirée de Ghetaldus. La même 
cliofe a été exécutée depuis par Prefiet en 
1694, &par02anamen 1703. Mais ces au- 
teurs ne parlent point , ou ne parlent que fort 
brièvement de l'application de V algèbre à la 
géométrie. Guifnée y a fuppléé dans un traité 
écrit en françois , qu'il a compofé exprès fur 
ce fujet, &: qui a été publié en 1705 : aufTi- 
bien que le marquis de l'Hôpital dans fon 
traite' analytique des Seclions coniques , 
1707. Le traité de la grandeur, du P. Lamy 
de l'Oratoire ; le premier volume de TiJTîaAyi? 
démontrée , du P. Reyneau ; & la fcience du 
Calcul, du même auteur , font aulfi des ou- 
vrages où l'on peut s'inftruire de V algèbre : 
enfin M. Saunderfon , profcilbur en mathé- 
matiques à Cambridge , & membre de la 
fociété royale de Londres , a publié un excel- 
lent traité fur cette matière , en anglois , & 
en deux volumes in-^°. intitulé Elémeiis 
d'algèbre. Nous avons aufTi des élémens 
à! algèbre de M. Clairaut, dont la- réputation 
de l'auteur alTure le fuccès & le mérite. 

On a appliqué aufli Valgebre à la confi- 
dération & au calcul des infinis ; ce qui a 
donné naiflance à une nouvelle branche fort 
étendue du calcul algébrique : c'eftce que l'on 
zppeWe la doi^ri ne des fluxions ou le calcul 
différentiel. V. FLUXIONS & DlFFÉREN- 
TIEL.On peut voir à /'t^rr. Analyse, les prin- 
cipaux auteurs qui ont écrit fur ce fujet. 

Je me fuis contenté dans cet article de 
donner l'idée générale de l'algèbre , telle 
à-peu-prcs qu'on-la donne communément ; 
& j'y ai joint, d'après M. l'abbé du Gua , 
J'hilloire de fes progrès. Les favans trouve- 
ront à Vart. Arithmétique univer- 
selle, des réflexions plus profondes fur cette 
fcience, & à l'art. APPLICATION, des 
obfervations fur Vapplication de l'algèbre 
à la géométrie. (O) 

ALGEBRIQUE , adj. m. ce qui appar- 
tient à 1 algèbre. Voyi Algèbre. 
. Ainli l'on dit caruclcres on/ymboles algé- 



A L G 

biiques , courbes algébriques ^folutions al- 
gébriques. Voye\ Caractère , &c. 

Courbe algébrique , c'eft une courbe dans 
laquelle le rapport des abfcifles aux ordon- 
nées , peut-être déterminé par une équation 
algébrique. Voye\ CoURBE. 

On les appelle auffi lignes ou courbes 
géométriques. Voye\ GÉOMÉTRIQUE. 

Les courbes algébriques fontoppofées aux 
courbes méchaniques ou tranfcendantes. V. 
Méchanique & Transcendant. 
. ALGÉBRISTE , f m. fe dit d'une per- 
fonne verfée dans l'algèbre. Voye\ AL- 
GEBRE. (O) 

^ ALGENEB ou ALGENIB , f. m. terme 
d'aflronomie ; c'eft le nom d'une étoile de la 
féconde grandeur au côté droit de Perfée. 
Voyei PersÉE. (O) 

ALGER , royaume d'Afrique dans la 
Barbarie , borné à l'ell par le royaume de 
Tunis , au nord par la Méditerranée , à 
l'occident par les royaumes de Maroc & de 
j Tafilet , & terminé en pointe vers le midi. 
Long. 16, 16 ; lat. 34, 37. 
_ * Alger , ville d'Afrique dans la Barba- 
rie , capitale du royaume d'Alger , vis-à-vis 
de l'ille Minorque. Long.zi , zo;Lxt. 36 , 30. 

* ALGESIRE , ville d'Efpagnedans l'Ari- 
daloufie , avec port fur la côte du détroit 
de Gibraltar-. On l'appelle aulli le vieux Gi- 
braltar. Lonir. 12, 28 ; lat. 36. 

* ALGHÏER, ville d'Italie fur la côte 
occidentale de Sardaigne. Long. 26 , 15^ 
lat. 40, 33. 

ALGOiDES, ou ALGOIDE. Voyei^ 
Alguette. 

ALGOL ou tête de Médufe , étoile fixe de 
la rroifieme grandeur , dans la conftellation 
dePerfée. Voyei Persée. (O) 

* ALGONQUINS, peuple de l'Améri- 
que feptentrionale, au Canada; ils habitent 
entre la rivière d'Ontonac & le lac Ontario. 

ALGORITHME , f m. terme arabe , 
employé par quelques auteurs , & finguliére- 
ment par les Efpagnols, pour fignifier lupra- 
tique de l'algèbre. Voye\ ALGEBRE. 

Il fe prend aulïï quelquefois pour Varith- 
métique par chiffres. V. ARITHMÉTIQUE. 

U algorithme , félon la force du mot , figni- 
fie proprement l'art de fupputerapec jufleffe 
Ù facilité : il comprend les fix règles de l'ar- 
rithmétique vulgaire. C'eft ce qu'on appelle 



A L G 

satvemtntlogifiiqne nomhrante onnumérdle, 
Voyei ArII HMÉTIQUE , ReGLE , &<.-. 
Ainfi l'on dit V algorithme des entiers, Val- 

forithme des fraâions, V algorithme des nom- 
resfourds. V. Fraction,SourX),Ê'i:.(0) 

"^ALGOW, pays d'Allemagne, qui fait 
partie de la Soiiabe. 

ALGUAZIL , f. m. {Hifl.mod.)en Ef- 
pagne , eft le nom des bas officiers de juftice, 
faits pour procurer l'exécution des ordon- 
nances du magiftrat ou du juge. Alguj\il 
répond afTez à ce que nous appelions \c\fer- 
gentou exempt. Ce nom eft originairement 
arabe , comme plufieurs autres que les Efpa- 
gnols ont confervé des Sarrafins ou Mores , 
qui ont long-temps régné dans leur pays. (G) 

ALGUE , f. m. en latin alga , {Bot.) her- 
be qui naît au fond des eaux , & dont les 
feuilles refîemblent allez à celles du chien- 
dent : il y a quelques efpeces qui ont les feuil- 
les déliées comme les cheveux , & très-lon- 
gues.Tournef. injl rei herb. F". PLANTE (/) 

Ualgue commune , a/ga offic. eft une 
plante qui croît en grande quantité le long des 
bords de la Méditerrannée ; on s'en l'ert com- 
me du kali. Elle eft apéritive , vulnéraire &c 
defTiccative. On dit qu'elle tue les puces &: 
lespunaifes. {N) 

* ALGUEL , ville d'afrique dans la pro- 
vince d'Hea , au royaume de Maroc. 

ALGUETTE , f. f. :^dnnicliellia , genre 
de plante qui vient dans les eaux, & auquel 
©n a donné le nom d'un fameux apothicaire 
de Venife , appelle Zanmchelli. Ses fleurs 
font de deux fortes , mâle & femelle , fans 
pétales : la fleur mâle eft fans calice , & ne 
confifte qu'en une fimple étamine dont le 
fommet eft oblong , & a deux , trois ou 
quatrecavités. Les fleurs femelles fe trouvent 
auprès de la fleur mâle , enveloppées d'une 
membrane qui tient lieu de calice : elles font 
compoféesde plufieurs embryons , furmontés 
chacun d'un piftil. Ces embryons deviennent 
dans la fuite autant de capfules oblongues , 
en forme de cornes convexes d'un côté , & 
plattes ou même concaves de l'autre , qui 
toutes forment le fruit an:< aift'elk's des feuil- 
les. Chacune dt ces capfules renferme une 
femence oblongue &: à-peu-prés de même 
figure qu'elle. Pontedera a décrit ce genres 
fous le nom à\ponogeton ^ Antolog.p, iij. 

.Foj'q Plante. (/) 



A L H ^ 93 

ALHAGI , f. m. plante à fleur papiliona- 
céedont le piftil devient dans la fuite un fruit 
ou une filique compofée de plufieurs parties 
jointes, ou pour ainfi dire , articulées enlem- 
ble , & dont chacune renferme une femen- 
ce faite en forme de rein. Ajoutez au carac- 
tère de ce genre , que fes feuilles font alter- 
nes. Tournef. Corol. infi. rei herb. Kojei 
Plante. (/) 

* Alh AGI , ou agul , ou almagi arabibusy 
plantafpinofa mannam refipiens. J. B. Cette 
plante s'élève à la hauteur d'une coudée 
& plus ; elle eft fort branchue ; elle eft hérif- 
fée de tous côtés d'une multitude prodigieufe 
d'épines extrêmement pointues , foibles &: 
pliantes. Sur ces épines naiflent différentes 
fleurs purpurines ; ces fleurs en tombant font 
place à de petites gouflès longues , rouges , 
reftêmblantes à celles du genêt piquant , & 
pleines de femences qui ont la même couleur 
que la gouflè. 

Les habitans d'Alep recueillent fur cette 
plante une efpece de manne , dont les grains 
font un peu plus gros que ceux de la corian- 
dre. 

Elle croît en builTon , & des branches af- 
fez rafîèmblées partent d'un même tronc 
dans un fort bel ordre , & lui donnent une 
forme ronde. Les feuilles Ibnt à l'origine 
des épines; elles font de couleur cendrée , 
oblongues & polygonales : fa racine eft lon- 
gue, & de couleur de poupre. 

Les Arabes appellent tereniabin ou trange- 
bin , la manne de Valhagi : on trouve cette 
plante en Perfe aux environs d'Alep & de 
Kaika, en Méfopotamie. Ses feuilles font 
defficcatives & chaudes : fes fleurs purgent: 
on en fait bouillir une poignée dans de l'eau . 

Ses feuilles & fes branches , dit M. Tour- 
nefort, fe couvrent dans les grandes chaleurs 
de l'été, d'une liqueur graflé & ondueule : 
& qui a à-peu-prés la confiftance du miel. 
La fraîcheur de la nuit la condenfe & la ré- 
duit en forme de grains : ce font ces grains 
auxquels on donne le nom de manne d'allia- 
gi , &: que les naturels du pays appellent 
traugebin , ou tereniabin. On la recueille 
principalement aux environs de Tauris, vil- 
le de Perfe , où on la réduit en pains afîéz 
gros , & d'une couleur jaune-foncée. Les 
grains les plus gros qui font chargés de pouf- 
fiere & de parcelles de feuilles defléchéesj 



9A . .^,^ ï 

font les moins eftimés ; on leur préfère les 
plus petits , quicepend-int pour la bonté font 
au deflbus de notic manne de Calabre. 

On en fait fondre trois onces dans une 
infufion de feuilles de féné , que Ton donne 
aux malades que l'on veut purger. 

* ALHAMA, ville d'Efpagne au royau- 
me de Grenade. Lon^. 14 , zo ; lac. 36 , 50. 

ALI , ( Hifi. des Califes.^ Hifl. desfecles 
relig. ) fils d'Abu Thaleb , étoic coufin-ger- 
main de Mahomet , qui dans la fuite le 
choific pour fon gendre ; les Muf^ilmans , 
pour relever fa gloire , difent qu'il fut le 
premier difciple du prophète , & même 
qu'il fit profeilion de Tiilamifme dans le 
ventre de fa mère qui le mit au monde dans 
le temple de la Mecque ; ils ajoutent que par 
desimpulilonsfecretes , il l'empêchoitde fe 
prolferner devant les limulacres des faux 
dieux ; ce fut ainfi qu'avant d'être citoyen 
du monde , il en combattit les erreurs. Lorf- 
que Mahomet eut formé le deffein de décla- 
rer fon apoftolat , Ali , âgé de neuf ans , 
fut choifi , par cet importent , pour être fon 
lieutenant ou fon vizir. Comme la feÛe naif- 
fante ne comptoir point encore de nombreux 
profélytes , cette dignité n'impofoit point 
d'obligations qui exigeafTent des lumières & 
de l'expérience. C'eft à cet âge que le cœur 
fufceptible de toutes fortes d'imprelTions eft 
ouvert à la féduction. Ali naturellement 
complaifant & docile , fut bientôt fubjugué 
par le ton impofant du prophète. La gloire 
d'être aifocié aux fonctions de l'apoltolat , 
facilita les progrès de la féduâion , & quoi- 
qu'il eût une conception vive & facile , 
quoiqu'il eût le goût de tous les arts , il tint 
fa raifon captive fous le joug des préjugés. 
Sa foum.ifTion aux volontés du prophète , & 
foa imbécîlle crédulité le firent regarder 
comme l'inihument le plus propre à élever 
l'édifice de la religion naifl'ante , dont l'au- 
teur avoir coutume de dire , Ali eft pour 
moi , je fuis pour lui , il tient auprès de 
moi le même rang qu'Aaron tenoit auprès 
de Moyfe : je fuis la ville où l:i véritable 
fcience ell renfermée , & Ali en eit la 
porte. 

Auffi-tût que l'âge lui permit de faire l'eiTai 
de fon courage , il donna des témoignages 
d'une intrépidité impétueufe qui fe précipi- 
coit dans les dangers , & fembloit défier la 



ALI 

mort. Mahomet l'employcit dans les occa- 
lions les plus périlleufes , afl'uré que l'exem- 
ple de fon courage transformoit les plus . 
pufillanimes en héros. La religion qui devoic 
adoucir les mœurs, lui avoir infpiré une fé- 
rocité brutale dans la guerre , dont il fe dé- 
pouilloit dans la vie privée. 11 fembloit qu'il 
eût deux natures. Guerrier, cruel & fans 
pitié , il étoiî dans les emplois pacifiques, 
humain & compatiflànt. Ce fut fur-tout 
dans les combats particuliers qu'il fignalafdn 
courage & fon adrellè. Il en fortit toujours 
vainqueur , & les trophées les plus chers à 
fon cœur , étoient les têtes de fes ennemis 
tombés fous fes coups. Son courage s'avilif- 
foit par les minifteres dont le prophète avoic 
l'indignité de le charger. Il l'envoycit cou- 
per des têtes, ou percer le cœur des rebelles 
& des incrédules ; l'emploi de bourreau , loin 
d'être ignominieux , étoit alors chez les Ara- 
bes un miniftere de gloire & de noblcfTe , 
parce qu'il ne s'exerçoit que contre les en- 
nemis de Dieu. 

A la mort de Mahomet , les droits de la 
naifTance , les talens militaires & le mérite 
perfonnel appelloient Ali au califat , & 
comme il n'avoit point défigné de fuccef- 
feur , il femble qu'on devoir fuivre l'ordre 
de la nature. Un fi riche héritage fut envahi 
par une fadion puiflante qui éleva Abu- 
Becre au califat. C'étoit un pieux fanatique 
qui avoit vieilli dans une éternelle enfance j 
il n'étoit recommandable que par cette auf- 
térité de mœurs qui en impofe davantage 
que l'éclat & la folidité des talens , fur-touc 
dans la chaleur d'une fede naillante. Ali 
exclu d'une dignité fi éminente , ne put dit- 
fimuler fon reifentiment. Mais il étoit trop 
foible pour en faire reffentir les effets. Ses 
partifans perfifterent en fecret à le recon- 
noître pour légitime calife & Abu-Becre poi»r 
un ufurpateur. 

La même fadion qui avoit déféré cette 
dignité à Abu-Becre , y éleva après fa mort 
le farouche Omar , qui , né pour la guerre , 
la fit toujours par fes lieutenans. Ali privé 
pour h. féconde fois du califat , loutFrit cette 
in'juftice fans murmurer , & même il aida 
de fes confeils l'ufurpateur qui lui fut rede- 
«vable de fes profpérités , jufqu'au moment 
qu'il fut aflàiïiné. Il ne défigna point fon 
fuccelfeur , & lorfqu'on lui confeilla d& 



ALI 

nommer Ali , il répondit que Ces mœurs 
Tt' étaient çoint aflez graves pour remplir une 
place qui exigeoit un extérieur férieux. 
Othman lui fut encore préféré. Son règne 
fut orageux , l'efprit de révolte fe répandit 
dans les provinces. Othman affiégé dans fon 
palais par les rebel!es,implora le fecours d'Ali 
qui fut aflez généreux pour oublier qu'il avoit 
été offenfé. Ses deux fils furent détachés pour 
défendre le palais , & leur préfence en im- 
pofa aux rebelles;mais ces deux princes s'étant 
éloignés pour chercher de l'eau , les mutins 
profitèrent de leur abfcence pour forcer les 
portes , & le calife fut aflafliné. 

Apréslamortd'Othman, tous lesfufîrages 
fe réunirent en faveur à' Ali , dont l'ambi- 
tion éteinte rejeta une dignité qu'il avoit au- 
trefois follicitée. Il protefta qu'il aimoit 
mieux la qualité de vizir que le titre de calife, 
dont il redoutoit les obligations. Mais il fallut 
céder aux emprefTemens de l'armée & du 
peuple qui le proclamèrent fucccffeur du 
prophète. Quoique tous les fufFrages eufTent 
été unanimes , il n'ignoroit pas qu'une fac- 
tion dirigée par Ayesha &: les Ommiades , 
femoit dans toutes les provinces les fcmences 
de la révolte. Il envoya chercher les chefs des 
mécontens qui lui prêtèrent ferment de fidé- 
lité dans la miofquée. Mais ce ferment ne fit 
que des parjures. Les partifans d'Othman ^ 
dépouillés imprudemment de leurs emplois , 
fe joignirent aux mécontens. Toute la Syrie 
fe déclara pour Moavia, chef de la famille 
des Ommiades. Ayesha fit foulever la Mec- 
que , fous prétexte de venger le meuitre 
d'Ofbman,dont^//écoit reconnu innocent. 
Le feude la guerrecivile s'allume danstoutes 
les provinces. On négocie fans fruit , & cha- 
que parti prend la réfolution de décider la 
querelle par les armées. Ayesha , à la tête 
d'une armée nombreufe , s'avance vers Bâfra ; 
les peuples fe rangent en foule (ous les dra- 
peaux d'une femme ambitieufe qu'on appel- 
loi t la /77e rétif j/zt/e/«, & qui prétendoit ven- 
ger la religic n outragée par le meu'tre d'Oth- 
man. Elle étoit portée dans une litière, d'où 
elle exhortoit les fuldats à imiter l'exemplede 
courage qu'elle alloic leur donner. Bâfra fut 
emportée dès le premier affaut , & les tré- 
fors à' AU furent la proie du vainqueur. 

Le calife, fécondé des habitans de Cufor 
& de Medine, fe préfenta devant Bâfra où il 



A L I ^ ^ 95 

trouva fes ennemis préparés à le recevoir. 
Après bien des négociations inutiles , on 
donna le fignal du combat , l'armée d'Ali , 
quoiqu'inférieure en nombre , remporta une 
vidoire complette. Ayesha oppofa ime ré- 
filtance opiniâtre : fa litière étoit défendue 
par une troupe intrépide , qui aima mieux 
périr que de l'abandonner ; foixante & dix 
des plus braves qui tenoient la bride de fon 
chameau , eurent la main coupée ; mais leur 
courageufe défenfe ne put l'empêcher de 
tomber au pouvoir du vainqueur , qui , fe 
bornant à lui ôter les moyens de nuire , la 
relégua dans fa maifon de Medine où elle 
languit fans autorité au milieu de l 'abondance 
que le calife fut aflez généreux de lui pro- 
curer. 

Cette guerre étoit à peine éteinte qu'il s'en 
éleva une plus cruelle du côté de la Syrie , où 
Moavia fe fit proclamer calife & prince des 
mufulmans. Âli ufa de la plus grande célé- 
rité pour étouffer les étincelles de cette nou- 
velle rébellion. Sa modération fut regardée 
comme un effet de fa crainte & de fa foi- 
bleffe.Moaviaqui lui étoit inférieur en talens 
& en courage , étoit fécondé par des géné- 
raux d'une capacité & d'une valeur recon- 
nues qui lui infpiroient une confiance pré- 
fomptueufe. Toutes les forces des muful- 
mans fe réunirent pour vuider cette impor- 
tante querelle. L'armée d'^// étoit de quatre- 
vingt-dix mille hommes , & fon concurrent 
en comptoit cent vingt mille fous fes dra- 
pieaux. Il y eut un combat fanglant qui ne 
fut pointdécilif ; quoique l'avantage fût pour 
Ali , il crutavoir acheté trop cherla vidoiie, 
parce qu'il avoit perdu vingt-fix hommes 
qui autrefois avoient combattu fous lesenfei- 
gnes de Mahomet ; ce fut pour venger leur 
mort qu'il fe jetta fur le Syriens à la tête de 
douze mille hommes , & après en avoir fait 
un afiieux carnage , il fe reprocha de verfer 
tant de fang mufulman , & il propofa à 
Moavia de terminer leur différent par un 
combat fingulier qui ne fut point accepté 5 
on fit des difpofirions pour un nouveau com- 
bat. Moavia plus fécond en artitices que fon 
rival , ordonna à fes foldats d'attacher un 
a'coran au bout de leurs lances, & de mar- 
cher à l'ennemi en criant: voici It livre qui 
doi t décider de tous nos dijférens : ce livre 
défendàvous £? à moi de répandre le fang mu- 



96 ALI 

fulman. Ce ftratngéme eut le pins heureux 
fuccès. Les foldacs à'yîU faifis d'un refped; 
fuperllineux refulent de combattre , &: me- 
nacent même de livrer leur calife , s'il ne 
fait fonner la retraite. AU confterné de fe 
voir arracher une victoire certaine , efl: obli- 
gé de céder aux murmurateurs. 

Moavia convaincu de la capacité de fon 
concurrent , parut adopter un fyftême paci- 
fique ) il fe foumit aux décifions de deux 
arbitres. Ali rendoit fon e'iection fufpeûe 
en la foumectant à un nouvel examen. Mais 
comme il ne fe croyoit plus libre au milieu 
de fon armée , il répondit que ce n'étoit point 
à lui à décider , d'autant plus que fon cleiSion 
n'ayant point été fon ouvrage, ce n'étoit point 
à lui à en foutenir la légitimité. Il ne fut point 
confulté dans le choix des arbitres , & féduit 
par fa candeur il foufcrivit au choix que fon 
rival artificieux avoit diâé par le miniilere 
de fes agens fecrets. Amru , auffi dilFimulé 
que lui , fut nommé pat les Syriens. Les Ara- 
bes choidrent Mufa Al Ashari qui avoit plus 
de probité que d'expérience dans les aftaires. 
Les deux califes confentirent à s'éloigner 
pour laifïèr les fuffrages plus libres. Ce fut 
îur les frontières de la Syrie , que ce fameux 
procès fut difcuté. Amru qui avoit cette du- 
plicité de caraâere qui fait fe plier aux in- 
clinations des autres pour les amener à fon 
but , affecta des vues pacifiques , & perfuada 
à fon collègue que pour rétablir le calme , 
il étoit nccellaire de dépofer les deux califes 
& de procéder à une nouvelle élei5lion. 
Mufa ne foupçonnant aucun piège, conlentit 
à ce projet, Ccaufii-tûtil monta fur un tribu- 
nal qu'on avoit élevé entre les deux armées. 
Ce fut là qu'il prononça la dépofition des 
califes , & après avoir déclaré leur dégrada- 
tion , le perfide Amru montant fur le tribu- 
nal à fon tour, dit : " Mufulmans, vous venez 
d'entendre Mufa dépofer AU , je foufcris à 
l'arrêt qu'il vient de prononcer contre ce ca- 
life , & je défère cette dignité à Moavia , 
qu'Oîhman a déclaré fon fucceffeur, & qui 
en effet en eft le plus digne. ?> Cet artifice 
groffier fouleva tous les partifans d'Ali qui 
avoient droit de fe plaindre de cette décifion. 
Les deux partis également aigris fe frappèrent 
réciproquement d'anathcm.es , & ce furent 
ces excommunications qui répandirent la fe- 
Bjençe des haines qui fe font perpétuées juf- 



A L I 

qu'à ce jour entre les Turcs & les Perfans.' 
Les mufulmans divifés fe préparèrent à foute- 
nir leur droit par les armes. Soixante mille re- 
nouvellerent leur ferment de fidélité à Ali y 
mais les Kharegites qui jufqu'alors lui avoient 
été les plus affectionnés , l'abandonnèrent 
lous prétexte qu'il avoit foufcrit à un traité 
honteux , & qu'il avoit laiflé au jugement 
des hommes , une caufe qui ne devoit être 
citée qu'au tribunal de Dieu même. Ils fe re- 
tirèrent fur les bords du Tigre , où une foule 
de mécontens fe joignit à eux. Ali informé 
qu'ils avoient raffemblé une armée de vingt- 
cinq mille hommes , & que , devenus perfé- 
cuteurs de tous les mufulmans ils égorgeoienc 
impitoyablement ceux qui ne penfoient pas 
comm.e eux , fit avancer fon armée pour les 
combattre. Ce prince avare du fang de fes 
frères , fit planter un étendaid hors de fon 
camp, dont il fit un afyle facré pour ceux 
qui rentreroient dans le devoir. Plufieurs 
rebelles profitèrent de cette indulgence; mais 
les plus opiniâtres , réduits à quatre mille , 
fondirent en délefpérés fur l'armée du calife 
qui les punit de leur témérité ; il n'y en eut 
que neuf qui fe dérobèrent au carnage , & 
d'autres ajoutent que fous furent paflés au fil 
del'épée. Après leurdéfaite toute l'Arabie fe 
rangea fous l'obéillance à' Ali. 

Ses troupes encouragées par cette vidoire, 
le folliciterent de marcher contre Moavia. 
Le calife céda à leur empieifement , & fut 
camper près de Cufa. Les deux concurrens, 
au lieu d'engager une action décilive , fe 
bornèrent à dévafler les terres de leur eime- 
mi. La Syrie & l'Arabie furent inondées du 
fang de leurs habitans. Le fpeclacle de tant 
de calamités afîiigeoit les véritables muful- 
mans : trois Kharegites , touchés du malheur 
de leur patrie , crurent devoir couper la ra- 
cine du mal en exterminant Ali , Moavia & 
Amru qu'ils refufoient de reconnoître pour 
imans. Ils fe confirmèrent dans leur defTein 
par des fermens , Se s'y préparèrent par des 
jeûnes. L'un fe tranfporta à Damas , & frappa 
Moavia d'un coup de poignard , mais le coup 
ne fut pas moitel. Un autre le rendit en 
Egypte , &: s'introduifit dans la mofquée , 
où Amru avoit coutume de fe trouver. L^ne 
maladie dont il venoit d'être attaqué , lui 
fauva la vie , & comme il ne put exercer ce 
jour-là les fondions d'iman , il en chargea 

un 



ALI 

un de fes officiersqui expira fous les coups de 
ce fanatique. Le troiiieme des conjurés fe 
rendit à Cufa pourairafTiner Ali ; le fanati- 
que faifit le moment où le calife avoit cou- 
tume de fe trouver à la mofqute pour y faite 
l'office d'iman. Il afîbcia à fon crime deux 
fcelérats, vieillis dans le crime, qui crurent 
efFacer leurs iniquités par le facrinced'un 
homme qu'ils regardoient comme Taureur 
des calamités de la nation. Le premier coup 
porté au calife ne fut point mortel , mais le 
fécond le priva de la vie , il n'eut que le 
temps de dire : " fi je guéris , épargnez Taf- 
falfm ; fi je meurs , prononcez l'arrêt de fi 
mort , afin que je puilïè le citer au tribunal 
de Dieu. » 

On ignora long-temps le lieu où il avoit été 
d'abord inhumé ; ce ne fut que fous les califes 
AbafTides que ce fecrct fut découvert. Les 
écrivains Arabes ont eu foin de nous tranf- 
mettre tous fes traits. II étoit chargé d'em.- 
bonpoint , fa barbe étoit épaiflè , il avoit la 
tètQ chauve & la poitrine velue. Quoiqu'il 
eût l'efprit fort orné, il étoit d'une crédulité 
imbécille , & la force des préjugés lui rendit 
toutes fes connoilfances inutiles. Lafuperfli- 
tion courba fon efprit fous les volontés d'un 
impolleur qui fit fervir fes talens à fes fuccès. 
Son défintéreffement dégénéra en prodiga- 
lité; il n'eflimoit les richefles que pour les 
diflribuer aux malheureux. Tant que Fati- 
mc , fille chérie du prophète , vécut , il n'eut 
point d'autres femmes. Epoux rendre &: 
conrtan t,il réunit fur elle toutes fes afïeft ions, 
&: il en eut trois fils. Après fa mort il donna 
libre cours à fespenchans , & il ufa du privi- 
lège de la polygamie. Il eut de ces différens 
mariages quinze hls, & dix-huit filles. 

Le refped qu'infpire fa mémoire eîl pouffé 
jufqu'à l'idolâtrie. Quoique fon tombeau , 
près de Cufa, attelle qu'il a été fujet à la mort, 
fes partifansfuperftitieux font perfuadés qu'il 
n'a point lubi la commune loi. II publient 
qu'il reparokra bientôt fur la terre accompa- 
gné d'EIie , pour faire régner la juftice &: 
pour extirper les vices. Les plus outrés de fes 
adorateurs font les GhoIaVres , qui , l'élevant 
au-defllis de la condition humiaine , afîureat 
qu'il participe à l'effence divine. Le juif Ab- 
dala , déferteur de la foi de fes pères , fut le 
fondateur de cette fede extravagante. Il n'a- 
bordoit jamais Ali fans lui dire : tu es celui 
Tome IL 



ALI Ç7 

qui ejly c'eft-i-dire , m es Dieu.hes difciples 
de cet infenfé font partagés en deux feile-. 
Les uns loutiennent qu'il efl Dieu, ou un être 
extraordinaire qui reffemble à Dieu; ti'autres 
prétendent que Dieu s'eilincarné dans Ms- 
homet , Ali & fes enfans , qui ont furpaflé 
tous les autres honmiesen laiRteté.C'eftpouc 
juflifier leurs bîafphèmes qu'ils fuppofent 
une infinité de miracles opérés par ^/;,auquel 
ils appliquent tout ce qui elt dit du verbe 
éternel dans nos livres facrés. II n'y a qu'une 
fecle parmi fes partifans qui admette que la 
fucceiîion de cet iman ait été interrompue, 
toutes les autres prétendent que fa race ne 
s'éteindra jamais , & que de liecle en fiecle il 
fortira de cette tige fortunée de nouveaux 
rejetons pour exercer les tondions du grand 
prophète. 

Le nom de shiites , qui proprement figni- 
fiefecldires , eft employé pourdéîlgner p.^!- 
ticuliérement les l'edateurs dCAii , qui pré- 
tendent que la qualité diman & de calife 
appartient aux delcendans de ce grand pro- 
phète. Quoique divifés en cinq branches oui 
fe fubdivifent à l'infini , ils fe réunifient dans 
l'opinion que l'inflitution d'un iman eft un 
article de foi qui ne dépend point du caprice 
du peuple ; que ceux qui font revêtus de cette 
dignité doivent s'élever au-de(îiis des foi- 
bleflès humaines, & être auffi i)urs que la loi 
dont ils font les interprêtes & les miniftres. 
Le fchifme , qui partage l'empire mufulman 
en Shiites & enSonnites, pritnaifïànce fous 
le califat d'Ali. Les premiers refheignent 
leur foi à tout ce qui efl contenu dansTalcc- 
ran , les autres admettent les traditions qui 
furent inférées dans ce livre par les compa- 
gnons de Mahomet. Les Shiites regardent 
Abu-Becre , Omar & Othman comme des 
ufurpateurs du califat, au lieu que les Son- 
nites ont une grande vénération pour leur 
mémoire. Les uns élèvent Ali au-deflùs de 
Mahomet , ou du moins lui donnent l'éga- 
lité : les autres n'admettent aucune concur- 
rence avec leur prophète. Ces queftions agi- 
tées dans les écoles mufulmanes , ont excité 
dans tous les temps des haines religieufes , 
qui ontinfedé les champs de l'iilûmifme ; le 
peuple a combattu pour des opinions accré- 
ditées par la politique qui avoit intérêt de 
Idivifer les nations pour form.er différens em- 
pires. Telle eft la fource de cette antipatliie 
N 



98 ALI 

qui fubfifte encore entre lesTurcs & lesPer- 
fans, qui s'accablent réciproquement d'ana- 
thémes. Un juif & un chrétien leur font 
moins odieux qu'un mufulman qui ne penfe 
pas comme eux. Les Perfar.s , les Usbecs , 
qui font les habitans de l'Oxus des anciens , 
la plupart des Indiens mahométans, font de 
la fede à'' AIL Les Tuics , les Tartares & 
les Africains admettent les tradirions. 

Le courage à' Ali le fit appeller le lion de 
JDieu viclorieiLX. Son droit à l'héritage du 
prophète lui Ht donner le furnom à' héritier. 
Sa foi brûlante lui mérita le nom de mortzda , 
qui fignifie bien aimé de Dieu. Son goût pour 
les arts & fon efprit cultivé le firent appeller 
le dijlribuceur de la /ziw/e rf .Cesqualifications 
pompeufes ne lui ont point été données par 
tous les mufulmans. Les califes Ommiades 
lancèrent des excommunications contre lui 
& contre fa famille dans toutes les mof- 
quées de l'empire.Les AbafTides , qui avoient 
une tige commune avec lui , fupprimerent 
ces malédiftions , quoique quelques-uns 
aient flétri fa mémoire. Mais les califes Fati- 
mites, qui régnèrent en Egypte , ordonnè- 
rent aux crieurs d'ajouter fon nom à celui de 
Maliomet , toutes les fois que du haut des 
minarets , ils appelloient le peuple à la prière 
publique : les Alides , tantôt fortunés & 
tantôt malheureux , ont éprouvé les plus 
grandes révolutions de la fortune. Un petit- 
fils d'Hofein , fils ÔlAU , eut le courage de 
revendiquer l'héritage de fes pères ; mais le 
calife Rashid réprima fon ambition & le fit 
repentir de fa témérité. Les Alides plus heu- 
reux dans la fuite fondèrent des empires dans 
îe Mazanderan , dans le Kerman. On voit 
plufieurs fultansde cette famille dans l'Ye- 
men , à Cufa & dans les provinces d'Afrique. 
Leurs partifans ont une vénération fuperfti- 
tieufe pour un defcendant à' Ali nommé 
Mahomet , & c'eft un article de foi qu'il re- 
paroîtra triom.phant fur la terre avant la fin 
du monde. 

Ali joignit au titre de guerrier & d'iman 
celui d'écrivain : on a de lui cent maximes ou 
fentences qui font l'éloge de fon cœur. J'en 
dois citer une pour faire connoître que fes 
feâateurs intolérans ont dégénéré de fa 
modération : " gardez-vous bien , dit-il , de 
faire divorce avec les autres mufulmans pour 
€ies opinions particulières; celui qui fe fépare 



ALI 

de fes frères devient l'efclave du monde, 
comme la brebis qui s'écarte de fon troupeau, 
devient la proie du loup. »j II eft encore l'au- 
teur d'un commentaire fur l'alcoran qu'on 
lit parmi fes feâateurs avec beaucoup d'édi- 
fication. Il étoit naturellement éloquent & 
poète ; mais les foins de l'empire ne lui per- 
mirent point de cultiver fes talens. Je finis 
en obfervant que fes fedateurs fediftinguent 
des autres mufulmans par la forme de leurs 
turbans & par la façon dont ils trefTent leurs 
cheveux. ( T-n. ) 

ALIATH ,\AJ}r. ) c'eft le nom que lei 
Arabes donnoient à la première étoile de la 
queue de la grande ourfe , que nous mar- 
quons parla lettre E ; elle eft appellée quel- 
quefois Alioth , Allioth , Mirach , Micar , 
ou iJfqiirfuivant Bayer , dans fon Uranomé- 
trie. (M. DE LA LandE.) 

'* ALIBANIES,f f toiles de coton qu'on 
apporte en Hollande des Indes orientales , 
par les retours de la compagnie. 

ALIBI , f m. i^Jurifpr. ) terme purement 
latin , dont on a fait un nom françois , qui 
s'emploie en ftyle de procédure criminelle, 
pour fignifierra^/>/2Cé'^e/'t2i:cz{/>' par rapport 
au lieu où on l'accufe d'avoir commis le cri- 
me ou le délit : ainfi alléguer ou prouver un 
alibi , c'eft protefter ou établir par de bon- 
nes preuves , que lors du crime commis on 
etoit en un autreendroitqueceluioùil a été 
commis. Ce mot latin fignifie littéralement 
ailleurs. [H) 

* ALICA , efpece de nourriture dont il 
eft beaucoup parlé dans les anciens , & ce- 
pendant aftèz peu connue des modernes , 
pour que les uns penfent que ce foit une 
graine , & les autres une préparation alimen- 
taire ; mais afin que le ledeur juge par lui- 
même de ce que c'étoit que Valica , voici la 
plupart despalTages où il en eft fait mention. 
L'alica mondé , dit Celfe , eft un aliment 
convenable dans la fièvre : prenez-le dans 
l'hydromel , fi vous avez l'eftomac fort & le 
ventre refferré : prenez-le au contraire dans, 
du vinaigre & de l'eau , fi vous avez le ven- 
tre relâché & Feftomacfoible. Lib. III. cap. 
l'j. Rien de meilleur après la tifane , dit 
Aretée , lib. I , morb. acut. cap. x. IJalica 
& la tifane font vifqueufes , douces , agréa- 
bles au goût : mais la tifane vaut mieux, 
La compofition de l'une & de l'autre èiï 



ALI 

fimple ; car il n'y entre que du miel. Le 
chondrus ( & l'on prétend que alica fe rend 
en grec par x^vi'Mf) eft , îelon Diofcoride , 
une efpece d'épeautre qui vaut mieux pour 
î'eftomac que le riz qui nourrit davantage , 
& qui reirerre-L'aZ/carelIembleroit tout-à- 
fait au chondrus , s'il reflerroit un peu moins , 
dit Paul ^ginette:(il s'enfuit de cepaflàge 
de Paul TEginette , que V alica. & le chon- 
drus ne font pas tout-à-fait la même chofe.) 
On lit dans Oribafe que V alica eft un froment 
dont on ne forme desalimens liquides qu'a- 
vec une extrême attention. Galien eft de l'a- 
vis d'Oribafe , il dit poiitivement : '< l'alica. 
» eft un froment d'un fuc vifqueux & nour- 
» rifîant ». Cependant il ajoute : "la tifane 
» paroît nourriflante .. . mais Valica l'eft». 
Pline met Valica au nombre des fromens ; 
après avoir parlé des pains , de leurs efpeces, 
£'c. il ajoute : " Yalica fe fait de maïs ; on le 
» pile dans des mortiers de bois : on emploie 
7) à cet ouvrage des mal-faideurs : à la partie 
7} extérieure de ces mortiers eft une grille de 
}> fer qui fépare la paille & les parties groflie- 
j) res des autres : après cette préparation on 
y) lui en donne une féconde dans un autre 
j) mortier r). Ainfi nous avons trois fortes 
Valica , le gros , le moyen & le fin ; le gros 
s'appelle apliairema ; mais pour donner la 
blancheur à Valica , il y a une façon de le 
mêler avec la craie. Pline diftingue enfuite 
d'autres fortes dC alica , & donne la prépara- 
tion d'un alica bâtard fait de maïs d'Afrique ; 
& dit encore que Valica eft de l'invention 
des Romains, &que les Grecs euffent moins 
vanté leur tifane , s'ils avoient connu Valica. 
De ces autorités comparées.Saumaife conclut 
que Valica & le chondrus font la même cho- 
fe ; avec cette différence , félon lui , que le 
chondrus n'étoit que Valica greffier ; & que 
Valica eft une préparation alimentaire. On 
peut voir fa diftertation<^e Homonym. hylef. 
iatr. c. h'ij. 

ALIC AIRES , f. f. {Hifl. a;2c.) alicariœt 
On appelloit ainfi chez les Romains des fem- 
mes publiques , parce qu'elles fe tenoient 
tous les jours à leurs portes pour attirer les 
débauchés. On les nommoit aufTi projîibula , 
parce que les lieux infâmes qu'elles habi- 
toient , étoient appelles fiabuLi , & encore 
cellce ; ce qui les lit défigner par le nom de 
cellariœ. (G) 



ALI 99 

* ALIC ANTE , ville d'Efpagne au royau- 
me de Valence, & fur le territoire de Cégura. 
Elle eft fur la Méditerranée , & dans la baie 
de ce nom. Long, ij , 40 ; lat. 38 , 14.. 

'^ ALICATA, ville de Sicile dans une 
efpece d'iile près de la mer. Long. 3 1 , 37; 
lat. ^7, II. 

ALICATE , f. f ( Peint, en émail.) c'eft 
une efpece de pince dont fe fervent les émail- 
leurs à la lampe, & que les orfèvres & autres 
ouvriers appellentèrwre/Zé'j. K.Bruxelles. 
ALIDADE , f f ( Géom. ) On appelle 
ainfi l'index ou la règle mobile , qui partant 
du centre d'un inftrument aftronomique 
ou géométrique , peut en parcourir tout le 
limbe pour montrer les degrés qui marquent 
les angles , avec kfquels on détermine les 
diftances , les hauteurs , 6'<:. Ce mot vient 
de l'arabe oij il a la même fignification. En 
grec & en latin on l'appelle fouvent cT/o^tç* , 
dioptra, & encore lineafiducij;, ligne de foi. 
Cette pièce porte deux pinules, élevées per- 
pendiculairement à chaque extrémité. Kojei^ 
Pinules , Demi-cercle , ùc {£) 

Alidade , {Canon.) c'eft dans la machine 
àcannelerles canons de fufiljune efpece d'ai- 
guille qui fe meut fur le cadran de cette ma- 
chine , & qui indique à l'ouvrier, lorfqu'il a 
travaillé un des pans de fon canon , de com- 
bien il doit le tourner, pour que la cannelure 
qu'il va commencer foit aux autres dans le 
rapport demandé : pour qu'elle foit , par 
exemple , égale ou qu'elle loit double de 
celle qui précède. l^oye-{ l'article Chti C'a , 
pour i'ufage de cette pièce. 

ALIEATIQUE , fortede poids ancien- 
nement ulité en Arabie. P'oyei'PoivS. (G) 
ALIENABLE , adjed. ( JunfpruJence.) 
terme de droit, fe dit des chofes dont l'alié- 
nation eft permife : telles font toutes celles 
qui font dans le commerce civil. 

ALIÉNATION, (.(. {Jurifp.) eft un 
terme général qui figniiie tout aile par lequel 
on fe dépouille de la propriété d'un effet , 
pour la transférer à un autre. Telles font la 
vente , la donation , Ùc 

'L'Aliénation en généra! eft libre & permi- 
fe à tout propriétaire : cependant un mineur 
ne fauroit aliéner valablement fon bien fans 
y être autorifé par juftice. 'L'aliénation des 
terres de la couronne eft t oujours cenfée faite 
avec faculté perpétuelle de rachat. 

N 2 



loo ALI 

Le concile de Latran , tenu en 1 123 , de- 
fenà aux bénéficiés d'aliéner leur bénc'Hce , 
pi ébende ^ ou autre bien ec .-léfiaftique. 

Le bail emphytéotique eil une efpece d'a- 
liénation. 

Le bail à ferme de plus de neuf ans , pafTe 
aufTi pour aliénation. Voye\ BAIL. 

On tient cette maxime en droit , que qui 
ne peut aliéner, ne fauroit obliger. il-J) 

ALIES , {Hijl nat.) (êtes d' Apollon ou 
du Soleil , établies à Athènes. (G) 

ALIGNEMENT, f. m. eii la fituation de 
pUiiieurs objets dans une ligne droite. Voye^ 
Aligner. (O) 

ALIGNE^5ENT , terme d'Architecture. 
Lorfque les faces dedeux pavillons ou de deux 
bâtimens féparés à une certaine diftance l'un 
de l'autre , ont la même faillie , & font fur 
une même ligne droite , on dit qu'ils font en 
alignement. Donner un alignement , c'eft ré- 
gler par des réparations fixes le devant d'un 
mur de face fur une rue. Prendre un aligne- 
ment , c'elt en faire l'opération. (P) 

ALIGNER, V. aa. n'eil autre chofe, en 
général , que placer plufieurs objets de ma- 
nière qu'ils foient tous dans une même ligne 
droite ou dans un même plan. Voy. LiGNE, 
Plan , &f. 

On aligne oruinairement en plaçant des 
pions ou piquets, de manière qu'en mettant 
l'œil afiez près d'un de ces jalons, tous les 
autres qui fuivent lui foient cachés. (O) 

Aligner, terme d'ArcaitecIure ,ceik 
réduire plufieurs corps à une même faillie , 
comme dans la maçonnerie , quand on dref- 
fe les murs ; & dans le jardin-ige , quand on 
plante des allées d'arbres. Ils font alignés , 
îorfqu'enles bornoyant ils paroilfent à l'œil 
fur une même ligne. (P) 

Aligner , en .Tardinage , c'eft tracer fur 
le terrein des lignes par le moyen d'un cor- 
deau &: de bâtons appelles ya/o/zj-,, pour for- 
mer des allées , àes parterres, des bofquets , 
des quinconces &; autres pièces. 

Il faut être trois ou quatre perfonnes pour 
porter les jalons , les changer , les reculer 
îelon la volonté du traceur. On obfervera 
de fe placer à troii eu quatre pies au-deffus 
du jalon ^ & en fe baillant à fa hauteur dk 
formant un œil, m.ireravec celui qui eftour 
vertjtous les autres , de mainere qu'ils fe cou- 
■Vtenuous, fuivaii.t litéte du premier jaten, 



ALI 
& de ceux qui font pofés dans le milieu & i 
l'autre extrémité. On ne doit point parler 
en travaillant, fur-tout dans les grandes dif- 
tances où la voix fe perd aifément. Cer- 
tains lignes dont on conviendra fuffironc 
pour fe faire entendre de loin : par exemple , 
fi en alignant un jalon fur une ligne , il verfe 
du côté gauche, il faut montrer avec la main , 
en la menant du côté droit, que ce jalon doit 
être redrefié du côté droit : comme aufli pour 
le faire avancer ou reculer pour le mettre en 
alignement. Obfervez qu'il faut toujours en 
polerun à chaque bout de l'alignement , & 
les laifTer même long- temps pour faciliter le 
plantage des arbres. Voye^ Jalgn. 

Un jour de pluie & venteux empêche de 
bien aligner. On met du linge ou du papier 
pour difeerner les jalons , & fouvent on y 
appofe un chapeau pour les mieux décou- 
vrir. (/<:) 

ALIGNOUET, f m. inftrument de fer 
dont on fe fert dans la fabrication des ar- 
doifes. II a fon extrémité fupérieure quar— 
rée comme la tête d'un marteau ; il va 
toujours en diminuant comme un coin. Son 
extrémité inférieure fe termineroit en tail- 
lant, comme l'extrémité tranchante d'un 
cifeau , fi on y avcit pratiqué une en- 
taille , qui y forme deux pointes. Quand 
une pièce d'ardoife eft bien feparée de fon- 
ùanc , on la jette dans la foncée. Voye\ 
Banc& Foncée. On la fort de la carrière,. 
& la première opération , qui confille à la 
divifer par fon épaifleur, s'exécute avec la 
pointe. />^. Pointe. La pointe prépare une 
entrée à Valignouet. On place Yaligncuet 
dans l'entrée préparée par la pointe ; oa 
frappe fur Valignouet avec un pic moyen , 
& la féparation de la pièce d'ardoife fe fait. 
Voyei Pic MOYEN & ArîîOISE. 

ALILAT, nom fous lequel les Arabes 
adoroient la lune , ou , félon d'autres , la 
planète de 'Vénus, que nous nommons lief~ 
feras le foir , & pliofphorus le matin. 
^ ALIMENS , f m. pi. en Droit, figni- 
fient non-feulement la nourriture , mais auffi. 
toutes les autres néceffités de la vie , & 
fort fouvent même une penfion deftinée 
à fournir à quelqu'un ics befoins , qu'on 
appelle aulli par cette raifon/)f/z/zo«a///;7e«- 
taire. 

Air.fi l'on dit que les enfanf- doivent Les 



ALI 

(dimens à leurs père & mare , s'ils font en 
néceflicé , &: un père ou une mère à fes en- 
fans , même naturels : un mari eft obligé 
de nourrir & entretenir fa femme quand 
elle ne lui auroit point apporté de dot ; com- 
me la femme ell obligée de fournir des ali- 
mens à fon mari lorfqu'il n'a pas de quoi 
vivre : le beau-pere & la belle-mere font 
pareillement obligés d'en fournir à leur gen- 
dre & à leur bru ; &: le gendre & la bru à 
leur beau-pere ou leur belle-mere , tant que 
l'alliance dure. 

Le père n'eft pas obligé de fournir des 
alimens à un enfant qu'il cft dans le cas de 
déshériter ; ni l'aïeul à fes petits-enfans ii 
leur père s'eft: marié fans fon confentement, 
à moins qu'il n'ait fait les fommations rel- 
' peâueufes. 

Pour la faveur des alimens , il efl: défen- 
du de faire aucune fiî;uilation fur les re- 
venus à écheoir pour les éteindre ou les di- 
minuer ; on n'en admet point la compenfa- 
tion. Les conteftations pour caule à'uli- 
mens doivent être jugées fommairement , 
& le jugement qui intervient doit être exé- 
cuté nonobftant l'appel. Les alimens légués 
par teltament font ordonnés par provilion , 
fi l'héritier eft abfent nu qu'il diftere d'ac- 
cepter la fuccelFion. Quand le prince ac- 
corde des lettres de furféance , ils en font 
exceptés. Si les alimens ont éré légués juf- 
qu'à l'âge de puberté , elle eft réputée pour 
ce cas ne commencer qu'à dix-huit ans. 

C'eft aufîi en conféquence de la faveur 
que méritent les alimens , que le boulanger 
& le boucher , & autres marchands de four- 
nitures de bouche , font , dans quelques 
jurifdiâions , préférés aux autres créan- 
ciers. [H) 

Alimens ( les ) méritent une attention 
fmguliere dans la pratique de la médecine > 
car on peut les regarder , i^. comme cau- 
fes des maladies lorfqu'ils font ou vicieux 
ou pris en trop grande quantité : i". com- 
me remèdes dans les maladies , ou com- 
me faifant partie du régime que doivent 
tenir les malades pour obtenir leur guérifon. 
Des alimens conjidére's comme caufe de 
maladies. 
On peut confidérer dans les alimens leur 



quantité , ieur qualité , le temps de les pren- 



dre , les fuites des 



alimem mêmes. Tous 



ALI loï 

ces motifs peuvent faire envifager les ali- 
mens comme caufes d'autant de maladies , 
& tendent à prouver que ce n'eft pas fans 
raifon que les plus grands médecins infif- 
tent fi fort fur la diète dans la pratique or- 
dinaire de la médecine. 

I. La quantité trop grande des alimens 
devient la caufe de nombre de maladies. 
En effet, les alimens ^imzû'és dans l'eftomac 
en plus grande quantité qu'il n'en peut por- 
ter , caufent à ce vifcere un grand travail : 
la digeftion devient pénible , les deux ori- 
fices du ventricule fe trouvent fermés de 
manière que les alimens m peuvent en for- 
tir ; ce qui excite des cardialgies , des dou- 
leurs dans l'épigaftre , des gontlcr.-,ens des 
hypochondrcs , des fuifocations qui font 
plus grandes loifqu'on eft couché fur le dos 
& furie côté gauche ; parce que le diaphrag- 
me étant horizontal , le poids & la pléni- 
tude de l'eftomac l'emportent furla contrac- 
tion de ce mufcle , & le ventricule ne fe 
vuide que par des convulfions , fans avoir 
changé le tiftli des alimens ; ce qui caufe 
des diarrhées , des lienferies , & des coli- 
ques avec difl'enterie. S'il palfe dans les vaif- 
feaux ladées quelques parties de ces ali- 
mens indigeftes & non divilés , elles épaif- 
fiffent le chyle, comme nous l'allons voir. 

IL La qualité vicieufe des alimens pro- 
duit un effet encore plus dangereux : en fe 
digérant ils fe mêlent avec \^s humeurs à 
qui elles communiquent leur mauvaife qua- 
lité. Ces qualités font l'alkalefcence , l'aci- 
dité , la qualité rance , la vifcofité , &: la 
glutinofité ; toutes ces qualités méritent l'at- 
tention des praticiens , & font un des plus, 
grands objets dans les maladies. 

i*^. Tous les alimens tirés du règne ani- 
mal font alkalins ,. de même que toutes les 
plantes légumineufes & crucifères. Leschairs- 
des animaux vieux ou fort exercés font en- 
core plus alkalines. Lesfels volatils des par- 
ties des animaux s'exaltent de même que 
les huiles , &: produifent l'effet des alkalis 
volatils. Voyei AlkALî. 

2°. L'acidité des alimens eft occa/Ionnée 
parles fruits acides,Ies herbcs^lcs fruitsd'été,, 
les boiftons acides, le lait , les vins acides., 
l'efprit-de-vin , la bière & enfin toutes las, 
fubftances où l'acide domine. Cette acidité 
t produit des maladies dans, ceux où les-orga.- 



102- ALI 

nesfont tropfoibles pourdénaturer ces acides, 

&empécherleiirefFetpernicieux. F.AciDE. 

^^•. La qualité rance des alimens eft fur- 
tout remarquable dans les chairs falées , le 
lard , les graifîes trop vieilles , de même 
que les huiles ; elle elt auffi produite par le 
féjour trop long de ces alimens dans l'efto- 
mac fans être digért's. Elle produic les mê- 
mes maladies que l'akaîicité des humeurs , 
& demande les mêmes remèdes. 

4^. L'acrimonie muriatique eft produite 
par les alimens fale's , les poillôns , les chairs 
falées , la grande quantité de fel dans les 
alimens , & leur aflaifonnement de trop 
haut goût : la quantité des épiceries & aro- 
mates engendre des maladies qui dépen- 
dent de l'acrimonie m.uriarique , telles que 
!e fcorbut des pauvres & des gens de mer , 
& le fcorbut des gens oififs , & fur-tout 
des riches & des gens de lettres. Voye^ 
Scorbut & Acrimonie. 

5*^'. La vifcorité& la glutinofité fc trou- 
vent dans les alimens durs , tenaces , com- 
pafbs , dont le fuc eft muqueux , vifqneux 
& comme de la colle ; telles font les viandes 
dures , les extrémités des animaux , les peaux, 
Jes cartiLiges , les tendons ; telles font les 
plantes légumineufes, les fèves & les pois, les 
févesde marais, 6'c. Cette vifcoiitc produitles 
maladies de l'épaiffiftement & de la vifcolité 
des humeurs ; l'obftruâion des petits vaif- 
feaux , les flatuofités, les coliques venteufes 
& fouvent bilieufes avec diarrhées. 

Islûs ces dilïl'rences fortes â'alimens ne 
produifent ces efiets qu'à raifon de leur 
trop grande quantité ou de la dilpo'ition 
particulière du tempérament : d'ailleurs le 
défaut de boifiba fufSfante ou même le 
trop de boillon fervent encore à diminuer 
les forces ces organes de la digeftion. 

III. Le temps de prendre les alimens influe 
fur leur altération. Si on les prend lorfque 
l'eftomac eft plein & chargé de crudités ou 
de falure , ils ne fervent qu'à l'augmenter : 
lorfque l'eftomac eft vuide , & leur quantité 
immodérée ou leur qualité vicieufe , ils ne 
peuvent produire que des etfets pernicieux. 

Si on mange après une grande évacuation 
de fang , de femence , ou de quelqu'autrè 
humeur, la digeftion devient difficile àcaufe 
de la déperdition des efprits animaux. 

Lorfque l'on mange dans le temps de la 



ALI 

fièvre ', alors les fucs digeftifs ne peuvent 
fe féparer par i'érétifme & la trop grande 
tenfion des vifceres ; il fe forme un nou- 
veau levain qui entretient & augmente ce- 
lui de la fièvre. 

La cure des maladies dont la caufe eft 
produite par les alimens, fe réduit à enlever 
la falure qu'ils ont formée , à empêcher la 
régénération d'une nouvelle , & à fortifier 
l'eftomac contre les effets produits, ou parla 
quantité ou par la qualité des alimens. 

Le premier moyen coniifte à employer 
les émétiques : fi l'eftomac eft furchargé , 
félon la nature & la force du tempéra- 
ment y l'émétique eft préférable aux pur- 
gatifs ; d'autant que ceux-ci mêlent une 
partie de la falure dans le fang , & que l'é- 
métique l'emporte de l'eftomac & purge 
feul ce vifcere de la façon la plus efficace. 
Cependant c'eft au médecin à examiner les 
cas , la façon & les précautions que demande, 
l'émétique. 

Le fécond moyen confifte à empêcher 
la falure ou les crudités de fe former de 
nouveau ; les remèdes les meilleurs font 
le régime & la diète qui confifte à éviter 
les caufes dont on a parlé ci-defliis : ainfi 
on doit changer la quantité , la qualité des 
alimens , & les régler félon les temps indi- 
qués par le régime. Voje'i RÉGIME. (2V) 

* Si certains alimens très-fains font , par 
la raifon qu'ils nourrifîent trop , des alimens 
dangereux pour un malade , tout aliment 
en général peut avoir des qualités ou con- 
traires ou favorables à la far.té de celui qui 
fe porte le mieux. Il feroit peut-être très- 
difficile d'expliquer phyiiquement comment 
cela fe fait , ce qui conftitue ce qu'on appel- 
le le tempérament n'étant pas encore bien 
connu ; ce qui conftitue la nature de tel 
ou tel aliment ne' l'étant pas aftezjui par 
conféquent le rapport qu'il peut y avoir 
entre tels & tels alimens & tels & tels tem- 
péramens. Il y a des gens qui ne boivent 
jamais de vin , & qui fe portent fort bien J 
d'autres en boivent , & même avec excès , 
& ne s'en portent pas plus mal. Ce n'eft 
pas un homme rare qu'un vieil ivrogne : 
mais comment arrive-t-il que celui-ci 
feroit enterré à l'âge de vingt-cinq ans ,s'il 
faifoit même un uiage modéré du vin , & 
qu'un autre qui s'enivre tous les jours par- 



À L I 

vienne à l'âge de quatre-vingts ans ? Je n'en 
fais rien ; je conjeâure feulement que l'hom- 
me n'étant point fait pour pafTer fes jours 
dans l'ivrefTe , & tout excès étant vraifem- 
blablement nuifible à la fanté d'un homme 
bien conflitué, il faut que ceux qui font ex- 
cès continuel de vin fans en être incommo- 
dés , foient des gens mal conftitués , qui ont 
eu le bonheur de rencontrer dans le vin un 
remède au vice de leur tempérament , & 
qui auroient beaucoup moins vécu s'ils 
avoient été plus fdbres. Une belle queftion à 

iîropofer par une académie , c'eft comment 
e corps fe fait à des chofes qui lui femblent 
très-nuifibles : par exemple, les corps des 
forgerons , à la vapeur du charbon, qui ne 
les incommode pas , & qui efl: capable de 
faire périr ceux qui n'y font pas habitués ; & 
jufqu'où le corps fe fait à ces qualités nuifi- 
bles. Autre queftion, qui n'efl ni moins in- 
téreffante ni moins difficile , c'efl la caufe 
de la répugnance qu'on remarque dans quel- 
ques perfonnes pour les chofes les meilleures 
f;d'un goût le plus général ; Scelles du goût 
qu'on remarque dans d'autres pour les cho- 
fes les plus m.al-faines &: les plus mauvaifes. 
Il y a félon toute apparence, dans la na- 
ture , un grand nombre de loix qui nous font 
encore inconnues, & d'où dépend la folu- 
fion d'une multitude de phénomènes. Il y a 
peut-être auffi dans les corps bien d'autres 
qualités ou fpécifiqucs ou générales, que cel- 
les que nous y reconnoiffons. Quoi qu'il en 
foit , on fait par des expériences incontefta- 
bles , qu'entre ceux qui nous fervent à'alî- 
mens , ceux qu'on foupçonneroit le moins de 
contenir des œufs d'infeftes , en font impré- 
gnés , & que ces œufs n'attendent qu'un ef- 
tomac , & , pour ainfi dire , un four propre à 
les faire éclorre. Vojei Mém. de l' Acad. 
ly^o, page 217 ,• Si Hift. de l'y] Cad. ijoj^p. 
9, où M. Homberg dit qu'un jeune homme 
qu'il connoifToit , & qui fe portoit bien , 
rendoit tous les jours par les felles depuis 
quatre ou cinq ans une grande quantité de 
vers longs de 5 ou 6 lignes , quoiqu'il ne man- 
geât ni fruit ni falade , & qu'il eût fait tous 
îes remèdes connus. Le même auteur ajoute 
que le même jeune homme a rendu une fois 
ou deux , plus d'une aune& demie d'un ver 
plat divifé par nœuds : d'où l'on voit , con- 
clut l'hiltorien de l'Académie j combien il 



ALI rojf 

y a d'œufs d'infeûes dans tous les alimens. 

M. Lemery a prouvé dans un de fes mé- 
moires, que de tous lesalimeiis , ceux qu'on 
tire des végétaux étoientlesplus convenables 
aux malades , parce qu'ayant des principes 
moins développés, ils femblent être plus 
analogues à la nature. Cependant le bouilloa 
fait avec les viandes efl la nourriture que l'u- 
fage a établie , & qui pafTe généralement 
pour la plus faine & la plus nécelîaire dans 
le cas de maladie , où elle eîl prefcue tou- 
jours lafeule employée : mais ce n'efi que par 
l'examen de fes principes qu'on fe peut ga- 
rantir du danger de la prefcrire trop forte 
dans îes circonlîances où la diète efl quel- 
quefois le feiil remède ; ou trop foible , lorf- 
que le malade exténué par une longue mala- 
die a befoin d'une nonrriture augmentée par- 
degrés pour réparer fes forces. Voilà ce qui 
détermina M. Geoffroy le cadet à entrepren- 
dre l'analyle des viandes qui font le plus d'u- 
fige , & ce qui nous détermine à ajcater 
ici l'analyfe de la fienne. 

Son procédé général peut fe difiribueren 
quatre parties : 1°. par la fimple dillillation 
au bain-marie, Ik fans addition, il tire d'u- 
ne certaine quantité , comme de quatre on- 
ces d'une viande crue , tour ce qui peut s'en 
tirer : 2^. il fait bouillir quatre autres onces 
de la même viande autant & dans autant 
d'eau qu'il faut pour en faire un ccnfommé, 
c'eft-à-dire , pour n'en plus rien tirer ; après 
quoi il fait évaporer toutes les eaux où la 
viande a bouilli, &: il luirefle un extrait auili 
folide qu'il puillë être, qui contient tous les 
principes de la viande, dégagés de flegme & 
d'humidité: 3°. il analyfe cet extrait , Ôcfé- 
pare ces principes autant qu'il eft poïïible : 
4". après cette analyfe il lui refle encore de 
l'extrait une certaine quantité de Hbresde la 
viande très-deiTéchées, il les analyfe aufîî. 

La première partie de l'opération efr en- 
quelque forte détachée des trois autres , par- 
ce qu'elle n'a paspour fujet la même portion 
de viande, qui eiî le fujet des trois dernières. 
Elle efl: néccflaire pour déterminer combien 
il y avoir de flegmedanslaportionde viande 
qu'on a prife;ce que les autres parties del'opé- 
ration ne pourroient nullement déterminer. 

Ce n'efl: pas cependant qu'on ait par-là- 
tout le flegmàC , ni un flegme abfolunient pur*, 
il y en a q^uelques garties que le bain-marie:- 



I04 ALI 

n'a pas la force d'enlever, parce qu'elles font 
trop intimement engagées dans le mixte ; & 
ce qui s'enlève eft accompagné de quelques 
fels volatils , qui fe découvrent par les épreu- 
ves chymiane5. 

La chair de bœuf de tranche , Gnsgraif- 
fe, fnnsos, fans cnrriliages ni n-,embranes, 
a donné les principes fuivans : de quatre on- 
ces mifes en diiHllation au bain-marie , fans 
aucune addition , il eft venu z onces 6 gros 
36 grains de flegme ou d'humidité qui a pafTé 
dans le récipient. La chair reftée feche dans 
la cornue s'eît trouvée réduite au poids d'une 
once I gros 36 grains. Le flegme avoit l'o- 
deur de bouillon. Il a donné des marques de 
fel volatil en précipitant en blanc la diffolu- 
tjon de mercure fublimé corrofif ; & le der- 
nier flegme de la diftillation en a donné des 
liarques encore plus fenlibles en précipitant 
une plus grande quantité de la même diflb- 
lution. Lâchait defléchée quipefoit i once 
I gros 36 grains , mife dans une cornue au 
fourneau de réverbère , a d'abord donné un 
peu de flegme chargé d'efprit volatil , qui pe- 
foit I un gros 4 grains ; puis 3 gros 46 grains de 
fel volatil £c d'huile fétide qui n'a pu s'en fé- 
parer. La tête-morte pefoit 3 gros 30 grains : 
c'étoit un charbon noir , luilant & léger , 
qui a été calciné dans un creufet à feu très- 
violent. Ses cendres expofées à l'air fe font 
humedées, & ont augmenté de poids : leifi- 
vées, l'eau de leurlefîive n'a point donné de 
marques delel alkali , mais de fel marin. En 
précipitant en blanc la diffolution du mer- 
cure dans l'efpritde nitre, elle n'a caufé au- 
cun changement à la diflblution du fublimé 
corrofif, il ce n'eft qu'après quelque temps de 
repos il s'eft formé au bas du vaifleau une 
efpece de nuage en forme de cojgtdum léger. 
Or nous ne connoifTons jufqu'à préfent que 
les fels qui font de la nature du fel ammo- 
niac , ou le fel marin, qui précipitent en 
blanc la diffolution du mercure par l'efprit 
de nitre, & feulement les terres abforbantes 
animales qui précipitent légèrement la dilîb- 
lation du fublimé corrofif. 

Quatre onces de chair de bœuf féchée au 
bain-marie, enfuite arrofée d'autant d'efprit- 
de-vin bien reflifié &: laiflée en digeftion pen- 1 ce qui pourr 
dant un très-long-temps , n'ont donnéà l'ef- [ d'être un fel 



ALI 

couleur qu'il a prife étoit touffe , & fon odeur 
étoit fade. L'huile de tartre mêlée avec cet 
efprit, en a développé une odeur urineufe 'y 
fon mélange avec la difiblution de mercure 
par ! 'efprit de nitre a blanchi ; il s'y eft fait un 
précipité blanc jaunâtre; puis cette liqueur eft 
devenue ardoifte , à caufe du fel ammoniac 
urineuxdontl'efpritde-vins'étoitimbuL'ef- 
fai de cet efprit-de-vin , mêlé avec la difiblu- 
tion du fublimé corrofif, a produit un précipi- 
té blanc qui eft devenu un peu jaune : la pré- 
cipitation ne s'eft faite dans le dernier cas que 
par le développement d'une portion du fel 
volatil urineux , qui a paffé dans l'efprit-de- 
vin avec le fel ammoniacal. 

Qiiatie onces de chair de bœuf ayant étë 
cuites dans un vaiffeau bien fermé avec trois 
chopiues d'eau , & la cuifîon répétée fix fc'îs 
avec pareille quantité de nouvelle eau , tous 
les bouillons mis enfemble , & les derniers 
n'ayant plus qu'une odeur de veau três-légere, 
on les a fait évaporer à feu lent ; on les a filtrés 
vers la fin de l'évaporation pour en leparer 
une portion terreufe , de il eft refté dans le 
vaifleau un extrait médiocrement folide qui 
s'humeâoit à l'air très-facilement , & qui 
s'eft trouvé pefer i gros 56 grains , c'eft-à- 
dire , que quatre onces de bœuf bouilli don- 
nant I gros 56 grains d'extrait , une livre de 
femblable bœuf eût donné 7 gros 8 grains de 
pareil extrait ; plus 11 onces 16 gros 64 grains 
de flegme , & 3 onces 2 gros de fibres dépouil- 
lées de tout fuc. On conçoit que ce produit 
doit varier félon la qualité du bœ-uf. Au 
refte , le bouillon fait d'une bonne chair de 
bœuf, dénuée de membranes , de tendons , 
de cartilages , ne fe met prefque jamais en 
gelée : j'entends par^f/eeunemaffe claire & 
tremblante. 

L'extrait de bœuf qui pefoit i gros 5 6 grains 
analyfé, à fourni i gros i grains de fel volatil 
attaché aux parois du récipient , non en ra- 
mifications , comme ordinairement les fels 
volatils, mais en cryftaiix plats , formés pour 
la plupart en parallélipipedes.L'efprit&; l'hui- 
le qui font venus enfemble aprèb lo fe! volatil, 
pelbient 38 grains. Le fel fixe de tartre , mêlé 
avec ce fel volatil,a paru augmenter fa force, 
oit faire foupçonner ce dernier 
ammoniacal urineux. La tête- 
prit-de-vin qu'unefoible teinture: l'efprit n'en | morte ou le charbon refté dans la cornue, 
3 détaché que quelques gouttes d'huile ; laJ étoit très-raréfié &: très-léger; il ne pefoitplus 

que 



ALI 

que fix grains: fa lelhve a précipité en blanc 
la dilToIution de mercure, comme a fait la 
leffive de la cendre de chair de bœuf crue 
dont j'ai parlé ci-delfus. Les 6 gros 36 grains 
de la mallb des fibres de bœuf deiféchées, 
analyfées de la même façon , ont rendu 2, gros 
d'un fcl volatil de la forme des fels volatils 
ordinaires , & qui s'eft attaché aux parois du 
récipient en ramifications, & mêlé d'un peu 
d'huile féàdeaflêzépaifle, mais moinsbrune 
que celle de l'extrait qui a été tirée du bouil- 
lon. L'efpiit qui étoit de couleur citrine, 
féparé de fon huile , .1 pefé 36 grains , la téte- 
morte pefoit un gros 60 grains. 

La leiïive qu'on a faite après la calcina- 
tion n'a pu altérer la diflblution du mercure 
par l'erpric de nitre , parce que lorfqu'on a 
anal/fé ces fibres de bœuf defféchées, elles 
étoient déjà dénuées, non-feulement de tout 
leur fel eilêntiel ammoniacal , mais encore 
de leur fel fixe , qui eft dénature de fel ma- 
rin, pui qu'elles ontpafiépour la plus grande 
Îiartie avec les huiles dans l'eau pendant la 
ongue ébuUition de cette chair. Cette lefTive 
a feulement teint légèrement de couleur d'o- 
pale la difiblution du fublimé corrofif ; preu- 
ve qu'il y relloit encore une portion huileufe. 
On fait que les matières fulfureufes précipi- 
tent cette diflblutionen noir, ou plutôt en 
violet foncé , dont la couleur d'opale eft un 
commencement. 

On connoît donc par l'analyfe de l'extrait 
des bouillons , qu'il paffe dans l'eau pendant 
l'ébullition de la chair de bœuf, un fel am- 
moniacal qu'on peut regarder comme le fel 
cffentiel de cette viande ; & qui paroît dans 
la diftillation de l'extrait fous une forme dif- 
férente de celui qu'on retire de la chair lorf- 
qu'on la diftille crue. 

M. Geoffroy a fait les mêmes opérations 
fur la chair de veau , celle de mouron , celle 
de poulet, de coq , de chapon , de pigeon , 
defaifan, de perdrix, de poulet-d'inde ; & 
voici la table du produit de fes expériences. 

Chxir dehœuf crue , diftillée aubain-marie. 

Eau PREMIERE. 



ALI 

Extrait de haeuf bouilli. 
Quatre onces de bœuf ont donne 



Oxc. 



Grat, Gr. 



d'extrait 



Les fibres féchées 
Total . 



»« 
î* 



Eau tire'e par le bain- marie . 

A quoi il faut ajouter un (ècond 
flegme , que le baiu-marie n'a pu 
enlever ..... 

Total de l'humidiré (]ui fe trouve 
contenue depuis quatre onces de 
chair de boeuf, 1 onces 7 gros 
5 1 grains. 

Total . T 



$«■ 



le 



Poids des majfes de la. chair de 
bixufpour une livre. 

Une livre de leize onces contiendra 



En eau .... 
En extrait . . 
Fibres fcchées 


II 


1 


Total . 


16 




Analyfe de V extrait de quatre 
onces de boeuf qui ont produit 
un gros 56 grains. 

Sel volatil 

Huile & efprit 

Tête - morte ou charbon 




I t 


Perte .... 




19 


Total . 




I ÎO 



Analyfe de fx gros trente-fix 
gruins de fibres deffcclu'es. 
Sel volatil 
Ifprit volatil . 
Tête - morte ou charbon 
Perte .... 


t 

I 60 

2. Il 


Total . 


6 36 



Quatre onces de chair de bœuf ont 

donné de première humidité 
Bccufféché au bain- marie 



Onc.Cros.Cr- 



Total 



Tome JI. 



1 


6 


36 


I 


I 


36 


4 



Chair de veau crue. 

Eau PREMIERE. 

Quatre onces de cette chair ont 

donné de première humidité 
Veau féché au bain-marie . 

Total . 

Extrait de veau. 

Qiiatre onces de veau ont produit 
d'extrait .... 
Les fibres féchées . 
Eau par le bain-marie 

Total . 

o 





1 


6 


H 




I 


l 


I S 




4 






uit 








. 




1 


30 


. 




î 


6'. 




l 


6 


î + 




3 


7 


2, 



ïo6 



A L I 



A quoi il faut ajouter un fécond fleg 
me que le bain-marie n'a pu enle 
ver, ou la perte. 

Total . 

Eau de la première évaporation 

Eau de la féconde évaporation . 

Total . 

Poids des maffes de la chair de 
reau pour une lipre. 

Une livre de icize onces contiendra 
Ln eau . 
En extrait 
Fibres léchées. 

Total . 

Analyfe de l'extrait de â^ once s 
de t'cau , xgros , ^ograins. 
Sel volatil ( 

^ Huile & efpritj 

Tête-morte 
Perte . . . . 

Total . 



One. Gros. Cr- 







•70 


4 


1 


6 


54 

70 


2. 


7 


5i 



1 1 


6 


64 


I 


I 


48 


2. 


7 


? 1 


16 



Jû 



I 


6e 


I 


37 


1 


iS 




15 


s 


6 1 



Analyfe de cinq gros 61 grains 
défibres de l'eau dejféchées. 

Sel volatil 
Huile & efprit 
Tète- morte . 
Perte 

Total . 



Chair de mouton dijlillée au 
bain-marie. 

Eau PREMIERE. 

Quatte onces de cette chair ont 

donné de première humidité . r (î 30 

Mouton léché au bain-marie . i i 4- 

Total . . 4 

Ex trait de mouton bouilli. 

Quane onces de mouton ont pro- 
duit 15^ 

Fibres féchées . . .. y ' 60 

Eau par le bain marie . z 6 1.0 

Total . 
A quoi il faut ajouter un feeond flcj;; 
me nue le bam-maric n'a pu eaie 
ver ..... 

Total . 

Poids de maffes pour une livre. 
\.i\s livie de !-i^e onces c^nti.-ndra 

Lu eau . . . . ti 5 31 





3 


7 


4 


T. 

-> 














6T 


4 



A L I 

Ln extrait 
Fibres féchées . 

Total . 

Analyfe de l'extrait de 4 onces 
de mouton , 2 gros 5 8 grains. 
Sel volatil 
Huile Si. efprit 
Tête-motte 
Perte. . 

Total . 

Analyfe de 5 gros 60 grains de 

fibres dejfe'diées. 
Sel volatil & huile inséparable 

Elprit . 

Tète-motte . 

Perte 

Total . 



One. Gras. Qr. 
I 3 i(î 

i 7 14 



16 


S 


I 






z 


4 




1 


58 


'e 


3 


II 
1+ 


• 


1 


î4 



5 60 



Chair d'agneau : une liire de 

chair fans graijfe. 
Extrait diJîdcile à kvhcr & toujours 

humide . . . . . r I ;>> 



Poulet : chair é' oj- , 9 onces 4 

gros 48 grains. 

£iu .... 

Extrait .... 

Fibres ehaiiiues & os léchés après 

l'extrait ..... 



44 
3^ 

45 



Total . 

Analyfe de 7 gros 36 grains 
d'extrait de poulet. 

Efprit, huile & flegme 
Sel volatil & huile . 
Tête- morte 
Perte .... 


9 4 

4 

1 


4* 
M 


Total . 


7 


.it 


Analyfe des fibres defféchées du 
poulet., 6 gros 18 grains. 

Llpru Si huiie cpaillb 

Sel volatil 

Tête morte . 

Perte .... 


3 
I 
I 


34 

6 

50. 


Total . 


6 


18 


Analyfe des os de poulet après 

l'cbullition , 3 gros g grains. 
Liprit, huile & lel volatil 

Tête- morte . 

Perte .... 


1 


8 

4 



Tot-il 



AL I 

Onc, Gros. 
Vieux cog ,pefant i litres 2 on- 
ces 6 gros. 
Extrait gélatineux ("ec . . . 4. 7 



pigeons de volière : deux pi- 
geons pefartt ii^onces. 

Extrait folide en tablettes 



Perdrix: deux vieilles perdrix, 

pefjjit i livre Z onces 5 gros. 
Extrait h\i l.'uxou gas & hiiiniie 



Fouler d'Inde : un poulet d'In- 
de , pefant 9 litres. 

Extrait gras & huileux , cjuoi']u'en 
t^blett°s ..... 



Cr. 



66 



Chapon:chairdechapondcgraif- 
fé, 1 1. % once s, Zgros, ^8 grains. 

Extrait difficile à (ccher . 



?? 



Faifan : chair de faifan pefant 
2 livres avec Les os. 



Extrait mou ..... 


1 


4 


16 


Fibres (echées avec les os 


9 


1 


u 


Eau 


10 


1 


«•4 


Total . 


:!! 






^nalyfe dejîmple chair de fai- 








fan , 4. onces. 








Eau .... 


1 


6 


16 


Efprit & huile 




4 




Sel volatil 




1 


^C 


Tête-morte . 




1 


4S 


• P^te .... 






14 


Total , 


4 






Analyfe de V extrait de faifan , 








I gros 5 6 grains. 








Elprit & huile 






46 


Sel volatil 






îé 


Tcte-morte v 






<6 


Perte .... 






V 


Total . 




1 


V' 


Fibres fe'che'e s de faifan fans os, 








6 gros ^6 grains. 








Efprit , fel volatil , &c huile épaifle . 




T 


10 






I 


]i 


l'eite .... 






14 


Total . 




a 


'6 



43 



A L I 

Coeurs de veaux. 
Dv'ix cœuis lie veaux , peiant onze 
oncîs quatre gros , ont rendu 
d'extrait qui n'a pu fe mettre en 

gelée , ni fe fécher . 



Onc.Cros.Cr, 



î 63 



Foie de veau : un foie pefant 2 
livres 7 gros. 

Extrait qui s'hiini-r,,, r . . . i J 60 



Pie de veau : /mit pies pefant 6 
livres 8 onces. 

Eaux . . , , ,1 \[y, ç 

Extrait gommeux & (ce . . 8 

Os humides au fortir du bouil- 
lon , avec cartilages . .1 13 

Total . 6 8 



4Î 
17 



Analyfe d'une once d'extrai 
gommeux &fec de pies de veau. 

Elprit Se huile 
Sel volatil 
Téte-niottc . 
Perte . 

Total . 



1 i8 
19 



Macreufes : deux macreufes du 
poids de 2 livres 7 onces. 

Extrait Iblide qui s'humecte 

au changement de', f-emps i llv. 



^e 



Les dofes d'extraits marquées dans ces 
tables, mettent en état de ne i^lus faire au 
hafard des mélanges de difFéientes viandes 
fans favoir précifément ce qu'on y donne ou 
ce qu'on y prend de nourriture. 

Ces dofes font les dofes extrêmes , c'eft-à- 
dire, qu'elles fuppofent qu'on a tiré de la 
viande tout ce qui pouvoit s'en tirer par l'é- 
bullition. Mais les bouillons ordinaires ne 
vont pas jufque-Ià , & les extraits qui en 
viendroient Àjroient moins forts. M. Geof- 
froy en les réduifanc à ce pié ordinaire , 
trouve qu'on a encore beaucoup de tort de 
craindre , comme on fait communément , 
que les bouillons ne nourrifTent pas affez les 
malades. ^ La médecine d'aujourd'hui tend 
afliîz à rétablir la diète niifteredes anciens, 
mais elle a bien de la peine à obtenir fur ce 
point une grande founiifîîon. t 

ALIMENT, f. m. [Phyfokgie.) efttout 
ce qui peut fe diffbudre & fe chaneer en 
chyle par le moyen de la liqueur ftcmachale 

O 2 



io8 ALI 

& de la chaleur naturelle , pour être enfuite 
converti en fang & fervir à l'augmentation 
du corps ou à en réparer les pertes conti- 
nuelles. Foye;^ Nourriture, Chyle, 
Sang, Nutrition, &f. Ce mot eft la- 
tin , & vient du verbe alere , nourrir. 

Les premiers hommes ignoroient les ver- 
tus des viandes , des fruits , des plantes, des 
bétes fauvages, de l'eau froide, &c. ils ont 
par conféquent dû faire bien des tentatives 
à leurs dépens. Tel aliment qui convient à 
un corps robufîe, dérange, détruit un fujet 
foible & délicat : ce qui eÛ fain dans un 
climat froid, ne l'efl pas dans un pays chaud. 
Savoic-on tout cela autrefois ? On ufoit de 
chofes dangereufes, parce qu'elles étoient 
inconnues , & cela arrive encore aux navi- 
gateurs dans les pays lointains. On fait que 
les foldats d'Antoine furent obligés en Af- 
fyrie de manger les racines qui fe rencon- 
troient ; il s'en trouva de vénimeufes qui 
les firent tomber dans le délire , au rapport 
de Plutarque ; & Diodore de Sicile raconte 
que les Grecs à leur retour de l'expédition 
de Cyrus, fc nourrirent pendant 24 heures 
dumieldelaColchide. Boerh. comment.{L) 

Aliment du ¥EV,pabulum iqnis , figni- 
fietoutce qui fort à nourrir le feu, comme 
le bois, les huiles, & en général toutes les 
matières gralTes & fulfureufes. Voye^YY-V 
& Chaleur. (O) 

ALIMENTAIRE, adj, {Phy/Jologie.) ce 
qui a rapport aux alimens ou à la nourritu- 
re. Z^qyq Nourriture, £y. 

Les anciens médecins tenoient que cha- 
que humeur étoit compofée de deux parties; 
une alimentaire , & une excrémentitielle. V. 
Humeur & Excrément. 

Conduit alimentaire , eilun nom que 
Tyfon & quelques auteurs donnent à cette 
partie du corps , par où la nourriture palfe _ 
depuis qu'elle elt entrée dans la bouche juf- 
qu'à la fortie pas l'anus , & qui comprend le 
gofier, l'eftomac, les inteftins. Voyc^ Es- 
tomac , ùc 

Morgagni regarde tout le conduit alimen- 
taire {qui compncnà î'eftomac , les inteftins , 
& les veines laftées ) comme formant une 
jfeule glande , qui eil de la même nature , 
qui a la même ftruûure & les mêmes ufages 
que les autre» glaades du corps. Voye^ 
Glande. 



A L I 

Chaque glande a fes vaiflèaux difFérens , 
fecrétoires & excrétoires , & auffi fon réfer- 
voir commun , où la matière qui y eft ap- 
portée reçoit fa première préparation pat 
voie de digeftion, £v. 

Dans cette vafte& importante glande que 
forme le conduit alimentaire, le gofier & l'œ- 
fophage font le vaillèau déférent; l'eftomac 
efile réfervoir commun; les veines laflées 
font les vaiflèaux fecrétoires , autrement les 
couloirs ;& les inteftins depuis le pylore ju(- 
qu'à l'anus , font le canal excrétoire. Ainh 
les fondions de cette glande , comme de 
toutes les autres, font principalement qua- 
tre ; favoir , la folution , la féparation , la fe- 
crétion , & l'excrétion. 

Conduit alimentaire , s'entend auflî quel- 
quefois du canal thoracliique. Voye\ Tho- 
RACHIQUE. (/) 

Zo/ Alimentaire, (Juny^r.) étoit une 
loi chez les Romains qui enjoignoit aux en- 
fans de fournir la fubfiftance à leurs père & 
mère. V. AlimeN-S. {H) 

Alimentaires , adj. pris fubft. ( Hift. 
anc.) nom que donnoientles Romains à de 
jeunes garçons & de jeunes filles qu'on éle- 
voit dans les lieux publics , comme cela fe 
pratique à Paris dans les hôpitaux de la Pitié , 
des Enfans-rouges , &<:. Ils avoient comme 
nous des maifons fondées où l'on élevoit & 
nourrifloit des enfans pauvres & orphelins de 
l'un & de l'autre fexe> dont 1-a dépenfe fe 
prenoit ou furie fifc ou fur des revenus cer- 
tains laiflés par teftament à ces établifTe- 
mens, foit par les empereurs , foit par les 
particuliers. On appelloit les garçons û///ne/2- 
tariipueri, & Its^Ws'i alimentarice puellce. 
On les nommoit aufli fouvent du nom des fon» 
dateurs & fondatrices de ces maifons. Jules 
Capitolin , dans la vie d'Antoninle Pieux, 
rapportequece prince établit une maifon en 
faveur des filles orphelines, qu'on appella 
Fauftiniennes, Faujîiniance , du nom de l'im- 
pératrice époufe d'Ànronin ; & félon le même 
auteur , Alexandre Severe en fonda une autre 
pourdesenfans de l'un & de l'autre fexe,qu'on 
nomma ALimmeens , & Mammc'ennes du 
nom de fa m. ère Mammée : Fuellas & pue~ 
ros , quemadmodum Antonius Faujiinianas. 
injli tuera t, Mammaanas Ù Mammceanos 
inflituit. Jul. Capitol, ia Anton. & Sev. (G) 
A LINEA , {Grumn2.)c'Qa-i'd'iie, in. 



ALI 

eipe à lined , commencez par une nouTelle 
ligne. On n'écrit point ces deux motsa/ ne < , 
maib celui qui didfie un difcours où il y a di- 
vers fens détachés , après avoir diûé le pre- 
mier fens , dit à celui qui écrit : puncJiim . . . 
à //«ftl/c'eft-à-dire, terminez par un point 
ce que vous venez d'écrire , laiflèz en blanc 
ce qui refte à remplir de votre dernière ligne ; 
quittez-la , finie ou non finie , & commen- 
cez-en une nouvelle , obfervant que le pre- 
mier mot de cette nouvelle ligne commence 
par une capitale, & qu'il foit un peu rentré 
en dedans pour mieux marquer la réparation 
ou diltindion du fens. On dit alors que ce 
nouveau fenseft a lined , c'eft-à-dire , qu'il eft 
détaché de ce qui précède , & qu'il com- 
mence une nouvelle ligne. 

Les à Uned bien placés contribuent à la 
netteté du difcours. Ils avertirent le lecteur 
de la diltindion du fens. On ell plus difpofé 
à entendre ce qu'on voit ainfi féparé. 

Les vers commencent toujours à lined èc 
par une lettre capitale. 

Les ouvrages en profe des anciens auteurs 
font diftingués par des d lined , cotés à la 
marge par des chiffres: on dit alors numéro 
î , i , 3 , (S'c. on les divife auffi par chapitres , 
en mettant le numéro en chiffre romain. 

Les chapitres des Inllicutes de Juftinien 
font aulli divifés par des d lined , & le fens 
contenu d'un d lined à l'autre s'appelle para- 
graphe , & fe marque ainfi §. {F) 

* ALIPHE , ville d'Italie au royaume de 
Naples , dans la terre de Labour , près de 
Voiturne. 

* ALIF T^ , f. m. pi. ( mjl. anc. ) du 
grec Àhii(pa , je frotte , nom des officiers char- 
gés d'huile & de frotter les athlètes , fur-tout 
les lutteurs & les pancratites , avant que la 
lice fût ouverte. 

* ALIPTERION , en latin onc7uarium , 
f. m. ( Hifi. anc. ) étoit un des appartemens 
des thermes des anciens , dans lequel les ath- 
lètes fe rendoient pour fe faire oindre par les 
officiers de palellre , ou fe rendre ce fervice 
lesuns aux autres. On appelloit encore cette 
chambre aleothe/ium. 

ALIQUANTES , ad), fém. Les parties 
aliquantes d'un tout font celles qui répétées 
un certain nombre de fois ne font pas le tout 
complet, ou qui répétées un certain nombre 
de fois , donnent un nombre plus grand ou 



A L î 109 

plus petitque celui dont elles font les parties 
aliquantes. Voye\ Partie , Mesure y &c-. 

Ce mot vient du latin aliquantus qui a la 
même fignification. 

Ainfi 5 eft une partie a//ç«jnfe de 12, par- 
ce que prife deux fois , elle donne un nombre 
moindre que iz ; & que prife trois fois, elle 
en donne un plus grand. 

Les parties tzZ/çuiJ/zrej d'une livre ou vingt 
fous , font : 

3/. Partie aliquante , compofée d'un di- 
xième & d'un vingtième. 

6 compofée d'un cinquième & d'un 

dixième. 

7 compofée d'un quart & d'un dixième. 

8 compofée de deux cinquièmes. 

9 compofée d'un quart & d'un cin- 

quième. 

1 1 compofée d'une moitié &; d'un vingt- 
tieme. 

li com.pofée d'une moitié & d'un di- 
xième. 

13 compofée d'une moitié & d'un dixiè- 
me & d'un vingtième. 

14. compofée d'une moitié & d'un cin- 
quième. 

r 5 compofée d'une moitié & d'un quart. 

10 compofée d'une moitié , d'un cin- 
quième & d'un dixième. 

17 compofée d'une moitié , d'un quart 

& d'un dixième. 

18 compofée d'une moitié & de deux 

cinquièmes. 

19 compofée d'une moitié, d'un quart, 

& d'un cinquième. 
Quant à la manière de multiplier les parties 
aliquantes. Voye^ MULTIPLICATION. 

ALIQUOTES, adj.f. on appelle ainfi 
les parties d'un tout qui répétées un certain 
nombre de fois font le tout complet , ou qui 
prifes un certain nombre de fois , égalent le 
tout. Fbjt^ Partie, &c. 

Ce mot vient du latin aliquotus qui figni- 
fie la même chofe. 

Ainfi 3 eft une partie aliguote de 12, par- 
ce que prife quatre fois elle égale ce nombre. 
Les parties aliqaotes d'une livre ou vingt 
fous font 10 f. moitié de vingt fous. 
î quart. 

■4 cinquième. 

2. dixième. 

I vingtième. 



iio ALI 

6/.Sd. tiers. 
3 4 (ixietne. 
2 6 huitième. 
I 8 douzième. 
I 4. quinzième. 
I 3 feizieme. 

10 vingt-quacrieme. 
5 quarante-huitième. 

Quant à la multiplication des p.ircies rJi- 
quotes , V. Vanich MULTIPLICATION. (E) 

ALISE , ( Ge'ogr. Hifi. ) cette ancienne 
ville de Bourgogne , capitale des Mandu- 
biens , a été fi célèbre du temps des Gaulois 
& des Romains , le bourg qui en a pris la 
place fous le nom de S te. Reine , eft encore 
fi fameux par fes eaux & la dévotion des 
pèlerins, qu'on eft étonné de voir cet article 
fi mal traité dans la Martiniere. Le voici & 
plus au long & plus véridiquement. 

Alife , Alefia, Alexia, dont la prife eft 
un des plus glorieux événemens de la vie de 
Céfar , écoit métropole des Gaules , & ca- 
pitale des Mandubiens , dans la république 
desEduens. Elleétoit très-ancienne, puifque 
Diodore de Sicile veut bien attribuer fa fon- 
dation à Hercule le Lybien , à fon retour 
d'Ibérie. 

Son emplacement fur le terre-plain du 
mont Auxois , entre Flavigny , Semur & 
Montbard , a environ mille toifes de lon- 
gueur fur une largeur de quatre cens ; & 
nous voyons qu'outre fes habitons , elle reçut 
une garnifon de 8000 hommes. 

Ce mont eft élevé au deflus de la plaine 
d'environ 2^0 toifes de hauteur perpendicu- 
laire : il eftefcarpé de toutes parts, & paroît 
comme placé fur une autre montagne dont 
la pente eft plus douce. 

Le pié étoit baigné des deux côtés par 
dei;x rivières ( l'Oze & l'Ozerain. ) Une 
plaine de trois mille pas s'étendoit devant la 
ville ; c'eft la vallée des Lomes depuis Sainte- 
Reine jufqu'aux Granges de Brignon. 

Alife , excepté du côté de la plaine , écoit 
environnée de tous côtés, à une petite dif- 
tance , de montagnes auffi élevées que l'em- 
placement de la ville: en effet on voit au nord 
la montagne de Ménétreux , à l'eft le mont 
de Gréfigni où campoient Caninius & Antif- 
tius , où fe fit la première attaque des Gaulois, 
& leur plus grand carnage ; aufudeftle mont 
de Prévenelle ; au fud-oueft le montDruaux 



ALI 

(ci Druibus.yTantcs ces circonftances, tirées 
deCéfar détermine.it l'emplacement £^i lifcy 
& décident que cette ville ctoit affife fui le 
mont Auxois. 

Céfar après la prifc de Génabum chez les 
Carnutes, après le fac d'Auaiicum chez les 
Bituriges , & la levée duiiege de Ge.gjvia, 
pafTe la Loire près de Nevers, furprend les 
Eduens qui s'étoient révoltés , les bat & les 
met en fuite fur la rivière d'Armanfon , à ce 
qu'on croit , entre Tonnene & Ravieres , 
& les pourfuit \uic\u'kALife , où Viicengen- 
torix s'étoit enfermé. 

Toute la Gaule animée par le deflr de re- 
couvrer fa liberté , arma 2^coco hommes 
pour le fecourir. Cricognate , Auvergnat, 
propofa de facrifier à la fubhftance des alfié- 
gés les perfonnes inutiles plutôt que de fe 
resdre. Malgré cette multitude & les efforts 
du général, l'habileté & la bonne fortune de 
Célar le firent triompher de toutes les diffi- 
cultés ; après la défaite des Gaulois & fepc 
mois d'un fiege opiniâtre , la ville fe rendit, 
Vercengentorix fut captif, & toute laGaule 
afTervie, l'an de Rome 701. 

C'eft avec raifon que les écrivains anciens 
& modernes fe font accordés à regarder le 
fiege de cette place & fa prife comme le plus 
grand effort du courage & du génie. 

Si Céfar a détruit Aiife , il eit certain 
qu'elle fut rebâtie fous les empereurs : Pline 
dit que ce fut dans cette ville que commença 
l'invention d'argenter au feu les ornemens 
des chevaux , & le joug des bétes attelées aux 
voitures roulantes ; mais ce qui démontre 
qu'elle étoit confidérable fous les Romains , 
ce font plufieurs voies publiques qui ten- 
doient à cette ville , ou qui en fortoient , Se 
dont on trouve encore des veftiges. 

Une de fes voies a fa direilion entre l'eft 
& le fud , paffant fur le mont Prévenelle , 
& dans la fbrét d'Eugni : elle eft afTez bien 
confervée l'efpace d'une lieue depuis le mont 
Auxois. On retrouve une partie de cet ancien 
chemin entre Salmaifeôc S. Seine, dans la fo- 
rêt de Bligni , qui tendoit chez les Siquaniens. 

Une autre pafTe à Flavigny. Il y a appa- 
rence qu'elle s'étendoit jufqu'à Autuii, tra- 
verfant le Mont-faint-Jean Se Arnai-le Duc. 

Une troifieme aboutiftbit à Sens ; on la fuie 
depuis Sainte-Reine jufqu'au delà de Fins 
( Fines , ) près de Montbard , & on la re- 



1 



J 



A E 1 

trouve entre Aizi &: Fui vi au-defFus de P^ri- 
gni,el]e reparaît entre Anci-Ie-Franc & Léri- 
nes jurqu'à Tonnere. On travaille aâuelle- 
ment à une grande route depuis cette ville à 
Viteaux , qui fuivra.ladiredicn de l'ancienne 
chauflee. 

Une quatrième voie defcendoitaupontde 
Raccoufe , conduifoit à Langres par Darcey 
& Frolois. Une branche de ce chemin ten- 
dante à Troie , pafloit par Lucenay , Vilai- 
nes , Larrez , & par une ancienne ville 
nommée Lan-fur-Leigne , fituée fur une 
éminence à demi-iieue de Moléme à l'oueft , 
dont il ne l'ubiille plus rien. J'ai fuivi moi- 
même & examiné toutes ces routes. 

Ce concours de plufieurs voies publiques 
prouve qu'^-4///efe confervadansun ctatalTez 
tlorifiànt fous la domination romaine ; ce fut 
le lieu du martyre de fainte Reine , on ne 
fait en quel temps. On bâtit fur fon tombeau 
une églife , qui> dans la fuite y devint abba- 
tiale. Waré , fondateur de celle de Fiavigny , 
dans fon teflamcntde Fan y il , fait mention 
des églifes de faint Andors de Saulieu & de 
fainte Reine à'Alife , auxquelles il donne 
plufieurs de fes terres. 

S. Germain d'Auxerre , dans un voyage 
tju'il-fit à Ailes peu après fon retour de la 
grande- Bretagne , vers l'an 431 , pafTa par 
Alife & logea chez un prêtre fon ami , nom- 
mé Senator . au rapport de Confiance , hif- 
torien & difciple de ce grand évêque. 

A la chute de l'empire d'Occident Alife 
étoit encore le chet-lieu d'un pays étendu , 
Pagus-Altfienfïs ou Aljunfis . d'où s'eft for- 
mé le nom hançois à'Aul/o:s,àepuïsAuxois, 
comme on écrit aujourd'hui. Ci:Fag-Jszvo'n 
le titre de comté : la ville de Semur en eft 
maintenant la capitale. 

Les ravagesdesNorm?Jids occafionnerent 
la tranflation des reliques de fainte Reine à 
Fiavigny , l'an 864, , du contentement de 
Jonas , évêque d'Autun. 

Le moine Erric , qui a fait un poème fur 
la vie de faint Germain d'Auxerre , vers ce 
même temps , afPare qn Alife , dont il tire le 
nom ab alendo , 

quod alat prxpingui pane colonos , 

étoit dans uu état de déca^dence & de ruine ; 

Te ijuojuc Gjrfjnnr f.ir^Hs ^fli^.Ca cjftris 

Nui.c rejiiinc yctcrii u.-.cà,-:: vcjït^la. ca-ftri. 



ALI jfr 

Alife étant ruinée , il refta quelques ha- 
bitations fur le penchant de la montagr.e , 
qui ont formé un bourg auquel le nom 
à'Alife s'eft confervé. 

11 eft du domaine de l'évêché d'Autun, au- 
quel l'annexa Charles le chauve en 877, en 
le détachant de Fiavigny dont il dépendoit. 

On voit par un aâe de 1488 , qu'il y 
a voit une chapells de fainte Reine au mi- 
lieu des vignes , élevée dans le lieu où Ton 
croit qu'elle avoit fouffert le martyre. La 
dévotion & le pèlerinage ont fait conftruire 
2U bas& à Tcnrour beaucoup de m.aifons. 
A côté gauche de la chapelle en entrant , 
eft la célèbre fontaine dont l'eau eft fi tfti- 
mée. La reine n'en buvoit pas d'autre ; ie 
maréchal de Saxe en faifoit beaucoup ufage 
en Flandre & à Paris , aufli-bien que fes 
principaux officiers , en 1746 , & 1747. 

On la tranfporte p r-tout : elle' dure en 
bouteille dans toute fa pureté , quinze à 
vingt ans : M. Jean Barbuot , médecin de 
Fiavigny, a fait en i66i,un petit traité latin 
fur les vertus admirables de cette eau. M. 
Guerin publia, à Paris en 1701 , in-ii, une 
lettre touchant les minéraux qui entrent 
dans les eaux de Sainte-Reine & dé Forges. 

Par arrêt du confeiî , les cordeliers qui 
dcfïervent la chapelle , ne prennent que 
dix-huit deniers par bouteille qu'on tranf- 
porte, & ils la diftribuent gratis à ceux qui 
en boivent fur les lieux : ils donnent à l'évé- 
que d'Autun 600 livres fur cette fontaine 
précieufe. On en venoit boire autrefois de 
très-loin ; on voit dans le tome III des 
lettres de M. de Bufïï , édit. de 1687 , que 
le roi de Pologne vint aux eaux de Sainte- 
Reine : ce qui enrichiubit le bourg , qui 
depuis qu'on la tranfporte eft devenu pau- 
vre & dépeuplé ; car à peine y compte- 1- 
on maintenant 350 communians. 

Tout le commerce eft en chapelets , 
tîeurs , bouquets artiiicieîs dont s'ornent les 
pèlerins qui accourent en ce litu de toutes 
les parties de la France ; les Lorrains , les 
Picards , les Champenois , font les plus dé- 
vots ; la iéte de fainte Reire le célèbre 
deux lois Farinée. Lapicmicie à la Trinité , 
la féconde , la plus ft^-iemr.elfe , le 7 de 
fcptembre. Je puis certiiicr y avoir vii à 
: cette dernifrc fste plus de iccoo arnct. 

C'cft à la rcijie Anne d'Autriche ^ & ■ 



ni ALI 

aux libéraiités de M. le Duc deLonguevîlle, 
que les cordeliers doivent leur établiirement 
en 164,0 : l'hôpital qui eft riche & conlîdé- 
fable , doit le fien à M. Defnoyers , bour- 
geois de Paris , & à deux de Ces amis , qui 
fous la dircdion de faint Vincent de Paul , 
confacrerent leurs biens & leur vie au fou- 
îagement des pauvres & des malades qui 
s'y rendoient de toutes parts. 

Cet hofpice fi utile aux pèlerins & aux 
gens du voifinage , eft delFervi , avec édifi- 
cation , par les fœurs de faint Lazare , 
dites Sceurs-Grlfes. 

Il ne refte plus fur le mont Auxois aucun 
veftige d'antiquité apparente. Le terrein 
de l'ancienne Alife eft en terre labourable: 
Nunc feges ubi Troja. fuit. 

On y trouve feulement des fragmens de 
tuiles , de briques très-épaifles , des vafes 
de terre cuite de différentes couleurs , des 
fers de lame , & quelquefois des morceaux 
de chaîne d'or. On y voit des puits , des 
reftes d'aqueducs ^ un eccléfiaftique , en 
166 r , en fit creuier un où il trouva des 
médailles. On ne laboure guère fans dé- 
terrer tous les ans des médailles romaines , 
d'or , d'argent , de cuivre. Un marchand du 
pays ( M. Maillard ) , m'a aftiué en avoir 
vendu depuis 30 ans , plus de trois boifteaux. 

L'an i6^% on trouva à l'entrée du vieux 
cimetière àH Alife , une infcription tr>!s-bien 
gravée fur une longue pierre , que l'on croit 
avoir été employée au couronnement d'un 
portique élevé par un gaulois au dieu Mo- 
ritafgus, qui avoit été roi àc Sens. La voici 
telle que je l'ai copiée dans la cour des 
cordeliers , fur une fontaine : 

Ti. Cl. Professus Niger omnibus 

HONORIEUS APUD y'EdUOS ET 

LiNGONAS FUNcrus. Deo Moritasgo 

PORTICUM TeSTAMENTO PONI 
JUSSIT. Suc NOMINE. JULI^ 

ViGULINiE. UXORIS ETFILIARUM. CLAUDIΠ
PROFESSjE et JUHAN.Ï VIRGULINfi. 

Pour compofer cet article on a confuké 
les commentaires de Céfar , P'ine , Florus , 
la notice des Gaules de Valois , la dilfer- 
tationde M. Danville , en 1741 ; celle du 
père l'Empereur , 1706 ; enfin je puis dire 
avoir vu moi-même le local , Céfar à la 
main. ( C ) 



ALI 

ALISE , adj. vents alife's , ( Phyfiq. & 
Marine. ) font certains vents réguliers qui 
foufflent toujours du même côté fur les mers, 
ou alternativement d'un certain côté & du 
côté oppofé. 

Les Anglois les appellent aufli fents de 
commerce ; parce qu'ils font extrêmement 
favorables pour ceux qui font le commerce 
des Indes. 

Ces vents font de différentes fortes ; quel- 
ques-uns foufflent pendant 3 ou 6 mois de 
l'année du même côté, & pendant un pareil 
efpace de temps du côté oppofé \ ils font ex- 
trêmement communs dans la mer des Indes , 
& on les appelle mouffons. V. MOUSSONS. 

D'autres foufflent conftamment du même 
côté ; tel eft ce vent continuel qui règne en- 
tre les deux tropiques , & qui fouffle tout 
les jours le long de la mer d'orient en occi- 
dent. 

Ce dernier vent eft celui qu'on appelle 
proprement pent alife'. Il règne toute l'an- 
née dans la mer Atlantique & dani la mer 
d'Ethiopie entre les deux tropiques ; mais de 
telle manière qu'il femble fouffler en partie 
du nord-eft dans la mer Atlantique , & ea 
partie du fud-eft dans la mer d'Ethiopie. 

Auffi-côr qu'on a pafté les ifles Canaries , 
à peu prés à la liauteur de z8 degrés de la- 
titude feptentrionale , il règne un vent de 
nord-eft qui prend d'autant plus de l'eft 
qu'on approche davantage des côtes d'A- 
mérique , & les limites de ce vent s'étendent 
plus loin (ur les côtes d'Amérique que fur 
celles d'Afrique. Ces vents font iujets à 
quelques variations fuivant la faifon , car ils 
fuivent le foleil ; lorfque le foleil fe trouve 
entre l'équateur & le tropique du cancer , le 
vent de nord-eft qui règne dans la partie fep- 
tentrionale de la terre , prend davantage de 
l'eft , & le vent du fud-eft qui règne dans la 
mer d'Ethiopie , prend davantage du fud. 
Au contraire , lorfque le foleil éclaire la par- 
tie méridionale de la terre,les vents du nord- 
eft de la mer Atlantique prennent davantage 
du nord , & ceux. du fud-eft de la mer d'E- 
thiopie , prennent davantage de l'eft. 

Le vent général d'eft fouffle aufti dans la 
mer du fud. Il eft vent de nord-eft dans la 
partie feptentrionale de cette mer,& de fud- 
eft dans la partie méridionale : ces deux vents 
j s'étendent de chaque côté de l'équateur 

jufquau 



A L I 

jufqu'an 28 & 30e degré. Ces vents font fi 
conftans& fi forts, que les vaiffeaux travet- 
fent cette grande mer depuis l'Amérique juf- 
qu'aux illes Philippines , en dix femaines de 
temps ou environ ; car ils foufflenc avec plus 
de violence que dans la mer du Nord & dans 
celle des Indes. Comme ces vents régnent 
cenftamment dans ces parages fans aucune 
variation & prefque ians orages , il y a des 
marins qui prétendent qu'on pourroit arriver 
plutôt aux Indes en prenant la route du dé- 
troit de Magellan par la mer du Sud , qu'en 
doublant le cap de Bonne-Efpérance , pour le 
rendre à Java , & de-là à la Chine. Mulfch. 
EJai de Phyf. 

Ceux qui voudront avoir un plus ample 
détail fur ces fortes de vents, peuvent con- 
fulterce qu'en ont écrit M.Halley & le voya- 
geur Dampierre. Ils pourront aulFi avoir re- 
cours au cli.'pitrefur Les lents , qui fe trouve 
à la fin de ïejjai de phyfique de M. Mufl- 
chenbroek , ainli qu'aux traités de M. Ma- 
riotte , fur la nature de l'air & fur le mouve- 
ment des fluides. 

Pour ce qui eft des caufes phyfiques de 
tous ces vents, t'oje:[ l'article Vent. 

Le dodeur Lifier , dans les Tranfacliuns 
philofophiquesyZ fur la caufe de ces vents une 
opinion finguliere. Il conjedure que les vents 
tropiques ou mouflons naiflent en grande 
partie de l'haleine ou du foutîlequi fort d'une 
plante marine appellée fargojfa ou lenticula 
marina , laquelle croît en grande quantité 
depuis le 36d jufqu'au i8dde latitude fepten- 
trionale; & ailleurs fur les mers les plus pro- 
fondes : " car , dit-il , la matière du vent qui 
>5 vient du fouffle d'une feule & même plante, 
») ne peut être qu'uniforme & confiante ; au 
»> lieu que la grande variété d'arbres & plantes 
>j de terre , fournit une quantité de vents dif- 
« férens ; d'où il arrive , ajoute-t-il , que les 
« vents en queftion font plus violens vers le 
» midi , lefoleil réveillant ou ranimant pour 
>i lors la plante plus que dans une autre par- 
>j tie du jour naturel, & l'obligeant de fouf- 
» fier plus fort & plus fréquemment. » Enfin 
il attribue la diredionde ce vent d'orient en 
occident, au courant général & uniforme de 
la mer, comme on obferve que le courant 
d'une rivière eft toujours accompagné d'un 
petit vent agréable qui foufïle du même côté , 
â quoi l'on doit ajouter encore , l^lon lui, 
Tome II. 



ALI ^ 113 

que chaque plante peut être regardée comme 
une héliotrope, qui en fe penchant fuit le mou- 
vement du foleil, & exhale fa vapeur de ce 
côté-là ; de forte que la direâion des vents 
alife's doit être attribuée en quelque faiy^n au 
cours du foleil. Une opinion fi chimérique 
ne mérite pas d'être réfutée. V. COURANT. 

Le dodeur Gordon eft dans un autre fyfté- 
me ; & il croit que l'atmofpherequi environ- 
ne la terre & qui fuit fon mouvement diurne , 
ne la quitte point ; ou que fi l'on prétend que 
la partie de l'atmofphere la plus éloignée de 
la terre ne peut pas la fuivre , du moins la 
partie la plus proche de la terre ne l'aban- 
donne jamais , de forte que s'il n'y avoit point 
de changemensdansla pefanteurde l'atmof- 
phere, elle accompagneroit toujours la terre 
d'occident en orient par un mouvement tou- 
jours uniforme & entièrement imperceptible 
à nos fens. Mais comme la portion de l'at- 
mofphere qui fe trouve fous la ligne eft ex- 
trêmement raréfiée , que fon reflort eft relâ- 
ché , & que par conféquent fa pefanteur & 
l'a compreflioD font devenues beaucoup 
moins confidérables que celles des parties de 
l'atmofphere qui font voifines des pôles , 
cette portion eft incapable de fuivre le mou- 
vent uniforme de la terre vers l'orient , & 
par conféquent elle doit être pouflée du côté 
de l'occident , & caufer le vent continuel qui 
règne d'orient en occident entre les deux tro- 
piques. V. fur tout cela l'article Vent. (O) 

* ALISMA , efpece de doronic : cette 
plante jette de fa racine plufieurs feuilles fem- 
blables à celles du plantain , épaifîcs , nerveu- 
fes , velues , & s'étendant à terre. Il fort du 
milieu desfeuilles une tigequi s'élève d'un pie 
ou d'un pié & demi , velue, portant des feuil- 
les beaucoup plus petites que celles d'en bas, 
& à fon fommet une fleur jaune radiée com- 
me celle du doronic ordinaire, plusgrande ce- 
pendant & d'une couleur d'or plus loncée. Sa 
femence eft longuette , garnie d'une aigrette, 
acre, odorante. Sa racine eftrougeàtre, en- 
tourée de filamens longs comme celle de l'el- 
lébore noir, d'un goût piquant, aromatique 
& agréable. Ce doronic croît aux lieux mon- 
tagneux ; il contient beaucoup de fel & d'hui- 
le ; il eft diurétique , fudorifique , quelquefois 
émétiqueiildilToutles coagulations du fang. 
Ses fleurs font éternuer: leur infufion arrête 
le crachement de fang. Lemery. II y a entre 



«14 A L I 

cette defcription & celle d'Oribafe des cho- 
fes communes & d'autres qui différent. Ori- 
bafe attribue à Yalifma des propriétés fingu- 
lieres, comme de guérir ceux qui ont mangé 
du lièvre marin. Hofman dit qu'il elt réfolu-^ 
rif & vulnéraire ; qu'il eft bon dans les gran- 
des chûtes, & que les payfans le fubllicuent 
avecluccèsà l'ellébore dans les maladies des 
beftiaux. Tournefort en diftingue cinq et- 
peccs : ou en peut voir chez lui les defcrip- 
tions , fur-tout de la quatrième. 

ALISO , ( Géogr. ) le nom à'Alifo a été 
commun à une rivière & à une forterefTe 
dans le pays des Sican'.bres , aujourd'hui 
dans l'évêché de Paderborn. 

Drufus , dit Dion , bâtit un fort fur le 
confluent de la Lippe &de VAlifo. Velleius 
& Tacite , racontant l'expédition de Ger- 
manicus , difent que les Germains affiége- 
rent Alifo. Ainfi dans le diocefe même de 
Paderborn, le nom de Lippe convient à un 
comté , à une ville , à une rivière. 

Alifo eft le premier endroit de la Weft- 
phalie où les Romains fe font établis : Dru- 
ius, Tibère, Germanicus, en ont fait com- 
me leur principale place d'armes. Varus s'y 
laifta furprendre par Arminius, & y périt 
avec trois légions qu'il commandoit. Dru- 
fus le fortifia , & félon la coutume des Ro- 
mains , rapportée par Dion , y forma un 
grand camp femblable à une ville , avec 
des marchés réglés , & un tribunal pour 
décider les différens & rendre la juftice. 

Comme Dion m?rque expreiTément îe 
confluent de la Lippe & d'une autre rivière 
nommée Alifo , il n'eft pas permis d'aller 
chercher le fort ou le camp Alifo fur les 
bords du Rhin , & l'on ne peut raifonna- 
blement le placer que vers l'endroit où l'Al- 
îne tombe dans la Lippe. La rivière d'Al- 
me eft Alifo rivière ; & Elfen , qui n'eil 
pas éloignée du confluent , eft le camp Ali- 
fo , qui apparemment s'étendoit jufqu'à 
Nieuhus , lieu de la réfidence ordinaire de 
î'évéque de Paderborn , au confluent même 
des deux rivières. La relTemblance des noms 
& la tradition du pays confirment cettecon- 
jeâure. Voye\ monamenta Paderbornenfia , 
y/2-4"'. 171 4 j, 4^- édit. par le prince Ferdi- 
nand, évêque de Paderborn. (C) 

*^ ALITERIUS, ( A(yf/2o/c;^.) Jupiter 
fut furnommé AUtcriui & Cérès Aliureu , 



ALI 

parce que dans un tfmps de famine , îîs 
avoient empêché les meuniers de voler U 
farine. 

A LIVRE OUVERT, ou A L'OUVERTURE 
DU LIVRE. VojeiLlVKE{Muf<jue.){S) 

ALIX , ( l'ordre du chapitrt d' ) pafoilîe 
de Mariy-fur-Anfe , en Lyonnois , a pour 
marque diftindive une croix à huit pointes, 
emaillée de blanc , bordée d'or , ornée de 
quatre fleurs-de-!ys dans les angles ; au cen- 
tre eft l'image de S. Denis , portant fa tête 
mitrée , ayant une foutane violette , un 
furplis blanc , & une étole de poupre fur 
un fond rouge , hiéroglyphe du martyre , 
avec cette légende: aufpice Galliarum pa- 
trono : cette croix eft attachée par une chaî- 
ne de trois chaînons à un ruban couleur de 
feu. Au revers eft une vierge avec l' enfant 
Jefus , e mai lié en bleu , fur une terrafj'e de 
finople ; la légende qui l'environne eft, no- 
bilis infignia voti. 

Ce chapitre compofé de vingt-fix dames , 
en comptant la fupérieure , a S. Denis pour 
patron. On y eft admis en faifant preuves 
de noblefTe par titres originaux , de lîx 
degrés paternels , la mère conftatée de- 
moiielle ; ce qui a été confirmé par lettres- 
patentes du roi , du mois de janvier 1755 , 
qui accordent aux dames chanoineffes 
S Alix la permifTion de porter la croix 
attachée à un ruban rouge. ( G. D. L. T. ) 

§ ALIZIER, {Botanique.) en latin crd-' 
tœgus , en anglois j-riLi fervice , c'eft-à- 
d'nejorbierfaurage, en allemanàir i Idefpe- 
yerlingbaum. CrataguswientàQS deux noms 
grecs y.p'jLTaç , force ,&«,<;, ai-jor , chèvre 
parce qu'apparemment les chèvres broutent 
volontiers les builîbns d'alisier aux lieux 
montagneux , & que fes feuilles font pour 
elles une nourriture faine & fortifiante. 

Caractère ge'ne'rique. 

Le calice eft permanent , il porte cinq 
pétales arrondis , creufés en cuilleron , Si. 
une vingtaine d'étamines terminées par des 
fommets arrondis. L'embryon renfermé dans 
le calice devient une baie fuccu lente oufari- 
neufs, qui contient ordinairement deux pé- 
pins. Les fleurs font raflemblées en bouquets. 

Nous n'avons tracé ce caraflere , que 
pour ne pas déroger à l'ordre que nous nous 
fommcs prefcpt , car il efl impolTible d'af^ 



ALI 

/îgner entre les ali\iers , les neffliers , les 
forbiers & les poiriers des différences afïèz 
marquées & afTez invariables pour qu'on ne 
puifle pas les confondre. Ces genres , aux- 
quels on pourroic joindre les coignaffier^ 
& peut-être les pommiers , ne préfentent 
dans leur réunion qu'une famille immenfe : 
la nature iemb e plutôt s'être attachée à con- 
ferver entr'eux un air de parenté , qu'à ap- 
puyer fur les traits caradériiliques qui les 
différencient : n'a-t-elle pas voulu nous 
avertir par ces reflemblances extérieures , 
de celles quife trouvent dans les parties in- 
ternes de ces arbres ? Ne nous fait- elle pas 
foupçonner que cette famille a été agrandie 
par des alliances , & qu'il en eft même 
déjà né de nouvelles races ? ou , fuppofé 
qu'elle couvre encore de quelques ombres 
ce myfîere dont la connoiflance leroit plus 
curieufe qu'utile , ne nous indique-t-elle pas 
au moins le lecours que nous pourrions tirer 
de la refTemblance de ces arbres, loit pour 
obtenir des variétés nouvelles en rappro- 
chant leurs fexes , foit pour lixer & perpé- 
tuer par la greffe celles qui auront pu naitre 
d'un accouplement fortuit. 

Il n'eft prefque pas une efpece de tous 
ces genres qui ne puiffe fe greffer fur toutes 
les autres : j'en ai fait l'expérience ; & ce 
moyen a des ufages que Tinduftrii peut va- 
rier , dans la vue de l'utilité ou de l'agré- 
ment. Tout le monde fait que certains poi- 
riers greffés fur coignalfiers , font plus pré- 
coces & fruâifient davantage, & que leurs 
fruits font d'une qualité fupérieure , tant 
pour l'abondance & le goût de leurs fucs, 
que pour leur beauté & leur grofleur. _ 

D'autres efpeces de poiriers, au contraire, 
s'accommodent mieux de XaU\ier , du for- 
bier, du nefflier & de Tazerolier : ils y don- 
nent des fruits dix ans plutôt qu'ils ne fe- 
roient, s'ils étoient greffés fur le poirier fau- 
vage. Veut-on groffir le fruit du nefflier 
du lorbier , on le gretfe fur poirier. S'agit-il 
d'obliger le forbier , dont le rapport eft lî 
tardif , à montrer fon fruit de bonne heure , 
qu'on le greffe fur l'épine blanche. Ell:-on 
preffé démultiplier les efpeces rares d'entre 
les épines & azeroliers d'ornement , pour 
jouir plutôt de leurs fleurs , on les greffe 
fur l'aubepin. Ces fujets font fort propres 
auffi à donner plus de vigueur & de bau- 



AL I II? 

teur aux amelanchiers & cotonafiers , qui 
ne font que de frêles arbuftes. 

Nous avons donc bien plus d'intérêt à 
obferver la reflémblance de tous ces genres, 
qu'à en marquer les différences ; mais com- 
me ils font en grand nombre , & qu'ils ont 
fous eux quantité d'efpeces , il faut les fépa- 
rer pour le foulagemert de la mémoire. 
C'efl dans cette vue que nous nous bornoas 
à tranfcrire les feuls j.li\iers , auxquels l'ufa- 
ge le plus général à conlervé ce nom. 
Nous préviendrons pourtant le ledeur que 
Linria:us a léuni fous le genre des crjcccgas\, 
l'oxyacantha , l'aionia, qui eft l'azerolierde 
Provence , l'épine de Virginie , & d'autres 
efpeces que nous réfervons pour V article 
Mespillus. 

Efpeces. 

1. Alisier ^ feuilles ovales , inégalement 
dentellées, & velues par-deilbus. 

C rat jegus foins oi'atis , incvqudliterfernz' 
as yfuètùs tomentofis. Horc. CUJf. i S7. ana. 
Dalecliamp. 

IVhite beam or jf^hite leaf-teree. 

2. Alisier à feuilles coidiformes , fep- 
tangulaires, dont les lobes inféreuis font 
divergens. 

Cranvgusfoliis cordads ,feptargulis, lo- 
hls infimis dei'aricatis. Linii. Sp. pL à[]6. 
Sorbiis torminalis. Mefpillus apii folio. 

IVild or mapple Icav'd fennce , c'eft-à- 
dire , forbier fauvage ou à feuilles d'érable. 

3. Ali\ierï feuilles ovales oblongues , den- 
tées, & vertes des deux côtés ;t://;;/>rd'Italie. 

Cratagus foliis oblungo-oi'atis ,ferratis , 
utrinque vireniibus. 

Cratccgus iriuh an oblong fau^'d leaf 
green on bothfides. 

4. Ali\ier à feuilles oblongues & ovales , 
crénelées, argentées par deflous. Ali\ier 
nain , ali\ieràQ Virginie, aU\ierh, feuilles 
d'arboufier. 

C ratiXgus foliis ollango-ov atis , crenati , 
fubciis argenteis. 

Virgineam cratccgus if^ith an arbutus leaf. 

Nous ne trouvons dans le Traité des ar- 
bres & arbuftes de M. Duhamel , qu'une 
efpece qu'on ne puiffe pas rapporter à celles- 
ci , c'eft la fuivante. 

<). Alisier d feuilles arrondies , dentelées, 
& blanches en defibus, on aloucke de Bour-^. 
gogne. 

P z 



ii^ ALI 

Cratœgus foliofubroeundo ,ferratofubtàs 
Hncano. Inji. 

Je fuis porté à croire que cette efpece ne 
diffère pas de celle que j'ai reçue fous le 
nom à''ali\ierde Fontainebleau, & fous celui 
di^ali\ier à gros fruit. 

6. y4li\ier à feuilles plus rondes que lon- 
gues , légèrement découpées , blanchâtres 
&; laineufes des deux côtés. 

CratiTgus /•jliis fubrotundis , leviter dif- 
feclis , utrinque hiiugino/is. Mort. Col. 

Cette efpece m'a été envoyée fous le 
nom d'alisier à fruit jaune , & paroît ne pas 
différer d'un aliiier que j'ai reçu fous le nom 
à'allier. Le caraftere lanugineux du defTus 
de la feuille, n'eft bien fenfible que dans 
les jeunes feuilles. 

7 Ali'{ier à feuilles de pommier à écor- 
ce, rude , à gros fruit jaune, figuré en poire. 

CrutiVgus mali folio , cortice fcabro,fruc- 
tu magno luteo pyriformi. Hort. Col. 

Cet arbre paroît former urve nuance très- 
déliée entre les alisiers & les poiriers , tant 
par la forme extérieure du fruit , que par 
les cinq loges qui fe trouvent à fon centre , 
& qui contiennent chacune un pépin. Aufïï 
quelques-uns l'appellent-ils ali\ier-poirier. 
Plulieurs Pépiniérifles le cultivent fous le 
nom à^u^erolier à grosjruit. 

On le grefie avec fuccès i^urVali^ier n^. r , 
fur l'épine & fur le poirier. Il pouffe mé- 
diocrement fur l'j//;;/^/-, & plus vigoureufe- 
ment fur fépine ; fur poirier il vient fort 
bien , végète fobrement , ne tarde point à 
rapporter j & donne un plus gros fruit, 
fur-tout i\ l'on confie fon bourgeon à un 
poirier de beurré ou d'épargne. 

Ce petit fruit efl: très-joli , & je le préfére- 
rois , pour le goût aux forbes , aux nefîles 
& aux azeroies : on en fait des confitures 
charmantes. Cet arbre porte à la fin de mai , 
d'affez gros bouquets de fleurs blanches, qui 
îui afiignent une place dans le bofquetde ce 
mois. Son feuillage n'a aucun mérite, mais 
l'éclat de fon fruit doit le faire entrer dans la 
compofitfon des bofquets d'été. 

Les aU\iers n°. i & n". 2, ont pour l'agré- 
ment les mêmes ufages que l'efpece précé- 
dente : le fruit du premier eft d'un rouge 
éclatant , & celui du fécond , d'un brun obf- 
cur quand il mollit : alors il efl affèz bon à 
manger ^ & on le vend par bouquecs fur les 



ALI 

marchés en Allemagne. Le premier fe trourfe 
plus ordinairement dans les bois qui couvrent 
les montagnes & les rochers; le fécond ha- 
bite plus volontiers la plaine. Leur bois efl 
fort dur , félon M. Duhamel ; on en fait 
des alluchons , des fufeaux dans les rouages 
des moulins : ilefl recherché par les tourneurs, 
& les menuifiers en font la monture de leurs 
outils. 

Lorfque le vent agite les rameaux de l'j/i- 
\ier n*. i , il découvre le deffous des feuilles, 
& l'arbre paroît tout blanc. Cet effet forme 
dans les plantations d'agrément une variété 
très-pittorefque : il vient fort bien de graines 
préparées & femées félon la méthode détail- 
lée à ïartide Alaterne : on lesfeme en no- 
vembre ou décembre , & elles lèvent ordi- 
nairement à la fin d'avril. Si les petits j/^^^/frj 
font bien gouvernés, au bout de fept ans ils 
formeront des arbres propres à être plantés à 
demeure. 

Le n" 2 fe multiplie de même ; mais fa 
graine ne levé pas aufTi aifément ni aufïï abon- 
damment , & les jeunes arbres font bien plus 
long-temps avant de pouvoir figurer : c'efl 
pourquoi je confeillerois d'enlever dans les 
bois de jeunes arbres de trois à quatre pies 
de haut , provenus de graines ou de furgeons , 
& de les élever en pépinière pendant quel- 
ques années. 

Nous n'avons pas cultivé Vali\ier n°. 3 , 
ainfi nous allons traduire ce que Miller erj 
dit. 

" Cet a/q/ercroîtde lui-même fur le mont 
>} Baldus & dans d'autres parties monta- 
>5 gneufes de l'Italie : il s'élève environ à 
» vingt pies de haut, fe divifant en plu- 
" fleurs branches bien fournies de feuilles 
» oblongues & dentées , difpofées alter- 
>♦ nativement, & attachées à des pédicules 
» très-courts : fes feuilles ont environ trois 
» pouces de long fur un & demi de large ; 
» elles font d'un brun obfcur des deux côtés. 
» Les fleurs naiffent au bout des branches par 
»5 petits bouquets compofés ordinairement 
f) de quatre ou cinq ; elles font blanches , 
w & bien plus petites que celles des efpeces 
» précédentes : il leur fuccede des fruits de 
fi la groffeur de ceux de l'épine blanche , 
M qui deviennent d'un brun obfcur en mû- 
» rifTant. Cette efpece fe multiplie comme 
)) les autres , mais elle demande ane terre 



ALI 

» forte & profonde , autrement elle ne pro- 
» fite pas : elle réfîfte fort bien au froid. Elle 
V eft à préfent fort rare en Angleterre ». 

Le caradere exprimé dans la phrafe de 
l'efpece n. 4-, paroît convenir à un petit j//;(/fr 
que nous cultivons fous le nom d'alisier de 
Virginie i cependant nous n'ofons l'ailurer, 
i". parce que la baie de notre alisier nain de- 
vient très-noire ; & Miller dit qu'elle eft d'un 
pourpre très-fonce' : i"'. parce qu'il ne parole 
guère devoir s'élever au-deffus de trois ou 
quatre pieds,& que Miller dit qu'elle s'élève 
à lîx : 3". parce que fa baie contient nombre 
de pépins, & que le caradere àQsali\iersQ^ 
de n'en avoir guère plus de deux. 

Quoi qu'il en foie, i'efpeceque nous culti- 
vons eft un très-joli arbufte , qui fe charge 
vers la fin de mai d'affez gros bouquets de 
fleurs blanches , garnies d'une houpe d'éta- 
mines à fommets purpurins. Cette parure lui 
affigne une place fur les devans des maftifs 
des bofquets de m'ai : le nombre prodigieux 
de baies noires & luifantes dont il eft couvert 
fur la fin de juillet , doit le faire employer 
dans les bofquets d'été. On peut l'enter ou 
l'écuftbnner fur l'épine blanche;mais lagrefFe 
prend difficilement ; il poufte des branches fi 
menues , qu'on peut à peine y trouver des 
fcions ou des écuftbns convenables, & il faut 
une grande dextérité pour les manier. Il y a un 
autre inconvénient, c'eft que le fujet devient 
très- gros à proportion de la greffe qui s'y 
trouve implantée , ce qui caufe enfin la perte 
de cet arbufte , qui paroît d'ailleurs défec- 
tueux par cette difproportion. 

C'eft ce qu'on peut éviter en le grefFant fur 
le cotonafter ou fur l'amélanchier, qui font 
à-peu-près de la même taille que lui ; mais il 
ne faut pas négliger de le multiplierpar la fe- 
mence : c'eft le feul moyen de lui donner 
toute la hauteur & toute la beauté dont la 
nature l'a rendu fufceptible. On prépare fes 
baies & on feme fes graines fuivant la mé- 
thode détaillée à Vanicle AlatERNE. Les 
plantules qui en proviennent font d'abord 
des progrès très-lents , mais la quatrième 
année elles pouftènt avec vigueur. 

J'ai greffé les alisiers n. 5 & n. 6 fur l'aria 
& fur l'épine blanche;lesécufrons s'attachent 
& reprennent fort bien. Je n'ai encore vu ni 
leurs fleurs, ni leurs fruits. Sur l'épine il faut 
çcuflbnner fort bas ; mais fur l'aria , qui eft j 



A L K ^ 117 

notre n". i , on peut pofer l'écufTon auffi 
haut que l'on voudra , pourvu que ce ne foie 
pas fur une tige trop grêle. {M. le Baron de 

J'SCHOUDI.) 

ALK, f m. {Hifl. nat. Ornitolog.) oifeau 
aquatique de la famille des uries , c'elt-à-dire ^ 
de ceux qui ont comme l'urie ou leguillemot, 
trois doigts feulement , tous antérieurs & 
réunis enfemble d'un bout à l'autre par une 
membrane lâche. Celui-ci s'appelle alk en 
Norwege qui eft fon pays natal ; mais ce 
nom a fubi divers changemens en paftanc 
chez divers peuples &: divers auteurs. Eufebe 
Nieremberg l'appelle a/c^jl'Eclufea/^j, Ray 
a/cj,Ies Angloisfeptentrionauxaw^. En Sué- 
de on le connoît fous les noms de tord &i tord' 
mule , en Angleterre fous ceux de marre , 
ruck,ragonbill. Klein rappelleys/juruj tonfor^ 
M, Linné aie a , tarda y rojlrifulcis 4 , liiieâ 
utrinque altâ à rojiro ad oculos. Syjiema na~ 
tunv, édit. iz, pag. zio, n. i. Albin en a 
publié une figure paifable , fous le nomd'oz- 
feau à bec tranc liant ^ vol. III, pag. ^o y 
planch. XXV. Enfin M. BrifTon en donne 
une defcription & une figure plus exadefous 
la dénomination fuivante : le pingoin , alca 
fupernè nigra infernè alba ; hneâ utrinque à 
rofiro ad oculos candid i ,• gutture 6' colli 
inferioris parte fapre ma fulginojis ; reniigi- 
bus minoribus albo in apice marginatis; rec- 
t ri ci bus nigricantibus.... alca. Ornitliolog. 
l'ol. VI, pag. 89, planch. VIII, fig. i. 

L'a/c etf un peu moins gros que le canard 
domeftique, mefuré du bout du bec à celui de 
la queue , il a quatorze pouces un quart, & 
jufqu'au bout des ongles quatorze pouces & 
demi de longueur. Son bec a de fon extré- 
mité aux coins de la bouche deux pouces de 
long, & de largeur à fa bafe dix lignes. Ses 
aîles , lorfqu'elles font pliées dans leur iltua- 
tion naturelle, atteignent à peine au milieu 
de la longueur de la queue ; mais lorfqu'elles 
font étendues , elles ont deux pies de vol. Li 
longueur de fa queue eft de deux pouces trois 
quarts , & le plus long de fes doigts n'a qu'un 
pouce trois quarts. 

La forme de fon bec eft des plus fingu- 
lieres ; il eft fi comprimé , fi applati par 
les côtés , qu'il refTemble à un triangle ; 
de forte qu'il paroît avoir prefqu'autant de 
hauteur ou de profondeur que de longueur. 
Le demi- bec fupérieur eft un peu crochu 



it8 a L K ^ 

à Ton extrémîtc , & marqué fur chacun de 
fes côtés de trois filions ou rainures obli- 
ques. Le demi-bec inférieur n'a que deux 
femblables rainures , dont la plus proche 
de la tête eft blanche ; en deffous il eft an- 
guleux. Les narrinCi font oblongues , & ca- 
chées fous les plumes près de l'angle de la 
bouche, vers l'origine du demi- bec fupé- 
rieur. Les aîles font compofées de vingt- 
huit plumes & la queue de douze , qui font 
pointues, & d'autant plus longues, qu'elles 
font plus proches du milieu , de forte qu'elle 
eft arrondie en ovale. 

En général cet oifeau eft noir en deilus 
& blanc en deftous ; mais on voit outre 
cela quelques mélanges. Ses joues font tra- 
verfées de chaque côté par une ligne blan- 
che étroite , qui , partant de l'origine du 
demi-bec fupérieur, va rejoindre l"a;il. Son 
menton & fa gorge font couleur de fuie ; 
les couvertures inférieures les plus longues de 
fes aîles font cendrées. Des vingt-huit plumes 
qui compofent chaque aile, les onze premiè- 
res font noirâtres, avec une grande partie de 
leur côté intérieur gris blanc ; les onze fui- 
vantes font de même, mais bordées de blanc 
à leur extrémité ;de forte que lorfque l'aile eft 
pliée,-on y voit une ligne tranfverfale blan- 
che ; enfin les deux plumes les plus voilmes 
du corps font noirâtres. La prunelle des yeux 
eft noire, entourée d'un iris brun ou maron ; 
Jes pieds &: le bec font noirs , à l'exception 
d'une ligne blanche qui traverfe oblique- 
ment la bafe du demi-bec intérieur. 

Les pays feptentrionaux de l'Europe font 
la patrie ordinaire de Valk , fur- tout vers la 
Norwege; néanmoins cet oifeau abandonne 
ces climats glacés pendant les grands froids 
de l'hiver; alors il gagne de proche en proche 
les pays plus méudionaux, & vient quelque- 
fois julqu'aux côtes de France ; mais au prin- 
temps il retourne dans le fond du nord , dont 
il n'habite que lescôces maritimes, oîi il vit 
particulièrement de coquillages, que fon bec 
ne pourroit brifer s'il n'étoit pas auffi dur , 
ni taillé en couteau tranchant. C'eft dans les 
trous de rocliers les plus hauts & les plus 
efcarpés de ces côtes qu'il fait fon nid : il y 
pond un œuf blanc , taché de noir. 

Remarque. Quoique M. Briftbn air donné 
à cet oifeau le nom de pingoin , il ne faut pas 
pour ceU croire que ce loic le pinguin des 



A L K 

habitans du nord. Le vrai pingvTin des 
Suédois, félon M. Linné , eft celui que M. 
Briilon appelle le grand pingoin , auquel je 
rends fon nom propre ; & par cette reftitu- 
tion , qui eft dans les loix de la nature, cha- 
cun jouit de fes privilèges , & notre alk 
conlerve auftl le fien. {M. Aoajvson.) 

ALKAHEST ou ALCAHEST , f m. 
{Chjmie.) eft un menfhue ou dilîolvant , 
que les alchymiftes difent être pur,au moyen 
duquel ils prétendent réfoudre entièrement 
les corps en leur matière primitive , & pro- 
duite d'autres effets extraordinaires & inex- 
plicables. r.MENSTRUE, DISSOLVANT, fir. 

Paracelfe & Vanhelmont,ces deux illuf- 
tres adeptes, déclarant expreftément qu'il y 
a dans la nature un certain ftuide capable 
de réduire tous les corps fublunaires , foit 
homogènes , foit hétérogènes , en la matière 
prim.itive dont ils font compofés, ou en une 
liqueur homogène ik potable , qui s'unit 
avec l'eau & les fucs da corps humain, & 
retient néanmoins fes vertus féminales , & 
qui étant remclée avec elle-même , le con- 
vertit par ce moyen en une eau pure 5c 
élémentaire ; d'où , comme fe le font ima- 
ginés ces deux auteurs, elle réduiroit enfin 
toutes chofes en eau. Voye\ EaU. 

Le témoignage de Paracelfe , appuyé de 
celui de Vanhelmont , qui protéine avec 
ferraenc qu'il pollédoit le fecrct de Valka- 
hefi, a excité les chymiftes & les alchymiftes 
qui les ont fuivis , à chercher un fi noble 
menftrue. Boy le en étoit fi entêté , qu'il 
avoue franchement qu'il aimeroit mieux 
poftéder V^lka.li:ft , que la pierre pliilofo- 
phale même. Voye\hl.C\\YîAlE. 

En effet , il n'eft pas difficile de concevoir 
que tous les corps peuvent venir originaire- 
ment d'une mac iere primitive qui ait d'abord 
été fous une forme fluide. Ainh la matière 
primitive de l'or n'efl peut-être autre chofe 
qu'une liqueur pefante , qui pax fa nature ou 
par une forte anradion entre fes parties , 
acquiert enfuite une forme folide. V. Or. 
En coniéquence il ne paroît pas qu'il y ait 
rien d'abfurde dans l'idée d'un être ou ma- 
tière univerfelle , qui réfout tous les corps 
en leur être primitif. 

Valkdhejl eft un fujet qui a été traité par 
une infinité d'auteurs , tels que Pantaléon , 
Phiialcthe, Tachenius, Ludovic, Êfc. Boei- 



A L K . 

îiaave dit qu'on en pourroit faire une biblio- 1 
theque. Veidenfelc, dansfon mité de fecre- 
tis ddeptorum , rapporte toutes les opinions 
que l'on a eues fur cette matière. 

Le terme à'dkaheflwQ fe trouve dans au- 
cune langue en particulier : Vanhelmont dit 
l'avoir premièrement remarqué dans Para- 
celfe, comme un terme qui étoit inconnu 
avant cet auteur ; lequel dans fan II livre de 
viribus membrornni , dit en par'antduloie: 
efl. etiam alkaheji liquor magnam hep.itis 
conferuanài & cuj:fona.ndi , &c. c'eft-à-diro, 
« il y a encore la liqueur alkaheji qui eil: 
»j fort efficace pour conferver le foie , com- 
« me aulïï pour guérir l'hydropifie, & toutes 
») les autres maladies qui proviennent des 
7> vicesde ce vifcere, &c.» 

C'eft ce fimple pallage de Paracelfe qui a 
excité les chymiftes à chercher Valkaheji; car 
dans tous les ouvrages de cet auteur , il n'y 
a qu'un autre endroit où il en parle, & en- 
core il ne le faitque d'une manière indirefte. 
Or comme il lui arrive fou vent de tranf- 
pofer les lettres des mots , & defe fervir d'a- 
bréviations , & d'autres moyens de déguifer 
fa penlée , comme lorfqu'il écrit mutratar 
pour tartarum , mutrin pour nitrum, on croit 
qu'alka/ie/î peut bien être auffi un mot dé- 
guifé; de-là quelques-uns s'imaginent qu'il eft 
formé à'alkali eft, & par conféquent que c'eU 
unfel alkali de tartre volatilifé. Il femble que 
c'étoit l'opinion de Glauber , lequel avec un 
pareil menfirue fit en effet des chofes éton- 
nantes fur des matières prifes dans les trois 
genres des corps; favoir, animaux, végétaux 
& minéraux \ cet alkaheft de Glauber cil le 
nitre qu'on a rendu alkali , en le fixant avec 
le charbon. 

D'autres prétendent qxialkahefl vient du 
mot zWcrnanà algaieft , comme qui diroit f/2- 
tie'rementfpirimeuxoVi l'olatil; d'autres veu- 
lent qu'il foitprisde/ii//^g'£n>/?, c'ell-à-dire, 
efprit de fel i car le meniirue univerfel doit 
être , à ce que l'on prétend , tiré de l'eau ; & 
Paracelfe lui-même appelle le fel , le centre 
de L'eau y oîi les métaux doivent mourir, êfc. 
En effet l'efprit de fel étoit le grand menf- 
true dont il fefervoit la plupart du temps. Le 
commentateur de Paracelfe , qui a donné une 
édition latine de fes œuvres à De! ft,afliire que 
Valkaheft eft le mercure réduit en efprit. 
Zveifer juseoic ^ue c'étoit un efprit de vi- 



À L K Ï19 

naigre redifié de verd-de-gris ; & Starkey 
croyoit l'avoir découvert dans fon favon. 

Ona employé pour exprimer l'j/^j/zf/f quel- 
ques termes fynonymes & plus fignificatits ; 
Vanhelmont le père en parle fous le nom 
d'ignis aqua , feu eau ; mais il femble qu'en 
CQt endroit il entend la liqueur circulée de 
Paracelfe, qu'il nomme feu, à caufe de la 
propriété qu'elle a de confumer toutes chofeSj 
& eau à caufc de fa forme liquide. Le mém« 
auteur appelle l'alkabell ig'us gehennx, feu 
d'enfer, terme dont fe fert aulfi Paracelfe ; 
il le nomme zutTi fummum & felicijjimuni 
omnium falium , « le plus excellent & le 
» plus heureux de tous les fels, qui ayant 
») acquis le plus haut degré de fimplicité, 
» de pureté & de fubtilité, jouit feul de 
» la faculté de n'être point altéré ni afFoibli 
>3 parles fujets fur lefquels il agit , &dedif- 
>j foudre les corps les plus intraitables & les 
» plus rebelles, comme les cailloux, le verre, 
>3 les pierres précieufes , la terre , le foufre , 
» les métaux , 6'f. & d'en faire un véritable 
») fel de même poids que le corps diffous ; & 
>j celaavec la même facilité que l'eau chaude 
» fait fondre la neige. Ce fel, continue Van- 
>5 helmont, étant plufieurs fois cohobé avec 
» le/a/ circtilatum de Paracelfe, perd toute 
» fa fixité, & à la fin devient une eau inlipide 
» de même poids que le fel d'où elle a été 
» produite". Vanhelmont déclare exprefié- 
ment « que ce menftrue eft entièrement une 
y> produdion de l'art & non de la nature. 
n Quoique l'art, dit-il, puilfe convertir en 
» eau une partie homogène de la terre élé- 
») mentaire, je nie cependant que la nature 
»j feule puifte laire la même chofe; car aucun 
» agent naturel ne peut changer un élément 
» enunautre»>. Etil donne cela comme une 
raifon pourquoi les élémens demeurent tou- 
jours les mêmes. Une chofe qui peut porter 
quelque jour dans cette matière , c'cfl d'ob- 
ferverque Vanhelmont, ainliqueParacelfe, 
regardoit l'eau comme l'inrtrument univerfel 
de la chymie & de la philof jphie naturelle ; 
la terre comme la bafe immuable 02 toutes 
chofes; le feu comme leur caufe efticiente ; 
que, félon eux, les vertus féminales ont été 
placées dans le méchanifine de la terre ; que 
l'eau , en dilfolvant la terre , & fermenrart 
avec elle comme elle fait par le moyen du feu, 
produit chaque chofe ; que c'eft là fori^uie 



120 A L K 

des animaux , des végétaux & des minéraux ; 
& que l'homme même fut ainfi créé au com- 
mencement , au récit de Moyfe. 

Le caradere eflèntiel de \alkaheft, comme 
nous avons obfervé , eft de diiToudre & de 
changer tous les corps fublunaires , excepté 
l'eau feule ; voici de quelle manière ces chan- 
gemens arrivent. 

1°. Le fujetexpofé à l'opération de Valka- 
hefl , eft réduit en fes trois principes, qui font 
le fel , le foufre & le mercure , enfuite en fel 
feulement, qui alors devient volatil , &àla 
fin il eft changé entièrement en eauinfipide. 
La manière d'appliquer le corps qui doit être 
diffous , par exemple , l'or , le mercure , le 
fable , & autres femblables, eft de le toucher 
une fois ou deux avec le prétendu alkahejî; 
& fi ce menftrue eft véritable , le corps fera 
converti en fel d'un poids égal. 

2^. U alkahejî ne dJtruit pas les vertus fé- 
minales des corps qu'il diftbut : ainfi en agif- 
fant fur l'or, il le réduit en fel d'or ; il réduit 
l'antimoine en fel d'antimoine , le fafran en 
fel de fafran , ^c. fels qui ont les mêmes 
vertus féminales & les mêmes propriétés que 
le concret d'où ils font formés. 

Par vertus féminales^ Vanhelmont entend 
les vertus qui dépendent de la ftruâure ou 
méchanifme d'un corps, & qui leconltituent 
ce qu'il eft par le moyen de Valkaheji. On 
pourroi t facilement avoir un or potable aduel 
& véritable, puifque V jlkahefl clvàngc tout le 
corps de l'or en un fel qui conferve les 
vertus féminales de ce métal , & qui eft en 
même temps foluble dans l'eau. 

3". Tout ce que diftbut ïdlkahefl peut être 
volatiliféparun feu de fable;&fi après l'avoir 
volatilifé on diftilie Y^lkaheli , le corps qui 
refte eft une eau pure & infipide , de même 
poids que le corps primitif, mais privé de fes 
vertus féminales. Par exemple, li Ton diftbut 
de l'or par Valkalie/i , le métal devient d'a- 
bord un fel qui eft l'or potable ; mais lorf- 
qu'en donnant plus de feu on diftilie !e menf- 
true , il ne refte qu'une pure eau élémen- 
taire ; d'où il paroît que l'eau fimple eft le 
dernier produit ou effet de Valkaheji. 
A'^.L'ji/^.j/zf/^n'éprouveaucun changement 
ni diminution de force en diftblvant les corps 
fur lefquels il agit , c'eft pourquoi il ne fouf- 
fre aucune réaction de leur part, étant le 
feul menftrue inaltérable dans la naturel 



A L K 

5**. Il eft incapable de mélange ; c'eft pour* 
quoi il eft exempt de fermentation & de pu- 
tréfadion ; en effet il fort aufli pur du corps 
qu'il a dilfous , que lorfqu'il y a été appli-, 
que, & ne laifle aucune impureté. 

On peut dire que Valkaheji eft un être de 
raifon , c'eft-â-dire, un être imaginaire , fi 
on lui attribue toutes les propriétés donc 
nous venons de parler d'après les alchy- 
miftes. 

On ne doit pas dire que Valkaheji ett les 
alkalis volatilifés ou digérés dans les huiles i 
puifque Vanhelmont lui-même dit , que fi 
on ne peut pas atteindre à la préparation de 
Valkaheji, il faut volatilifer les alkalis , 
afin que par leur moyen on puifte faire les 
diifTolutions. {M) 

ALKALI , f. m. {Chymie.) fignifie en 
général tout fel dont les effets font différens 
& contraires à ceux des acides. Il ne faut 
pas pour cela dire que les alkalis font d'une 
nature différente & oppofée à celle des aci- 
des , puifqu'il eft de Teflënce faline des al- 
kalis de contenir de l'acide. Voye\ AciDE. 

Alkali eft un mot arabe : les Arabes noni- 
ment kali une plante que les François con- 
noilTent fous le nom àe/oude ; on rire de la 
leftive des cendres de cette plante, un fel 
qui fermente avec les acides , & les émoufte ; 
& parce que ce fel eft celui de cette efpece 
qui eft le plus connu , on a donné le nom 
d'alkali à tous les fels qui fermentent avec 
les acides , & leur font perdre leur acidité. 

Les propriétés de ces corps , par lelquel- 
les on les confidere comme alkalis , ne font 
que des rapports de ces corps , comparés 
avec d'autres qui font acides pour eux ; c'eft 
pourquoi il y a des matières qui font alkali — 
nés pour quelques corps , & qui fe trouvent 
acides pour d'autres. 

Les alkalis font ou fluides, comme eft la 
liqueur de nitre fixé ; ou folides, comme la 
fonde. 

Les alkalis , tant les fluides que les foli- 
des , font ou fixes , comme font le fel alkali 
de tartre , & la liqueur alkaline de tartre , 
qu'on nomme vulgairement huile de tartre 
par dejaillancei ou les alkalis font volatils, 
comme font le fel & Tefprit de corne de 
cerf. 

On peut diftinguer les alkalis fixes des a/- 
kalis volatils, en ce que les fixes font pren- 
dre 



A L K 

dreau fublimc corrofif diffous dans de l'eau, 
ou à la diflolution du mercure faite par l'ef- 
prit de nitre , une couleur rouge orangée ; 
au lieu que les alkulis volatils donnent à ces 
diflblutions une couleur blanche laiteufe. 

Pour favoJr dans l'inftant fi une matière 
eft dlkdliiie , on l'éprouve avec une teinture 
violette ; par exemple, en les mêlant avec 
du firop de violette , difl'ous dans l'eau , 
les dlkalis , tant les fixes que les volatils , 
verdiflent ces teintures violettes ; au lieu 
que les acides les rougifî'ent. 

Les alkdlis ont la propriété de fe fondre 
aifément au feu ; &: pli;s un alkali eft pur , 
plus aifément il s'y fond ; au contraire lorf- 
qu'il contient de la terre ou quelqu'autre 
matière , il n'efï pas facile d fondre. 

Les aikulis s'humedenc aufli fort aifé- 
ment à l'air ; ils s'imbibent de fon humidité 
lorfqu'ils ne font pas exaftement renfermés. 

Ces trois genres de corps donnent les 
alkdlis : le genre des animaux fournit beau- 
coup d'alkjlis volatils , & prefque point 
fixes ; le genre des végétaux donne plus 
d' aikulis fixes que de volatils ; il y a beau- 
coup d' aikulis fixes du genre minéral , & 
prefque point de volatils ; & même il n'y 
a pas long-temps qu'on fait qu'on peut tirer 
des a/ a/i'j- volatils urineux du genre minéral. 
Voye\ les Mémoires de V Académie royale 
desfcienc. de Vannée 174.6. Analyfe des eaux 
minérales de Plombières , par M. Maloiiin. 

Il y a un alkali fixe naturel qui eft du 
genre minéral , tel qu'eft le natrum ; cet 
alkali nature! eft peu connu , oc plus com- 
mun qu'on ne le croit ; c'eft pourquoi on en 
trouve dans prefque toutes les eaux miné- 
rales, parce qu'elles l'ont emporté des terres 
qu'elles ont traverfées : c'eft pourquoi aufTi 
on trouve dans la plupart de ces eaux du 
fel de Glauber , dont la bafe eft un alkali 
de la nature du natrum. Enfin cet alkali 
naturel eft la bafe du fel le plus commun 
par fcs ufages & par la quantité qu'on en 
trouve, favoirle fel gemme & le fel marin. 

Quoiqu'on n'admette point communé- 
ment d'jAa/i naturel dans le genre des 
végétaux , on conçoit cependant qu'il n'eft 
pas impoffible qu'ils en aient tiré de la terre 
dont ils fe nourriffent ; il eft vrai que la 
plus grr-nde partie de cet al ali nature! 
change de nature dans la plupart des plantes. 
Tome Ik 



A L ,K ' ï^l 

Il y a encore moins d alkali naturel dans 
les animaux que dans les végétaux : cepen- 
dant on en tire plus ù'ulkali que des vé- 
gétaux , parce que le feu peut alkalifer 
plus aifément les principes des animaux. 

Les fels fixes des plantes font des fels al~ 
kalis , qu'on en tire après les avoir brûlées 
& avoir iffiivé leurs cendres: e'eft pourquoi 
on appelle ces fels , fels lixiriels. On n'en- 
tend commnnément fous le nom de fels 
al ali s fixes, que lesfeLlixivielsdes plantes. 

Les fels naturels ou eflentiels des plantes 
font le plus louvent ou de la nature du 
nitre , ou de la nature du tartre , ou delà 
nature du fel commun ; de forte qu'en brû«. 
lant ces plantes , on dyic leur fel par leuc 
charbon , & ces fels font aluns , ou de la 
nature de nitre fixe, ou de la nature de 
l't^/'.a//du tartre, ou de la natuiedel'ù/'.a// 
du fel commun , qui eft une efpecede fonde, 
favoir le fel al .ali proprement dit. Quel- 
ques plantes ont de tous ces fels enfemble. 

La méthode de Tachenius, pour faire les 
fels alkalis fixes, eft de brûler les plantes en 
charbon avant que de les convertir tout-à- 
fait en cendres ; au lieu qu'en les brûlant 
à feu ouvert , par la façon ordinaire , elles 
tombent en cendres tout de fuite. Les fels 
fixes , faits à la manière de Tachenius , 
font moins alcalis & plus huileux que les 
fels faits à l'ordinaire. 

Ce qui refte dans la cornue après la dif- 
tillation des plantes , diminue environ des 
deux tiers, lorfqu'on le calcine à feu ouvert. 
Cette partie qui s'évapore, eft une portion 
d'huile de la plante , qui ayant été faifiepar 
la chaleur & combinée avec la partie ter- 
reufe & faline fixe de la plante , n'a pu en 
être féparée, par le feu clos & plus foible, 
dans la cornue. 

Il entre dans la compofition des fels al'.a- 
lis fixes des plantes, une partie de leur hui- 
le , qui fait que ces fels ont quelque chofe 
de doux au toucher. Le nitre fixe contient 
un peu de la partie graftè de la matière in- 
flammable avec laquelle on l'a fixé ; & quoi- 
qu'en verfant de l'acide de nitre fur du nitre 
fixé , on forme de nouveau un nitre qui ne 
contient point cette partie graftê, on n'en 
peut pas conclure que pour fixer le nitre , 
c'eft-à-dire, pour en faire un al ali fixe , le 
principe huileux n'y foit néceftàire. Si on 

Q 



Ï2Z A L K 

demande ce que devient cette partie grafle 
du nitre fixe, dans la répiodudion du ni- 
tre ; il eft facile de re'poudre à cette quef- 
tion , en faifant voir que cette partie grafle 
qui faifoit partie du nitre fixe , reûe dans 
Teau-mere de la diflolution qu'on fait pour 
cryftiilifer ce titre régénéré : on y crouve- 
roit , fi oh s'en donnoit la peine , un réfidu 
gras qui après avoir été deflechs pourroit 
s'enflammer au feu. 

11 efl: vrai qu'en général les huiles fe difli- 
pent par le feu : mais il y a des cas où elles 
fe fixent aufli parle feu. Il y a lieu de foup- 
çonner que les alkalis font gras au toucher, 
par l'huile qui y eft fixée. La falure & l'à- 
creté des alkalis ne font pas une preuve 
qu'ils ne contiennent point de l'huile : les 
huiles qui ont paflé par le feu font lalées &: 
acres comme eft l'huile de corne de cerf 

Lesai:al!s différent entre eux par la terre 
qui en fait la bafe , par l'acide qui les conf- 
titue fel , & par la matière grafle qui entre 
dans leur compofition. 

On n'alkalife pas tous les felsavec les ma- 
tières graffes, comme on fait le nitre, parce 
qu'il n'y a que l'acide du nitre qui diflolve 
bien les huiles. 

Perfonne fans doute n'a penfé qu'il ne fe 
faifoit pas de diflipation dans l'opération par 
laquelle on fixe du nitre ; & il eft bon de 
favoir que le charbon ne donne prefque 
point de fel alkali. 

Les alkalis fixes font en général plus forts 
que les al alis volatils : on tire l'elprit vo- 
latil du fel ammoniac , par le moyen de V al- 
kali du tartte & de lapotafiè: cependant il 
y a des occafions où les alkalis volatils font 
plus forts que les al alis fixes. Par exemple, 
iî dans une diflolution de cuivre précipitée 
par V alkali du tartre , on verfe une fuffi- 
-fante quantité d'efprit volatil, cet alkali vo- 
latil fera quitter prife à V alkali fixe; il (e 
faifira du cuivre , &. il le redifloudra. e 
qui prouve encore que Valkali volatil eft 
quelquefois plus fort que \ alkali fixe , c'eft 
que fi on met du cuivre dans un al a//" vo- 
latil , il le diflx)udra plus parfaitement que 
ne ledifioudroitun a/ ali fixe. 

Les felsa/ alis fixes des plantes font com- 
pofés d'une petite partie de la terre de la 
pL'i'te, d ns laquelle eft concentré un peu 
de fon acide par le feu même qui diflipe le 



A L K 

refte , pendant qu'on brûle la plante , ce 
qui fait un corps falin poreux ; & c'eft par 
cet acide que contient cette terre , que le 
fel qui réfulte de cette combinaifoueft dif- 
foluble. Voye\ Acide. 

Un fel alxali peut être plus ou moins al- 
kali , félon qu'il a plus ou moins d acide 
concentré dans fa terre. Les al. alis qui ont 
plus d'acide approchent plus de la nature des 
lels moyens, &: a'.nliilsfont moins al, alis , 
que ceux qui n'ont d'acide que pour rendre 
diflùluble la terre abforbante qui leur ferc 
de bafe, & pour faire l'analogie des fels alka- 
lis avec les acides , les chufes de même na- 
ture étant naturellement portées à s'unir ; 
ainfi les chofes gralfes s'unifient aifémenc 
enfembîe. 

Si au contraire les al alis avoient moins 
d'acide , ils feroient moins aLalis ; ils tien- 
droient plus de la nature des terres abforban- 
tes , ils s'uniroient avec moins de vivacité 
avec les acides , & ils feroient muifls diflb- 
lubles dans l'eau. 

Une faut paslefllverles cendres des plan- 
tes avec de l'eau cha de , pour en tirer les 
fels , fi on veut ne pas dnioudie une trop 
grande quantité d'huile , qui les rendroit 
noirâtres ou rouflâtres : ils font plus blancs 
lorfqu'ona employé l'eau froide. A la vérité 
on tire plus de ces fels par l'eau chaude , 
que par l'eau froide : mais le feu qu'il faut 
employerpourblanchirles fels tirés par l'eaa 
chaude , dilfipe cet excédent ; de forte qu'a- 
près la calcination qui eft moindre pour les 
fels tirés par l'eau froide , que pour ceux 
qui foiit tirés par l'eau chaude , on tire au- 
tant, & même plus de fel d'une même quan- 
tité de cendre , lorlqu'on a employé l'eau 
froide, que lorfqu'on a employé feau chaude. 
Les felsa/ alis volatiisdifîerententre eux, 
comme les fels a//c:.4//'.r fixes différent entre 
eux. C'eft faire tort à la pharmacie, à la 
médecine , & fur-tout aux malades, que 
dédire que les fels volatils tirés du genre des 
animaux , ont toutes les mêmes vertus : on 
peut dire au contraire qu'ils font difîérens 
en propriété , félon les différentes matières 
defquels on les tire. Les fels volatils du 
crâne humain font fpécinques pour l'epi'ep- 
fie ; ceux de vipère font à préférer dans les 
fièvres , fur-tout pour celles qui portent à la 
peau ; ceux de corne de cerf font lecom- 



A L K 

mandables dans les maladies qui font avec 
affedion des nerfs. 

A la vérité , les efprits volatils iirineux , 
tirés des animaux , ont des propriétés qui 
font communes à tous : mais il faut recon- 
noître aufïï qu'ils en ont de particulières , 
qui font plus différentes dans les uns que 
dans les autres ; comme en reconnoidant 
que les vins ont des qualités communes à 
tous les vins en général , il faut reconnoître 
en même temps qu'ils en ont qui font parti- 
culières à chaque vin. 

Dans la grande quantité d'analyfes de 
plantes qui ont été faites à l'académie des 
fciences , M. Homberg a obfervé qu'on trou- 
voit rarement deux fels alkalis de deux dif- 
férentes plantes, qui fuHènt d'égale force 
à'alkali. 

Les alkalis différent par leurs différentes 
terres , par leurs différens acides , & par 
les différentes proportions & combinaifons 
de ces deux chofes ; ils différent auffi par le 
plus ou moins d'huile qu'ils contiennent , 
& par le plus ou moins de fels moyens qui 
y font joints , & enfin par la différente ef- 
pece de ces fels moyens. 

Les alkalis fixes font des diffolvans des 
matières grafies , avec lefquelles ils forment 
des corps favonneux , qui ont de grandes 
propriétés. Ces fels font apéritifs des con- 
duits urinaires : c'eft pourquoi ils font mis 
au nombre des plus forts diurétiques que 
fournifie la médecine. On fait combien cette 
vertu diurétique des fels lixiviels eft utile 
dans le fel de genêt, pour la guérifon des 
hydropifies. 

Souvent on emploie aux mêmes ufages 
des cendres des plantes, au lieu de leur fel , 
& ils n'en font que mieux, parce que pour 
les tirerde leurs cendres, laleffive&enluite 
l'exficcation & la calcination de ces fels, ne 
les rendent pas meilleurs pour cela. 

Il y en a qui emploient l'eau même diftil- 
lée de la plante pour tirer le fel de fes cen- 
dres. 

En général , les alkalis font de puifTans 
fondans, c'e!t-à-dire, les alkalis difîblvent 
fortement les humeurs épaifles &c vitqueu- 
fes: c'eft pourquoi ils font apéritifs , & pro- 
presà remédier aux maladies qui viennent 
d'obihuélion , lorfqu'un médecin fage & 
habile les met en œuvre. 



A L K ^ "123 

Les favons ne font compofés queà' alka- 
lis &: d'huiles joints enfemble ; les médecins 
peuvent iàire préparer différens favons pour 
différentes maladies, en faifant employée 
différens alkalis & différentes huiles, félon 
les différens cas où ils jugent les favons con- 
venables. 

On peut , dans bien des occafions , em- 
ployer les fels fixes des plantes dans les méde- 
cines , pour tirer la teinture des purgatifs réfi- 
neux, & employer ceux de ces (elsqui con- 
viennent dans la maladie, Voye\ la Chyinie 
médicinale je M. Ma!ouin.(yW) 

Les alkalis fixes font conhdérés com- 
me remèdes , & ont les propriétés fuivantes. 

On s'en fert comme éyacuans ,purg.:ti/s, 
diurétiques ,fudorifiques. Leur propriété ell 
de détruire en peu de temps l'acide des hu- 
meurs contenues dans les premières voies , 
en formant avec lui un fel neutre qui devienc 
purgatif. 

On s'en fert pour réfoudre les obftruâions 
du foie , & faire couler la bile ; ils devien- 
nent diurétiques en donnant un mouvement 
plus fort au fang, & débarraffant les reins 
des parties glaireufes qui s'oppofent au pafla- 
ge des urines ; c'eft par la même raifon qu'ils 
font auffi quelquefois fudorifiques. Enfin , 
ces fels font d'un très-grand fecours dans les 
maladies extérieures ; on emploie avec fuc- 
cèsla leffive qu'on en tire pour nettoyer les 
ulcères fanieux , & arrêter les progrès de la 
mortification. 

Il faut cependant en faire ufage intérieu- 
rement avec beaucoup de précaution ; car ils 
font très- dangereux dans le cas de chaleur &: 
de putréfaction alkaline , & lorfque les hu- 
meurs font beaucoup exaltées ; enfin lorl- 
qu'elles font endifiblution, ce que l'on con- 
noît parlapuanteurde Fhaleine Ck l'urine du 
malade. 

Alaniere d'employer les alLalis. On 'aura 
foin d'abord quel eitomacfoit vide : la do- 
fe eit depuis quatre grains jufqn'à un gros , 
félon l'état des forces du malade , fur lef- 
quelles on doit confuirer un médecin. 

Le véhicule ordiriaire dans lequel on les 
fait prendre eft l'eau commune. Selon l'in- 
tention que l'on aura , Sz l'indication que l'on 
voudra reirplir, on chan:;era la boiiîbn que 
l'on fera prendre par-deffus, c'eft-à-dire , 
que lorfque l'on aura deli'ein de faire fusr ou 

Q 2. 



Uij. A L K 

d'augmenter la tranfpiration , cette boifîbn 
fera légèrement fudoritique , ou lorfqu'il fera 
queftion de poufTer par la voie des urines , 
alors on la rendra un peu diurétique. Fiyq 
SuDORiFiQUE & Diurétique. 

Mai^Ti les al';ûlis font des remèdes , ils 
font aufli caufes de maladies : ces maladies 
fontl'alkalefcence du fang & des autres hu- 
meurs , les fièvres de tout genre , la diffo- 
lutiondufang , la crifpation des folides, le 
fcorhut, la goutte même & les rhumatifmes. 
Ces fels agilfant fur les liquides , les atté- 
nuent , en exaltent !e5 foufres , fcparent l'hu- 
meur aqueufc , la rendent plus acre & plus 
faline ; il feroit impr.ident d'ordonner dans 
cescasl'ufagedes a/ alis. 

Les caufes antécédentes de l'alkalefcence 
font les fuivantes: les alimens alkalefcens , 
c'eft-à-dire, tirés des végétaux alkalefcens ou 
des animaux , excepté le lait de ceux qui fe 
rourrifl'ent d'herbes, lespoifTons, leur foie, 
& leur peau , les oifeaux qui vivent de poif 
fons , tous les oifeaux qui le nourrirent d'a- 
nimaux , ou d'infedes , ou qui fe donnent 
beaucoup d'exercice ; comme aufïï les ani- 
maux que l'on tue pendant qu'ils font encore 
échauffés, font plus fujets que les autres à 
une purrétaâion alkaline. Les alimens tirés 
de certains animaux, comme lesgrailTes, les 
ccufs, Iqs viandes aromatifées , le poifîbn 
vieux & pris en grande quantité, la marée gar- 
dée long-temps , produifent un alkalefccn- 
ce dans les humeurs qui exalte les foufres , & 
difpofe le corps aux maladies inflammatoires. 

Lafoiblefie des organes de la digeftion ; 
car dans ce cas l'aliment qu'on a pris fe cor- 
rompt dans l'eftomac, & caufe ce que nous 
appelions ordinairement z'/7J/5v/i'/ 0/2 ; le chyle 
mal fait qui en réfuke Ce mêle avec le fang, 
& le difpofe à devenir plus alkalefcent. 

La force exceffive des organesde la digef- 
tion deftinés à l'afiimilanon des fucs , pro- 
duit une grande quantité de fang extrême- 
ment exalté & une bile de même nature. 
Alors les alimens acefcens fe convertiilbnt en 
alkalefcens. Lors donc que ces organes agif- 
f ^r avc^trop de ^nrcc lurun aliment qui efl 
déjà alkalefcent , il le devient -'a /antage , & 
approche de plus en plus de la corrup.ion. 

D ' là vient que les pcrfonnes piétiioiiques 
ïcnt plus fujcttes aux maladies épidémiques 
()ue lesauties ', que celles qui jouilfent d'une 



A L K 

fanté parfaite font plutôt attaquées de fièvres 
malignes que d'autres qui ne font pas auflî 
bien conftituées. Ceux qui font d'une ccnlli- 
tution mâle & athlétique font plus fu')ets aux 
maladies peftilentielles & auxhevres putri- 
des que les valétudinaires. 

AufBHyppocrate , lib.J, aph. 3 , veut que 
l'on fe méfie d'une fanté exccfTive : car la 
même force de complexion qus fuffit pour 
porter le fang & les fucs à ce degré de per- 
fedion , les exalte enfin au point d'occaiion- 
ner les maladies. Celfe prétend qu'une trop 
bonne fanté doit être fufpedte. '< Si cue.^ 
» qu'un , dit-il , eft trop rempli d'humeurs 
>5 bonnes & louables, d'un grand embonpoint 
» & d'un coloris brillant, il doit fe meiierde 
» fes forces; parce que ne pouvant perfifler 
" au même degré , ni aller au-delà, il fe fait 
'j un bouleverfement qui ruine le tempéra- 
" ment"." 

Une longue abftinence ; car lorfque le 
fang n'efl: pas continuellement délayé & ra- 
fraîchi par la nouveau chyle , il contrafie 
une acrimonie alkaline qui rend une haleine 
puante , & dégénère en une fièvre putride 
dont la mort ell la fuite. En effet les effets 
de fabilinence font plus difficiles à guérir que 
ceux de l'intempérance. 

La ftagnation de quelque partie du fang 
&: des humicurs ; parce que les fucs animaux 
qui croupiflènt fuivant le penchant naturel 
qu'ils ont à fe corrompre , s'exaltent & ac- 
quièrent une expanfion qui ne tarde guère à 
fe manifeiter. 

La chaleur exceffive des faifons , du cli- 
mat ; auffi dans l'été les maladies aiguës font- 
elles plus fréquentes & plus dangereufes. 

La violente agitation du fang qui produit 
la chaleur. Lorfque quelqu'une de ces caufes 
ou plufieurs eniemble ont occalionré une 
putréfasilion alkaline , ellefe nianifefte par 
les fignesfuivans dans les piemieres voies. 

i°.La foit.Oafe lent alcéré,c eft-à-Qire, 
porté à boire une grande quaritiié de dé- 
layans , qui noyant les fels acres & al alis , 
tontcefler ce fentimeat inconmode, &dif- 
pofcnt la matière qui fe punéne ou qui eft 
déjà putréfiée à fortir de l'ellomac & des in- 
teitins, parle vomifiement ou par lesielles. 
Si on fe iert d'acides dans ces cas , leur union 
avec les a/^j//j'torme un fel neutre. 

2.*^ .La perte totale de l'appétit, & l'avcr-' 



A L K 
fion pour les alimens alkalefcens ; î'appétit 
jie pouvant être que nuiiîble , lorfque ï'efto- 
mac ne peut digircr les alimens. 

3". Les rots nidoreux,ou les rapports qui 
lailfent dans la bouche un goût d'ccufs pour- 
ris , à caufe de la portion des fels putrides & 
d'huile rance qui fort en même temps qHcFair. 

4°. Les matières tt'paif les qui s'amaflent lur 
la langue & le palais , atFeâent les organes 
du goût d'une fenfation d'amertume , à cau- 
fe que les fucs animaux contradent un goût 
amer , en devenant rances ; il peut fe taire 
aulfi que ce goûtfoit caufé par une bile trop 
exake'e & prête à fe corrompre. 

5°. Les maux d'eftamac caufés par l'irri- 
tation des fek acrimonieux, la vue ou même 
l'idée d'un aliment alkalefcent prêta fe cor- 
rompre , fuffifent quelquefois pour les aug- 
menter. Cette irritation augmentant produit 
im vomiirement falutaire , fi la matière pu- 
tre'iiée ne fe'journe que dans les premières 
voies. Si cette acrimonie affeâe les inteftins , 
elle follicite des diarrhées fymptomatiques. 
C'eftainfiquelepoiiron &;les œufsputrétiés 
gardés long-temps dans les premières voies 
caufent de pareils effets. 

6^. Cette acrimonie alkaline produit une 
laiTicude fpontanée , une inquiétude univer- 
felle, un fentiment de chaleur incommode, 
& des douleurs illiaques inflammatoires. Les 
inflammations de bas-ventre font fouvent la 
fuite des fièvres putrides. 

7''. Cette acrimonie mêlée dans le fang îe 
dénature & le décompofe au point que les 
huiles deviennent rances , les feis acres & 
coiroliis, les terres alkalines.La lymphe nour- 
ricière perd fa conliftance & fa qualité bal- 
famique & nourrifTante , devient acre , irri- 
tante, corrofive ; & loin de pouvoir réparer 
les folides & les fluides , les ronge & les 
détruit. 

8^. Les fuimeurs qui feféparentpar les fe- 
erétions font acres , l'urine efl rouge & 
puante , ia tranfpiration picote & déchire 
les pores de la peau. 

Enfin la putréfaction alkaline du fang & 
des humeurs doit être fuivied'une déprava- 
tion ou d'une deltruétion totale des adions 
naturelles , animales & vitales , d'une alté- 
ration générale dans la circulation , dans les 
fecrétions & dans les excrétions , d'infiam- 
snaziop.s géuérak-s ou locabs ,de fièvres qui 



A L K I2J 

dégénèrent en fuppurations , garvgrenes & 
«iphaceles qui ne fe terminent que par la mort. 

Cure des maladies oecajiortnées par les 
ajkalis eu l' alkalefcence des humeurs. La dif- 
férence des parties affedées par la putréfac- 
tion alkaline en apporte auffi à la cure. Si les 
alimens al alis dont la quantité eil trop gran- 
de pour être digérée, pourriflent dans l'ello- 
mac & dans les înteilins , & produifent les 
eftets dont nous avons parlé , on ne peut 
mieux faire que d'en procurer l'évacuation:- 
par le vomiirement ou les ftlles. Les vomitif» 
convenables font l'eau chaude , le thé, l'hy 
pécacuanha à la dole d'un fcrupule.- 

Lorfque la putré'aftion .7lkaline a pafT^ 
dans les vaiiTeaux fanguins , la faignce eft un 
des remèdes les plus propres à aider la cure ; 
elle ralentit l'aâion des folides fur les flui- 
des ; ce qui diminue la chaleur , & par con- 
féquent l'alkalefcence. 

La celfation des exercices violens foulage 
auffi beaucoup; l'agitation accélérant la pro- 
greffion du fang & les fecrétions, augmente 
la chaleur £■: tous fes effets.- 

Les bains émoUiens , les fomentations & 
les lavemens de même efpece font utiles ; en 
relâchant les fibres , ifs diminuent la chaleur : 
d'ailleurs les vaiffeaux abforbans recevant 
une partie du liquide , les bains devien- 
nent plus etficaces. 

L'air que le malade refpire doit être frais , 
tempéré. 

Les viandes qu'orv pourra permettre font 
l'agneau , le veau , le chevreau , les poules 
domeftiques, les poulets , parce que ces ani- 
maux é:ant nourris de végétaux,ont les fucs 
moins alkalins. On peut faire de ces viandes 
des bouillons légers qu'on donnera de trois 
heures en trois heures. 

On ordonnera des tifannes , des apofè— 
mes, ou des infulioris faites avec les végé- 
taux farineux. 

On peut ordonner tous les fruits acides en 
général que l'été & l'automne nous four-» 
niffent. 

Il y a une infinité de remèdes propres a 
détruire l'acrimonie alkaline: mais nous n'ere 
citerons qu'un petit nombre qui pourronC 
lervir dans les différentes occafions. 

Prenez avoine avec fon écorce , deuK on- 
ces ; eau de rivier© , trois livres ; f<iites bouil- 
lir , filtrez 6c mêiez à deux livres ii<i cett* 



ii6 A L K 

décoaion fuc de citron récent , une once ; 
eau de cannelle dirtillée,deux gros ; defirop 
de mares de haies', deux onces: le malade en 
ufera pour boifîon ordinaire. Boeih.y'kfaf. me. 

Mais tous ces remèdes ieront inutiles fans 
le régime , & fans une boilîbn abondante 
qui délaie 6c détrempe les humeurs ; il faut 
avant tout débarrafferles premières voies des 
matières alkalines qu'elles contiennent. 

L'abftinence des viandes dures &: alkali- 
nes , le mouvement modéré , un exercice 
alternatif des mufcles du corps pris dans un 
air frais & tempéré , foulagera beaucoup 
dans l'acrimonie alkaline. Il faut encore évi- 
ter l'ufage des plantes alkalines qui d'elles- 
mêmes font bonnes dans les cas oppofés à 
celui dont nous parlons. (iV) 

ALKALI PHLOGISTIQUÉ , Le[fivefulfu- 
reufe ,' alka.li fature de la matière colorante 
du bleu-de-PruJfe ; ( Çhymie. ) de tous ces 
noms donnés à Valkill préparé pour précipi- 
ter le fer en bleu , le dernier eiî le feul exact ; 
encore fuppofe-t-il le point de faturation 
qui ell une condition polfible , avantageufe, 
mais non pas abfohur.cnt néceflaire pour la 
réuflite de l'opération. 

\Jalkali prend dans cette préparation tou- 
tes les qualités d'un fel neutre : i'^. Il fe cryf- 
tallife , il zqSq d'étrg déliquefcent , & fi on 
en jette fous forme concrète dansladifiTolu- 
tion du vitriol martial , il produira égale- 
ment le bleu , avec la feule différence que 
la combinaifon fera moins fubiie , & que la 
précipitation ne fc fera qu'à proportion de 
Ja diflblutioii. 

2°. Quand cet j/ÀiaZ/eft exadement faturé, 
ce qui ne peut réulTir en le calcinant avec des 
matières inflammables , mais à quoi l'on 
parvient aifément en lui préfentant le Weu- 
de-PrufTe qu'il décolore , comme M. Mac- 
queri'a découvert,il eft parfaitement neutre 
au point de n'être plus attaqué par les acides , 
& de ne céder qu'à Paâion des quatre affini- 
tés réunie?. 

Ce qui prouve bien la néceiTué du concours 
de ces quatre affinités , c'ell que Valk.iU aini) 
préparé , précipice tour, les métaux diflous , 
.& neprécipite pas les terres , tellement que 
fi on en verfe dans une diflolution d'alun par 
exemple , il n'y a ni décompoiition , ni nou- 
velle combinaifon. Ces connoifiànces font 
fondées fur pUilisurs belles expérienees de 



A LK 

M. Macquer , Mémoires de V Académie 
royale des fciences , année ly^i ,• & cela 
prouve déjà bien certainement que la diflo- 
lution d'alun que l'on emploie dans la for- 
mation du bleu-Je-Pruffe , ne fert qu'à y 
porter un acide qui s'empare de Yalkali non 
faturé , à prévenir ainfi ou à faire difparoître 
le précipité jaune martial dont le mélange 
produifoit le verd , & qu'il n'apporte , au 
refte , d'autre changement dans le procédé , 
qu'en diminuant un peu l'intenfité du bleu 
par l'interpofition de la terre blanche de 
l'alun. 

(^uel eft le principe qui neutralife Wilkali 
qui opère cette précipitation ? La matière 
dont on le prépare en le calcinant avec des 
matières inflammables , a fait penfer que 
c'étoit Amplement lephlogiftique. Maisplu- 
fieursobfervationsréfiftentaujourd'hui à cet- 
te opinion, i °.L'a/^j//'n'acquiertpas cettepro- 
priétélorfqu'il eft traité avecles matières char- 
bonneufes, ni avec les matières huileufes vé- 
gétales , ni même avec les charbons des ma- 
tières animales, tel que le réfidu de la corne 
de cerf après la diftillation de fon huile , qui 
toutes cependant font très-abondammene 
pourvues de phlogiftique. z°. Plus les terres 
métalliques font pourvues de phlogiftique , 
plus elles font folubles dans les acides , & il 
n'y en a aucun qui attaque lebleu-de-Pruffe : 
donc le fer dans cette opération n'eft pa« feu- 
lement combiné avec ce principe. ^''. On 
peu t tirer la même induction de ce que le bleu. 
de-Prulfeeft inattirable à l'aimant. 4*^. Enfin 
l'auteur de cet article a fait voir dans unediC- 
fertarion/«r le phlogijfique , que le bleu-de- 
Prufle éprouvoit à la calcination une perte 
delà moitié de fon poids , même en vaiffeau 
clos ; quedans 1 14 grains de bleii-de-Prulfe , 
il n'entroit que 71 grains de fer ; que la déto- 
nation du bleu-de-PruHe avec le nitre , étoic 
moins vive que celle du fer, produifoit moins 
cValkali , &c occafionnoit un déchet de poids ; 
enfin que le bleu-de-PrufTe fec diflilié à la 
cornue , donnoit une liqueur jaune , épaifTe , 
iiuileufe tk empyreumacicjue ,qui fnfoit cf- 
fervcfcence avec les alLilis,Sx: rougilTbit for- 
tement le papier bleu ; d'où il a conclu que 
dans l'opération du bleu-de-PrufTe , la terre 
du fer ne le chargeoit pas feulement de 
phlogîfiique pur, que la leffive alkaline por- 
toitévidemmer.t un autre principe dans cette 



ALK 

combînaîfon, & que c'étoit probablement! 
de l'acide animal. KcrvqBLEU-DE-PRUSSE, | 
HÉPAR & PhloGISTIQUE. {Cet article efi 
de M. DE MoRP'EAU. ) 

h.LVikhlde Rotrou-, c'q^Yj kali de coquil- 
les d'œufs préparées. Rotrou préparoit Val- 
ita/z de coquilles d'œufs, en les taifanc fécher 
au foleil , aprcs en avorr ôté lei petites peaux, 
& après les avoir bien lavées; enfuite il les 
broyoit , & les réduifoit en poudre fine fur 
le porphyre. Fbjq RoTROU, 

ALKALIN , ALKALINE , adj. qui ejl 
alkali , ou efprit alkalin , liqueur alkaline. 
KWLKLiS dulcijiés , ce font des favons. 
\jQsalkalis fontdes acres queleshuilesadou- 
cifTent, & les alkatis jointsà des huiles font 
des favons. ^qy. Savon. Les favons ordi- 
naires font des i://tj/i\y dulcifi.és, & les acides 
dulcifiés font des favons acides. 

Les différens alkaiis dulcifie's,c' eft-à-dire, 
les favons ordinaires , ont des propriétés qui 
font différentes , félon les ditférens j/ alis . 
& félon les différentes matières grafl'es dont 
ils font compofés. Z^. LiCiiymie médicinale. 
ALKALISATION, f,f. terme de chymie, 
qui fignifie l'aélion par laquelle on donne à 
nn corps ouà une liqueur la propriété alka- 
line. Par exemple, ]' alkalifation du falpétre, 
qui efl un fel neutre, qui n'efl: ni alkali ni 
acide , fe fait en le fixant avec Je charbon ; 
après cette opération le falpétre e(t un alkali. 
On peut aufîi faire Valkalifation d'un fel 
acide; comme le tartre, qui calciné devient 
alkali. Voyei Tartre. 

ALKALISE , part. pafT. &; adj. ce quon 

a rendu alkali , comme on dit efprit de vin 

alkali fé. Voyei EsPRIT-DE-VIN tartarifé. 

ALKALISER , verb. ad, rendre alkali 

une liqueur eu un corps. {M) 

* ALKEKENGE, fubfî. f. {Bot.) coqueret 
ou coquerelle. Ses racines font genouillées & 
donnent plufîeurs fibres grêles. Ses tiges ont 
une coudée de haut , elles font rougeâtres , 
lui peu velues & branchues. Ses feuilles naif- 
fent deux à deux de chaque nœud , portées 
par de longues queues. Elles naiflfent folitai- 
res de chaque aiflelle de feuilles , fur des pé- 
diculeslongsd'undemi pouce, grêles , velus. 
Elles font d'une feule pièce, en rofette, en 
forme de badin , partagées- en cinq quartiers, 
blanchâtres , sr.Trnies de fommets de même 
couleur. Le calice eft en cloche, il iorme 



ALK 127 

une vefTie membraneufe , verte dans le com- 
mencement , puis écarlate , àcinq quartiers. 
Son fruit efl de la figure de la grofîèur & 
de la couleur de la cerife, aigrelet & un peu 
amer. Il contient des femences jaunâtres , 
applaties 6c prefque rondes. \\ donne dans 
l'analyfe beaucoup de phlegme , du fel effen- 
tie! &: de l'huile. 

Les baies d'alke'kenge excitent l'urine, fonc 
fortir la pierre , la gravelle , guériffent la coli- 
que néphrétique , purifient le fang ; on les 
emploie ordinairement en décodion , & 
quelquefois léchées & pulvérifées : on em- 
ploie ce fruit dans le firop de chicorée , & 
dans le firop antinéphrétiqiie de la pharn^a- 
copée royale de Londres. On en lait auiTi 
des trochifques félon la pharmacopée du 
collège de Londres. 

Voici les trochifques d'j//(-f'^f/7^;j'i?, tels que 
la préparation en eît ordonnée dans la phar- 
macopée de la faculté de médecine de Paris. 

Prenez de pulpe épaiffie de baies à'alké- 
kenge avec leurs femences , deux onces; de 
gomme arabique , adragant , de fuc de ré- 
gliffe , d'amandes ameres , de femence de 
pavot blanc , de chacune une demi-once ; des 
quatre grandes femences froides , des femen- 
ces d'ache , de fuc de citron préparc, de 
chacun deux gros ; d'opium thcbaïque, un 
gros j de fuc récent d'alke'kenge , une quantité 
fuffilante ; faites en félon Fart des trochifques. 

* ALKERMÈS, fub. m. ou graine d'écai- 
late. Cette graine fe cueille en grande part iè 
dans la campagne de Montpellier. On la 
porte toute fraiche à la ville où on l'écrafe ; 
on en tire le jus qu'on fait cuire, ë: c'efl ce 
qu'on nomme lejirop alkermès de MontpeU 
lier. C'cfl donc une efpece d'extrait à\il- 
kermès , ou de rob qui doit être fait' fans 
miel & fans fucre , pour être légitime. M. 
Fagon , premier médecin de Louis XîV , 
fit voir que la graine d'écarlate qu'on croyoit 
être un végétal , doit être placée dans le 
genre des animaux. Voye7^ GrainE d"È- 
CARI.ATE. ' 

C on f.cîion d' alkermès , {Pharmacie. )\a 
préparation de cette confedion cff ainfi or- 
donnée dans la pharmacopée de la faculté 
de médecine de Paris : 

Prenez du bois d'aloês , do cannelle mife 
en poudre, de chacun fix onces; d'ambre 
gris, de pierre d'azur, de chacun deux gros; 



îi8 ALK ^ 

de perles préparées , une demi-once ; d'or 
en feuille ; un demi-gros , de mufc , un fcru' 
pule ; du mon du meillenr kerpies, chauffé 
au bain-marie & pafle par le tamis , une 
livre ; mêlez tous ces ingrédiens enfemble , 
& faites-en félon l'art une confedion. 

Nota que cette confedion peut fe prépa- 
rer aufn fans ambre & fans mufc. La dofe 
en eft depuis un demi-gros jnfqu'à un gros. 
Bien des perfonr.es préfèrent le fuc de ker- 
mès à cette confedion. Quant aux proprié- 
tés de cette confedion, j'ojq Kermès. (A") 

ALKOOL, f, m. que quelques-uns écri- 
vent alcohol ; c'eft un terme d';i!chymie & 
de chymie, qui ell arabe. Il fignifieune ma- 
tière quelle quelle fojt, réduire en parties 
extrêmement fines ou rendues extrêmement 
fubtiles ; ainfi on dit alkool de corail, pour 
dire du corail réduit tn poudre fine , comme 
Fefl la poudre à poudrer. 

On dit alïool d'efprit de vin, pour faire 
entendre qu'en parle d'un efprit-de-vin ren- 
du autant fubtil qu'il eft poffible par des 
diftillations réitérées. Je crois que c'eft à 
l'occafion de l'efpric-de-vin, qu'on s'eft fervi 
d'abord de ce mot al. ool\ & encore aujour- 
d'hui ce n'eft prelque qu'en parlant de l'cf- 
prit-de-vin qu'on s'en fert : ce terme n'eft 
point ufi té lorfqu'onpai le des autres liqueurs. 
Voyei ESFRIT-DE-VIN. 

ALKOOLISER, vçrbead. fignifielorf- 
qu'on parle des liqueurs ,purifier ^ fuhtilifer 
autant qu'il eft poflible ; & lorfqu'il s'agit 
d'un corps foîide , il fignifie réduire en pou- 
dre impalpable: ce mot ah.oolifer vient 
originairement de l'hébreu H'7p qui fignifie 
être ou devenir léger: il eil dérivé de l'arabe 
^^? qui fignifie devenir menu ou fefubti- 
lifei' & i la troifieme conjugaifon , h.-ip 
laal , diminuer ou rendre fubtil; on y a 
ajouté la paiticule al , comme qui diroit/iar 
excellence. C'eft pourquoi on ne doit pas 
écrire alcohol, mais alkool , vu la r-icinc de 
ce mot. ( M) 

^ AL-KOSSIR ou CossiR , {Géo^r) ville 
d'Afrique en Egypte fur la m.er rouge. Elle ' 
eft entre Dacati & Suaquem , à cent erente- 
fix lieues de cette dernière. Elle étoit autre- 
fois fituée deux lieues plus loin fur la côte , 
mais faute d'un port commode , on lui a fait 
changer de fituation. L'ancienne ville, où il 
lue reftegue quelques ruines fe, nomme le 



ALL 

vieux Kojfir. La nouvelle eft fort petite, & 
fes maifons font baffes & bâties de cailloux , 
d'argile ou fimplement de terre, couvertes 
de nattes. C'eft un lieu fort trifle , il ne croît 
ni dans la plaine ni fur les montaganes aucune 
forte d'herbes , de plantes ou d'arbres ; I4 
feule raifon qui retienne les habitans, c'efl 
le voifinage du Nil & les tranfports des mar- 
chandifes qui fe font par cette ville. Long, 
51 , 10, • lut. 26, 15. ( C. A.) 

ALLA , ( Géogr. ) petite ville du Tren- 
tin en Italie. Elle eft dans la vallée de 
Trente, aux confins du Véronnois, fur une 
petite rivière qui tombe dans rAdige,& 
non précifément fur l'Adlge , comme quel- 
ques géographes l'ont dit. Long. 31, 20 ; 
lat. 45 , 40. ( C. A. ) 

Alla, [Géogr.) rivière de Pologne dans 
la Pruftè Ducale. Elle paffe à Allesbourg , 
& enfuite elle fe jette dans le Pragel , prés 
du petit bourg de Welaw. (C. A.) 

Alla brève, (yTfu/zç^ue.) terme Italien, 
qui marque une forte de mefure à deux 
temps fort vite , & qui fe note pourtant 
avec une ronde ou femi-breve par temps. 
Elle n'eft plus guère d'ufage qu'en Italie, 
& feulement dans la mufique d'églife : elle 
répond afièz à ce qu'on appelle en France 
du gros-fa ( ^S. ) 

La marque de Valla brève eft un demi- 
cercle ou C barré , en cette manière (C ; de 
forte que trouver cette marque à la tète 
d'une pièce , ou y trouver ces mots alla 
brève , c'eft e:[iadèmentlaméme chofe. An- 
ciennement Xalla brève fe notoit avec une 
brève par temps , d'où lui vient fon nom \ 
en forte que cette mefure contenoitdes no- 
tes doubles en valeur de celles de notre 
alla brève. Les pièces compofées dans ce 
genre de melùre étoient pleines de fyncopes 
(Se d'imitations , même de petites fugues ; 
on n'yfouffroit point de notes de moindre 
valeur que les noires , encore en petit 
nombre ; parce que Valla brève alloit 
très- vite en coraparaifon des autres mcuve- 
meiis ; aujourd'hui mcrne Valla brève a le 
mouvementtrès-vif , de façon que Icsnoîres 
y pafi'ent auln vite que les croches dans un 
allegro ordinaire ; c'eft pourquoi les doubles 
croches n'y font point admifes ; quant aux 
fyncopes , aux imitations & aux fugues, on 
lespratique encore en alla brève. {F. D. C.) 

Alla 



A L L 

Alla. CAPELLA , ( Majîq. ) la même 
chofe qu'alla brei.'e , ( P"oye\ ci-dejfus ALLA 
brève) parce qu'ordinairement on ne fe 
fervoit de l'alla brève que dans les égiifes ou 
chapelles. {F.D.C.) 

Alla FRANCESE, {Mufiq.) On com- 
mence, en Allemagne lur-tout, à mettre 
ce mot en tête d'une pièce de mufique qui 
doit être exécutée d'un mouvement modé- 
ré , en détachant bien les notes & d'un coup 
d'archet court & léger. {F. D. C.) 

Alla POLACCA , {Mufjq.) Ces mots à 
la tête d'une pièce de muiique , indiquent 
qu'il faut l'exécuter comme une Polonoife , 
( Voyei POLONOISE , ) c'eft-à-dire , d'un 
mouvement grave , en marquant bien les 
notes , quoiqu'avec douceur , & liant en- 
femble les doubles croches quatre à quatre , 
à moins que le compofiteur n'ait expreflTé- 
ment marqué le contraire. {F. D. C.) 

Alla SEMI-BREVE, [Mufiq.) ancienne 
mefure qui revenoit précifément à \alld 
brève , en ufage aujourd'hui , car elle fe no- 
toit avec une ronde ou femi-breve par temps; 
& c'ell ce qui l'a fait nommer alla femi- 
breve. Quelques-uns l'appellent abufivement 
femi-alla brève : on l'employoit au refle 
comme Valla brève , & elle n'eft plus 
d'ufage. {F. D. C.) 

Alla zoppa , {Mufiq.) terme Italien , 
qui annonce un mouvement contraint &: 
fyncopant entre deux temps , fans fyncoper 
entre deux mefures , ce qui donne aux notes 
une marche inégale & comme boiteufe ; 
c'eft un avertifl'ement que cette même mar- 
che continue ainfi jufqu'à la fin de l'air. {S.) 

All' OTTAVA, ( yVfi//?^.) Lorfque dans 
la baffe-continue on trouve ces mots Ita- 
liens , il faut ceffer d'accompagner, & exé- 
cuter feulement la B. C. des deux mains, 
prenant dans le deffus les mêmes notes qu'à 
la baffe , mais d'une odave plus haut. On 
continue ainfi jufqu'A ce que l'on retrouve 
de nouveau des chiffres. 

Souvent au lieu des mots aW ottava, on 
ne trouve que le mot aW & un 8. 

Depuis quelque temps, au lieu d'écrire 
un trait de chant bien haut au-deffus de la 
portée , en ajoutant les lignes pofliches né- 
ceffaires , on l'écrit , pour diminuer la peine , 
une odave plus bas , & par conféquent 
dans les portées , & l'on met un 8 deflbus , 
Tome II. 



ALL ii(j 

fuivi d'une ligue prolongée tant que ce trait 
de chant dure. {F. D. C.) 

ALLAITEMENT , f. m. {Me'Jec. & 
Cliirurg.) L'accord qui règne dans toute la 
création , entre les befoins des difîérens in- 
dividus pris colleftivement , & l'arrange- 
ment des chofes pour fournir à ces befoins , 
forme cette chaine de dépendances , de 
rapports , qui , étant bien appréciée , peut 
fervir de principe fur pour régler les objets 
de politique , de morale èc de médecine. 
Cet accord elt la bafe des loix , que toute 
force extrême tend à fa diffolution , que 
tous les êtres paflént par différentes exif- 
tcnces , que le développement fe fait par 
gradation. Le befoin phyhque d'éteindre , 
ou plutôt d'abattre pour plus ou moins de 
temps le feu qui circule dans nos veines , & 
qui nous fait defirer le commerce avec la 
femme , le befoin moral de nous produire 
un nouvel objet de notre tendreffe , & de 
nous voir renaître dans la polférité , n'eft 
fatisfait que par un arrangement qui donne 
à l'être qui en réfulte , tout ce qui eft né- 
ceflaire pour le contentement de fes befoins; 
& le centre de fade de la génération de- 
vient un centre d'action , d'où émanent des 
forces & des ofcillations particulières , qui 
attirent vers lui les correfpondances de tous 
les organes. Il s'établit un nouvel ordre 
d'aâions & de réaftions dans toute la ma- 
chine ; la matrice fe foutient dans cette 
adivité qui avoir lieu dans l'o.'gafme vé- 
nérien ; & par fon influence prépondérante 
fur le refte des organes, elle attire les li- 
queurs & acquiert cet afcendant & cette 
faculté , d'où dépend fa propre expanfion , 
la nutrition & le développement du fœtus. 

Cet enchaînement particulier de caufes 
& d'effets, cet afte individuel des évolu- 
tions générales , par lefquelies le monde 
dure, n'ell pas plut^ commencé, que les 
diverfes caufes qui concourent pour la même 
fin , éclofent les unes après les autres , & 
qu'elles préparent tout ce qu'il faut pour 
conduire le nouvel être de l'état de végétal 
parafyte , à celui d'animal vivant par fa 
propre force. La ma-rice furchargc'e d'ac- 
tivité s'épuiferoit bientôt , & fon adivité 
s'éparpilleroit fi elle ne trouvoit pas dans 
les feins un organe qui , étant en réadion 
avec elle, la foutient & rétablit cet équili- 

R 



130 A L L 

bre , fans lequel les forces les mieux dirigées 
s'en vont à rien & s'évaporent en l'air. Mais 
à mefure que l'aâivité abonde dans la ma- 
trice , il en reflue une partie fur les mamel- 
les , leur réadion devient proportionnée , 
& les feins entrent en difpofition de remplir 
dans le temps les fonâions auxquelles l'u- 
terus portant enfant , les follicite. Si cet 
équilibre d'adion & de réadion vient à 
manquer , que les mamelles s'affaifîent , 
qu'elles deviennent flafques, on doit s'at- 
tendre à Tavortement. 

La matrice ayant reçu toute l'adivité 
qu'elle peut comporter, un nouveau degré 
de cette même activité fert d'irritant , dont 
les effets font ces fecouffes convulflves , ces 
contrarions violentes , ce défordre général 
qui le terminent à l'accouchement. Il fem- 
bleroit que cette crife pût mettre fin à toute 
l'évolution compalïée pour la produdion 
d'un nouvel être ; que les mamelles puffent 
balancer l'activité décroiflante de la ma- 
trice , & leur réadion fuffire pour entrete- 
nir le jeu de l'utérus , jufqu'à ce que l'éva- 
cuation des lochies finie , la matrice rentrât 
dans fon état primitif, & ne produisît que 
des évolutions périodiques. Il eft vrai que 
cela parok ainfi ; mais les mamelles ayant 
reçu , à force de réagir , une difpofition 
extrême à l'adion , elles deviennent , dés 
l'accouchement achevé , le centre d'adion , 
& par leur prépondérance , elles fécondent 
la contradion de la matrice , l'évacuation 
des lochies , & le rétabliffement des forces 
de ce vifcere. Elles fe iont mifes en pofTef- 
iion de l'adivité , & tournent fur elles l'ac- 
tion des autres oi^ganes , au point que l'ha- 
bitude établie dans les organes , de contri- 
buer d'un commun accord aux fondions de 
ces parties ; les uns cefTent tout-à-^fait les 
leurs , & les autres n'agiflènt qu'après que 
l'adion a reflué des mamelles fur eux. L'u- 
terus interrompt fes fondions lunaires ( i! 
n'eft pas queftion ici des cas particuliers & 
aifés à expliquer, dans lefquels les évacua- 
tions menftruelles fe rétabîifTènt & conti- 
nuent , quoique la femme allaite ) ; l'organe 
de la nutrition , le tiifu cellulaire ne fait 
plus que réagir ; les organes de la fanguifi- 
cation attendent que les mamelles inertes 
ou inadives , aient récupéré les forces né- 
ceffaires pour relever le ton de tous les 



A L L 

organes , & qu'ils aient rétabli l'adivité de 
toute la machine , ou que l'excédent de l'ac- 
tivité reflue d'elle, comme du centre, fur 
toutes les autres parties du corps. 

Ceft une chofe remarquable , que toutes 
les fois qu'il s'établit dans le corps humain 
un nouvel ordre d'adion & de réadion , il 
y a friffon (rigor) & un mal-étre général. 
Hippocrate nous l'apprend à l'égard de la 
matrice de la femme qui a conçu : midier 
ubi conceperit , dit-il , flatim inhorrefcit & 
incahfcLt ac demibusJiridecS^articulum reli- 
quumi^uecorpuscora'uljiopra'hendit&uterum 
[orpor[de carnibus). Les inflammations , les 
fièvres , les crifes, &c. fuivent prefque toutes 
\à même marche. Ce n'eft pas ici le lieu 
d'examiner les caufes & le méchaniime de 
ce phénomène ; j'en conclus feulement que 
le frillbn , & les autres fymptomes fiévreux, 
nous faifant juger de l'établiflement d'un 
nouvel ordre d'adion & de réadion , on 
peut décider que la fièvre de lait eft un figne 
univoque de quelque révolution décidée &: 
compaffée dans le corps de la femme ; & en 
etFet , dès que la matrice a eu le temps de 
perdre l'excès de fon adivité , qu'elle com- 
mence à ne plus engloutir la réadion de tous 
les autres organes , & que les mamelles , 
par l'habitude de leur réadion , ont con- 
centré en elles la diredion des forces que la 
matrice n'emploie plus exclufivement, il fe 
fait une révolution nouvelle qui inftalle les 
feins comme principal arc-boutant, & les 
met en pofièiîlon de la plus puilfante vertu 
attradive. La fièvre de lait a lieu avec toutes 
les fuites , & fi la femme allaite , l'éva- 
cuation du lait fait qu'il ne fe rafiemble 
jamais dans les mamelles , une adivité ex- 
ce/five qu'il faudroit contrebalancer par la 
réadion d'un vifcere particulier , ou par 
celle de plufieurs organes réunis; le nouvel 
ordre établi règne paifiblement , & la nour- 
rice jouit des avantages d'une bonne fanté. 
Mais fi la femme rehife de donner le fein à 
l'enfant, les mamelles amaffent trop d'adi- 
vité, & l'évolution génératrice devant être 
finie à Yullaitement , il n'eft pas pourvu, dans 
l'ordre naturel , à une nouvelle révolution 
ordonnée pour rétablir l'équilibre général. 
Il n'y a aucun organe particulier deftiné , 
d'is la conformaiion de la femme, à abfor- 
ber, à attirer fur lui une partie de l'adivité 



t 



A L L 

dirigée vers les mamelles. De-là, ces dif- 
traciicns, ces devoiemens de forces qui ionc 
fi fréquemment fimelies , & le leroienc 
encore bien plus fouvent, fi, dans ce mo- 
ment, l'utérus n'étoit pas dans la plupart des 
femmes , l'organe le mieux difpofé à expier 
les fautes de l'individu , & à remédier aux 
eîFets de cette interruption violente de la 
marche naturelle des évolutions organiques. 
Cette entreprife fur l'ordre naturel dans 
un moment oiî l'utérus de voit avoir le temps 
de fe remettre , ne peut donc que déranger 
l'harmonie qui fe feroit établie peu-à-peu & 
à la longue, pendant le temps de V allaitement 
jufqu'au fevrage. L'évacuation réitérée des 
feins , & leur gonflement alternatif n'exi- 
gent pas , lorfque la femme allaite , une 
réaftion aufli foutenue que lorfqu'elle n'al- 
laite pas ; & l'accord de tous les organes 
pour partager cette réaâion , rétablit la ma- 
trice dans ce degré d'influence qui eft pro- 
portionnée à celle de tous les autres vifceres. 
L'utérus porte fa réaâion aux mamelles , & 
fe trouvant, pendant tout le temps de Yallai- 
ttment , dans une fituation analogue à celle 
oià il eft pendant l'appareil de l'évacuation 
menflruelle , il contribue à la prépondérance 
de l'aâion de ces organes. Mais la femme 
qui trouble ce méchanifme , expofe la ma- 
trice à céder à l'aclivité prépodérante des 
feins ; l'abord des humeurs y eft dirigé , 
elle fe trouve accablée par la prépondérance 
outrée &: l'irritation des mamelles ; elle ne 
conferve d'activité qu'autant qu'il faut pour 
foliiciter cette affluence d'humeurs, en les 
détournant des autres vifceres , & pour les 
évacuer. Heureufe la femme chez qui au- 
cune difpohtion vicieufe , aucune caufe 
étrangère n'excite une adivité exceffive , «ne 
réfiftance trop forte dans la matrice , ou un 
dévoiement quelconque dans la direc-lion des 
forces: les pertes, les inflammations de la 
matrice , les engorgemens des feins , les 
épanchemens de lait , &c. feroient les fuites 
efientielles de ces accidens , félon que la 
caufe agiroit fur tel ou fur tel autre organe. 
Laconftitution, les écarts dans le régime, 6'c. 
occafionnent chez la femme qui n'allaite pas, 
des maladies aufïï graves que difficiles à 
guérir. 

Le fuccès, xnzrT.& le plus comp!<2t de la 
fuppreflion du lait , n' eft pas fans inconvé- 



A L L tjt 

niens : la matrice acquie:t par cette prati- 
que une certaine atonie qui l'oblige , pour 
ètie à l'uniftbn avec les autres organes , à 
foliiciter leur influence , ou à recevoir le 
réfultat de leur aâivité. Cette influence 
confifte prefque toujours dans l'abondance 
des humeurs qui abordent vers la partie foi- 
ble : les engorgemens, les gonfiemens qui 
en proviennent , donnent une efpece de for- 
ce négative qui fuppléeà celle qui manque , 
& rétablit l'équilibie dans la machine , juf- 
qu'à ce que les autres organes, s'étant ha- 
bitués à verfer toujours leur adion fur ce- 
lui qui eft afteûé , tombent dans l'épuife- 
ment , ou que la réiiftance de ce dernier , 
ou l'incanacité de recevoir davantage cette 
aftion , jette un trouble général dans l'équi- 
libre de tous les organes ( les cautères, les 
anciens ulcères , les évacuations habituelles 
peuvent fervir à éclaircir ce qui doit arriver 
à la matrice.) Dès que l'adivité des feins a 
furpafté la réadion de la matrice , & que ce 
vifcere a encore aflèz de force pour ne pas 
y fuccomber , le lait y aborde, & l'évacua- 
tion qui en eft une fuite , dure tant que Tu- 
terus fe reflent de fa foibleffe. C'eîè pen- 
dant ce temps que les autres organes fe con- 
certent , s'il eft permis de s'exprimer ainfi , 
fur rétabliffement d'un ton général ; & , fi 
la matrice n'y entre pas pour la part qui lui 
eft originairement aftignée , la femme de- 
vient fujette à tous les inconvéniens qui ré- 
fultent de la foiblefie , de l'accablement 
d'une partie du corps animal. Tant que 
l'ordre n'eft que foiblement troublé , & que 
l'utérus ne fait que fe prêter à la prépondé- 
rance des autres organes , la femme ne fera 
fujette qu'aux fleurs blanches, à quelques 
accidens hyftéricues, £?<:. mais s'il y a irri- 
tation , s'il y a réfiftance forte , s'il y a acca- 
blement , il naîtra des pertes , des endur- 
ciflémens, des fquirrhes , des ulcères, des 
cancers, Çjc. 

Il eft donc de l'avantage de la femme qu'el- 
le nourrifte ; c'eftune loiphyfique à laquelle 
elle ne peut défobéir fans expofer fa fanté , 
fans déranger l'ordre de l'économie animale; 
& il ne feroit pas difficile de prouver que 
les vapeurs , les fleurs blanches , les pertes , 
les fuppreftîons des règles , les accidens plus 
ou moins fâcheux lors de la ceflation de l'é- 
: vacuation mcnftruelle , les fouirrhes les 

Rz 



ï}i AIL 

cancers aux feins & à la matrice, les avorte- 
mens , les couches pénibles , & un très-grand 
nombre d'autres infirmités dont les femmes 
font accablées , ne dépendent en partie que 
du dérangement de l'économie animale , 
caufé par le refus des mères d'allaiter leurs 
enfans. 

Le mal qui réfulte de cette infraâion des 
loix phyfiques , ne fe borne pas à la mère : il 
ne feroit que jufte qu'elle fubit la peine qu'el- 
le s'eft attirée elle-même. L'enfant enfoutfre 
également : ce fruit fi précieux , & quelque- 
fois fi defiré par tendreilë , ou par un vil in- 
térêt, étoit accoutumé non pas à une nour- 
riture quelconque , mais à celle qui eft pré- 
parée d:;ns le corps de fa mère , de cette fem- 
me dont tous les organes dans l'afte de la gé- 
nération, ont contribué à lui donner l'être, 
dont le chyle , le fang, la lynphe nourricière 
ont été préparés par le concours de toutes 
les parties de cet cnfemble , dont les hu- 
meurs ont une confiflance , un mouvement 
propre, dont le degré de chaleur eft fixé , 
dont l'ame agit d'une façon déterminée, &c. 
ce nouveau né , dis-je , qui a été conflitué 
de manière à ne pafïbr que d'une nuance à 
l'autre , à prendre , à digérer & à affirniler 
un aliment analogue à celui qui le nourriffoit 
dans le fein de la mère , une nourriture diffé- 
renciée pour le contentement de fes befoins 
aauels,fe trouve tout-à-coup privé de ce qui 
eft conforme à fa conftitution , à tout fon 
être , & n'obtient qu'une nourriture que les 
qualités extérieures feules font regarder 
comme également appropriée à fa fituation. 

On allure , d'après l'obfervation , que les 
nourriftbns prennent fcuvent_ le caradere 
moral & les difpofitions morbifiques de leurs 
nourrices. J'avoue que je ne comprends rien 
aux principes des carafieres ; mais il me fem- 
ble que fi les différens départemens qui com- 
pofent notre être , ne font pas dans une 
identité parfaite, nous devons fentir, vouloir, 
penfer & agir les uns différemment des au- 
tres. Me feroit-il permis aprèscela de hafar- 
der une conjeclure? l'organifation de ces dé- 
partemens dépend fans contredit, i°. du 
ton général & primitif; z^. de l'analogie des 
élémens ou principes nutritifs avec des orga- 
nes. Il femble donc que les organes qui in- 
fluent le moins fur la digeftion de la nour- 
rice , doivent être, chez le nourrilibn , ceux 



A LL 

qui acquièrent le moins de vigueur ; & s'il 
eft vrai que les maladies organiques fe com- 
muniquent de la nourrice au nourriffon, il 
pourroit bien être que celui-ci prît également 
fes pallions. II me femble qu'il y a parité de 
fingularité entre les dérangemens phyfiques 
auxquels eft fujet le nourriffon qui tire le laie 
d'une femme enceinte, & entre la méchan- 
ceté qu'hérite un enfant allaité par une fem- 
me colère ; entre la vigueur d'un enfant 
nourri par une bonne , forte & groffe pay- 
fanne, & entre la gaietéë&nourriftbn d'une 
femme vive & réjouie. Quoiqu'il en foitde 
ces problêmes , il n'en eft pas moins vrai que 
le corps d'un enfant nouveau-né demande 
le lait d'une femme nouvellement accou- 
chée ; on fait que cette liqueur n'eft les pre- 
miers jours qu'une efpece de petit lait , déga- 
gé prefque de toutes les parties caféeufes & 
butireufes. Le nouveau-né ne peut digérer 
ni beurre , ni fromage ; fes inteftins remplis 
du méconium n'ont pas befoin d'être leftés , 
mais bien d'être évacués. Le colloftrum fert 
à cette fin, au lieu que le lait proprement 
dit, fait l'effet d'une croûte de pâté dans un 
corps qui a befoin d'être purgé à caufe de 
plénitude. Il eft vrai qu'on fait prefque tou- 
jours jeûner les nouveaux-nés plus ou moins 
long-temps avant de leur préfenter le fein. 
Mais cela peut-il parer les inconvéniens qui 
réfultent du refus de la mère de le conformer 
au VOEU de la nature ? Eft-il probable qu'un 
enfant puiftë jeûner fans détrim.ent pour fa 
fanté, pendant 12 , 24. ou 36 heures ? je ne 
le crois pas. Des corps qui ont un befoin fi 
preffant de fe nourrir, doivent certainement 
fouffrir des inconvéniens plus ou moins fâ- 
cheux d'un jeûne fi prolongé. Le nouveau- 
né fe trouve d'ailleurs dans une fituation fi 
différente de celle où il étoit, que tout ce qui 
augmente le trouble dans fa petite machine 
doit lui nuire extrêmement : or, le refus d'un 
aliment convenable ne peut manquer d'ex- 
citer un nouveau trouble. Il eft difficile de 
fe perfuader qu'un enfant ne doive pas fe 
reffentir,pendant très-long-temps, peut-être 
même pendant tout le relie de fes jours , de 
la cruauté av c laquelle on l'a traité en ve- 
nant au monde. Il eft même probable que 
la nature, demandant la nourriture qu'on ne 
lui donne pas , cherche à exercer fes forces 
digeftrices fiir le méconium : je ne dis pas 



A L L 

qu'elle puifTe en extraire une fubftance ali- 
mentaire , ni que les vaifTeaux abforbans des 
inteftins pompent l'âcretédefes excrémens ; 
mais il me paroît poflible que la lymphe 
verfée dans le canal inteftinal , fe charge de 
principes impurs, lefquels étant ainli enve- 
loppés , partent dans les vaifl'eaux laâees & 
enfuite dans la mafTe des humeurs ; je dis 
encore que le méconium peut contraûer un 
degré de putrétaâion , à caufe de l'air admis 
dans le canal inteftinal , d'où il étoit exclu 
avant la naiftance , & qu'en conféquence de 
cette corruption il peut en réfulterdes acci- 
dens très- fâcheux. Je dis enfin , que le pre- 
mier travail de la digeftion portant à faux , 
doit caufer dans la conftitution du nouveau- 
né un étonnement , un dévoiement de for- 
ces qui lui eft néceftairement préjudiciable. 
L'irritation que le froid & l'élafticité de l'air 
caufent fur la peau de cette petite machine , 
jointe au jeu de la refpiration , doit ren- 
dre les nouveaux-nés très-affamés, c'eft-à- 
dire , que l'organe externe doit vivement 
folliciter l'aclion du ballon inteftinal ; il eft 
vrai que tant qu'il eft leftépar le méconium, 
il peut correlpondre , jufqu'à un certain 
point , à cette foliiciration ; mais on purge 
l'enfant , & on détruit par-là ce contrepoids : 
il n'y a donc que l'irritation de la médecine 
qui fupplée au reftbrt qu'auroit dû donner 
l'aliment préparé conformément au befoin 
naturel. Les forces du canal inteftinal étant 
diminuées par l'évacuation du méconium , 
les fuites de la médecine & le jeûne, on les 
accable enfuite tout-à-coup par une nourri- 
ture trop fubftantielle, trop péfante ; ce qui 
doit néceflàirement conduire au tombeau 
ou à un état valétudinaire , les enfans qui 
n'ont pas une conftitution d'athlètes. 

Ces notions préliminaires , fur les avanta- 
ges qui réfultent de V allai cernent pour la mè- 
re & pour l'enfant , & fur les défavantages 
qu'entraîne le refus de cette adion , nous 
conduifent naturellement à rechercher la 
théorie de l'excrétion du lait, les obftaclei 
phyftques qui s'oppofent à l'allaitement, & 
à expofer la conduite qu'il faut obferver pour 
y réullir. 

Tout le monde convient aujourd'hui , dit 

M. de Bordeu , dont nous copierons la théo- 

- ie de l'excrétion du lait , que les conduits 

xcrétoires de la mamelle viennent aboutir 



A L L 133 

en aftez grand nombre au mamelon , où ils 
font repliés les uns fur les autres , & ridés 
de façon que ft l'on vient à les étendre ou 
à les redrefler , en tirant le mamelon , ils 
laifTent palfer le lait beaucoup plus facile- 
ment. 

On fait aufll que l'enfant ne fait d'abord 
qu'alonger le mamelon , en le tirant à lui , & 
dcs-lors le lait coule dans fa bouche : outre 
cela, l'enfant peut en fuçant attirer la li- 
queur de la mère qui l'allaite ; mais c'eft là 
une efpece d'excrétion particulière, fur la- 
quelle nous ne nous étendrons pas : elle a 
quelque rapport avec l'effet des vcntoufes , 
& elle n'eft pas de notre fujet ; d'ailleurs on 
trouve ce méchanifme fort bien expliqué 
dans les Mémoires de r académie royale des 
fciences de Paris. 

Ce qu'il faut remarquer , c'eft que l'en- 
fant qui tette, étend le mamelon en le ti- 
rant ; il l'irrite aufti ou l'agace de façon que 
le mamelon entre lui-même en contradion , 
ou dans une forte d'éreftion , produite quel- 
quefois par un fimple attouchement. 

Il n'eft point de nourrice qui ne fente cet- 
te tenfion , & une efpece de chatouillement 
qui en eft une fuite : elles difent la plupart 
fentir le lait monter ; la mamelle s'arrondit, 
fe roidit &: fe gonfle ; & il y a des femmes 
qui fouffrentdes tiraillemens qui fefont fen- 
tir jufqu'aux épaules & aux lombes , & mê- 
me jufqu'aux bras; ces tiraillemens font dou- 
loureux dans quelques-unes ; elle fentent 
ordinairement un chatouillement plus ou 
moins voluptueux. 

Ces irritations ont tant d'influence fur 
l'excrétion du lait , qu'il y a des mères qui 
ne fauroient donner à tetter à d'autres qu'à 
leur enfant. 

L'enfant a quelquefois de la peine à fe 
faire à toutes forte de mamelons, & les nour- 
rices trouvent des enfans qui ne les excitent 
pas afTez , qui ne font pas venir le lait , ou 
qui ne caufent pas ces chatouillemens ou ces 
fecouffes dont nous parlions tout à l'heure • 
mais il n'en eft prcfque pas qui n'en trouve 
quelqu'un à fon point , & auquel elle s'at- 
tache d'autjnt plus qu'il paie la mère , en 
excitant chez elle une fenfation à laquelle la 
tendrtfté fuccede. 

On croiroit que lorfque l'enfant tette , & 
qu'il touche les mamelles, en les maniant de 



134- A L L 

différentes façons, il les comprime; mais il 
les alonge un peu , &: il les excite en les frot- 
tant. 

Il y a des mères qui , lorfque Tenfant les 
touche , font chatouillc'es au point , qu'elles 
fentent dans leurs mamelles un reirerremenc 
qui empêche le lait de couler ; il y en a aulfi 
de moins fenfibles, qui avouent que les at- 
touchemens de l'enfant les excitent, en rap- 
pellant dans leurs mamelles une imprelïïon 
ou une modification, qu'elles fentent, fans 
pouvoir l'exprimer , & qui ne diffère point 
de cette efpece de retour de la mamelle fur 
elle-même , ou de cette e'redion dont nous 
parlions plus haut. 

Il faut avouer qu'il y a des nourrices , 
dans lefquelles le lait fort en leur compri- 
mant les mamelons ; il fait un jet , mais ce 
jet ne dure pas long-temps: il ne vient que de 
l'évacuation des vaifTeaux ladées , les plus 
gros qui font vers le mamelon ; & fi la ma- 
melle n'entre point en convuluon , l'excré- 
tion du lait ne dure point. 

Il en eft comme de quelques nourrices qui 
perdent leur lait à certaines heures après le 
repas: leurs mamelles ont paflé dans tous les 
états dont nous venonsde parler ; &lesvaif- 
feaux font tellement pleins, que le bit en 
fort par regorgement, pour ainfi dire , &: 
qu'il s'échappe jufqu'à un certain point ; mais 
de même qu'il ne s'échappe qu'en partie , il 
n'en fort auffi que fort peu par la comprelfion. 

I! s'agit de faire l'expérience avec atten- 
tion ; & fl on a foin de ne pas confondre 
l'extenfion du mamelon avec la comprefTion 
ou les changemens qui arrivent à la mamelle 
par les irritations , on fe convaincra que la 
comprefTion ne fait fortir qu'une partie du 
lait qui étoit contenu dans les plus gros con- 
duits du mamelon , qui font comme de pe- 
tits réfervoirs que l'on peut comprimer tout 
d'un coup , mais dans lefquels la comprefîion 
n'exciteroit jamais l'écoulement continuel 
des liqueurs fans les caufes qu'on vient de 
détailler. 

Nousavons vu des nourrices qui tâchoient 
de faire fortir leur lait, avant que l'enfant ne 
les eût tettées & mis leurs mamelles en jeu ; 
& cela leur étoit impolTible ; au lieu que , 
dès que les mamelles avoient été mifes en 
contradion par quelques frottemens & quel- 
ques fecouffes du mamelon , le lait fortoit de 



A L L 

lui-même pendant un certain temps, jufqu'à 
ne pouvoir écre arrêté , que lorfque le pa- 
roxyfme étoit pafîc ; ceci éclaircic beaucoup 
ce que nous dilions plus haut , & il faut re- 
marquer qu'il fufîit quelquefois d'exciter 
une mamelle, pour les mettre toutes les deux 
en jeu. 

11 y a des femmes qui ne paroifTent pref- 
que pas avoir de lait dans leurs mamelles , 
qui font flafques & vides ; mais , dès que 
l'enfant les excite, elles fe bouftiflènt , & le 
lait vient de lui-même. 

L'excrétion du lait dépend donc d'une ef- 
pece de convulfion , qui , après avoir prépa- 
ré les voies , ouïes canaux qui vont aboutie 
au mamelon qui fe tend lui-même , faific 
tout le corps de la mamelle , & la difpofe à 
donner le lait , lorfqu'elle fera chatouillée 
par l'enfant , qui concourt de fon côté à 
l'excrétion, en excitant les organes de la mè- 
re , &en les fuçant. Voye\Reclierclies ana^ 
tomiques fur lapofidon des glandes , ùfur 
leur aclion , par M. Théophile de Brodeu , 

§• 73. 

Il y a deux efpeces d'obllacles qui s'oppo- 
fent au fuccès de \aUcLuement\ç.^\vf.a;cÀ pro- 
viennent de la mere&: ceux qui tiennent \ 
l'enfant. Nous ftiivrons dans cet expofé le 
mémoire de M. Levret , inféré dans les Jour- 
naux de médecine des mois de janvier , de 
février & de mars 1772. 

Les oblîacles à ValLiitement de l'enfant , 
qui proviennent de ia mère , dépendent prin- 
cipalement de la mauvaife conformation de 
fes mamelons. La forme la plus favorable , 
pour que les mamelons fe prêtent à la fuc- 
cion , ef!: la forme cylindrique , ou celle d'une 
poire , dont la petite extrémité feroit comme 
implantée dans le milieu du fein. Il faut 
qu'ils foient en même temps médiocrement 
folides , & fufnfamment gros & longs. 

L'expérience prouve que fi le mamelon 
eft dur , la bouche de l'enfant ne pourra le 
comprimer fuitifammenc , pour en faire for- 
tir le lait aifément ; & que fi , au lieu d'être 
gros & long , cylindi-ique ou pyriforme , il 
efl court & menu , ou pointu par fon bout 
faillant , il fera impoffible à l'enfiut de le 
faifir facilememt , ou de le tenir faifi; il 
échappera donc dans tous les cas, & ils font 
nombreux. On fent qu'un feul de ces dé- 
fauts peut devenir fulTifant, pour préfenter 



A L L 

des difficultés à l'allaitement : à plus forte 
raifon , (î plufieurs fe trouvent réunis enfem- 
ble , &c encore pire s'ils le font tous ; & cela 
fuffit pour démontrer la nécedité de travail- 
Jerde bonne heure à prendre les précautions 
propres à remédier à ces inconvéniens , fur- 
tout la première fois qu'une mère fe propofe 
de nourrir. 

La raifon de la plupart de ces inconvé- 
niens , auxquels les femmes des nations civi- 
lifées font exclufivement fujettes , fe trouve 
dans les vètemens qui prefTent conftamment 
le bout des mamelons de leur pointe vers 
leur bafe. II y en a néanmoins qui , ayant 
négligé toutes les précautions , ne rencon- 
trent aucune difficulté pour allaiter. Ce 
font 1°. celles qui ont déjà allaité, &àqui 
il n'eft rien arrivé au fein qui puïii'e faire 
craindre d'avoir perdu cette facilité ; z°. cel- 
les en qui , quoiqu'elles n'aier.t jamais allaité 
d'enfans , le lait a coulé abondamment dans 
les premiers jours des fuites de la dernière 
couche ; &; 3**. celles en qui le lait coule ai- 
fément fur la fin de lagroirefTe, quoique ce 
foit la première. V'oilà trois cas qui doivent 
faire efpérer que la femme pourra allaiter 
fon enfant , fans fe fervir de préparation : 
cependant il reliera encore à favoir , pour les 
deux derniers cas , fi la forme &: la confif- 
tance des mamelons permettent à l'enfant de 
les faiîir aifément. 

Les femmes qui ne perdent point de 
lait pendant leur groiTeflb , peuvent tra- 
vailler à donner à leurs mamelons la forme 
& la confiftance requifcs , dès qu'elles font 
cenfées être entrées dans le neuvième mois 
de leur grolîéfTe ; au lieu que celles qui en 
perdent , ne commenceront ces précautions, 
qu'immédiatement après l'accouchement. 

Le cas le plus commun de fous , efl celui 
ou les mamelons ne fdillent point : il pren- 
nent quelquefois la forme de ces groffes 
verrues , qu'on appelle poireaux , & ils de- 
viennent prefqu'aufTi durs que de la corne , 
fur-tout à leur extrémié extérieure ; lieu 
où il s'amallè fouvent de la craffe , qu'il 
faut avoir foin d'ôter avec beaucoup de 
précaution ; d'abord le loir , avant de fe 
coucher , en enduifant ces extrémités du 
mamelon avec une pommade compofée 
de parties égales de cire vierge , c'huile 
û'amandes douces tirée fans feu , & de 



A L L 13c 

blanc de baleine qui n'ait aucune tâche ni 
teinte jaune. Le lendemain , on ôte cet en- 
duit, en le frottant légérementavec une petite 
éponge fine imbibée d'une forte eau de 
favon , ce qu'on répète plufieurs jours de 
fuite , ou jufqu'à ce que ces petits orga- 
nes foient devenus fouples & bien décraflés. 
Cela fait , on procède à les forrner , c'efl-à- 
dire , à les rendre fufSfamment gros & longs , 
& en mém.e temps aider à déboucher leurs 
canaux laiteux : on y parvient ordinairement 
par le moyen de la fuccion ; celle de la bou- 
che appliquée immédiatement aux mame- 
lons eft la meilleure ; mais à fon défaut on fe 
fert de machines de verre nomm.ées fuyoirs , 
faites pour cette fin. Les gens delà campagne 
le fervent de pipes à fumer , ou d'une machine 
de fer blanc qui en a la forme. On emploie 
auiTi de petites bouteilles de verre à large 
goulot, qu'on échaufie fufiifammer.t pour 
raréfier l'air qui efî dedans , failant en lorte 
que le goulot foit la partie la moins chaude 
de toute la bouteille. On répète cette opéra- 
tion plufieurs fois par jour, fur-tout dans les 
derniers temps : on balfine enliiite les ma- 
melons avec du vin tiède , & fucré ou miellé, 
pour donner de la folidité à leur peau , qui 
efl très-fujetteàs'écorcher.Enfin, pour éviter 
que les bouts fe raccornifî'ent par la prefTion 
des corps qui les couvrent , on les met d.ans 
des étuis faits exprès , & dont les meilleurs 
font ceux qui font faits de tige de buis. Ces 
étuis doivent être ouverts par le bout pour 
laiflèr échapper aifément le lait qui peut cou- 
ler, il faut que la partie qui appuie fur le fein, 
foit un peu concave , pour fe mieux accom- 
moder à la figure du fein ; ce qui ne contribue 
pas peu à faire faillir le mamelon en dehors. 
Il efl aufTi utile que le bord qui appuie fur 
l'aréole , ne foit point afïez mince pour être 
comme tranchant , ni afîez épais pour for- 
mer une efpece de bourlet , parce que l'un ou 
l'autre de ces défauts pourroit devenir nuifi- 
ble , foit en entamant le fein , foit en le meur- 
triflant. Il faut auffi avoir la précaution de 
laver fouvent ces étuis pour qu'ils foient tou- 
jours propres , de crainte que leur faleté ne 
nuife à la peau. Il efl encore utile d'enduire 
chaque fois le dedans de ces étuis avec la 
pommade dont nous avons parlé plus haut, 
eu avec du bon beurre frais, pour éviterque 
les mamelons ne s'y attachent. 



136 ^ ^ ?^ 

Si une femme a négligé ces précautions qui 
lui ont paru fuperflues , & qu'elle donne le 
fein à l'enfant , il faut foigneufement exa- 
miner s'il rette réellement , car quelquefois 
ce n'elt qu'en apparence qu'il le fait. Afin 
d'éviter cette erreur , il eft bon d'obferver 
que , pour que l'enfant nouveau-né , qui fe 
porte bien , &: dont la bouche eft bien con- 
formée , puifle tirer avec facilité le lait des 
mamelles, il faut que le mamelon ait toutes 
les conditions requifes afin d'être faifi aifé- 
ment, & de pouvoir fe laifler loger de même 
entre le palais de l'enfant, & fa langue creufée 
ou pliée en gouttière, pour qu'il puilTe pomper 
le lait. On voit dans cette opération les joues 
alternativement fe gonfler au dehors , & fe 
retirer au dedans, enfe creufant dans le mi- 
lieu ; lorfqu'elles fe creufent, l'enfant pompe 
le lait, & lorfqu'elles fe gonflent, il l'avale ; 
ce que l'on reconnoît non-feulement au mou- 
vement de la mâchoire inférieure qui fe rap- 
proche alors de la fupérieure , mais encore à 
celui de fa gorge qui s'enfle en recevant le lait 
qui vient d'y arriver, & qui fe refferre , pour 
le pouffer de haut en bas dans l'eftomac. 

Si donc l'enfant ne peut pas tirer de lait , 
malgré qu'on ait fait ufage de toutes les pré- 
cautions , il faut , après environ deux ou trois 
jours de tentatives inutiles, difcontinuer de 
préfenter l'enfant au fein de la mère , & lui 
lîibftituerdes chiens nouveaux-nés, de groffe 
efpece , auxquels on rognera de près les on- 
gles , & leur entortiller les pattes de devant 
avec de petites bandes de linge pour qu'avec 
le refte de leurs griffes ils ne blelfent point le 
fein. 

Pendant tout !e temps qu'on fera obligé 
d'employer , pour mettre les mamelons en 
train de fournir fuffifamment & afTez aifé- 
ment du lait pour nourrir l'enfant , il faut y 
fuppléer avec de bon lait de vadie ou de 
chèvre , en les coupant plus ou m.oins , fui- 
vant leur confiftance , avec une légère eau 
d'orge fucrée ou miellée : il eft très-utile de 
faire prendre cette boiflon, par le moyen du 
biberon, à travers le goulot duquel on a fiit 
pafl'er un petit rouleau de linge fin & mollet, 
qui n'ait point d'éfiloque , & qui déborde 
d'un pouce ou environ , afin d'empêcher ce 
fluide de tombertout-à-coupen trop grande 
quantité dans la bouche ; par ce moyen on en- 
tretient l'enfant dans l'exercice de la fuccion, 



A L L 

Après avoir expofé les difficultés que l'arc 
peut fouventfurmonter les premiers jours de 
l'allaitement , venons à celles qui réfiftenc 
quelquefois pendant plulieurs femaines & 
même plulieurs mois avant que de céder 
tout-à-fair. 

Ce cas arrive chez les femmes , qui , 
n'ayant prefque point de mamelon , n'onc 
point travaillé à les former avant que d'être 
accouchées ; fur-tout \\ le lait n'avoit point 
du tout coulé. Celles-ci peuvent très-rare- 
ment réuflir avant que le mouvement du laie 
foit paffé , par conféquent vers le cinquième 
ou fixieme jour de la couche, & encore la pi u- 
part de ces femmes font alors fujetces â avoir 
le lait grumelé dans le fein : il eft vrai qu'on 
vientàboutdeledégrumelerparlemoyende 
Inapplication des cataplafmes de mie de pain 
& de lait renouvelles toutes les cinq ou fix 
heures , ou au lieu de lait , qui eft très-fujec 
à s'aigrir , avec lapulped'écorcede racine de 
guimauve , qui ne s'aigrilfant pas fi aifé- 
msnt , peut refter dix à douze heures en 
place , ce qu'il faut continuer conftam- 
ment , jufqu'à ce que tout foit rentré dans 
l'ordre naturel ou à peu près : on féconde 
l'effet des catapLfmes par le régime , les 
boiflbns délayantes, leslavemensémoUiens 
& quelques juleps pour procurer du fom- 
meil la nuit. 

Mais comme chez la plupart de ces fem- 
mes , c'eft tantôt un fein qui s'engorge, 
tantôt l'autre fucceffivement , & alternati- 
vement , & quelquefois tous les deux en- 
femble , il en refaite que pendant tout le 
temps que ces engorgemens durent , l'enfant 
ne tette que d'un côté , & d'autres fois 
point du tout : il faut donc abfolument y 
fuppléer. 

Dans le grand nombre d'enfans qui 
viennent au monde en préfentant la tête la 
première , quelques-uns defcendent ia face 
en devant, ce qui les rend fouvent hideux , 
fur-tout lorfqu'il ont été très-long-temps à 
vaincre les obftacles qui les empéchoient de 
fortir. Les enfans ont toujours le vifage 
plus ou moins tuméfié & violet , & ils naif- 
fent tous la bouche béante , bavant con- 
tinuellement , comme quand la mâchoire 
eft luxée, ficelle l'eft quelquefois. Lorf- 
qu'elle l'eft , i' faut la réduire fur le champ ^ 
& la maintenir réduite en fuivant les règles 

de 



A L L 

de l'art ; & au bout de vingt-quatre heures 
ou environ commencer à bs nourrir , foit 
avec du lait de femme qu'on leur raie de 
temps en temps dans la bouche , foit en leur 
dégouttant peu-à-peu de celui de chèvre ou 
de vache , tiède & coupé , ayant foin de 
mettre cette boifTon dans un biberon , afin 
de s'appercevoir le plutôt pofîîble du temps 
que l'enfant fera en état de fucer , & par 
conféquent de tetter. Si la mâchoire n'eft pas 
luxée , il fufht de balfiner feulement de temps 
àautre le vifage de l'enfantavec du vin chaud. 

Il y a quelques enfans qui naiffeut avec 
des narines fi étroites , dans leur partie fu- 
périeure , que très-peu de chofe les bou- 
che entièrement. Ces enfans, qui font très- 
fouvent forcés , par cette caufe feule , d'a- 
bandonner le mamelon à tout moment 
pour pouvoir refpirer, ont prefque toujours 
la bouche plus ou moins ouverte , foit qu'ils 
dorment, foit qu'ils veillent. Lorfqu'ons'ap- 
perçoit de ce défaut ^ on y remédie en fe 
fervant d'une plume d'aîle de moineau , 
trempée dans de bonne huile , dont on in- 
troduit fuccefFivement les barbes dans les 
deux narines pour les déboucher. On en 
peut faire autant & avec le même fuccès , 
pour les enfans qui s'enrhument pendant le 
cours de V allaitement. 

Il naît quelquefois des enfans à terme , 
à qui il ne manque que l'aptitude nécelTai- 
re pour pouvoir tetter , & qui ne peuvent 
point y réuflîr fans fecours. M. Lapie , maî- 
tre en chirurgie , près Coutras en Guyenne , 
a envoyé à l'académie royale de chirurgie 
deux obfervations, defquelles il réfulte qu'il 
vient au monde des enfans , qui , fans avoir 
k filet ni la langue trop courte, ne peuvent 
point tetter & font en danger de périr 
faute de nourriture ; il faut alors examiner 
s'ils n'ont point la langue trop fortement 
appliquée & comme collée au palais ; en 
ce cas il faut l'en détacher , & l'abaifler 
avec une fpatule ou le manche d'une cuil- 
ler ou de chofe femblable : par ce moyen 
M. Lapie dit avoir fauve la vie à deux en- 
fans , qui , jufqu'à ce moment, n'avoient pu 
prendre le tetton , fans qu'il eût été pofTi- 
ble de reconhoître la caufe de cet empê- 
chement. M. Bunel a trouvé un enfant 
dans le même cas , il a abaiflé la langue 
avec l'inftrument appelle'yè a/7/e de mynhe , 
Tome IL 



, . A L L 137 

il a fait mettre le mamelon dans la bouche 
de l'enfant, & ayant abandonné la la ;;,iie , 
celui-ci a fucé , ce qu'il n'avoit pab fait de- 
puis plufieurs jours. M. Levret a fait les 
mêmes obfervations depuis que M. Lapie a 
communiqué les Tiennes ; il a même re- 
marqué qu'il y a cle^ enfans , qui, fans être 
nés avec ce défaut , 1 acquièrent quelque- 
fois , & c'efè après avoir été trop long- 
temps à leur faire prendre le mamelon. 
Pour éviter cet inconvénient , lorique la 
mère ne veut ou ne peut point allaiter fon 
enfant, & qu'on eft plus de vingt-quatre 
heures à lui donner une nourrice , il faut 
au lieu de le faire boire , foit à Ja cuiller, 
foit au gobelet , le nourrir au biberon. 

Il y a des enfans qui naiflènt avec un 
prolongement contre nature du frein de 
la langue , qui s'oppofe à la fuccion. Dans 
ce défaut de conformation , qu'on nomme 
filet , le bout de la langue eft figuré à peu- 
près comme la partie la plus large d'un 
cœur de cartes à jouer , & elle ne fauroit 
s'appliquer contre le palais , ni p^flèr le 
bord des lèvres ; fon bout qui eft retenu 
trop bas , eft toujours plus ou moins re- 
courbé en defïbus , fur-tout lorfque l'en- 
fant crie. Cet état indique de détruire cette 
efpece de bride , puifqu'elle empêche la 
liberté des mouvemens de la langue. Pour 
couper le filet avec beaucoup de facilité & 
fans courir aucun rifque , la meilleure mé- 
thode eft i*'. que l'enfant foit pofé hori- 
zontalement fur le dos & en travers des 
cuilT'es d'une perfonne afTife fur un fiege 
un peu haut. ^°. Que le chirurgien foit 
debout derrière la tête de l'enfant , pour 
que fa vue puifTe plonger perpendiculaire- 
ment fur le lieu même de la bouche ou 
il doit opérer & fur lequel le jour doit 
tomber diredlement fans aucun obftacle : 
3". qu'alors il fouleve la langue avec la 
pièce de pouce fendue d'une fonde canne- 
lée ordinaire , faifant paffer le filet à tra- 
vers la fente de la fonde: 4^. qu'avec des 
cifeaux à lame étroite, à pointes émoul- 
(ées , mais dont les tranchans foient bien 
bons , il coupe d'un feul coup toute la 
porti n fuperfiue du frein de la langue. Si 
l'on n'a coupé que cet excédent , il furtira 
peu de fang , parce que cette portion excé- 
dente du frein eft ordinairement toute 



Ï38 A L L 

membraneuie & fort mince. Au refte il 
ne faut abfolument couper que le vrai tilet 
ou prolongement du frein de la langue ; car 
on a vu périr des enfans à qui , faute d'at- 
tention ou de favoir , on avoit coupé le 
frein réel & bien conformé pour le filet ; 
& cela , parce qu'on s'en étoit laifTé impo- 
fer par quelqu'autre obftacle imprévu qui 
produifoit la difficulté de la fuccion. A 
raifon de cette méprife , il peut arriver que 
la langue devenant malheureufement trop 
iibre de fe porter fort en arrière dans les 
cris de l'enfant, elle s'engage toute entière 
au delà de la valvule du gofier , ce qui fe- 
roit que l'épiglotte refteroit pour toujours 
abaiffée fur la glotte , d'où s'enfuivroit de 
toute néceflité l'interception de la refpira- 
tion & la mort de l'enfant par fuffocation. 

Il arrive quelquefois qu'après qu'on a 
coupé complètement le filet , l'enfant n'a 
pas encore acquis la faculté de fucer : il 
faut en ce cas examiner attentivement les 
deux côtés de la langue : car on y trouve or- 
dinairement alors des brides ligamenteu- 
fes , qui la retiennent en arrière , ou qui 
la contraignent latéralement , foit d'un 
côté, foit de l'autre, & même des deux , 
ce qui Fempéche de fe creufer comme un 
cuilleron , pour bien embraffer le mame- 
lon. Lorfqu'on a reconnu l'exillence de 
ces brides, on doit les couper tranfverfa- 
lement , & aflez profondément pour les 
empêcher de fe réunir aifément. Les ci- 
feaux dont nous venons de parler ont en- 
core ici la préférence fur la lancette ou les 
biftouris. Le chirurgien occupé à couper 
ces brides, ne doit point fe placer derrière 
la tête de l'enfant , mais en face , & au 
lieu de fonde, ii fuffitde lui pincer le nez, 
afin de le faire crier , parce qu'alors, tou- 
tes les parties de l'intérieur de la bouche 
étant dans une tenfion confidérable , on 
voit très-aifcment ce que l'on a à faire &: 
comment il faut le faire. Les brides dont 
il eft ici queftion font ordinairement plus 
charnues que membraneufes , & par con- 
féquent plus fujettes à fe réunir que celles 
du filet ; ce qui indique qu'il faut les cou- 
per complètement &: de n'en lailler échap- 
per aucune. Mais doit-on couper tout de 
fuite ces brides , ou ne faut-il les couper 
qu'sn dsi temps diiFv'rans j laifTant guérir 



AIL 

une plaie avant que d'en faire une autre * 
Pour fe décider prudemment fur le parti 
qu'il y a à prendre en pareille occurrence , 
il faut commencer par examiner les avan- 
tages & les inconvéniens de ces deux mé- 
thodes. Si on fuit la première , on remplie 
l'indication principale qu'on a en vue , en 
détruifant fans délai tous les obftacles qui 
s'oppofent au mouvement de la langue , 
par conféquent à la fuccion & à la déglu- 
tition. Mais les douleurs , les plaies multi- 
pliées , & la perte de fang inleparable de 
cet état , ne peuvent-elles pas mettre la vie 
de l'enfant en plus grand danger , que fi 
l'on fuivoit la féconde méthode ? L'expé- 
rience confirme la négative. Cependant il 
faut bien fe donner de garde de faire 
prendre quelque chofe à l'enfant par la 
bouche ; car non-feulement l'enfant ne peut 
point tetter , mais il lui eft impofTible d'a- 
valer ; & pour peu qu'on fût affez mal 
avifé pour en faire la tentative , on ne 
tarderoit pas à s'en rçpentir, ayant mis posr 
lors l'enfant en danger d'étoulïer. Il eft 
aufli à propos d'attendre qu'il ne forte pref- 
que plus de fang de la première fefiion , 
avant de faire la féconde & ainfi de fui- 
te , autant qu'il y aura des brides à cou- 
per jufqu'à la dernière , & de commencer 
par les antérieures avant que d'attaquer les 
poftérieures. Quant à l'hémorragie , elle 
n'eft point à craindre , quoique la feftion 
de ces brides fournifîè chacune plus de fang 
que celle du filet ; mais comme les vaif- 
leaux des parties latérales de la langue ne 
font pas , à beaucoup près , aufîi gros que 
ceux qui accompagnent le frein , leur fec- 
tion ne menace point la vie de l'enfant , 
comme pourroit le faire celle des racines , 
fi malheureufement on les ouvroit en cou- 
pant le filet. Au refte, fi -tôt qu'on aura 
coupé une bride , il faut tourner la face 
de l'enfant prefqu'en deffous & l'y mainte- 
nir fur le bras jufqu'à ce qu'il ne Ibrte pref- 
que plus de fang. 

Il me refte à tracer le plan de la condui- 
te qu'il faut fuivre pour réufïïr dans ValLii- 
tcment. Je ne crois pas pouvoir prendre en 
cela un meilleur guide que madame le Re- 
bours , que l'expérience , une judiciaire 
exercée & des connoiflànces au-deftùs de 
celles ^ui fonc communes aux perfonnjg% 



ALL^ 

de Ton fexe , ont mis en état d'inftmire les 
femmes qui veulent s'acquitter des devoirs 
de mère. 

Prefque aulTi-tôt que les enfans font ne's , 
avant qu'ils s'endorment , & toutes les fois 
qu'ils fe réveillent , ils cherchent à tetter. 
Il faut profiter de cette indication naturelle 
pourleur donner le fein, fût-ce même pen- 
dant la nuit , plutôt pour les purger que 
pour les nourrir. Lorfqu'on manque le pre- 
mier moment où les enfans cherchent à 
tetter, on eft ordinairement plufieurs heures 
fans pouvoir leur faire prendre le fein , qui 
pendant ce temps s'emplit de lait & caufe 
des foufîrances proportionnées â la longueur 
de ce retard. 

Les femmes qui ont beaucoup de lait , 
ont le fein gonflé & tendu douze ou qua- 
torze heures après leur accouchement. Les 
bouts fortent alors plus difficilement , & 
l'enfant a de la peine à les prendre. Si l'on 
attend au deuxième ou troifieme jour , 
l'enfant ne peut fouvent plus faifir le bout ; 
s'il le prend , ce n'eft qu'avec peine , & la 
niere fouftre beaucoup , parce que la peau 
eft très-tendue par la plénitude du fein , & 
qu'elle eft même irritée & enflammée par 
la fièvre de lait que la femme a eue ^ & 
qu'elle n'auroit point ou prefque point eue , 
fi elle avoit donné à tetter dans les premiè- 
res heures après l'accouchement. Si l'on n'a 
pas foin de faire détendte promptement le 
fein par des cataplafmes lorfqu'il eft trop 
plein , le lait s'y arrête , y prend un carac- 
tère de corruption , & finit par caufer des 
accidens. 

On dit communément que toutes les 
femmes fouffrent des bouts à la première 
nourriture , parce qu'il faut que les cordes 
le caffent ; cela n'eft point vrai. Ces préten- 
dues cordes ne font antre chofe que de 
petits vaillbaux qui fe rompent lorfqu'il y a 
irritation par l'amas & le féjour du lait dans 
le fein. Lorfque la femme commence aftez 
tôt, & qu'elle donne alfez fouvent à tetter 
pour ne pas lailfer féjourner le lait & tendre 
la peau , elle ne fent point ces tiraillemens , 
& les bouts ne s'applatift'ent pas , même la 
première fois qu'elle allaite. 

Le liquide qui fort du fein le premier 
jour après l'accouchement , n'eft que de la 
lérofité propre à purger l'enfant ; il prend 



AIL Tj9 

enfuite de la confiftance & devient nour- 
riftànt. Comme il n'y a pas d'amas de laie 
dans les feins les premières heures après 
l'accouchement , la femme ne s'apperçoit 
pas qu'elle en a ; cependant , l'enfant tire 
& il avale. Mais comme il remonte plus de 
lait que l'enfant n'en tire , elle s'apperçoic 
davantage de fon exiftence dans le fein le 
fécond jour ; le troifieme ou le quatrième, 
il y a iurabondance , le fein picote lorfque 
le lait monte ; la femme en fent le mouve- 
ment , parce qu'il tend la peau , & beau- 
coup de femmes concluent que ce n'eft que 
du jour que le lait gonfle le fein , qu'il 
monte. D'après cette opinion , on a regar- 
dé cette époque comme le moment propre 
à commencer à donner à tetter. 

11 eft dangereux d'adoptet des fyftêmcs 
qui tendroient à régler les enfans , dès leur 
naifîànce , pour les heures de tetter , en 
prenant peu de lait à chaque fois ; mais en 
prenant fouvent , leur eftomac eft moins 
fatigué que lorfqu'ils en prennent rarement 
& trop à la fois. Quand ils ont quelques 
mois , ils s'accoutument tout naturellement 
à tetter moins fouvent , & il n'eft pas fl 
incommode qu'on fe l'imagine de donner à 
tetter la nuit. " Tout eft habitude , dit ma- 
dame L. R. on fe rendort très-fa ilemenc 
après avoir donné à tetter , & l'on dort d'un 
meilleur fommeil. Lorfqu'on dit aux femmes 
que de donner à tetter la nuit les échauffe , 
on les trompe ; je foutiens au contraire que 
le lait qui a paflTé la nuit dans leur ftin , e^^ 
capable de les agiter , de les échauffer , & 
qu'il eft d'une mauvaife qualité pour les en- 
fans. » 

Pour que la femme ne fe fatigue pas lorf- 
qu'elle donne à tetter, il faut fe coucher de 
fon long , avoir les reins & la tête un peu éle- 
vés & foutenus, fe tourner fur le côté , âc 
pafterunbrasfouslecoude l'enfant. Lorfque 
la mère trouve une attitude commode , il 
eft bon de garder un peu de temps l'enfant 
auprès d'elle & fur fon fein , afin qu'il fe 
mette bien en train de tetter. Les nouveaux- 
nés tirent peu de lait à la fois , & s'endor- 
ment fur le fein prefqu'aufTitôt. La chaleur 
de la mère eft la meilleure que l'on puifîe 
leur procurer : la quantité des vêtemens & 
h chaleur du feu leur nuifent fans les bien 
rtchautFer, 



140 A L L 

Il eft , on ne peut pas plus intéreflànt pour 
le fuccès de ValUitement,que lanourrice & le 
rourriflon foient conduits de la manière la 
plus fimple & la plus confornie aux vues de 
Ja nature. Tout ce qui peut étourdir, inquié- 
ter,tracafrer,échaufter la mere,doit être évité 
avec foin. Les vilires , l'embarras d'un grand 
nombre de perfonnes qui habitent dans fa 
chambre les premiers jours , ne peuvent que 
lui être contraires , ainfi que le foin outré de 
la garantir du froid. C'eft une très-mauvaife 
habitude que celle de fermer les rideaux au- 
tour du lit ; on concentre par-là les mauvai- 
fes odeurs , l'on appauvrit l'air qu'elle ref- 
pire y on lui échauffe la tête. Il faut l'arran- 
ger de manière qu'elle foit toujours au mê- 
me degré de chaleur , fans fuer , le froid ar- 
«êteroit la tranfpiration , & pourroit eau fer 
des engorgemens dans les feins : les fueurs 
feroient difliper les parties les plus déliées des 
humeurs. 

La chambre d'une femme en couche eft 
toujours afTez chaude , pour qu'il ne foit pas 
nécefTaire de garnir l'accouchée plus que 
dans un autre temps: on évite par-là le paf- 
fagefubit du chaud au froid. Il ne faut pas 
qu'une femme en couche s'expofe à fe bief- 
fer , en voulant marcher trop tôt ; mais elle 
peut fans danger , lorsqu'elle a bien donné 
à tetter dès le premier jour , fe tenir fur une 
chaife longue dès le cinquième jour de fes 
couches; fi elle n'a point le fein gonflé , & 
même plutôt en été. Elle peut changer de 
linge en même temps , & faire renouveller 
j'air de fa chambre. Tout cela étant fait avec 
précaution , contribue beaucoup à donner 
promptement des forces & de l'appétit.^ 

La quantité d'alimens doit être réglée fur 
le befoin qu'elle a de manger. Quoique la 
femme nourrifle , i! ne faut pas qu'elle prenne 
des alimens uniquement dans la vue de ne 
pas fe laifter épuifer : ce qu'on mange fans 
appétit fatigue l'eftomac. Il eft prudent qu'- 
elle ne fafl'e point uiae^de viande pendant 
les feptou huit premiers jours, & qu'elle ne 
boive que de feau rougie , qui ne foit ni 
chauffée ni rafraîchie 

S'il arrive quelquefois , ce qui eft néan- 
moins bien rare , que la mère manque de 
lait, on lui fera mander des lentilles , des 
farineux , de la !aitue ciiite , des légumes 
cuits j des fiuits bien mûrs , & qui n'aient 



A L L 

prefque point d'acide; elle boîii de la bière ^ 
s'interdira les alimens épicés & falés , les li- 
queurs , & tout ce qui eft échauffant ; elle 
fe couchera de bonne heure & fe lèvera ma- 
tin ; elle évitera lesappartemens trop chauds ; 
elle fera un exercice modéré , & fe tiendra 
au grand air le plus fouvent qu'elle pourra. 
Il tant cependant remarquer que la quantité 
du lait n'eft pas le principal objet qu'il faut 
envifager, c'eft la qualité; & il arrive fou»- 
vent qu'une femme paroît ne pas avoir du 
lait dans les feins , & que malgré cela l'en-» 
faut profite à merveille. 

Il n'eft point vrai que le fein fe difforme 
en donnant à tetter ; ce qui le fane , & qu'il 
eft prudent d'éviter , c'eft de mettre des to- 
piques deffus en févrant , pour détourner le 
iait. Plus une femme nourrit long-temps , 
plus elle a de facilité à févrer. Elle doitchoi- 
fîr pour cela l'été : le lait s'évacue plus aifé- 
ment alors. Il faut s'y préparer un mois d'a- 
vance , en donnant moins fouvent à tetter , 
jufqu'à ce que l'enfant foit à deux fois par 
jour. Lorfque la femme veut ceffer tout-à- 
fait , elle fe garnira le fein , elle fera beau- 
coup d'exercice , elle évitera l'humidité , elle 
mangera un peu moins , elle boira de l'eau 
de chiendent , elle prendra quelques lave- 
mens , & fe purgera quelques jours après. 

Les femmes font dans l'opinion que les 
enfans n'ont pasde chaleur ; & que pour qu'ils 
n'aient pas froid , on les étouffe dans des vê- 
temens, on les fait fuer , on les prive d'air 
pendant les premières femaines de leur naif- 
fance , enfuite toutes les fois qu'il fait du 
vent , ou un peu froid , & pendant tout l'hi- 
ver, en forte qu'ils paffent les trois quarts de 
l'année renfermés , étouffés dans leurs hardes 
& dans leurs lits. Dès qu'un enfant foigné 
de cette manière prend l'air , ou qu'on lui 
ôte la moindre chofe de ce qui le garnit , il 
s'enrhume ou il a des coliques ; de-là Ton 
conclut qu'il faut le renfermer, & le regar- 
nir même lorfqu'il fait chaud. En effet on y 
eft obligé , lorfqu'on l'a accoutumé à ce genre 
de vie ; on ne s'apperçoit pas que c'eft la 
manière dont on l'a gouverné qui l'a rendu 
frilleux. On continue, & l'on empêche par- 
là le progrès de fes forces , au point qu'il refte 
délicat toute fa vie. Le froid n'enrhume que 
parce que l'on a eu chaud auparavant ; il eft 
donc très-avantageux d'accoutumer par de-. 



A L L 

irê les enfaHS à rair,afin de ne pas être obligé 
de les tenir renferme's au moindre froid ; ce 
qui leur fait un tort confidérable. La cha- 
leur , lorfqu'elle ell: étrangère , afFoiblic ; les 
enfans qu'on renferme marchent tard , & 
ont delà peine à faire les dents. Chaque fois 
qu'on arrange un enfant bien garni , on lui 
arrête la tranfpiration , ou du moins on court 
rifque de la lui arrêter , & par conféquent de 
lui faire prendre un rhume. 

Lorfqu'un enfant vient au monde il faut 
le laver ; l'eau fuffit. Le vin qu'on y mêle 
ordinairement eft inutile , un peu de favon 
délayé dans l'eau eft reconnu pour ce qu'on 
peut y mettre de mieux. On peut dégourdir 
l'eau dont on fe fert pour cette opération ; 
mais il faut bien prendre garde de la chauffer. 

Lorfqu'on couche l'enfant , il faut fe fervir 
de couffins garnis de paille d'avoine bien fe- 
che.ne point mettre de plume fous lui , le laif- 
fer libre dans fes langes , & regarder fouvent 
fi le cordon du nombril ne fe délie point. Au 
lieu de la quantité de couvertures dont on 
furcharge ordinairement les enfans,il faut les 
mettre à portée de recevoir la chaleur de la 
mère. Si une femme accouchoit fans avoir 
recours aux pratiques que nos ufages ont in- 
troduites, fon enfant refteroit auprès d'elle, 
collé fur elle auffi-tôt qu'il feroit au jour. 

Il faut avoir foin de mettre un nouveau- 
né furie côté, afin qu'il rende facilement des 
flegmes. Il ne faut le tenir fur les bras que le 
moins qu'on peut ; cette attitude leur fait 
donner une mauvaife tournure aux genoux : 
il eft néceflaire de leur donner beaucoup de 
mouvement , & de ne pas les laifter long- 
temps dans la même fituation quand ils font 
éveillés. 

Lorfqu'un enfant commence à tetter , on 
ne doit point lui donner d'autre nourriture : 
le lait de la mère fuffit long-temps ,les autres 
alimens dans les premiers mois , fur-tout la 
bouillie , lui donnent des indigeftions, qu'on 
prend pour des tranchées. Il faut bien fe 
garder de leur donner des huiles quand on 
croit qu'ils ont des tranchées , elles font lour- 
des & indigeftes , & augmentent la caufe 
du mal qu'on veut détruire : fi l'on croyoit 
qu'un enfant eût abfolument befoin de 
rnànger , on pourroit lui donner un peu de 
bifcuitou du potage. On ne doit lui donner 
de la bouillie que rarement , & faite avec de 



A L L 141 

la farine euite au four : il feroit encore 
mieux de faire la bouillie avec de la mie de 
pain bien réduite en poudre. 

Lorfque les enfans n'ont point de tran- 
chées , ils dorment prefque toujours pen- 
dant les deux premiers mois après leur 
naifTance ; il faut les laifler jouir de ce 
repos , & ne leur rien faire qu'ils ne foient 
bien éveillés. Quand on a interrompu leuf 
fommeil plufieurs fois de fuite , ils ont de 
la peine à le reprendre ; ils s'agitent , ils 
crient ; on croit qu'ils ont des tranchées ; 
ou leur donne des drogues qui leur en 
caufent , & on leur nuit beaucoup. Lorf- 
qu'ils ont véritablement des tranchées , un 
des meilleurs remèdes qu'on puifle em- 
ployer , c'eft de leur donner beaucoup de 
mouvement , & de leur faire prendre des 
yeux d'écrevifte , de l'eau de miel & du 
firop de chicorée. 

Il ne faut couvrir leur berceau que d'une 
gaze , pour les garantir des iniedes , Se 
afin que l'air puift'e toujours agir fur eux. 
Les mauvaifes odeurs font un effet prodi- 
gieux & funefte fur les petits enfans ; il faitt 
avoir grand foin derenouvellerlbuvent l'air 
de leur chambre , & de n'y laifl'er aucune 
mal-propreté. 

Il faut changer les enfans lorfqu'ils font 
mouillés avec du linge fec , mais jamais 
chaud , & les laver avec de l'eau froide 
au moins deux fois par jour dans les plis 
des cuiftes avec une petite éponge ; par ce 
moyen les enfans les plus gras ne fe cou- 
peront point ,& n'auront pas des rougeurs 
ni des cuilfons qui les font crier. Dans la 
belle faifon il faut laver tout le corps des 
enfans avec de l'eau froide ; cette pratique 
leur fortifie les genoux & les reins. Il faut 
encore leur laver le derrière des oreilles & 
la têie entière , en évitant d'appuyer fur la 
fontanelle , & la leur brofter fouvent, pour 
empêcher qu'il ne fe forme ce que les nour- 
rices appellent le chapeau. 

Il eft à fouhaiter que les enfans aient le 
ventre libre lorfqu'ils font les dents ; ce re- 
lâchement les garantit des convulfions qu'ils 
auroient s'ils étoient refterrés. Ils doivent 
en tout temps évacuer tous les jours ; s'ils 
y manquent, il faut leur faire boire de l'eau 
de miel , & leur appliquer un petit fup- 
politoire de favon ; & fi la conftipation du- 



Î42, A L L 

roit trop , il fanJroit leur faire prendre un 

peii de firop de pomme. 

II faut tâcher de leur donner à tetter juf- 
qu'à ce qu'ils aient une vingtaine de dents , 
parce qu'à chaque fois qu'il leur en pouf- 
fe , leur eftomac eft plus foible qu'à l'or- 
dinaire, & ils digèrent difficilement ce qu'ils 
mangent alors. C'eit une erreur abfurde de 
croire que les enfansqui tettent long-temps, 
ont l'efprit lourd & tardif ; le lait de la mè- 
re leur convient en tout temps , & ils n'en 
prennent qu'autant qu'il leur en faut. 

Nous terminerons cette matière en don- 
nant le précis de l'article de l'avis aux mè- 
res qui veulent nourrir leurs enfans ; par 
madame L. R. intitulé : Des incunvéniens 
qu'on évite en aourrijj'cun f es enj.ins foi-mê- 
me. Si l'on faifoit attention à la quantité' pro- 
digieufe de perfonnes des deux fexes qui 
font d'une mauvaife fanté , & qu'on fentît vi- 
vement le malheur de celles qui font dans 
cette fâcheufe fîtuacionpour le refte de leurs 
jours , on chercheroit les différentes cau- 
fes qui ont pu produire ces mauvais effets , 
& l'on trouveroit que la plupart de ces per- 
fonnes infirmes ont été négligées dès leur 
naifTance. Lorfqu'on abandonne un enfant 
à des mains étrangères , on devroit rétlé- 
chir qu'on l'expofe à être malheureux pen- 
dant toute fa vie , &: que la difformité em- 
pêche fouvent vm garçon de fe placer , & 
une fille de fe marier. 

Lorfqu'on donne un enfant à une nour- 
rice , on efpere qu'il viendra bien , parce 
que dans la quantité de ceux qui font mis 
en nourrice , on en voit qui ont le bon- 
heur d'en revenir en bonne diipofition ; 
mais on ne tient pas regiflre dans les villes 
de tous ceux qui ont péri en nourrice faute 
de bons foins. Je fuppofe qu'il revienne dans 
les villes la moitié des enfans qui vont en 
nourrice ; ceux de cette moitié qui fe por- 
tent le mieux , font ceux qu'on voit le plus ; 
les malades & les elfropiés font renfermés , 
& ceux qui font morts dans les campagnes 
nous échappent. 

Ou dit qu'il en meurt beaucoup dans le 
travail des dents ; c'ell parce que la maniè- 
re dont en les a conduits les a mis hors 
d'état de fbutenir cette opération de la na- 
ture. Beaucoup d'enfans ont été retirés des 
îpaitxs d'une nourrice négligente , ou dont 



A L L 

le lait a été reconnu mal-faifant , & font 
morts entre les mains d'une autre , qu'on 
croyoit bonne , par les fuites des mauvais 
foins de la première. Plus un enfant ell jeu- 
ne , plus le traitement qu'il reçoit lui fait 
de bien ou de mal. Un enfant qui n'a pas 
été bien conduit , & qui a pris une mau- 
vaife nourriture pendant les premiers jours 
de fa naiflance , furmonte très-difficilement 
les infirmités qui en réfultent. 

Une mère fe tranquillife quelquefois fur 
le fort de fon enfant , parce qu'elle ignore 
le danger qu'il court ; & en difant , il n'ejl 
pas loin , je le verrai foui-'ent. Elle vifite fré- 
quemment fon enfant, & elle fait très-bien. 
Si elle le trouve en bonne main , c'eft un 
grand bonheur ; s'il eft médiocrement bien, 
elle le laifle où il eft , parce qu'elle doute 
Il le mauvais état de fon enfant vient de la 
nourrice ou de fa délicatefle naturelle. Si 
l'enfant eft fort mal , elle le change de nour- 
rice. Eh ! comment fera-t-on certain que la 
féconde vaudra mieux que la première ,, 
qu'on avoir crue bonne ? Quand elle feroit 
meilleure , eft-il sûr qu'il ne foit pas trop 
tard de changer de nourrice , & que pendant 
fix femaines ou deux mois qu'un enfant a 
pâti, fon tempérament ne foit pas afFoibliau 
point qu'il ne puifîé plus profiter des bons 
foins &: du bon lait d'une autre nourrice ? 

On croit pouvoir juger des foins d'une 
nourrice en allant tous les jours chez elle : 
mais faura-t-on , pour une heure qu'on y 
pafle à chaque fois , fi l'enfant tette fouvent, 
fi la boulie ne fait pas fa principale nour- 
riture, fi on ne le laifle pas trop crier , s'il 
eft changé chaque fois qu'il efl fale , fî l'on 
ne lui lailfe pas perdre fes forces au lit, au 
lieu de le mettre au grand air ; fi le frère 
de lait ne tette pas ? 

Pour qu'une mère fût sûre que la nour- 
rice , même étant dans fa maifon , fous les 
yeux , fait parfaitement fon devoir , il fau- 
droit qu'elle la gardât à vue jour & nuit : 
autant vaudroit qu'elle nourrît elle-même ; 
elle éviteroit par-là le défagrement de voir 
fon enfant s'attacher à une étrangère , & 
lui refufer des careffes qu'elle auroitdû mé- 
riter. C'eft en vain qu'on fe flatte de re- 
gagner par la fuite la même force de ten- 
drefte de la part de fes enfans , que fi on 
les avoic allaités foi-méroe. 



A L L 

Parmi les enfans qui réufîîlTent le mieux 
en nourrice, on en voit très-peu qui foient 
bien en tous points. Il y en a qui paroifTent 
forts & gras ; mais l'un tend le derrière, l'au- 
tre dandine ; celui-ci a les genoux en de- 
dans , celui-là a les reins foibles; un autre 
aune defcente, l'un louche , fans que cela 
lui foit naturel , l'autre a une brûlure quel- 
que part : c'eft une chofe rare que de voir 
un enfant en nourrice qui n'ait pas quelque 
diftormité ou infirmité accidentelle , appa- 
rente ou cachée. Il y en a plufieurs qui ont 
Je carreau , un gros ventre , des vers ; ils tet- 
tent le pouce prefque tous, ils reftent long- 
temps fales de nuit ; beaucoup font de la pe- 
tite efpece , & n'en auroient pas été s'ils 
eulTent été nourris par leur mère ; & un 
grand nombre deviennent étiques. 

Il y a à préfent une maladie fort com- 
mune aux enfans : elle eft connue fous le 
nom d'humeurs froides. J'imagine que , fl 
l'on ne mettoit pas les enfans en nourrice , 
cette infirmité feroit moins commune. Les 
dartres font aufïï très-répandues. Qui fait 
fl elles ne font pas une fuite d'un mauvais 
lait pris en naifTant ? Beaucoup d'enfans 
enfin ont la vue foible , & ne peuvent pas 
regarder le grand jour , parce qu'ils ont été 
trop renfermés. 

Quand les nourrices de la campagne au- 
roient la bonne volonté de faire leur devoir, 
lorfqu'elles font peu payées , il eft impof- 
fible qu'elles pafTent auprès des enfans tout 
le temps qui feroit néceiîàire, en fuivant leur 
routine. Celles qui ne travaillent point aux 
champs font chargées du détail de l'inté- 
rieur de la maifon , qui eft confidérable. 
Lorfqu'elles fortent, au lieu d'emporter leur 
nourrilfon avec elles, ce qui lui feroit beau- 
coup de bien , elles lui laiflënt perdre fes 
forces dans le lit, ou elles le livrent à d'au- 
tres enfans. Une nourrice occupée dans la 
maifon , & entourée d'enfans qui crient , 
peut-elle renoncer à tout pour le nourrif- 
fon ? D'ailleurs doit-on fe flatter qu'une 
femme qui fevre fon propre enfant par 
intérêt, & qui par-là l'expofe à mourir, 
aura quelque pitié d'un enfant étranger ? 

Si la nourrice a allaité fon enfant aiïez 
long-temps , fon lait eft vieux , & n'étant pas 
d'une qualité propre au nouveau-né , celui- 
iP le digei-^ mal. Il el} faux (ju'uii nouveau- 



A L L î4j 

né renouvelle le lait ; c'eft une erreur de 
croire qu'un vieux lait foit bon pour les 
nouveaux-nés. Il eft d'ailleurs évident qu'une 
nourrice , accouchée depuis dix mois ou un 
an , eft plus expofée à devenir grofle qu'une 
femme nouvellement accouchée ; & on fait 
que les nourrices ne difenr qu'elles font 
grofles que le plus tard qu'elles peuvent. 

Prefque tous les enfans que l'on met en 
nourrice font fevrés trop tôt, & font fou- 
vent prefque toutes leurs dents fans tetter. 
Faut-il s'étonner s'il en périt beaucoup dans 
le temps qu'ils font leurs dernières dents , 
quand ils font privés de la feule nourriture 
que leur eftomaC , aifoibli alors , pourroic 
digérer ? 

Les pauvres gens de la campagne font 
ordinairement logés dans le bas d'une mai- 
fon ; les pièces qu'ils habitent font humi- 
des , & elles font puantes par les ordures 
des autres enfans ; elles font entourées de 
mares remplies d'eau croupiftànte ou de fu- 
mier : les enfans reftent continuellement 
dans ces pièces , lorfqu'ils ne marchent pas 
feiils : & ils marchent tard ; en forte qu'au 
lieu d'être au bon air de la campagne, ils 
font dans la puanteur. Lorfqu'on approche 
de ces enfans , on fent une odeur aigre qui 
prend au nez. 

Les meilleures nourrices , celles qui ont le 
plus de foin des entans , pèchent par igno- 
rance. Plus elles aiment les enfans , & plus 
elles les rendent frilleux, parce qu'elles ont 
peur qu'ils n'aient froid , même en été : 
elles les aflbmment de hardes, de couver- 
tures , & les aftolbliffent. Le peu de pré- 
cautions que les nourrices négligentes pren- 
nent pour garantir les enfans du froid , eft 
)uftement ce qui les dédommage en partie 
du mauvais foin qu'elles ont d'eux. De 
quelque côté qu'on fe tourne , on ne trouve 
qu'inconvéniens lorfqu'on s'écarte de la 
nature , & qu'on fait pafler à un enfant , 
dans des mains étrangères , le temps qu'il 
eft eftentiel qu'il pafte auprès de fa mère. 

Un enfant une fois parvenu à l'âge de 
deux ans , s'il eft fort , pourroit abfolument 
fe pafter des foins de la mère : il parle , il 
marche feul , il a des dents ; qu'il reçoive 
du pain de celui-ci ou de celui-là , il lui 
fera le même bien : mais avant cet âge , 
il n'y a auç la cendrelîe & les attentions 



144 A L L 

inquiètes de la mer. qui piiifTent fufflre a 
tous fci befoins. Plus il eft jeune , & plus il 
faut qu'il foit près d'elle. 

C'eft une erreur de s'imaginer qu'on fup- 
ple'era à ces devoirs à force d'argent , & 
qu'on fe fera aimer des enfans au même 
degré que fi on les avoir nourris. En leur 
faifanc oublier la nourrice, on leur a donné 
la première leçon d'indifférence & d'in- 
gratitude. La ftparation de la nourrice cau- 
fe à ceux qui lont fenfibles , un chagrin 
cruel qui nuit à leur fanté. Ils s'attachent 
enfuite à la première perfonne qui s'empare 
d'eux en quittant la nourrice : ordinaire- 
ment c'eft à la bonne ; & la politefle eft 
pour la mère. Ceux qui ne changent point 
de mère , confervent leur attachement pour 
elle toute leur vie , à moins que par la fuite 
elle n'ait avec eux une conduite mal-enten- 
due. {G.) 

ALLAITER , v. a. nourrir de/on lait: 
la nourrice qui l'a allaité : une chienne qui 
allaite fes petits. (Z.) 

* ALLANCHES ou ALANCHE , ville 
de France en Auvergne , au duché de 
Mercocur , généralité de Riom. Long. 20 , 
40 ; lat. 45 , II. 

* ALLANT, ville de France en Au- 
vergne , généralité de Riom. 

ALLANTOIDE , {Anatomie raif année y 
Zoologie^ Ce mot eft dérivé du grec ÀKKa^ç 
farcimen, boyau, & AeiiScx , forme; parce 
que dans plufieurs animaux , la membrane 
allantoïde eft de la forme d'une andouille , 
tandis que dans d'autres elle eft ronde. Elle 
fait partie de l'arriere-faix. On la conçoit 
comme un réfervoir urinaire placé entre le 
chorion & l'amnios , &: qui reçoit par le nom- 
bril & l'ouraque l'urine qui vientdela velFie. 
Voye7{ Arp.IERE-FAIX Ù OuRAQUE. 

La membrane dont nous parlons fe trou- 
ve dans les quadrupèdes, fans que nous en 
connoifîîons qui en foient privés. Dans tou- 
tes les efpeces qui nous font connues, nous 
voyons un canal très-confidérable , connu 
des anciens fous le nom à^ouraque , qui fort 
du haut de la voûte de la veifie urinaire , 
qui monte devant le péritoine , fe rend au 
nombril , entre dans le cordon ombilical , 
& en parcourt toute la longueur. Ce ca- 
nal s'ouvre dans un fac membraneux qui , 
é^n? les animaux à cornes, fe partage en 



A L L 

deux cornes lui-même , & devient d'un vo- 
lume extraordinaire dans la vache. C'eft la 
première partie que nous ayons pu décou- 
vrir dans le fœtus de la brebis vers le dix- 
huitieme jour après la conception. C'eft elle 
qui détermine la figure de la valife d'Har- 
vey , qui tient lieu de l'œuf dans les qua- 
drupèdes. On la trouve également dans les 
animaux qui ruminent &dcns les carnivores: 
le dauphin même qui eft de la claflé des 
cétacées , a fon allantoïde. On veut cepen- 
dant que la cavale manque ^allantoide ," 
d'autres fe contentent d'obferver qu'elle eft 
incomplète dans cet animal , & que l'amnios 
achevé de la former. 

L'ouraque ouvre une communication en- 
tièrement libre entre la veflie & la cavité 
de la membrane allantoïde ; auffi cette der- 
nière membrane eft-elle remplie d'une li- 
queur entièrement femblable à l'urine par 
la couleur, l'odeur & par le goût. Elle n'efl: 
donc pas inutile : elle eft le réfervoir de 
l'urine que l'animal ne rend pas par l'urètre, 
tant qu'il eft renfermé dans le ventre de fa 
mcre. 

Dans l'homme , la ftrudure eft tout-à- 
fait différente. Il y a bien un canal qui fort 
du haut de la veflie , & qui, contenu dans 
une gaine cellulaire , empruntée des fibres 
longitudinales de la veflie , fe rend au nom- 
bril. Ce canal eft creux dans l'homme même J 
il n'admet pas le fouftle ou le mercure , 
tant que tout eft dans l'état naturel ; un 
pli qu'il fait entre les membranes même de 
la veffie , empêche l'air & le mercure d'y 
entrer. 

Mais quand on a enlevé cette gaîne cel- 
lulaire , le can 1 fe redrefle , le canal y entre , 
& on y introduit une foie avec facilité. 
Le commencement en eft aflez large , 
mais il s'amincit contre le nombril , & 
devient cylindrique. On peut le continuer 
dans le cordon, mais il n'en refte aucun 
vertige à l'extrémité du cordon qui répond 
au placenta. On ne trouve plus de cavité 
dès que l'ouraque a paflè le nombril ; il fait 
encore un chemin d'un ou de deux pouces, 
& fe perd enfuite dans les tuniques des ar- 
tères ombilicales. Voilà ce que nous avons vu 
fouvent & avec convidion. On a plulieurs 
exemples dans lefquels la cavité de l'oura- 
que s'eft confervée dans l'homine adulte. 

H 



A L L 
II eft vrai qu'on voit aflez fouvent à la 
racine du cordon, entre ramnios& la mem- 
brane lifle du chorion , dans des foetus au- 
deflbus de trois mois , un petit corps qui 
paroît femblable à une veflie. Il fort de ce 
corps un filet , qu'on peut continuer dans 
toute la longeur du cordon , & qui fe perd 
dans le me'fentere du fœtus. Plufiears ana- 
tomifles modernes ont vu ce peti t corps , non 
pas dans tous les fœtus , mais allez fréquem- 
ment : aucun d'eux cependant n'a cru voir 
une membrane allantuïde , ni un ouraque ; 
ils ont fenti que cette membrane devroit 
devenir plus conlidérable avec le fœtus, &: 
que cependant eux-mêmes n'avoient jamais 
pu appercevoir dans .un fœtus plus avancé ^ 
ni la petite veflie entre l'amnios & le cho- 
rion , ni Touraque dans le cordon : un feul 
auteur ( c'elt le D. Richard Haie ) a vu dans 
l'arriére faix de deux jumeaux, une cavité' 
membraneufe très-confidérable , avec un 
ouraque aufli ample que celui des brutes. 
Ce fait unique eft fmgulier. M. Haïe donne 
à l'ouraque un volume très-fupérieur à tout 
re que nous avons jamais vu dans l'hom- 
me, & nous avons été tentés quelquefois 
de croire qu'il avoir vu l'amnios du fécond 
des jumeaux. Pour le filet d'Albinus, il pa- 
roît être le vailTeau omphalo-méfentéique , 
conftamment trouvé dans les chiens & dans 
les poulets , & que nous avons vu & in- 
jeâé dans des fœtus humains. 

Comme l'ouraque humain ne pafTe pas 
le cordon , nous ne croyons pas qu'il y ait 
dans l'efpece humaine une membrane qui 
réponde à V alLintoïde des animaux. Ce ré- 
fervoir feroit bien inutile , puifque l'urine 
du fœtus ne pourroit également pas y être 
verfée. 

Prefque tous les anafomiftes modernes 
s'accordent à rejeter V allantoïde humaine. 

Les eaux que bien dès femmes perdent 
avant leur délivrance ^ ne doivent pas être 
prifes pour la liqueur de V allantoide : elles 
peuvent venir de l'utérus même, dont l'hy- 
dropifie n'a pas été inconnue à Hippocra- 
te : elles ont pu fe ramafTer entre la mem- 
brane moyenne & l'amnios. 

La membrane moyenne eft In bafe du 
chorion , nous en parlerons dans cet arti- 
cle. Elle eft attachée par une cellulofité à 



A L L 14J 

cette cellulofité , mais il n'y a point de ca- 
vité naturelle , ni de communication avec 
l'ouraque. 

L'utérus de la femme diffère beaucoup de 
celui des quadrupèdes; pourquoi le refte des 
parties deftinées au fervice du fœtus n'au- 
roient-ellespasauffi une ftruciure différente 
de celle des bêtes ? L'ouraque ne pourroit 
peut-être pas iervir de canal dans l'homme, 
s'il avoir à fui vre la longueur du cordon & fes 
tours. Il eft court & ample dans les bétes. 

Mais de quelle manière la nature fup- 
plée-t-elle dans l'efpece humaine, à l'utilîté 
évidente que V allantoïde a dans les bétes ? 
L'urine du fœtus humain n'a- f-elle pas égale- 
ment befoin d'un réfervoir ? ou, s'il s'en 
fépare moins , ce qui paroit être prouvé par 
les difleûions, qu'y a-t-ildans le fœtus hu- 
main qui puift'e empêcher les reins de fépa- 
rerla même quantité d'urine ? Nous ne con- 
noiftons pas encore de réponfe folide à cet- 
te queftion. La grandeur fupérieure de la tête 
humaine y pourroit contiibuer; la portion 
de fang qu'exigent les branches a'cendan- 
tes du fœtus humain , pourroit enlever aux 
branches inférieures une grande partie de 
leur fang , Se diminuer les fecrJcions doiit 
ces branches font la fource. Dans l'.-s ani- 
maux, la tête eft beaucoup moins granie; 
& peut-être l'urine du fœius humain fe ver- 
fe-t-elle dans la cavité du cordon même, & 
dans la cellulofité abreuvée de liqueur, qui 
enveloppe les vaiflèaux ombilicaux. Cette 
cavité eft plus longue de beaucoup dans 
l'homme. ( H. p. G. ) 

* ALLARME, teneur , ejfwi , fraye ur , 
épûui.'dnte, cr.iinte, peur, apprc'aenjion, ter- 
mes qui défigne'ic tous des mou vemens de l'a- 
meoccafionnés par l'apparence ou parla vue 
du danger. Valbrme naît de l'approche inat- 
tendue d'un danger apparer.t ou réel , qu'on 
croyoit d'abord éloigné : on dit Willarnie fe 
répandit dans le camp ; reinetteT^vous , c\jî 
une faujfe allarme. 

La terreur naît de la prcfence d'un évé- 
nement , ou d'un phénomène que nous re- 
gardons comme le pronoftic & 1 avant- 
coureur d'une grande caraftrophe; la terreur 
fuppofe une vue moins diftinde du danger 
que l'a/ùr/Tze , & laiffe plus de jeu à l'mia- 
gination , dont le preftige ordinaire eft de 



l'amnios ; il peut s'amafler dç l'eau dans groffir les objets. Aulîi l'albrmg fait-elle 
^oinc IL T 



1^6 A L L 

courir à ladéfenfe, & la terreur fait-elle 
jetcer les armes : WilLr.m femble encore 
plus intime que la terreur : les cris nous 
allarmenc ; Içs fpedacles nous impriment 
de la terreur; on porte la terreur dans i'ef- 
prit , & Vullarme au cœur. 

'Vejf'roi & la terreur nailTent l'un & l'au- 
tre d'un grand danger : mais la terreur peut 
erre panique, & \'eJf'roi ne reftjarnais. Il fem- 
|bie que V effroi fojt dans les organes, & que 
la terreur ioxt dans l'ame. La terreur a faifi 
les efprits , les fens font glace's à'ejf'roi ; un 
prodiee répand la terreur \ la tçmpéte glace 
à'effwi. 

Lu frayeur naît ordinairement d'un dan- 
ger apparent & fubit: i'ousmai'e{fjitfrayeur. 
rnais on peut être allarméïnv le compte d'un 
autre ; & la frayeur nous regarde toujours 
en perlbnne. Si l'on a dit à quelqu'un : le 
danger que vous a llie\ courir rn effrayait , on 
s'eft mis alors à fa place. Vous m'ave^ effraye', 
& pousniai'e\£aicfrdyeur, font quelquefois 
des exprefîîons bien diiFe'rentes:la preiniere 
peut s'entendre du danger que vous avez 
couru ; Et la féconde du danger auquel je 
me fuis cru expofé. La /raj-fur fuppofe un 
danger plus fubit que l'fjfroz , plus voifin que 
Willarme , moins grand que la terreur. 

If épouvante a fon idée particulière ; elle 
nait, je crois , de la vue des difficultés à fur- 
monterpour réulfir, &: de la vue des fuites 
terribles d'un mauvais fuccès. Soneiitreprife 
m'épouvante; je criinsfon abord, Ù fon arri- 
vée me tient en apprehcnfion. Oa craint un 
homme méchant; on a peur d'une béte fa- 
rouche : il faut craindre Dieu , mais il ne 
faut pas en avoir peur. 

Vejf'roi naît d(î ce qu'on voit ; la terreur 
ée ce qu'on imagine ; Vallarme de ce qu'on 
apprend; la crainte de ce qu'on fait ; V épou- 
vante de ce qu'on préfume : h peur de l'o- 
pinion qu'on a ; &: Yapprehenjion de ce qu'on 
attend. 

La préfence fubite de l'ennemi donne 
Vallarme; la vue du combat caufel'e/ro/'; 
l'égalité des armes tient dans Vappréiitnfion : 
la perce de la bataille répand la terreur ; fes 
fuites jettent Y épouvante parmi les peuples Se 
dans les provinces ; chacun craint pour foi ; 
la vue d'un foldat hk frayeur; on a peur de 
£bn ombre. 

Çç pe font pas là toutes les maajeres pof- 



ALC 

(îbles d'envifager ces exprefTions : maïs ce 
détail régarde plus particulièrement l'aca- 
démie Francoife. 

* ALLAS^AC , ( Géog^. ) ville de France, 
dans le Limofîn & la généralité de Limoges. 

ALL£2 , f. f. terme d'architecture , eft un 
partage commun pour aller depuis la porta 
de de /ant d'un logis jufqu'à la cour, ou à 
l'efcalief ou montée. C'eft auffi dans les 
maifons ordinaires un padàge qui commu- 
nique & d^^gige les chambres , & qu'on 
nomme auif: corridor. V. CoilRIDOR- (P) 

Allée d'Eau, (i/)-ir.) l^oy. Galerie 
d'eau. 

Allées de Jardin. Les allées à-nï\ jar- 
din font comme les rues d'une viile ; ce font 
des chemins droits & parallèles , bordés 
d'arbres , d'arbrilfeaux , de gazon &c. elles 
fe diftinguent en allées fimples & allées 
doubles. 

La fimple n'a que deux rangs d'arbres ; 
la double en a quatre ; celle du milieu s'ap- 
pelle maitre£e ullée , les deux autres fe nom- 
ment contre -allées. 

Les allées vertes font gazonnées ; les blan- 
ches font toutes fablées & ratiffées entière- 
ment. 

Vallée couverte fe trouve dins un bois 
touffu ; Vallée découvcite eit celle doat le 
ciel s'ou Vie par en haut, 

O i '.ppulle fous-allée , celle qui eft au 
fond & furies bords d'un boulingrin ou d'un 
canal renfoncé j entouré d'une allée fupé- 
rieure. 

On appelle allée de niveau , celle qui efl 
bien dreffée dans toute fon étendue : allée 
en pente ou rampe douce.) eft celle qui accom- 
pagne une cafcade, & qui en fuit la chute : 
on appelle allée parallèle , celle qui s'éloigne 
d'une égale diftance d'une autre allée : allée 
retournée d'équerre , celle qui eft à angles 
droits : allée tournante ou circulaire , eft la 
même : allée diagonale , traverfe un bois ou 
un parterre quarré d'angle en angle , ou en 
croix de faint André : allée en \ig^ag , eii 
celle qui ferpente dans un bqis , fans for- 
mer aucune ligne droite, 

Allée de traverfe, fe dit par fapofition er» 
équerre par rapport à un bâtiment ou autre 
objet : allée droite qui fuit fa ligne : allée 
biaifée , qui s'en écarte ; grande allée , pe:itc 
alla , fe difçnt par rapport à leur étendue. 



A L L 

11 y a eucore en Angleterre deux fortes 
dallées ; les unes couvertes d'un gravier de 
mer plus gros que le fable , & les autres de 
coquillages , qui font de très-petites coquil- 
les , toutes rondes , liées par du mortier de 
chaux & de fable : ces alléss , par leur va- 
riété , font quelque effet de loin : mais elles 
ne fonr pas commodes pour fe promener. 

Alice enperfpeclive^ c'eft celle qui eft plus 
large à fon entrée qu'à fon ifîue. 

Alice labourée S^herfée, celle qui eft repaf- 
fée à la herfe , & où les carrolfes peuvent 
rouler. 

Allée fMée , celle où il y a du fable fur 
la tetre battue, ou fur une aire de recoupe. 

Allée bien tirée , celle que le Jardinier a 
nettoyée de méchantes herbes avec la char- 
rue , puis repaflée au râteau. 

Allée de comparument , large fcntier qui 
fépare les carreaux d'un parterre. 

Allée d'eau, c\\tmia bordé de plufieurs 
jets ou bouillons d'eau, fur deux lignes pa- 
rallèles; telle eft celle du jardin de Verfailles, 
cepuis la fontaine de la pyramide , julqu'à 
celle du dragon. 

Les j//i?'f,f doivent être dreftc'es dans leur 
milieu en ados, c'eft-à-dire, en dos de carpe 
eu dos d'àne , afin de donnerde l'écoulement 
aux eaux , & empêcher quelles ne corrom- 
pent le niveau d'une allée. Ces eaux même 
lie deviennentpointinutiles ; elles fervent à 
:irroferles paliftades, les platte-bandes , & 
les arbres des côtés. 

Celle des mails & des terrafles qui font 
de niveau s'égouttent dans les puifarts bâtis 
aux extrémités. 

Les allées fimples , pour être proportion- 
nées à leur longueur, auront 536 toifes de 
largeur, fur 100 toifes de long. Pour ioû 
toifes, 7 à 8 de large : pour 500 toifes , 9 
â 10 toifes : & pour 400, lo à iz toifes. 

Dans les a//e'ej doubles, on donne la moi- 
tié de L largeur à Vallée du milieu , & l'au- 
tre moitié ft divife endeux pour les contre- 
ullées \ par exemple , dans une allée de 8 
toifes , on donne 4. toifes à celle du milieu , 
& 2 toifes à chaque cuntre-allée : fi l'efpace 
eft de II toifes , on en donne 6 à Y allée du 
milieu^ & chaque contre-allée en a trois. 

Si les contre-allées font bordées de palif- 
fades, il faut tenir les allées plus larges. On 
-f ompte ordinairement pour fe promener à ' 



A L L 147 

l'aife trois pies pour un homme , une toife 
pour deux, & deux toifes pour quatre per- 
fonnes. 

Afin d'éviter le grand entretien des allées, 
on remplit leur milieu de tapis de gazon, en 
pratiquant de chaque côté des fcnticrs afïcz 
larges poer s'y promener. 

Voje7 la manière de les drefl'er &: de les 
fabler à leurs articles. {K) 

* Il n'y a perfonne qui étant placé , foie 
au bout d'une longue allée d'arbres plantée 
fur deux lignes droites parallèles, foit à l'ex- 
trémité d'un long corridor , dont les murs 
de côté , & le plafond & le pavé font pa- 
rallèles, n'ait remarqué dans le premier cas 
que les arbres fembloicnt s'approcher, & 
dans le fécond cas , que les murs de côté , 
le plafond &: le pavé oft'rant le même phé- 
nomène à la vue , ces quatres furfaces paral- 
lèles ne préfentoient plus la forme d'un p;j- 
rallélipipede , mais celle d'une pyramide 
creufc ; & cela d'autant plus que Val/ée &c le 
corridor étoicnt plus longs. Les géomètres 
ont demandé fur quelle ligne il faudroit dif- 
pofer des arbres pour corriger cet effet de la 
perfpedive, & conferverdux langées d'arbres 
le parallélifme apparent. On voit que la fo- 
lution de cette queftion furies arbres, fatif- 
fait en même temps au cas des murs d'un 
corridor. 

Il eft d'abord évident que pour paroître 
parallèles , il laudroit que les arbres ne le 
fuftent pas , mais que les rangées s'écartaffent 
l'une de l'autte. Les deux lignes de rangées 
devroient être telles que les intervalles iné- 
gaux de deux arbres quelconques correfpon- 
dans , c'eft-à-dire , ceux qui font le premier, 
le fécond , le troifieme , &c. de fa rangée, 
fuftent toujours vus égaux ou fous le même 
angle ; fi c'eft de cette feule égalité des an- 
gles vifuels que dépend légalité de la gran- 
deur apparente de la diftance des objets , ou 
fi en général la grandeur des objets ne dé- 
pend que de celle des angles vifuels. 

C'eft fur cette fuppofition que le P. F<ibry 
a dit fans démonftration , &: que le P. Ta- 
quet a démontré d'une manière embaraftte, 
que les deux rangées dévoient ioxmer deux 
demi-h>;perboles ; c'eft-à-dire , que la dif- 
rance des deux premiers arbres étant prife 
à volonté , ces deux arbres feront chacun au 
fommct de deux hynerboles oppufévi. L'aiï 

T i 



j^Z AIL 

fera à l'extrcmicé d'une ligne partant du cen- 
tre des hyperboles , égales à la moitié du fé- 
cond axe , & perpendiculaire à l'allée. M, 
Varignon l'a irouvé aufli par une feule ana- 
logie : mais le problème devient bien plus 
général , fans devenirguere plus compliqué, 
entre les mains de M. Varignon; il le réfout, 
dans la fuppofition que les angles vifuçls fç^- 
ront non-feiilemenc toujours égaux , mais 
crpilfans ou décrpiflans félon tel ordre que 
l'on voudra , pourvu que le plus grand ne 
foit pas plus grand qu'un ^ngle droit , & 
que tous les autres foient aigus. Comme les 
fmus des angles font leur melure , il fuppofe 
une courbe quelconque , dont les ordon- 
nt'es r préfenteront les fjnus des angles vi- 
fuels , & qu'il nomme par cette raifon cour- 
be des JviLis. De plas,i'œi! peut être placé 
où l'on voudra , foit au commencement de 
l'allée, foit enr-deçà , foit en-delà: cela fup- 
pofe , & que la première langée foit une 
ligne droite , M. Varignon cherche quelle 
ligne doit être la féconde qu'il appelle roz/r^e 
4e rangée ; il trouve une équation générale 
& indéterminée , où la pofition de l'œil , 
la courbe quelconque des Jinus , & la courbe 
quelconque de rangée, font liées de telle 
manière que deux de ces trois chofes déter- 
minées , la troifieme le fera néceffairement. 

Veut -on que les angles vifuels foient 
toujours égayx , c'elt- à-dire, que la courbe 
des fmus foit une droite , la courbe de 
rangée devient une hyperbole , l'autre ran- 
gée ayant été fuppofée ligne droite : mais 
M, Varignon ne s'en tient pas là ; il fup- 
pofe que la première rangée d'arbres foit 
une courbe quelconque , & il cherche 
quelle doit être la féconde , afin que les 
arbres taffent à la vue tel effet qu'on 
voudra. 

Dans toutes ces folutions M. Varignon 
a toujours fuppofé avec les PP. Fabry^ & 
Taquet , que la grandeur apparente des 
objets ne dénendoit que de la grandeur de 
J'angls vifuel ; mais quelques philofo- 
phes prétendent qu'il y faut joindre la dif- 
tance apparente des objets qui nous les 
font voir d'autant plus grands , que nous les 
jugeons plus éloignés : afin donc d'accom- 
moder fon problème à toute hypothefe , 
p/i. Varignon y a fait entrer cette nouvelle 
Ê^çndjfion. Mais un phénomçne rgmarqua- 



A L t 

b!e , c'eft que quand on a joint cette fé- 
conde hypothefe fur les apparences des ob- 
jets , à la première hypothefe, & qu'ayant 
luppofé la première rangée d'arbres en li- 
gne droite , on cherche , félon la formule 
de M. Varignon , quelle doit être la fé- 
conde rangée , pour faire parojtre -tous les 
arbres parallèles , on trouve que c'eft une 
courbe qui s'approche toujours de la pre- 
mière rangée droite , ce qui eil réellement 
impoff'ble ; car fi deux r:.ngées droites pa- 
rallèles font paroître les-ai'bres non parallè- 
les , & s'approchans , à plus forte raifon 
deux rangées non parallèles & qui s'appro- 
chent , feront-elles cet effet. C'eft donc 
là , fi on s'en tient aux calculs de M. Va- 
rignon , une très-grande difficulté contre 
l'hypothefe des apparences en raifon com- 
pofée des diftances & des finus des angles 
vifuels. Ce n'eft pas là le' feul exemple de 
fuppofitions philofophiques qui , introduites 
dans des calculs géométriques , mènent à 
des conclufions vifiblenient faulfes : d'où 
il réfulte que les principes fur lefquels une 
folution eft fondée , ou ne font pas em- 
ployés par la nature , ou ne le font qu'a- 
vec des modifications que nous ne con- 
noiffons pas. La géométrie eft donc en ce 
fens-là une bonne, &c même la feule pierre 
de touche de la phyiique, Hijl. de l'acad, 
ann., 1718 , pag. 57. 

.Mais il me femble que pour arriver à 
quelque réfultat moins équivoque , il eût 
fallu prendre la route oppofée à celle qu'on 
a fuivie. On a cherché dans le problème 
précédent , quelle loi dévoient fuivre des 
dilîances d'arbres mis en allée , pour pa- 
roitre toujours à la même diftance , dans 
telle pu telle hypothefe fur la vifion ; au 
lieu qu'il eût fallu ranger des arbres de 
manière que la diftance de l'un à fautre. 
eût toujours paru la piême , & d'après 
J'çxpérience, déterminer quelle feroit l'hypo- 
thefe la plus vraifemblable fur la vifion. 

Nous traiterons plus à fond cette matiè- 
re à Xarticle PARALLÉLISME ; & nous tâ- 
cherons de donner iur ce fujet de nou- 
velles vues, & des remarques fur la métho- 
de de M. Varignon. Foyi-^^au/TT APPARENT. 

ALLÉGATION , f f. eh termes de Pa^ 
Liis , eft la citation d'une autorité ou d'une 
pièce authentique , à ftifet d'appuyer une 



AL L 
propolîrion, ou d'autorifef une prétention 
ou l'énonciation d'un moyen. {H) 

ALLEGE, terme de tUfiere , bateau 
vide qu'on attache à la queue d'un plus 
grand , afin d'y mettre une partie de fa 
charge , s'il arrivoit que fon trop grand 
poids le mît en danger. On appelle cette 
JtTîanœuvre rincer. V^ye^ RiNCER. 

Uii donne en général le nom ôi'aUeges 
à tous les bâtimens de grandeur médiocre , 
deftinés à porter les marchandifes d'un vaif- 
feau qui tire trop d'eau , & à le foulager 
d'un partie de fa charge. Les allèges fervent 
donc au de'lejhge.' 

Allège le cable , ( Marine.) terme de 
CommîLndement pour à'nejilcrunpeudecal>le. 

ALLEGriLATOURNEVIHE,(yV/jr.)c'eft 
un comrnadement que Ton fait à ceux qui 
font près de cette manœuvre , afin qu'ils 
la mettent en état , & qu'on puiîlb s'en fer- 
virpromptemenr, F". ToURNEVIRE. 

Allège a voiles , bâtimens grofïïé- 
rement faits , qui ont du relèvement à l'avant 
& à l'arriére , & qui portent mâts & voiles. 

Allèges d'Amflerdam , bateaux gioffié- 
rement faits, qui n'ont ni mâts ni voiles, 
dont on fe fert dans la ville d'Amfterdam 
pour décharger & tranfporter d'un lieu à 
l'autre les marchandifes qu'on y débite. Les 
Êcoutilles en font fort cintrées &: prcfque 
toutes rondes ; le croc ou la gaffe lui fert 
de gouvernail , & il y a un retranchement 
ou une petite chambre à l'arriére. {Z) 

Allèges , terme d' Architecture ; ce font 
des pierres fous les piés-droits d'une croi- 
fée , qui jettent harpe ( voye^ HarpE ) , 
pour faire liaifon avec le parpin d'appui , 
lorfqiie l'appui eft évidé dans l'embrafement. 
On les nomme ainfi, parce qu'elles allègent 
ou foulagent , étant plus légères à Tendrait 
où elles entrent fous l'appui. (P) 

ALLEGEANCE, ( Serment d') f. f 
Jurifprud. c'elt le ferment de fidélité que les 
Angloispréccnt à leur roi en fa qualité de 
prince & feigneur temporel , différent de 
celui qu'ils lui prêtent en la qualité qu'il 
prend de chef de Féglife anglicane , lequel 
s'appelle/(fr.'«e/2r de fuprématie. Voye^ SU- 
PRÉMATIE. 

he ferment d'allégeance eft conçu en ces 

term.cs : c< Je N protefte & déclare fo- 

}} iemnellcraent devant Dieu &; les hom- 



A L L 14^ 

» mel , que je ferai toujours fidèle & fou- 
» mis au roi N. ... Je profefle & déclare 
» folemnellement que j'abhorre j dételle 
» & condamne de tout mon cœur , corn- 
j> me impie & hérétique , cette damnable 
M propofition , que les princes excommunies 
y) OU dejiitués par le pape ou lefiége de Ro- 
1) me ^peuvent êtrelégitimementdépofés ou. 
» mis à mort par leurs fujets , ou par quel^ 
» que perfonne que ce foi t. » 

Les Quacres font difpenfés du ferment 
à'alle'geaiue ; on fe contente ù ce fujet de 
leur fimple déclaration. V. QuACRE. (H) 

* ALLEGEAS , f m. (Commerce.) étof- 
fes des Indes orientales , dont les unes font 
de chanvre ou de lin , les autres de coton. 
Elles portent huit aunes fur cinq , fiK à fept 
huitièmes , ou douze aunes fur trois quarts 
& cinq fixiemes. 

ALLEGER ,^v. a. (Marine.) c'ett dé- 
truire ou diminuer le frottement qui retient 
une chofe , en la dégageant des poids qui 
l'embarraffent. On emploie adèz fouvent , 
en ce fens , le verbe alléger à l'impératif; 
& on dit ; allège le cable ; allège le grelin ; 
allège le tournevire. 

Alléger , rendre plus lege , plus léger. 
On a quelquefois bcfoin S alléger les vaif- 
feaux , foit pour entrer dans une rivière ou 
dans un port où il y a peu d'eau , foit pout 
remettre à flot celui qui s'eft échoué. Dans 
le premier cas , on fe fert de bâtim.ens dans 
lefquels on verfe & on décharge une partie 
des denrées & des effets. Dans certains en- 
droits où le local rend cet ufageconftant, ou 
du moins fix'quent , il y en a de particulière- 
ment deflinés pour cela , qui tirent quelque- 
fois leur dénomination de leur ufage ,-& que 
l'on nomm.e pour cela , allèges. Ces bâti- 
mens ont diverfes formes fuivant les dilFé- 
rens pays ; à Rochefort on les nomme des 
ehates.D^î'.^ le fécond cas ; c'efi-à-dire, en cas 
d'échouage , on eii fouvent forcé de jetter les 
poids à la mer , & d'autant plus prompte- 
ment que la mer efl plus agitée, & que le 
bâtiment a plus de mafïè. On jette alors les 
premiers objets' qui fe préfentent : cepen- 
dant toutes choies d'ailleurs égales, il a un 
choix à faire déterminé par Içs circonftan- 
ces & par la poiition. Un vailfeau qui en a 
le temps, & qui eft à portée de renouveller 
fon eau , fait bien de s'en décharger par pré- 



i^o A L L 

térence , parce que la réparation en cft de 
peu de dépenfe. Les canons font fans doute 
en pareil cas le poids le plus nuifible , le plus 
confidérable , & dont la défaite allégerait: 
le plus promptement; on fent cependant 
qu'il faut combiner le rifque ou le danger 
de vaifleau avec leur valeur, la difficulté 
vu rimpoiïibilité de les retirer de Teau , &c. 
Le vailfeau tire plus d'eau de l'arriére que 
de l'avant, & on ne doit pas perdre cela de 
vue en allégeant un vaifleau pour le défé- 
chouer. Il faut aufTi avoir attention à l'em- 
pêcher d'être pouflé à terre oa fur le banc 
où il eft échoué à mefureque les poids donc 
on le décharge V allègent: on porte pour cet 
effet d'ordinaire , une ancre du côté du lar- 
çe , & on roidit fortement ou même on vire 
fur le grelin ou le cable auquel elle tient. 

On allège aflez fouvent un vaifTeau à la 
jner, lorfque , pourfuivi par un ennemi fu- 
périeur , on efpere rendre fa marche plus 
prompte en diminuant fon poids. 11 fem- 
bie paroître évident que le vailleau, deve- 
nu plus léger , doit mieux marcher , ou obéir 
plus facilement à lapuifl'ancequi le pouffe, 
& qui ne change point ; cecte quellion eft 
cependant afTez compliquée , & fe combine 
<îe mi'ie manières différentes. Il eft certain 
Cju'on ne peut décharger un vaifleau du 
moindre poids fans changer fon centre de 
gravité , &: que changer le centre de gravi- 
té , eft apporter un changement univeriel au 
ialancement du vaifleau dans le fluide. Quel 
■effet nouveau cela apportcra-t-il au tirant 
4l'eau ? De quelle quantité le centre de gra- 
vité s'élevera-t-il ous'abbaiffera-t-il ? Le gou- 
vernail confervera-t-il un effet aufTi facile ? 
Le vaifTeau , en acquérant la facilité déplier 
c>u de s'incliner davantage , pourra-t-il bien 
porter autant de voile ? L'angle d'inclinai- 
îbn , & le changement des lignes d'eau , ne 
diminueront-ils point fa marche ? Le vaif- 
feau ne roulera-t-il point davantage ? Ses 
•mouvemens ne deviendront-ils point trop 
Tifs ? t-V". &c Toutes ces queftions ont ce- 
pendant befoin d'être rtlolacs & décermi- 
».écs avec foin avant qu'il foit permis d'aflu- 
3 er que Ion fait bien en allégeant \c vaif- 
feau. On n'en peut pas même faire un pro- 
blême général , parce que cet effet chan- 
î^e non-feulement pour chaque vaiilcau , 
»i3is f oviile même vaifleau, fuivant la (jua- 



A L L 

lité & la diftribution de fa charge. Il efl vrai 
que fi le hafard a fait l'arrimage, on efpere 
que le hafard fera rencontrer jufte d^ns Fà- 
peu-près que fourniffent l'ufage & la prati- 
que ; cependant quand il s'agit de la fureté 
d'un vaifleau , fouvent chargé d'une miflion 
importante pour tout l'état comment fe rc- 
pofer & dormir tranquille dans l'efpérance 
de trouver une exaditude affez grande dans 
le tâtonnement ? C'eft dans ce cas fur- 
tout où l'on fent l'importance d'avoir arri- 
mé fon vaifTeau avec diicernement , & de- 
bien connoîcre la difpofition & la diftribu- 
tion des poids. ( M. le Cheyalier de la 
Coud RAYE. ) 

ALLEGERIRou ALLÉGIR un cheval, 
( Ma'iége. ) c'eft le rendre plus libre éc plus 
léger du devant que du derrière , afin qu'il 
ait plus de grâce dans fes airs de manège. 
Lorfqu'on vent alle'gerir vn cheval , il faut 
qu'en le faifant trotter on le fente toujours 
difpofé à galopper ; & que l'ayant fait ga- 
lopper quelque temps, on le remette enco- 
re au trot. Ce cheval eft fi pefant d'épau- 
les & fi attaché à la terre , qu'on a de la 
peine à lui rendre le devant léger, quand 
même l'on fe feiviroit pour Vallégerir du 
caveçon à la Newcafthle. Ce cheval s'aban- 
donne trop fur les épaules, il faut Yalk'gerir 
du devant, & le mettre fous lui. ( K) 

§ ALLÉGORIE , f. f. {Arts de h parole 
& du dcjfin. ) c'eft un figne naturel , ou une 
image , qu'on fubftitue à la chofe délignée. 
Souvent dans le difcours , & dans les arts 
du deffm , on préfence certains objets , pour 
en exprimer d'autres par le rapport qu'ils ont 
avec ceux-là. L'exprefîion proverbiale yfe te- 
nir au gros de l'arbre, nous préfente un objet 
matériel pris de la nature , pour nous faire 
deviner une choie qui n'a rien de matériel, 
c'eft de demeurer attaché au pouvoir légi- 
time. Lorfque l'on met à la fuite l'un de 
l'autre l'image , & la chofe défignée , c'eft 
une comparai/on ou une Jimilitude \ mais 
quand on fupprime la chofe défignée & 
qu'on fe contente de la laiflèr deviner , c'eft 
une allégorie. 

Di^'ers motifs peuvent donner lieu à cet- 
te fubftitution de l'image à la place de la 
chofe déiignée. Quelquefois la ne'cejfité y 
contraint, lorfqu'il n'eft pas poiîible de re- 
piéfenur la choie cllc-mêmt. L-:;j iicsdu 



A L L 

iefTm fe trouvent dans ce cas toutes les fois 
qu'ils ont à repréfenter des idées abftraites 
qui ne tombent pas fous le fens de la vue : 
quelquefois la circonfpeSion l'exige , quand 
on n'ofe pas préfenter nuement la chofe , & 
qu'on préfère de la laifl'er deviner. C'efl: ain- 
£\ qu'Horace , voulant dilliiader les Ro- 
mains de s'embarquer de nouveau dans une 
guerre civile , ne s'adreffe , par prudence , 
qu'à un navire auquel il dépeint le danger 
du naufrage. ( Hor. /zV. /, od. 14. ) Enfin 
fouvent on emploie l'image au lieu de la 
chofe même , en vue de ï énergie , pour don- 
ner à la chofe repréfentée plus de clarté , 
plus de force , & en un mot , un tour plus 
beau & plus gracieux. Quand Haller com- 
pare notre vie fur cette terre à l'état de la 
chenille, & notre durée aune goutte d'eau 
dans l'Océan , il exprime en deux vers par 
ces images allégoriques, la véritable defti- 
nation & la brièveté Je cette vie , d'une ma- 
nière beaucoup plus concife , plus énergi- 
que , & plus fenfible qu'il n'auroit pu le faire 
fans allégorie. 

Allégorie , relativement aux arts de 
la parole. 

Nous nous propofons ici de faire trois re- 
cherches. 1°. Sur la nature & l'effet del'j/- 
légorie en général. 2.°. Sur fes diversgenres , 
leurs caraâeres particuliers & leur ufage. 
•3**. Sur les fources d'où l'on doit les tirer. 

Toute allégorie , en général , doit renfer- 
mer une image , qui détermine la chofe 
qu'on veut exprimer, & qui la fafîè con- 
noitre fous une face plus avantageufe. h' al- 
légorie doit déterminer fon objet , & le dé- 
terminer avec préciiîon , fans cela elle de- 
vient énigme. Elle doit le préfenter plus 
avantageufement , fans quoi elle devient inu- 
tile. De-làréfultent deux qualités effentiel- 
îes à Vallégorie , un rapport exafl: entre l'i- 
mage & l'objet , afin que celui-ci fe prélen- 
te d'abord à l'efprit ; & une beauté énergi- 
que dans l'image, pour que l'objet gagne à 
-être préfenté figurément. 

Outre ces deux qualités effentielles , Val- 
légorie en doit encore avoir deux autres ; 
l'une, c'efl: qu'elle ne foit pas pouffée trop 
loin ; & l'a féconde , qu'on n'y ajoute rien qui 
retombe dans le fens propre ; deux défauts 
qui répandent fur Vallégorie une teinte d'ab- 
furdité. Les apcicns ont déligné le corps 



A L L T^r 

humain par le terme de microcofme , ou ce 
monde en abrégé. \^' allégorie efl: jufl:e , mais 
fi l'on entreprenoit de l'étendre, d'en dé- 
tailler les principaux rapports, d'afligner à 
ce petit monde fes planettes , fes habitans , 
fes montagnes & fes vallées , on poufferoic 
l'ti/Zf^orzVjufqu'au ridicule. Onpcurroit ainfi 
gâter la belle allégorie de Platon qui re- 
préfente les paffions fous l'image de cour- 
fiers attelés à un char , que la raifon guide ; 
qu'on y ajoute le timon & les roues, il n'y 
aura rien dans l'ame qui réponde à ces nou- 
velles images. Il faut donc éviter foigneufe- 
ment de faire entrer dans Vallégorie des dé- 
tails qui n'ont point de parties correfpondan- 
tes dans l'objet défigné \ ou. du moins ces 
détails ne doivent être énoncés que bien 
foiblement , fi l'on ne peut fe difpenfer ab- 
folument d'en faire mention. 

11 efî pareillement abfurde d'entamer une 
allégorie , & de finir par l'exprefTicn pro- 
pre. Pope a admirablement bien dit : 

Drinck dcef , or cajle noc the Pierîan i'pring ; 
ThiTi sbj.ltuvv drauéhts intoxic^tcs lhebrj.iu , 
Ani driîickirg Largely foher us jgain. 

( Elîây on Criticiiir. v. 1 1 S. 

Bui'e\ d longs traits à la fontaine des mu~ 
fes , ou ne goùte\ point de fes eaux; de petits 
traits enii'rent; ce n^efl qu\j force de boire 
qu'on di^fipe Vivreffe. N'auroit-il pas été ri- 
dicule de terminer ainfi l'j/Zfgor/e -.de petits 
traits enivrent , mais plus ony puife , plus 
on acquiert de connoiffances folide s ? 

Enfin l'image doit être unique fans confu- 
fion , fans mélange d'autres objets. Une idée 
peut fans doute être rervdue fenfible & par- 
faitement repréfentée fous plus d'une ima- 
ge. Mais l'accumulation de ces images dans 
une feule figure l'obfcurciroit. Ne commen- 
cez pas , du Quintilien, par une tempête 
pour finir par des fîammes. ( înft. Or. L 
VIII y 6 , ijD. ) Voilà les qualités qu'oa 
peut exiger d'une allégorie ; en voici l'effet. 

L'effet de Vallégorie , eft en général , ce- 
lui de toute image ; c'efl de préfenter des 
idées abftraites , fous une forme fenfible à 
notre efprit , de nous en donner par ce 
moyen une connoiffance intuitive. Mais Val- 
légorie remporte à cet égard fur tous les au- 
tres genres d'images ; comme elle fuppritnc 
l'objet mîms j fa briéveti lui donne plus ds 



1^2 A L L 

vivacité; & comme , par' h même raifon , 
toute l'attention cil d'abord lixte fur l'exac- 
te repréfentation de l'image , l'objet s'y pré- 
fente enfuite avec plus de rapidité & d'exac- 
titude, dans toute fa clarté. Quand Bod- 
mer fait dire à Jacob dans fon pocme : on 
mepréjenta une coupe remplie d'abfynthe ,• à 
peine en afoit-on emmielle le bord , il donne 
à fon récit une vivacité qu'il n'eût point eue, 
s'il avoit fait de cette belle allégorie une com- 
paraifon. lu'allégorie ell de toutes les ima- 
ges la plus énergique ; & après elle , c'efî 
la comparaifon qui a le plus de vivacité. 
Voye-:^ COMPARAISON. 

Quant à l'ufage de V allégorie , il fautob- 
ferver en général , que l'excès feroit un dé- 
faut ; c'eft un fimple affaifonnement qu'on 
ne doit employer qu'avec modération. Des 
allégories trop fréquentes feroient perdro le 
goût de la belle fimplicité. D'ailleurs l'accu- 
mulation des images jette la confulion dans 
l'efprit ; bien-loin d'y répandre une plus gran- 
de clarté , elle n'y laifTe qu'un cahos d'objets 
fenCiblcs.Young , cet auteur d'ailleurs fî ex- 
cellent , n'a que trop fouvent donné dans ce 
défaut en compofant fes Nuits. 

A la fuite de ces remarques générales , 
r.ous allons examiner les diveries efpeces 
à' allégories , qui réfultent ou de h différence 
du but qu'on s'y propofe , ou de fes difFé- 
rens effets. 

Il eft très-probable que c'efl: la néceffité 
qui a introduit l'allégorie à-àns le diiciurs. 
Auffi long-temps que la langue nianquoit de 
termes propres à exprimer des notions gé- 
rérales on étoit réduit , pour défigner un 
iiomme emporté & vindicatif, à lui donner 
!e nom de chien , ou de quelque autre ani- 
ïiial , auquel on avoit reconnu les mêmes 
taraderes. Le but de V allégorie fc bornoit 
alors tout fimplement à lever l'impoiribilicé 
d'exprimer la chofe. Les langues ont rete- 
nu un très-grand nombre à'alle'gories de 
cette efpece, qui, par le long ufage , ont 
pleinement acquis le caraâere d'exprefîions 
propres. 

Après cet ufage de première neceflité , 
Vallégorie en a un fécond , qui confifle , 
non pas encore à donner une beauté d'éner- 
gie à la chofe qu'on veut repréfenter , mais 
à lui donner un tour plus délicat , qui s'é- 
loigne dt l'expreffion vulgaire j c'ell enquel- 



A L L 

que maniera faire un com.pliment obligeant 
aux perfonnes auxquelles on adreffe le dif- 
cours. Virgile a eu ce but dans quelques- 
unes ,de fes églogues. Ce poète pouvoit té- 
moigner fa reconnoiffance envers Auguile , 
& tous les fentimens qu'il exprime dans fes 
églogues , avec autant & plus d'énergie , en 
termes direds. Mais Vallégorie donne à fes 
penfées un tour plus lin & plus fjjirituel. Un 
homme d'efprit emploiera toujoui's la tour- 
nure allégorique lorfqu'il fera quedicn de 
louer ou de blâmer. Des éloges ou des rcprc- 
ches direâ:s ont une dureté qui tient trcp . 
du vulgaire. 

Mais l'ufage de Vallégcrie acquiert un 
nouveau degré d'importance , lorfqu'à la 
tournure délicate on réunit encore le bi.t de 
voiler l'objet ou le fens propre , jufqu'à ce 
que le jugement foit à l'abri de toute préven- 
tion. C'elè le même avantage qu'on retire 
de l'apologue , & par le même moyen. Tel 
eft le célèbre difcours du conful Ménénius 
Agrippa , qui par cet artifice fut appaifer la 
révolte desP!ébéiens.( Tite-Live, L II, 32.) 

Ces deux efpeces ^i allégories n'exigent nul- 
lement une analogie pariaite , &: qui s'éten- 
de à toutes les circonftances. U allégorie dé- 
génère en puérilité dès qu'on veut appuyer 
fur chaque partie de détail. Il fulfit poLir le 
but qu'on fe propofe , que la propofirion 
principale qu'on veut établir fe retrou\ e dé- 
peinte dans l'image d'une manière intmiive. 

On emploie quelquefois Vallégorie uni- 
quement dans la vue de donner à une idée 
plus de clarté , & de la rendre alfez feiihble 
pour qu'elle s'imprime dans l'efprit , & qu'elle 
n'en puiffe être trop facilement effacée. La 
penfée que Haller a exprimée avec une 
piécifion philofophique : les jouijfances 
accroijfem les dejïrs, Horace l'a rendue fous 
cette allégorie : 

Crefcit indulgens fbi dirus hy drops, 
Necjinmpeiiit, ni fi caufamorbi 
rugerit veids £>" aqnofus albo 

Corpore languor.(^Od.L. Il, 2..) 

La première manière eft pour les philo- 
fophes , celle-ci eit pour tout le monde. Ce 
que l'un dit à l'entendem.cnt , l'autre le peint 
à l'imagination. Desallégories de cette elpe- 
ce font très-nécefiaires , lorfcu'il s'ngit c in- 
culquer d'une manière ineffaçable des vérités 

senerales 



A L L 

générales & importantes. C'eft ce quia pro- 
duit tant de proverbes allégoriques , qui tous 
appartiennent à refpece dont nous parlons. 
Les conditions ellentielles font que l'image 
l'oit bien diftinâe ; que pour être mieux fai- 
fie , elle foit prife d'objets connus ; & qu'on 
n'y emploie que très-peu de traits , mais des 
traits bien caraiStrifés. Horace a rempli tou- 
tes ces conditions dans l'exemple fuivant: 

Sapius ventis agitatur ingens 
Pinus , & celfix grapiore cafu 
Décidant turres ,feriuntque fummos 
Fulmina montes. (Od. L. II y lo. ) 

Ces allégories , au refle , ne fervent qu'à 
graver dans la mémoi e des vérités connues ; 
mais ces vérités ont d'autant plus befoin d'ê- 
tre rendues intuiti.es , qu'étant des notions 
communes , qu'on peut lailir fans le moin- 
dre effort, c'eft , pour me fjrvir de lingénieu- 
fe exprellion de Winckelman , un vaiffèau 
qui ne trace fur la mer que des filions mo- 
mencaués. Au lieu que ce qui coûte quelques 
efforts à l'efprit , s'imprime plus fûrement 
dans la mémoire. 

Uallégorie pejt encore avoir un but plus 
relevé , c'eft d'Jnoncer les chofes d'une ma- 
nière plus fone &: plus exprelfive , & de les 
préfenter en même cemps dans un plus grand 
jour. C'eft ainil que Halier emploie ïailégo- 
riede Vétat de cuenille , dont nous avons par- 
lé , & que Young a dit : 

Mme d'y d if-'ich thee Philanderl Thylafl 
JighDijj'olv'd tiie cn.irm ,• the difenchanced 
eanli Lojiali lier lujhe. 

Ma joie a difparu arec toi,cherPhilandre; 
ton dernier foupir a dijfipe le charme , ij la 
terre défe ne liante e a perdu f es attraits. 

Plus on examine ces images de près, plus 
on leur trouve de vie & d'énergie ; le nom- 
bre des idées qui fe rapportent à l'objet re- 
préfenté , augmente à mefure qu'on y réflé- 
chit. Cette efpece d'allégorie a !a plus grande 
énergie , car elle réunit l'effetdes fenfations , 
de la brièveté , de la clarté , de la richcfle & 
de la force , auffi fait-elle une des grandes 
beautés de la poéiie. II tient même quel- 
quefois lieu de preuve. Il y a en effet certai- 
nes vérités , dont on peut moins s'affurer par 
une démonftration diftinfte , que par un 
coupd'œil rapide qui embraflèpiufieurs cir- 
conftances particulières , V allégorie ferr de 
Tome II, 



AIL 153 

preuve aux vérités de ce genre ; & c'eft ici 
que des reftêmbiances éloignées ont une 
grande force , & rendent V allégorie plus vive. 
U allégorie q\i\ n'aprincipalementpoui but 
que de rendre une penféeavec plus de briè- 
veté , n'eft pas tout-à-tait auffi importante 
que celle dont nous venons de parler. Telle 
eft , par exemple , cette allégorie d'Horace : 

Contrahes t'enta nimium fecundo 
Turgida vêla. 

Enfin il y a encore une efpece Sallégoric 
qu'on pourroit nommer ï allégorie myfteneu- 
fe, ou prophétique, parce qu'en effet pliifieurs 
prophéties font écrites dans ce ftyle. Elle 
tient le milieu entre l'aZ/f^i^r/V claire & l'éni- 
gme , & elle fert à donner plus de folemnité 
tk: de gravité au difcours. Elle ne nous laiflè 
entrevoir qu'une partie de la chofe repréfen- 
cée, & couvre le relie d'un voile facré. Cet- 
te efpece eft propre dans les adions grandes 
& fûlemnelles, auxquelles on intérelie des 
êtres fupérieurs. Elle produit fur-tout un très- 
bon effet dans le haut tragique. 

Nous avons rapporté jufqu'ici les diverfes 
efpeces d'tj//f^o/-/ej;il en eft encore une,celle 
qui perfonnihe les notions abftraites ; mais 
nous en parlerons dans un autre article. 

Quant aux fourcesd'où l'on puife les allé- 
gories , ce font la nature , les mœurs & ufa- 
ges des peuples, les fciences & les arts ; mais 
c'eft l'efprit feul qui fait y puifer. De même 
que le corps humain eft l'image dc-l'ame, de 
même aufli le monde vifible eîl l'image du 
monde des efprits ; il n'y a rien dans l'un qui 
n'ait quelque chofe d'analogue dans l'autre. 
Un efprit pénétrant, qui , en obfervant la 
nature , ne s'arrêtera pas à l'écorce , mais qui 
percera jufqu'aux parties invifibles du mon- 
de phyfique , y trouvera des allégories de l'ef- 
pece la plus parfaite. C'eft une étude qu'on 
ne fauroit trop recommander aux poètes. Les 
modernes , qui ont écrit fur l'hidoire de la 
nature , nous ont préfenté cet immcnfe théâ- 
tre dans un ordre & avec une clarté dont les 
anciens n'approchent point. Mais il n'y a 
que des poètes philofophes qui puiflentmoif- 
fonner dans ce yafte champ , & furpafTer 
aifément les anciens dans cette partie. Nos 
faifeurs d'odes n'ont encore guère profité de 
cette fource. 

Les mœurs & les ufages de la nation font 

V 



154 A L L 

la fource la plus commune, d'où Ton peut 
tirer l'efpece à'alle'gon'e qui fe borne à la 
brièveté &: à la clartJ. C'eft de-!à principale- 
ment qu'Horace a puifé fesnombreufes alle- 
gories. Les ufages d'un peuple encore grofîier 
ont fur-tciit quelque chofe de très-fignifica- 
tif, qui peut fournir de honr\QS allégories. 
C'e'toit , par exemple , Tufage des anciens 
Celtes , quand ils entroient dans un pays 
étranger , de porter la pointe de leur pique 
en avant s'ils venoient comme ennemis , & 
en ariiere s'ils n'avoient que des fentimens 
pacifiques. U allégorie eft aife'e à faifir. Le 
poète Ei'chyle en a tiré une très-belle de la 
coutume qu'avoient les anciens navigateurs 
déplacer les images de leurs dieux tutélaires 
lur la poupe du vailîeau. 

Enfin les fciences , & fur-tout les arts , 
qui s'occupent d'objets matériels , renfer- 
ment un très-grand nombre de fujets pro- 
pres àVallégorie. Plus ces fujets font connus 
& i'aciles à concevoir, plus leur choix efî 
heureux. Celui qui examineroit avec foin les 
opérations des artilles , & les ouvrages de 
l'art , dans la vue d'obfervcr ce qu'ils con- 
tiennent de figiiificatif , rendroit un grand 
lervice aux poètes & aux orateurs. Entre les 
poètes allemands, c'eil H gendorn & Bod- 
mer qui fe font le plus appliques à puifer dans 
aetce fource. Leurs ouvrages font parfemès 
d'allufions , d'images , de comparaifons & 
d'allégories ^ qu'ils ont empruntées des arts & 
des fciences. 

Concluons de toutes ces remarques que 
l'étude de la nature , des mœurs & des ufa- 
ges des divers peuples, des fciences & des 
arts, eft non-feulement trés-nécefTaire dans 
le choix & l'invention du fujet, mais encore 
dans ia manière de le traiter avec fuccès. 

Il nous relie encore à parler des perfonnes 
allégoriques qui reviennent li iouvent dans 
les écrits des poètes , & qui forment une 
efpece toute particulière d'allégorie. Elle fe 
diftingue des autres , en ce qu'elle transfor- 
me de fimples noms ou de limiples notions 
délignées par ces noms , en perfonnages qui 
agiflênt. Des vertus , des qualités abfiraites , 
l'amour , la haine , h difcorde , la fagefle , 
font métamorphofées en des êtres vivans; & 
cela de diverfes manières. Tantôt ce n'efl 
qu'indirciflement &: en palïànt ; quelques 
mets ajoutés à l'idée abUraite lui donnent 



A L L 

une détermination qui ne peut convenir qu'à 
un être aâif ; c'eft ainfi qu'un prophète a 
dit: dei'antlui marche lapefie. Tantôt c'eft 
d'une manière direde : on revêt la notion 
abftraite d'un corps parfaitement détermi- 
né , fur lequel le poète fixe pour quelque 
temps nos regards ; tel eft l'exemiple fuivanc 
d'Horace : ( Ode 1 , 35. ) 

Te femper anteit fceva necejjltas , 
Clavos trabales & cuneos manu 
Gejîans ahena , nec feverus 
Uncus ahefi, liqiiidumque plumbam. 

Tantôt enfin , on prête à ces perfonnages 
allégoriques des rôles entiers &: fuivis , on 
les introduit dans l'épopée , & même dans 
le drame , pour les faire agir avec des per- 
fonnages réels. C'eft ai.ifi que la difcorde , 
la renommée , l'amour , & tant d autres êtres 
allégoriques font fouvent perfonnifiés chez 
les poètes tant anciens que modernes. On 
peut encore rapporter en quelque manière à 
ce genre les êtres purement fabuleux , les 
fylphes, les gnomes, les dryades , les fau- 
nes , (Sv. On a fî fouvent blâmé , juftifié , 
excufé & loué les poètes fur ce fujet , qu'on 
peut mettre l'ufage qu'ils font de ces images 
au rang des artinces équivoques de lapoéjie. 

Nous parlons dans un autre article de l'u- 
fage de ces perfonnages allégoriques dans la 
peinture. Il eft vraifemblable que c'eft des 
tableaux qu'ils ont paiTé dans la poéfie ; ou 
peut-être aufîi celle-ci les a-t-elle pris des 
hyéroglyphes. Ce qu'il y a de très-probable , 
c'eft que la plupart des divinités du paga- 
nifme & plufleurs héros de la mythologie 
étoient dans leur origine des perfonnages 
allégoriques. On ne trouve dans Homère 
aucune différence eirentielle entre les per- 
fonnages purement fantafliques qu'il alié- 
gorii'e , tels que la renom.mée , l'aurore , 
l'iris, les heures, les fonges, &c. S>c les 
dieux , auxquels il doit fuppofer une exiften- 
ce plus réelle. Il fèm.ble même que ce poète 
prend quelquefois Jupiter (Se Junon pour des. 
perfonnages fimplement allégoriques. 

La prem.iere remarque qui fe préfente a 
l'efprit fur ces êtres allégoriques , c'eft qu ils 
difFerent de V allégorie propre , en tant qu'ils 
font la chofe fignifiée elle-même , revêtue 
d'une forme corporelle , &: non une fimple 
fubfliiution d'une image à la place de l'obiee- 



A L L 

xepicfenté ; ce n'eîî pas le figne , c'eft la 
chofe. Cependant ces êtres perlbnninés peu- 
vent avoir tonte l'énergie de Valicgorie , lovf- 
qiiela figure dont on les revêt exprime d'une 
manière plus parfaite la nature de la chofe 
défignée. Le meilleur exemple à citer en ce 
genre , c'efl l'image allégorique que Milton 
a tracée du péché. Le poète nous y peint une 
figure, qui, fans avoir de réalité , peut néan- 
moins être conçue par l'imagination , &: 
dont rafpeâ excite en nous , mais plus 
promptement & avec beaucoup plus de vi- 
vacité , la même horreur, le même dégoût 
& les mêmes idées que la contemplation ré- 
fléchie du mal moral auroit produit avec 
plus de lenteur & beaucoup moins de force. 
De ce genre efl encore l'image de la difcor- 
de, qu'Homère a tracée d'un coup de pin- 
ceau au quatrième livre de l'Iliade, (f. 4-40.) 
Les poètes anciens & les modernes fourni- 
roient divers exemples de femblables fidions. 
Mais il y a une efpece plus commune 
d'images allégoriques, qui eft inférieure en 
énergie à celle dont nous venons de parler. 
L'aurore aux doigts de rofe , qui revient li 
fouvent dans Homère, l'iris au vol rapide ; 
l'amour, les Vénus & les Cupidons de Ti- 
bulle, font un effet beaucoup plus foible en 
poéfie qu'en peinture ; ce ne font bien fou- 
vent rien de plus que des noms moins vul- 
gaires &: plus lonorcs que le mot propre ne 
l'eft. 

D'autres efpeces encore d'êtres perfonnifiés 
n'ont aucune figure déterminée ; ils fe pré- 
fentent à l'imagination fous la forme d'êtres 
vivans , mais dont le caraftere n'ell pas bien 
décidé, ou dont on ne fauroit même fe 
faire une notion déterminée ; tels font les 
fleuves, les villes, les provinces perfonnifiés, 
les génies des hommes & des nations , les 
nymphes , & tant d'autres êtres fantaftiques. 
On perfonnifie ces êtres ou dans la feule 
vue de rendre fcnfibles des notions abltrai- 
tes , ou pour mettre du merveilleux dans 
î'adion ; ou enfin pour s'en fervir comme des 
machines qui forment l'intrigue , ou le dé- 
nouement. 

Quant au premier ufage , i! paraît fuffifam- 
mentlégitimi par l'autorité de la plupart des 
poètes anciens &: modernes. Sous ce point de 
vue, ces images retombent dans la clafTe de 
ï allégorie propre, & ne différent de celle-ci 



A L L _ Tîî 

qu'en ce que le poéte,au lieis de puifer dans les 
trois fources que nous avons indiquées, puife 
dans fa propre imagination. Ainli il eft aifé 
d'appliquer ici tout ce que nous avons ob- 
fervé ci-deflus lur lufage , ladiverfité, & la 
nature de {'allégorie. Mais s'il faut déjà une 
grande fagacité, pour tirer de la nature ou 
des arts une alLgvie énergique, quel feu 
poétique, quel génie créateur ne doit pas 
joindre à cette lagacité le poète qui entre- 
prend de donner un corps , & de nous pré- 
fenterfous une figure viiible les productions 
de fon cerveau ? de perfonnifier , comme 
Homère & Milton la diflèntion & le péché ? 
Les images de l'efpece plus commune , 
tracées d'une touche moins forte , lorfqu'on 
fait les employer à propos , fervent à anim.er 
le fujet, & ày répandre de l'agrément, ou â 
le rendre plus touchant ; le langage du poète 
en prend une teinte d'enthouliafme , qui lui 
donne plus d'intérêt. Mais on n'obtient ces 
avantages qu'à l'aide d'un goût bien délicat. 
La prolbpopée , comme toutes les figures 
orjtoires , doit naitre ou d'une palîion vé- 
hémente qui dans fon trouble invoque les 
montagnes, parle au rochers, &: croit que 
toute la nature l'écoute & s'attendrit ; ou elle 
doit naître d'une imagination très-vive , qui , 
à chaque idée, donne un corps; & à chaque 
corps , une vie & une ame. Un coup d'oeil 
vif devient alors une flèche qui pénètre juf- 
qu'au fond du cœur ; & une troupe de petits 
amours fe promènent fur un beau fein. Mais 
en vain un poète médiocre nousmontre-t-il 
les Amours & les Cupidons , il n'en eft pas 
moins infipide. 

Quant à l'ufage des êtres allégoriques , 
confidérés comme des perfonnages qui en- 
trent dans l'aâion principale , les fentimens 
des critiques font partagés. Cetufsge a prin- 
cipalement été introduit par les modernes ; 
on n'en trouve du moins que bien peu d'exem- 
ples chez les anciens , & s'ils s'en font fervi , 
ce n'eft, pour ainfi dire, qu'en paflànt. Il n'y 
aqu'EfchiIe& Ariftophanequi ont introduit 
dans leurs drames , l'un Mars , l'autre les 
Furies. Mais ces perfonnages étoientdf s êtres 
réels dans la religion du peuple qui aftiftoit à 
ces fpedacles. Les anciens ne fe faifoient 
pointdefcrupule, il eft vrai, d'employer des 
êtres allégoriques dans la fable , cependant 
un ancien même parle de cet ufage comme 

V 2 



iî6 A L L 

d'une chofe peu naturelle;P/7/(:o illo dicendi 
& horrido modo , dit Tite-Live ( Liv. II, 
chap. 32.) Il eft trèspoffible que la barba- 
rie du goût qui régnoit encore, il y a deux 
flecles , ait introduit ces êtres allégoriques 
parmi nous. On fait que c'e'toient les princi- 
paux perfonnages des mauvaifes farces qu'on 
donnoit dans ces temps-là. Milton en a fu 
tirer parti en homme de génie ; & bien que 
M. de Voltaire n'approuve pas la hardiefTe 
du poète Anglois , il n'a pas fait difficulté de 
donneràladifcorde unperfonnage allégori- 
que dans fa Henriade. 

Les critiques , qui , fans rejeter l'ufage des 
êtres allégoriques & l'invocation des mufes, 
eftiment néanmoins que cet ufage doit être 
reftreint dans des bornes très-étroites , ap- 
puient leur fentiment fur des raifons fort plau- 
fibles; il feroit abfurde de défapprouver un 
ufage qui eft reçu même dans le difcours or- 
dinaire. Ne dit-on pas tous les jours : la more a 
Jurpris un tel} Et combien d'antres expref- 
fionsn'a-t-on pas, danslelc.uelleson attache 
coi-.ftamment quelque chofe de corporel & 
de fenfible aux notions les plus abftraites' Ces 
méraphores , pourvu qu'on n'y appuie pas trop 
long-temps , n'ont rien qui révolte ; mais l'il- 
lufion ne fe foutient que par le progrès rapide 
des penfées : dès qu'on s'arrête un peu trop , 
elle fe détruit, on apperçoit Tablurditédela 
fuppofition; la prudence veut donc qu'on ne 
montre ces êtres allégoriques qu'en pafîànt, 
& qu'on les fafle difparoitre avant que l'illu- 
iion puiffe être diffipée. Si le rôle qu'on leur 
affigne eft court , & qu'il foit conforme à l'i- 
mage que nous nous en faifons dans ce mo- 
ment , l'imagination en eft agréablement 
frappée , & elle en devient plus vive. 

Mais , fi le poète s'appéfantit fur ces êtres 
imaginaires , s'il entre dans le détail de leurs 
aâions, s'il y joint encore diverfes circonf- 
tances étrangères , qu'il faffe fentir l'impofti- 
bilité de la fiûion , il court rifque de révol- 
ter fonleâeur; tant de longueurs laifTent à 
celui-ci le temps de fortir de l'illufion qu'il eft 
fi indifpenfable de ne point perdre. Il faut 
avouer qu'il y a des imaginations fi glacées , 
♦]ue la plus légère métaphore peut les choquer; 
& fi la raifon veutanalyfer froidement ce qui 
n'eft fait que pour frapper l'imagination , il 
faudroit renoncer aux figures les plus fimples; 
mais aulïi l'imagination la plus échauffée ne 



A L L 

foutient pas long-temps la vue d'un perfon- 
nage allégorique , qui , à force de fe montrer 
par trop de côtés, lui laifTe appercevoir qu'elle 
n'avoit faifi qu'un fantôme. 

On cherche à la vérité à juftifier l'ufage de 
ces êtres allégoriques, parla néceflitéqu'ily 
a de mettre du merveilleux dans un poème. 
Les anciens, dit-on, pouvoient y employer 
leurs divinités ; aujourd'hui, comme il fe- 
roit indécent d'impliquer l'être fuprême dans 
desadions profanes , le merveilleux qui fait 
l'eftènce de l'épopée , n'a plus d'autre fource 
que les êtres imaginaires. Mais , quand on 
accorderoit tout cela , ce qui ne paroît cepen- 
dant point devoir être concédé, il en réful- 
teroit fîmplement que les perfonnages allégo- 
riques peuvent être tolérés ; mais on n'en 
pourroit pas conclure qu'ils donnent de la 
beauté au poème. Le grand & le merveilleux 
de l'Iliade ne naît certainement pas de l'uni- 
que affociation des dieux aux héros d'Ho- 
mère ; & Olîian dans fes épopées , n'a ni di- 
vinités, ni êtres allégoriques. 

Les fylphes, les génies &: autres êtres de 
pure invention, n'appartiennent pas à la clafle 
des êtres allégoriques, ils font de la mytho- 
logie ; ils ne font proprement allégoriques 
que dans les ::rts du deffin. Voye\ ci-après 
Allégorie [Peinture.) {Cet article eft tiré 
de la théorie générale des beaux arts de M. 

SVLZER.) 

Allégorie , {Belles-lettres.) On n'a pas 
aftez diftingué \' allégorie d'avec l'apologue , 
ou la fable morale. 

Le mérite de l'apologue eft de cacher le 
fens moral , ou la vérité qu'il renferme, juf- 
qu'au moment delaconclufionqu'on appelle 
moralité. 

Le mérite de Vallégorie eft de n'avoir pas 
bcfoin d'expliquer la vérité qu'elle envelop- 
pe ; elle la fait fentir à chaque trait , par la 
juftefTe de fes rapports. 

L'apologue, par fa naïveté, doit reftembler 
à un conte puérile, afin d'étonner davantage 
lorfqu'il finit par être une grande leçon. Son 
artifice coniifte à déguifer fon deffein , & à 
nous préfenterdes vérités utiles, fous l'appât 
d'un menfonge frivole & amufant. C'eft So- 
crate qui joue l'homme fimple , au lieu de 
fe donner pour fage. 

\J allégorie , avec moins de finefte , fe pro- 
pofe, non pas de dég'-iifer, mais d'embellir 



1 



A L L 

la véiicé , 5c de la rendre plus fenfible. C'eft, 
comme on l'a très-bien dit , une métaphore 
continuée. Or, une qualité eirentielle de la 
métaphore eft d'être tranlparente; il talloit 
donc aufîi donner pour qualité dilHndive à 
V allégorie , cette clarté , cette tranfparence 
qui laiife voir la vérité & qui ne l'obfcurcit 
jamais. 

Les détours , comme je l'ai dit , font con- 
venables à l'apologue: fans perdre fon objet 
de vue , ilfeintdes'amufer& de s'égarer en 
chemin ; il fait même quelquefois femblant 
de s'occuper férieufement de détails qui 
n'ont aucun trait au fens moral qu'il fe 
propofe ; c'eft le grand art de la Fontaine. 

II n'en eft pas de même de V allégorie : on 
la voit fans celle occupée à rendre fon objet 
fenfible , écartant comme des nuages , tout 
ce qui altère la jufteffe de l'allufion & des 
rapports. 

Quelquefois , dans l'apologue , la juftefte 
des rapports eftaufii précieufe que dansl'ij/- 
légorie; mais alors en fe rapprochant de celle- 
ci , l'apologue s'éloigne de fon vrai caradere, 
qui conlifte à faire un jeu d'une leçon de 
fagefle , & à ne laifl'er appercevoir Ion but 
qu'au moment qu'on y efî arrivé. 

Uallégorie ell quelquefois aufTi une façon 
de préfenter avec ménagement une vérité qui 
ofFenfeioit fî on l'expofoit toute nue ; mais 
elle la déguife moins. C'eft un confeildifcré- 
tement donné^mais dont celui qu'il intérefle 
ne peut manquer de fentir à chaque trait l'ap- 
plication. L'ode d'Horace tant de fois citée , 

Onai'is, réfèrent in mare tenovi fluclus, &c. 

en eft l'exemple & le modèle. Entre un vaif- 
feau & la république, entre la guerre civile 
& une mer orageufe , tous les rapports font 
fi frappans , que les Romains ne pouvoient 
s'y méprendre ; & la vérité n'eut jamais de 
voile plus fin , ni plus clair. 

C'eft. ainii que Vallégorie , par la juftefTe 
defes rapports, doit toujours laifler entrevoir 
la vérité qu'elle enveloppe. Son objet eft 
manqué, fil'efprit, fatisfait d'en appercevoir 
la furface , ne defire pas autre chofe , &; ne 
pénètre pas le fond. 

C'eft ce qui arrive toutes les fois que Vallé- 
gorie peut être elle-même une vérité aftez 
intéreflante , pour laifiër croire que le poète 
n'a voulu dire que ce qu'il a dit : car rien 



A L L 157 

n'etnpéche alors l'efprit de s'y arrêter, fans 
rien fbupçonner au-delà ; Se c'eft pourquoi il 
eft fouvent fi difficile de décider fi la fiction 
efl allégorique, ou fi elle ne l'eft jxis. 

Que de l'exemple d'une aâion épique , il 
y ait quelque vérité morale à détruire (ce qui 
arrive naturellement fans que le poète y ait 
penfé, ) le père le Boflu en infère que la 
fable du poème épique eft une allégorie , un 
apologue. Il va plus loin : il veut que la vé- 
rité morale foit d'abord inventée , qu'après 
cela on imagine un fait qui en foit la preuve 
& l'exemple;, & qu'on ne nomme les pci Ton- 
nages qu'après avoir difpofé l'aftion. Aflùré- 
ment ce n'eft pas ainfi qu'Homère & Virgile 
ont conçu l'idée & le plan de leurs poèmes. 
Plutarque a raifon de comparer les fidions 
poétiques aux feuilles de vigne fous lefquelles 
le raifin doit être caché. Mais , toutes les fois 
que le fujet en lui-même a fon utilité morale, 
c'eft un rafinement puérile que d'y chercher 
un fens myftérieux. 

Ce n'eft pas que dans les poèmes épiques , 
& particulièrement dans ceux d'Homère , il 
n'y ait bien des détails oi!i Vallégorie eft fenfi- 
ble ; ôcalorsla vérité voilée y perce de façon 
à frapper tous les yeux. Telle eft l'image des 
prières , tel eft l'ingénieux épifode de !a 
ceinture de Vénus. Mais regarder l'Iliade 
comme une a//fJ:fo;7> continue, c'eft attribuer 
à Homère des rêves qu'il n'a jamais faits. 

C'eft particulièrement dans les préfages , 
dans les fonges , dans le langage prophéti- 
que , que les poètes emploient Vallégorie. 
Dans l'Iliade , tandis qu'Hedor & Polidamas 
attaquent le camp des G recs , un aigle auda- 
cieux vole à leur gauche, tenant dans fes 
ferres un énorme dragon qui , palpitant & 
enfanglanté,ofe combattre, fe replie & bleffe 
fon vainqueur; l'oifeau lacré laifî'e tomber 
fa proie. 

C'eft de cette image qu'Horace femble 
avoir pris la comparaifon de l'aiglon avec le 
jeune Drufus: qualem miniftrum julminis 
alitem , ^c. 

L'art de Vallégorie confifte à peindi e vive- 
ment & correctement, d'après l'idée ou le 
fentiment,la chofe qu'on perfcnnifie, comme 



la renommée , dans l'Enéide de Virgile j 
l'envie dans les Métamorphofcs d'Ovide , & 
dans la Henriade ; les prières & l'injure , 
dans l'Iliade d'Homère, &c. 



158 ^^^. 

S'il nous efi: permis de mêler le plaifantau 
fiib'ime , voici l'épitaphe d'un libraire de 
Bofton , compofée par lui-même , & dont 
l'allégorie eft remarquable par fa juftefTe & 
par fa fingulariré. 

« Ci s'.L , comme un vieux livre à reliure 
}> ufee àc dcpouiliévide titres & d'ornemens, 
jy le corps da Ben. Franklin, imprimeur. Il 
?5 devieut l'aliment des vers, mais le livre ne 
» pe'rira pas : il paroîtra encore une fois dans 
f> une nouvelle & très-belle édition, revu& 
fy corrigé par l'auteur. » 

Des modèles parfaits de Vallégorie en 
zdàon , font la fable de l'amour &; de la tolie 
dans la Fontaine; l'épifode de lahainedans 
l'opéra d'Armide ; la mollefle dans le lutrin. 
Mais quelque belle que foit Vallégorie , elle 
feroit froide lî elle étoit longue. Un poème 
tout allégorique , ne feroit pas foutenable , 
eût-il d'ailleurs mille beautés. Voyei Mer- 
veilleux. 

Prefque toute la mythologie des Grecs , 
comme celle des Egyptiens, eft allégorique; 
& ces fiftions étoient peut-être dans leur 
nouveauté , ce que l'efprit humain a jamais 
inventé de plus ingénieux. Mais à préfent 
qu'elles font rebattues, lapoéfiedefcriptivea 
bien plus de mérite & de gloire à peindre la 
nature toute nue , qu'à l'envelopper de ces 
voiles depuis long-temps irfés. Celui qui di- 
roit aujourd'hui que le foleil va fe plonger 
dans l'onde , & repofer dans le fein de Thé- 
tis , diroit une chofe commune ; & celui qui , 
avec les couleurs de la nature, auroit peint le 
premier le foleil couchant, à demi plongé 
dans des nuagesd'or& de pourpre, &laiirant 
voir encore au~deftus de ces vagues enflam- 
mées la moitié de fon globe éclatant ; celui 
qui auroit exprimé les accidens de fa lumière 
fur le fomniet des montagnes, & le jeu de 
fes rayons à travers le feuillage des forêts , 
tantôt imitant les couleurs de l'arc -en-ciel , 
tantôt les flammes d'un incendie , celui-là 
feroit peintre & poète. 

Les emblèmes ne font que des allégories 
que peut exprimer le pinceau. C'eft ainfi 
qu'on a repréfenté le Nil la tête voilée, pour 
faire entendre que la fource de ce fleuve étoit 
inconnue. C'eft ainfi que pour défigner la 
j>aix , on a peint les colombes de Vénus 
faifant leur nid dans le cafque de Mars. 

C'eft une idée afl'ezheureufe , pour expri- 



A L L 

mer la crainte des maux d'imagination l 
que Vallégorie d'un enfant qui fouille en l'air 
des boules de favon , & qui , s'eitrayant de 
leur chute, inipire la même frayeur à une 
foule d'autres enfais far qui fes boules vont 
tomber. Ainii les peintr-js , à re>;emple des 
poètes , font quelquetoii i:lage de ces lidions 
allégoriques, m?.is rarement avec fucccs. 

Lucien nous a tranfmis l'idée d'un tableau 
allégorique des noces d'Alcxandie & de 
Roxane,le peintre étoit Action. Son tableau, 
qu'il expofa dans les jeux olympiques , tit 
l'admiration de la Grèce aftemblée ; & 
Raphaël l'a deftiné te! que Lucien l'a décrit. 

Le fonnet de Crudeli , pour les noces 
d'une dame de Milan , feroit le fujet d'un 
joli tableau ; c'eft la virginité qui parle à la 
nouvelle époufe. 

Del letto nuT^ial quefla è la fponda : 
Piti non lice feguirti : lo parto : addio. 
Ti fui compagna delV eui pià bionda , 
E per te gloria crebbe al regno mio. 
Spofa e madré orfarai,fe il ciclfecondx 
La noftra fpeme , ed il commun dejio. 
Già pe^egiando ti carpifce , e sjronda 
Que' gigli Amor y che di fua mano ordio, 

Dijfe , e dif parue in un balen la dea, 
E in van tre volte la cliiamo la bella 
Vergine , che di lei pur anche ardea, 

Sce/efra tanto sfolgorando in vifo 
Fecondità , la man le prefe , e di clla 
Al caro fpofo , e il duol cangiojfi in rifo. 

Les philofophes eux - mêmes emploient 
fouvent le ftyle allégorique. Platon , que la 
nature avoir fait poète, exprime aïïez fouvent 
ainli les idées les plus fublimes. C'eft lui qui 
a dit que la divinité eft J:tuée loin de douleur 
6' de volupté. On doit à Xénophon la belle al- 
légorie du jeune Hercule , entre la vertu & la 
volupté. Mais, qui avoit im.aginé celle des 
furies nées dufang d'un père répandu par fon 
fils , du fang de Célus mutilé par Saturne ? 
Cette façon de s'énoncer fait le charme du 
ftyle de Montagne. Dans fes écrits l'idée 
abftraite ne fe préfente jamais nue. Il voie 
tout ce qu'il penfe ; il peint tout ce qu'il dit. 

Plus un peuple a rimaginarion vive, plus 
l'aZ/f^^cir/f luieft familiere;c'eftàcettefaculté 
de faifir les rapports d'une idée abftraite avec 
un objet fenfible , & de concevoir l'une fous 
la forœe de l'autre , que l'on doit toute la 



1 



A L L 

beautéde la mythologie des Grecs; & àme- 
fure que ce peuple ingénieux devient plus 
philofophe,fes alk'gories prefentent unfens 
plus juf!:e&: plus profond. Quoi déplus beau, 
par exemple , que d'avoir fait Gérés l'inven- 
trice des loix ? Quoi de plus fage dans les 
mœurs des Spartiates , que de facrifier à 
Vénus armée? 

Quoique Vvdle'gorie femble être une façon 
de s'exprimer artificielle & recherchée , ce- 
pendant elle eft ufitée même chez les fau- 
vages. Quand ceux de l'Orcnoque veulent 
témoigner à un étranger que fon arrivée leur 
eft agréable , le chef lui dit dans fa harangue, 
qu'il a vu pafler la veille fur fa cabane , un 
oifeau remarquable par la beauté de fes cou- 
leurs; ou qu'il afongé la nuit que les fruits de 
la terre périfïbient parla fccherefTe , &: qu'il 
eft furvenu une pluie abondante qui les a 
ranimés. 

Rien de plus naturel , en effet, chez,tous 
les peuples ik dans toutes les langues , que 
d'emprunter ainfi les couleurs des choies fen- 
fiblesjpour exprimer par analogie, des i.k'es 
qui , fans cela , feroient vagues , foibles , 
confufes. Ge qui ne fe peint fSoint à l'imagi- 
nation échappe aifément à l'efprit. Voyez 
Image. ( M. Maraiontbl.) 

Allégorie , ( Peinture. ) Les arts du 
deiTm ne peuvent , par leur nature , repré- 
fenteren fait d'objets que des individus , & 
en fait d'événemens,que ce qui peut arriver 
à la fois dans un feul inftant. Mais à l'aide 
de V allégorie , ce qui étoit impofTible ne l'eft 
plus. Des notions générales font exprimées 
par un objet individuel & une fuite d'événe- 
mens fe préfente à la fois. 'L'allégorie eft 
donc de la plus grande importance dans la 
peinture ; & ce n'eft que par fon fecours que 
cet art peut atteindre au plus haut degré d'é- 
nergie. Il y a cependjnt des amateurs qui 
montrent une averfion décidée pour les ta- 
bleaux allégoriques , fie il faut avouer que la 
plupart de ces tableaux nejuftiiTentcue trop 
bien ce dégoût des amareurs. Tantôt ces ta- 
bleaux font un compofé de figures arbitrai- 
res , plus hiéroglyphiques qu sllégoriques , 
fans efprit &; ians, force ; tantôt ils font (î 
énigmatiques , qu'on fe fatigue inutilement 
pour en deviner le fens. Mais tout cela ne 
prouve autre chofe , fi ce n'eft que de mau- 
vaifes allégories font déteftables.Si le peintre 



A L L 15;^ 

étoit éclairé & dirigé par des connoiftleurs 
de la nature & des antiquités , il feroit aifé de 
porter ce genre à un plus haut degré de per- 
fection. La matière eftaflezintéreftantepour 
mériter les recherches les plus exades. 

Vallégorie conlifte ici dans la repréfenta- 
ion d'une idée générale , au moyen d'un 



tion 



ait particulier. Un tableau qui repréfente 
un ade de juftice ou de bienfaifance , n'eft 
que le tableau hiftorique d'un cas indivi- 
duel ; c'eft le langage propre &: naturel des 
arts du deftîn : mais repréfenter en général 
la juftice ou la bienfaifance p.;r leurs attri- 
buts naturels, c'eft compofer une allégorie. 
Elle ne fe borne pas fimplement aux notions, 
elle s'étend encore à des penfées entières , 
qui réuniftènt diverfes notions à un feul tout; 
elle exprime des vérités générales , & de- 
vient un langage réel. La différence efTen- 
tielle entre la langue peinte & la langue par- 
lée , conufte dans les lignes ; ils font arbi- 
traires dans celle-ci & naturels dans l'au- 
tre. Nos langues ne font intelligibles qu'à 
ceux qui fe font fait cnfeigner la lignifica- 
tion des termes; m^isY allégorie doit fe faire 
entendre fans autre inftruftion ; c'eft une 
langue univerfclle , à la portée de tout hom- 
m.e qui réfléchit. 

Il ne faut pas confondre le langage allé- 
gorique , avec cette efpece d'hiéroglyphes 
dont les figures font des fignes de fimple 
convention , & qui , à cet égard ,refremble 
au langage commun. Gettc diftinétion eft 
d'autant plus nécellàire , que des connoif- 
feurs même s'y trompent fouvent. Richard- 
fon , par exemple , dans fa Defcription des 
tableaux. ( 2"omc III , par t. I , page 50), 
nomme une belle allégorie , certain tableau 
d'Auguftin Garrache , qui n'eft rien moins 
qu'une allégorie ,• c'eft un hiéroglyphe , un 
rébus , un fimple jeu de mots. Le tableau 
repréfente le dieu Pan vaincu par l'Amcur ; 
pour exprimer cette propofition générale : 
l'Amour triomphe ^erowf.Toute l'invention 
de Garrache roule fur l'équivoque du mot 
Pan , qui en grec fignifie tout. De tels hié- 
roglyphes n'appartiennent pas à V allégorie. 
Gependanr, pournousrapproclîer de l'u- 
fage reçu , & peut-être aufli pour céder un 
peu à la néceftîté , nous ne prendrons pas 
les termes à la rigaeur. Flufiours images 
hiéroglyphiques fouc depuis li long-tem.ps 



i5o A L L 

rangées dans la claflTe des allégories , qu'on 
les croit réellement allégoriques. La figure 
d'une femme armée qui tient une lance & 
un bouclier , & qui a un hibou fur fon caf- \ 
que , n'eft point le figne naturel de la fa- 
gelTe ; ce n'eft donc point une véritable allé- 
gorie : elle eft néanmoins adoptée comme 
telle depuis un temps immémorial. Plufieurs 
lignes purement hiéroglyphiques , que nous 
tenons de l'antiquité , paflèront toujours 
pour de véritables images allégoriques , par- 
ce que, accoutumés à les voir dès l'enfance , 
nous les prenons en effet pour des fignes na- 
turels de ce qu'ils expriment. 

Avant d'aller plus loin , il faut remarquer 
ici une différence entre les arts de la parole 
& ceux du delTin , par rapport au but dans 
lequel ils emploient V allégorie ; d'oià il réful- 
tera que la peinture peut fe permettre quel- 
ques libertés qu'on n'accorderoit pas à la 
poéfieou à l'éloquence. Rien n'empêche que 
dans le difcours on ne fe ferve du terme pro- 
pre ; il ne faut donc s'en écarter , que lorf- 
qu'il y a un avantage marqué à y fubftituer 
une exprefîion figurée : c'eft même un dé- 
faut dans le difcours de recourir au langage 
allégorique , dès qu'il ne renchérit point fur 
l'effet du langage ordinaire. II n'en eft pas 
ainfi dans la peinture. Les arts du deflin n'ont 
point de langage affeûé aux notions géné- 
rales : il doit donc leur être permis de fe 
fervir de Willégorie , lors même qu'elle n'a- 
joute rien à la force de l'expreffion , & 
qu'elle ne dit que ce que le langage ordi- 
naire pourroit également dire. Quand , par 
exemple , on voit fur une ancienne médail- 
le , l'empire Romain repréfenté fous la figu- 
re d'une perfonne tombée par terre , que 
Vefpafien relevé , il eft clair que cette allé- 
gorie ne dit précifément , & n'exprime qu'a- 
vec le même degré de force ce que le lan- 
};age ordinaire eût rendu tout fimplement : 
Vefpafien a rétabli l'empire, qui étoit tombé 
en décadence fous fes prédéceffeurs. Mais il 
faut ici tenir compte au defîinateur d'un 
mérite qui n'en feroit pas un pour l'orateur. 
Ainfî , ce qui dans le difcours ne feroit en- 
core que le langage ordinaire , eft déjà une 
allégorie permife dans la peinture. II eft vrai 
néanmoins que , même dans les arts du def- 
fin , pour qu'une allégorie mérite une atten- 
tion diftinguée , ce n'eft pas aftèz qu'elle ] 



^ A L L 

exprime intelligiblement une notion géné- 
rale , e le doit encore la rendre avec beauté 
& avec énergie. 

Examinons préfentement les divers gen- 
res d'allégories. On peut , d'après leur ligni- 
fication , les réduire à deux efpeces ; l'une , 
que nous nommerons images allégoriques , 
n'exprime qu'un objet indivifible , une no- 
tion , une propriété , un être incorporel ; 
l'autre , qu'on peut nommer repréfentatioa 
allégorique , réunit plufieurs de ces objets , 
pour exprimer une aûion , un événement , 
ou une combinaifon d'idées. D'après la ma- 
nière de s'énoncer , V allégorie eft encore de 
deux efpeces ; l'une emprunte immédiate- 
ment fes images de la nature , comme lorf- 
qu'on défigne l'amour du travail par la ligu- 
re d'une abeille ; c'eft l'emblème : l'autre 
invente fes images en tout ou en partie , & 
cette dernière efpece eft Vailégorie propre- 
ment ainfi nommée. 

Co'nfidérons d'abord les images allégori- 
ques , foit qu'on s'y ferve d'emblèmes ou 
d'allégories. L'efpece la plus commune eft 
celle qui ne produit d'autre effet , que celui 
de rendre la penfée intelligible. Elle ne 
fait que ce que feroit un terme emprunté du 
latin , lorfque ce terme manque dans notre 
langue. La figure d'une femme qui porte 
une couronne fermée fur fa tête , & un 
manteau parfemé de lys fur fes épaules , ne 
dit , par exemple , rien de plus que ce que 
renferme le mot France. Quelquefois cette 
allégorie déligne immédiatement le nom de 
la chofe , comme la grenouille & le léfard 
fculptés fur deux volutes antiques , qui , 
fuivant M. Winckelman ,défignent les deux 
architectes Batrachus & Satirus. 

D'autres fois Vailégorie indique la chofe 
par quelqu'une de fes propriétés : c'eft ainfi 
que la ville de Damas eft repréfentée fous la 
figure d'une femme qui tient des prunes 
dar.s fa main. Il y a une infinité d'allégories 
dans ce goût : ce ne font au fond que des 
hiéroglyphes ; mais le befoin les a introdui- 
tes , & l'on ne faurcit s'en palier. 

Les images allégoriques , qui ne fe bor- 
nent pas à ir.diquer limplement l'objet, mais 
qui le caraâérifent en quelque façon , font 
d'un grand prix. Elles reflemblent à ces ter- 
mes riches qui , par leur étymologie , ou 
par leur compoficion , donnent en quelque 

manière 



À L L 

manière la définition de la chofe même , & 
en font le figne naturel. Tel eft, par exemple, 
l'emblème de l'ame , ou de l'immortalité , 
que les anciens défignoient par un papillon. 
Cet emblème n'annonce pas fimplement 
l'immortalité ; il tait de plus fentir que ce 
n'eft qu'aijrès s'être dépouillée de l'envelop- 
pe grolTiere , que l'ame jouit de fa véritable 
vie. Telle eft encore l'image allégorique de 
la juftice : le bandeau & la balance n'ex- 
priment pas uniquement le mot julHce , ils 
en indiquent le carailere elle itiel ; l'impar- 
tialité , l'incorruptibilité , fie la Icrupuleufe 
exaélitude. 

Il feroit inutile de dire que des images de 
cet-te efpece font de beaucoup à préférer à 
celles dont la iîgnitication le borne au mot: 
mais il eii important de faire obierver qu'un 
artifte , qui aura du génie , peut donner à 
une image , d'ailleurs peu fignificative , un 
fens naturel , à l'aide de quelques traits ca- 
radériftiques. C'eft ainfi que le Pouirm a 
fu ingénieufement défigner le Nil. La tète 
de ce fleuve ell cachée dan: les rofeaux , 
pour marquer qu'on en ignore encore la 
fource. C'eft au moyen de ces traits parti- 
culiers , qu'on peut donner une fignification 
plus précife aux images des choies qui ont 
des propriétés fenfibles , comme font les 
provinces , les villes , les fleuves. Cela peut 
même s'étendre aux images d'idées pure- 
ment abftraites. Buphalus , artifte grec , 
avoir ainfi défigné h fortune d'une manière 
ttés-expieftive : elle portoit un cadran folai- 
re fur la tête , & une corne d'abondance à 
la main ( Paufanias , Lir. IV. ) Parmi les 
pierres gravées de Mariette , il y en a une 
(«. 17 ) , qui pourroit palier pour une ex- 
cellente dlWgorie de la poélie. C'eft un génie 
monté fur un griffon ; il appuie fa main droi- 
te fur une lyre : celle-ci eft placée fur un 
trépié qui eft foutenu à Ion tour par une 
baf^e de forme cubique. Le cube peut déli- 
gner la jufteffe des penfées ; le trépié , l'inl- 
piration ; & la lyre , l'harmonie : les trois 
qualités eflèntielles du poème. 

Les images allégoriques , qui préfentent 
des figures humaines, font les plus propres 
à rendre V allégorie parfaite , par l'attitude , 
le caraftere & l'aftion de ces figures. C'eft 
par-là que les emblèmes , d'ailleurs fi peu 
jfignificatifs , des nations & des villes , ac- 
Tome IL 



A L L i5i 

quierent l'exprefîîon la plus forte , lorfqu'on 
les applique à des cas particuliers , que l'ar- 
tifte a la touche fûre , & qu'il a un peu de 
ce génie qui guidoit Ariftides , quand , pat 
une feule figure , il fut exprimer lecaraftere 
diftindif des Athéniens. Que de force , & 
que de chofes Appelles n'avoit-il pas mis 
dans l'image de la calomnie , dont Lucien 
nous a confervé la defcription ? Et quelle 
horreur n'infpire pas l'image de la guerre 
dans Arirtophane , quand Mars , dont la 
figure ne dit ordinairement rien de bien ex- 
prefîif , eft repréfenté écrafant dans un 
énorme mortier , des villes , & réduifanc 
eu poudre des provinces entières ? 

Mais, pour trou ver des allégories de l'ef- 
pece dont nous parlons , il faut fans doute 
être doué d'un génie qui n'eft donné qu'aux 
artiftes du premier ordre. Dans cette foule 
immenfe d'images allégoriques , qu'on voit 
fur les médailles antiques , il n'y en a que 
très-peu qui foient bien énergiques. Les 
plus parfaites en ce genre , font les images 
des divinités , qu'on peut , en quelque ma- 
nière , mettre au rang des images allégori- 
ques. Le Jupiter de Phidias étoit propre- 
ment une image allégorique de ladivinité ; 
& le fameux Apollon du Belvédère n'elî 
autre chofe qu'une allégorie parfaite du fo- 
leil , dont cette admirable image exprime à 
nos yeux l'éternelle jeuneftb , la douceur 
attrayante , & l'infatigable activité. 

Le vrai génie fait donc donner le plus 
haut degré d'expreflion à des images qui , 
d'elles-mêmes , feroient peu expreflives ; 
mais ce n'eft pas en y joignant ces foibles 
indices , qu'on nomme des attributs , que 
l'on peut atteindre à ce degré d'énergie. On 
ne fauroit trop répéter à l'artifte qu'il ne fuffic 
pas de mettre une balance dans la main de la 
juftice ; il doit favoir donner à Thémis le 
caradere de divinité qui lui eft propre , com- 
me le Jupiter &: l'Apollon , dont nous ve- 
nons de parler , ont le leur. Le bel efprit , 
qui faifît desreflemblances fubtiles & minu- 
tieufes , n'eft pas ce qu'il faut ici : il n'y a 
qu'un grand génie capable d'exprimer cha- 
que caradere de l'efprit , chaque fentimenc 
de l'ame , qui puift'e réufTir dans des inven- 
tions de ce genre. 

Les attributs fervent néanmoins auflî dans 
ï allégorie , pour eu faciliter l'intelligence j 

A. 



'ï5i A L L 

& pour conduire à l'eflèntiel. Nous ne de- 
fapprouvons pas le croifîant fur le front de 
Diane ; il nous explique le fujet : mais l'ar- 
tifte ne doit pas croire que cet attribut fuffi- 
fe pour remplir ValU'gorie , ou qu'il puifTe 
être placé indifféremment fur toute figure de 
femme. Ces lignes , qui ne font que parlans , 
fans aucune énergie , font d'autant plus né- 
cefl'aires ici , que V allégorie la plus énergi- 
t|ue 1 liffe fouvent en doute fur le véritable 
fens , lorfque ce font les arts du deffin qui 
la préfentent. Quand même l'artifte réuf- 
liroit parfaitement à exprimer l'idée du temps 
dans l'image de Saturne , il ne fera que bon 
qu'il y joigne un fablier , ou quelqu'autre 
ligne de cette nature : c'eft en quelque ma- 
nière écrire le nom de l'image , dont enfuite 
on doit pouvoir reconnoître les caractères 
en elle-même. Le deffinateur eft ici incom- 
parablement plus borné que le poète. Ce 
dernier préfente fon allégorie dans une con- 
nexion qui indique aifément le fens. L'au- 
tre au contraire , eft fouvent réduit à ne 
donner qu'une image ifolée ; rien , autour 
d'elle , ne peut aider à deviner fa flgnifica- 
tion. L'artifte eft alors dans la néceffité de 
recourir à des accefloires qui y fuppléent ; 
mais , nous le répétons encore , il ne doit 
par fe contenter de ces petits fignes accef- 
foires , il doit s'exprimer dans le grand. Si 
ce qu'on rapporte de l'habileté des anciens 
peintres & Iculpteurs eft vrai, plufieurs d'en- 
tr'eux ont eu le talent de faire des images 
telles que nous les exigeons ; & rien ne leur 
a dû être impoflible , même dans la partie 
la plus difficile de leur art , dans ïaUégorie. 
Quel tableau allégorique eût été impoffi- 
ble à Euphranor , s'il a fu peindre Paris , 
de manière qu'on démêloir en lui le juge de 
la beauté, le ravifteur d'Hélène & le meur- 
trier d'Achille ? Euphranoris , ( dit Pline , 
Lir. XXXI V,S.) Alexander raris efl,in 
quo laudatur , quod omniafimul intelligan- 
tur , judex dearum , amator Helence, & ta- 
men Achillis interfecljr. Nous verrons ( dz-r. 
Antiques), ce qu'il faut penfer de ces 
récits fur l'art des anciens. Mais quoi qu'il en 
fuit , il eft certain que le génie peut aller au- 
delà de ce que la raifon conçoit : & il eft 
bon d'exciter les artiftes modernes par l'e- 
xemple des proiuftions des anciens , fuf- 
fent-eiles exagérées. 



A L L 

_A la fuite des fimples images allégoriques J 
viennent les tableaux qui repréfentent allégo- 
riquementune maxime, ou unepropofition gé- 
nérale.C'eft ici qu'il faut appliquer la décifioii 
d'Horace , qu'on cite fouvent mal-à-propos. 

Segnins irritant animas demi£a per aurem , 
Qunm qute fiint ocidis [uh'le^ij. fiUlibus . 

Quand un tableau allégorique n'exprime- 
roit pas une vérité avec beaucoup plus d'é- 
nergie que ne le feroit le fimple difcours,on 
auroit néanmoins l'avantage d'être plus vive- 
ment affèdé, parce qu'on voit intuitivement 
ce que le difcours ne montre qu'à l'entende- 
ment , ou tout au plus à l'imagination , qui 
n'eft aux fens , que comma l'ombre eft au 
corps. Mais fi , à cet avantage , le tableau 
réunit encore une perfeâion intrinfeque, fon 
effet l'emportera de beaucoup fur toute l'é- 
nergie de la poéfie , & l'on aura atteint le 
plus grand but que l'art puiffe fe propofer. 

Qu'il nous foit permis de faire ici une 
remarque , fur laquelle on ne fauroit trop 
infifter. C'eft un grand abus en matière de 
peinture , que jufqu'à préfent on exalte géné- 
ralement beaucoup plus la beauté du pin- 
ceau , que celle de l'invention ; c'eft préférer 
les moyens à la fin. La plupart des connoif- 
ieurs refTeroblent à l'avare qui met la félicité 
à pofféder un moyen dont il n'a aucun def- 
fein de faire ufage. L'heureufe invention 
d'une allégorie intéreifante , doit donnet 
plus de prix à un tableau , que ne lui en don- 
neroit le pinceau du Titien même , s'il n'é- 
toit accompagné d'aucun autre mérite. Mais 
z&tx.Q carrière n'eft ouverte qu'aux génies du 
premier ordre ; peu d'artiftes y ont réufïï ; 
c'eft la partie foible des defîinateurs moder- 
nes , c'eft auffi celle des amateurs. On con- 
tinue d'admirer les chétives inventions d'Ot- 
to-Venius : il deftinoit bien : mais fes em- 
blèmes d'Horace font pitoyables , & quel- 
ques-uns même puériles. 

On peut difîinguer trois fortes de tableaux 
allégoriques , félon la nature du fujet , qui 
eft ou phyfique , ou moral , ou hiftorique. 
Les faifons , les parties du jour , les trois 
règnes de la nature , la nature elle-même , 
appartiennent à la première clafl'e. De tels 
tableaux repréfentent allégoriquement quel- 
ques-unes des principales propriétés de l'ob- 
jet. Ce font des poèmes peints , dont le fu- 



A L L 

Jet eft pris de la nature vifîble , & entremêlé 
d'objets pathe'tiques & moraux. Un bel 
exemple à produire en ce genre , feroit le 
plafond du château de Reinsberg , où Pefne 
arepréfenté le jour naifTanc , (i , comme ce 
célèbre artifte le le propofoit , il avoit fait 
graver ce tableau. 

La féconde clafle contient les repréfenta- 
tions de vérités générales , & de maximes 
relatives aux mœurs. De ce genre ell cette 
pierre gravée fi connue , qui repréfente l'a- 
mour à cheval fur un tigre ou fur un lion, 
pour exprimer que cette palfion adoucit les 
caraderes les plus farouches. Le tableau de 
la calomnie, dont nous avons déjà parlé, 
eu plus détaillé ; il fait fentir par divers traits 
marqués toute la laideur de ce vice. Ces ta- 
bleaux ne différent de l'allégorie du difcours, 
qu'en ce qu'ils difent immédiatement aux 
yeux ce qu'à l'aide des mots , le difcours dit 
à l'imagination. L'obfervation attribuée à 
Pythagore, que lorfqu'un état a joui quel- 
que temps d'une heureufe abondance , le 
luxe s'y introduit infenliblement , puis le 
dégoût, enfuite des excès monftrueux , & 
enfin la ruine totale : cette obfervation efl 
un tableau tout fait. Le peintre n'a qu'à le 
porter de l'imagination fur la toile. 

Latroiliem.e clafiè enfin renferme les re- 
préfentations hilloriques , foit qu'elles indi- 
quent fimplement les faits , ce qui conflitue 
Vallegorie h\û.onquQ la plus commune, telle 
qu'on la voit fur tant de médailles an- 
tiques &c modernes ; foit qu'elles circonflan- 
cient les événemens : ce qui conftitue Valle- 

f'onefublime du genre hiftorique, telle qu'on 
'admire dans les tableaux de le Brun , oij 
les grandes adions de Louis XIV font re- 
préfentées. 

C'eft le point le plus haut & le plus diffi- 
cile de l'art ; il n'y a que des peintres du 
premier rang , qui puilfent y atteindre. Déjà 
dans les arts de la parole , rien n'ell: plus 
difficile que de faifir un événement mémo- 
rable, ou une grande aftion par fon côté le 
plus laillant , pour l'énoncer en une feule 
période de manière que de ce point de vue 
principal on puiffe découvrir tous les détails 
à la fois. 

Pour réuffir dans ce genre , il f rut non- 
feulement favoir , à l'exemple de l'orateur , 
concentrer une multitude de chofes en un 



A L L 163 

petit efpace , il faut encore avoir l'art de le 
rendre bien vifible , & c'eft-là ce qui rend fi, 
rares les allégories excellentes dans ce genre. 
La repréfentation allégorique d'un événe- 
ment ne renferme proprement rien d'hifto- 
rique ; car c'eft moins le lait qu'elle doit pré- 
fenter , qu'une remarque importante & fé- 
conde en application fur le fait ; de ces re- 
marques telles qu'un grand hiliorien pour- 
roit les faire pour montrer un événement 
fous un point de vue qui frappe , comme 
quand Tacite dit : brèves & infauftos populî 
romani amores. Annal. II, 41. Le but d'un 
tableau allégorique n'efl nullement de tranC 
mettre l'hiltoire i la poliérité , il y a des 
moyens plus fimples , & plus sûrs de rem- 
plir cet objet ; fon but eft de mettre les faits 
dans le peint de vue le plus éclatant : ce qui 
n'eft rien moins que facile. Il faut pour cet 
effet que l'hiftoire qu'on en a vue foit très- 
connue, & quede plus elle renferme ou par- 
les delleins qui l'ont fait naître, ou par les 
circonftances qui l'ont accompagnée, ou pat 
les fuites qui en ont réfulté , quelque chofe 
de généralement mémorable : c'eft cette 
généralité qui fait proprement l'ellènce de 
Valle'gorie. 

Il y a, dans la galerie h Duffeldorf , 
un tableau de Raphaël qui repréfente un 
jeune homme dans un bocage épais , alîis 
auprès d'une fource d'où il a puifé de l'eau 
dans une coupe qu'il tient devant foi , à la 
main. Jufques-là ce tableau eft purement 
hillorique , & c'eft aufti tout ce qu'un pein- 
tre ordinaire pourroit exprimer même avec 
le coloris du Titien. Mais Raphaël a fu don- 
ner à cette figure unique des penfées fi hau- 
tes, un recueillement h fublimeà la vue de 
cette coupe d'eau , qu'on reconnoît dans ce 
jeunehomme Jean- B^ptifte occupé dans le 
défert à réfléchir fur fa vocation divine , &: 
qu'on croit enfuite entendre les profondes 
méditations fur le baptême. \'^oiIà ce qui 
tient déjà à la haute allégorie. Quiconque 
ne fait peindre que des corps , ne doit pas 
l'entreprendre. Eût-il pour chaque idée par- 
ticulière l'image la plus exadle , il ne don- 
neroit qu'un hiérodyphe bien intelligible , 
mais point une allégorie. Celle-ci n'exprime 
pas la lettre , mais l'efprit de la chofe. 

Le premier foin de l'artifte fera donc de 
décoirvrir l'ame dans le matériel d'un évé- 



k6^ A L L 

neiiient qu'il veut aliégorifer ; & fon fécond 
foin doit être de la rendre vifible. Ainfi le 
tableau allégorique des conquêtes d'Alexan- 
dre ne repréfenteroit pas des expéditions 
militaires , ni des batailles ; il exprimeroit 
ouïe noble defir de venger fur un monarque 
enivré de fa puiflànce , les injures d'un peu- 
ple libre ; ou l'ambition elirénée & fes fu- 
neftes fuites , dans un prince qui unit les plus 
grands talens à un pouvoir afl'ez confidéra- 
ble ; ou enfin queiqu'autre penfée de cette 
nature qui nous plaçât d'abord dans le point 
de vue convenable. Quand l'artifte aura 
trouvé l'efprit de fon hiltoire , il ne lui fera 
pas difficile d'inventer les caraéteres propres 
à marquer le fait. Il elt aifé de faire con- 
noître les temps , le lieux , & les perfon- 
nageg. 

S'il eft vrai , comme les anciens l'ont rap- 
porté , qu'Ariftides ait pu dans une feule 
%ure exprimer parfaitement le caraftere 
des Athéniens , caraûere fi finguliérement 
contraflé ; pourquoi ne pourrions-nous pas 
attendre de l'art perfeftionné , des_ tableaux 
vraiment allégoriques ? Tels fcroient, par 
exemple , l'intluence du rétabliiïement des 
fciences fur les mœurs ; la découverte de 
l'Amérique fiî^'iée par quelques-uns des plus 
importans eftets qu'elle a produits , &c. 

Après avoir vu la nature de X allégorie , 
fes diverfes efpeces & fon prix , il nous refte 
à faire quelques remarques fur fon inven- 
tion & les ufages. 

La perfeûion de VdUgorie dépend en 
grande partie de l'heureulê invention des 
images particulières. Une colledion des 
meilleures images allégoriques aduellement 
inventées , feroit d'un grand fccours aux 
artiftes, fi elle étoit accompagnée d'une cri- 
tique faine & judicieufe. Winckelman a 
commencé ce recueil , mais on n'a point 
d'ouvrage encore qui développe des prin- 
cipes lumineux fur l'invention de ces images. 
Nous allons donner quelques obfervations 
qui pouiTont aider à cette recherche. 

De fimplcs hiéroglyphes j auxquels le he- 
foin oblige de recourir , font d'une inven- 
tion aflez facile; un écu blafonné ,^ ou quel- 
<qu'autre figne viiible y peut fuffire. Il en 
faudroit néanmoins exclure les allufions qui 
ne roulent que fur le nom ; quoiqu'elles 
foientautoiiféesparl'ufage, & qu'on tfouve 



AL t 

fouvent fur des antiques , un homme \ 
cheval pour défigner le nom de Philippe. 
Cela pouvoir être bon dans le temps où l'on 
ignoroit encore l'art de l'écriture, &ne fau- 
roit être excufé aujourd'hui que dans les cas 
qui n'admettent aucune autre rertburce. En- 
tre les hiéroglyphes qu'on peut utilement en- 
ployer dans ïalL'gorie , il faut encore ranger 
certains figneE,qui, fans avoir de fignification 
naturelle , en ont une de convention , qui ell 
fondée fur l'ufage ; de ce genre font les fccp- 
tres &: les couronnes , pour défigner les rois 
& les fouverains ; les têtes de bélier , & les 
pateres fur la frife de l'ordre dorique , pour 
défigner un temple ; les trophées fur des ar- 
fenaux , &c. Pour inventer de tels emblè- 
mes , il fuffit de connoître les mœurs & les 
ufages des nations. 

Il y a plus d'art à trouver des images allé- 
goriques qui expriment bien les propriétés 
de la chofe fignifiée. Il faut pour cet effet 
favoir développer diftinftement les notions 
que cet objet renferme ; avoir le don de les 
llmplifier , & fur-tout de faifir au jufle ce 
qui eft exclufivement propre à cette chofe. 
Chaque vertu, par exemple, outre ce qu'elle 
a de commun avec les autres , a ou dans 
fon origine , ou du moins dans fes effets , 
quelque chofe de caracVérifiique qui lui eft 
propre, & qui fert à la diftinguer. C'eft-là 
ce qui doit être repréfenté par l'image que 
Tartifte inventera. 

Il y a des images allégoriques qui tien- 
nent de la nature de l'exemple ; c'eft ainfi 
qu'Orefte & Pylade font une image de 
l'amirié. D'autres font des comparaifons , 
comme lorfqu'on emploie un vaiileau qui 
a le vent en poupe pour défigner un heu- 
reux fuccès. D'autres enfin font de vérita- 
bles allégories ; tel eft le crible employé à 
puifer l'eau pour exprimer une entreqrife 
vaine. C'eft aux circonftances particulières 
à déterminer le choix de l'une de ces trois 
efpeces ; les images proprement allégoriques 
doivent être liées àquelque objet bien choili 
qui en fixe la fignification. Ainfi l'image 
d'un papillon que Socrate contemple avec 
attention , exprime aftez clairement les mé- 
ditations de ce philofophe fur l'immortalité 
de l'ame. Ainfi des têtes de pavots entre- 
lacées en guirlande autour des tempes d'une 
perfonne qui repofe , repréfenteront très— 



AL L 
bien lefommeîl ; mais dans une autre com- 
pofition , ces mêmes pavots pourroient aife- 
ment être l'image de la fécondité. 

C'eft donc le but précis qu'on fe propofe 
qui doit guider dans le choix & l'invention 
ides images ; celles qui peuvent fe lier à des 
figures humaines , en forme d'attributs , ou 
de marques caïaâériiliques , font les plus 
convenables , parce que l'aûion qui les ac- 
compagne donne plus de clarté & même 
plus d'énergie à leur fig!iiHcacion. La vanité 
d'attirer fur foi les regards du peuple, eft , 
par exemple , bien exprimée par l'image 
d'un Paon ; mais VaUe'gorie acquiert une ap- 
plication plus étendue , fi l'on choifit une 
figure de femme qui tienne ou qui porte des 
plumes de cet oifeau. On peut , au moyen 
de cette figure , rendre VaUe'gorie beaucoup 
plusprécife & plus exprefTive, parle carac- 
tère de la perfjnne , par fon attitude & par 
fon aâion ; c'efi cette confidération fans 
doute qui a fait inventer aux artiftes de l'an- 
cienne Grèce , tant de perfonnages allégori- 
ques j celui de la nécelficé que nous avons 
rapporté d'après Horace , en eft un très-bel 
exemple. 

C'eft de l'hcureufe invention des images 
ifolées , que dépend l'invention du tableau 
entier , moral , phyfique , ou hiftorique. 
Ces tableaux exigent néceffairement des 
perfonnages ; car une repréfentation qui ne 
feroit compofée que de fimples figues à l'i- 
mitation des hiéroglyphes qu'on voit fur les 
monumens de l'ancienne Egypte , ne méri- 
teroit pas le nom de tableau allégorique. 

II feroit inutile de prcfcrire des règles par- 
ticulières fur l'invention de ces tableaux ; 
l'artiftefera bien néanmoins de méditer avec 
foin les trois routes que nous avons indi- 
quées , & de s'y exercer fouvent. Nous 
allons encore les parcourir rapidement pour 
lui en montrer l'ufage. 

La voie de l'exemple eR la première & 
laplusaifée. Pourrepréfenter une chofe en 
général , on choifit un cas particulier qui , 
à l'aide du lieu , ou de quelque acceffoire , 
peut aifém.ent recevoir une fignification gé- 
nérale. Un peintre ou un fculpteur de l'an- 
tiquité n'avoit qu'à repréfenter dans un tem- 
ple de la fortune , ou Denis à Corinthe , ou 
Tyrtée k la tête d'une armée , ou Marins en- 
foncé dans un marais , ou Bélifaire tendant 



A L L . ^ iH 

, la main , ou quelqu'autre exemple mémora- 
ble des révolutions de la fortune ; le tableau 
allégorique étoit achevé. Le lieu feul fufîi- 
foit pour changer le fait particulier en une 
repréfentation générale du pouvoir de la 
fortune. Mais le même trait hiftorique, placé 
en tableau dans une chambre, ne feroit point 
encore une allégorie ; il faudroit y ajouter 
quelque part à propos un temple de la for- 
tune , ou défigner cette déefîe par les ornc- 
mens allégoriques du cadre , S'c. 

La voie des comparaifons a plus de diffi- 
cultés. Il faut d'abord que l'artifte imagine 
une comparaifon qui exprime forcement fa 
penfée; il faut enfuite qu'il invente un moyen 
d'en faire connoître l'application. Un tableau 
fur lequel on verroit un ouragan déraciner 
les plus gros chênes , & faire plier des arbrif- 
feaux , pourroit être pris pour un fimple 
payfage ; mais le peintre en fera une allé-' 
gorie s'il fait y introduire quelques perfon- 
nages dont l'adion indique clairement qu'ils 
'appliquent cette repréfentation comme un 
emblème de la maxime générale qu'il vaut 
mieux fe foumettre avec rélignarion aux ad- 
verfités que de fe roidir hors de faifon par 
un orgueil opiniâtre. 

La troifieme voie eft celle des alle'gories 
pures , c'eft la plus difficile , mais auîîl la 
plus parfaite lorfqu'on y réuffir. Si , par 
exemple , on fe propofoit de repréfenter par 
cette voie les bizarreries de la fortune , il 
faudroit exclure tout ce qu'il y a de vrai ou 
de propre dans les deux exemples précé- 
dens , & n'admettre que des images d'in- 
vention. La fortune feroit une déefTe afîlfa 
fur une trône. Elle auroit divers attribut-, 
les uns exprimeroient des caraderes de fa 
puifTance, les autres marqueroient des traits 
de fes caprices. Une baguette magique dans 
fa main indiqueroit les effets rapides iS: mer- 
veilleux de fon pouvoir. Son trûne fufpen- 
du , &: foutenu par les vents , dont chacun 
feroit défigné fous une figure allég->rique , 
repréfenteroit l'inconftancc du bonl;ei;r , & 
la promptitude de fes variations. L'air de 
tètQ , les traits du vifage , l'attitude anrton- 
ceroient la légèreté , le caprice , l'eiTronterie 
& l'étourderie. Pour donner plus d'étendue 
au tableau , on pourroit y ajouter bien 
des idées au moyen de quelques images 
acceflbires. La richefte & la pauvreté , la 



i66 A L L 

grandeur & l'efcLivage , ou d'autres ima- 
ges de cette nature , formeroient la fuite 
de la d:'eiîè; la lecurité marcheroit devant 
elle, S'c. Ùc. 

?Aais qu'aucun artifte n'entreprenne de 
pa cilles allégories , s'il ne fe fent la force 
de pénétrer dans le fanduaire oià Raphaël 
& Appelles ont été initiés à tous les myf- 
tere de l'art. C'eft ici qu'il faut appliquer 
ce qu'Horace a dit aux poètes : 

Miiiiocribus eJTe poétis 

Non homincs , nundii , nonconceSfcre columns. 

Plus V allégorie pure eft admirable quand elle 
eft bonne , parce qu'elle eft le dernier ef- 
fort de l'art , plus elle eft ridicule quand elle 
eft mauvaife. 

Refte à parler de l'ufage de Vallégorie. 
Cet ufage eft d'une grande étendue. L'ar- 
chitecture emploie l'allégorie pour donner 
à fes ouvrages l'empreinte de leur deftina- 
tion. Des ornemens allégoriques , qui en- 
richiflènt diverfes parti^is d'un édifice , en 
annoncent l'ufage piécîs , & fervent à ca- 
raclérifer un temple , un arfenal , le palais 
d'un monarque. Des ftatues & des tableaux 
placés dans les églifes, dans les cours de juf- 
ticc, dans d'autres bàtimens publics , peu- 
vent y être d'un grand ufage pour concou- 
rir au premier but que les beaux-arts doi- 
vent fe propofer. 

Les anciens ont très-fouvent employé V al- 
légorie à caraiiérifer leurs meubles. Les 
chandeliers, les lampes, les tables, leschai- 
fcs , les vafes de toute efpecc , étoient or- 
nés de figures allégoriques. Cet ufage n'écoit 
pas , à la vérité , d'une grande importan- 
ce , mais il donnoit néanmoins un cer- 
tain intérêt aux chofes les plus commu- 
nes , l'imagination étoit réveillée au milieu 
des occupations les plus indifférentes , & 
c'eft-là encore un des buts des beaux-arts. 

D'ailleurs ces ornemens hiéroglyphiques 
& allégoriques des uflenfiiles ordinaires , ont 
le grand avantage d'aider le peintre à carac- 
térifer aifément les perfonnage.s , & les ob- 
jets qui entrent dans les tableaux d'une com- 
polition étendue. Une flmple houlette cou- 
chée fur un tombeau , luffit pour défigner 
la perfonne que ce tombeau renferme ; & 
ibuvent uns nunutie dans ce genre , peut 



A L L 

donner l'intelligence d un tableau , quî , fan^ 
ce fecours , auroit été énigmatique. 

C'eft dans les médailles qu'on fait l'ufage 
le plus fréquent de Y allégorie ; c'eft-là néan- 
moins où l'on a pu s'en difpenfer plus ai- 
fément, dès que l'art d'écrire a été inventé. 
Car pour l'ordinaire une courte légende ex- 
prime mieux ce qu'on a à dire , que les fi- 
gures tracées ne peuvent le faire. Les mé- 
dailles allégoriques ne font intéreftantes que 
lorfque l'artifte a été aft^ez heureux pour 
trouver une allégorie énergique qui expri- 
me avec plus de vivacité , & dans une fi- 
gnihcation plus étendue ce que l'infcription 
ne pourroit qu'indiquer ; mais ces images 
lont bien rares. 

Il en faut dire autant fur l'ufage de V al- 
légorie dans les monumens ; fi elle ne fert 
qu'à indiquer quelques faits hiftoriqueSj l'inf- 
cription eft préférable à l'emblème. Le nom 
de Diogene , gravé fur fa tombe , s'y fût 
auftl-bien confervé que la figure d'un chien , 
&: eût mieux défigné le philofophe. Il n'y 
a qu'un refpeft fuperftitieux pour l'antiqui- 
té qui puifte faire admirer de telles allège^ 
ries lin les monumens anciens. On en trou- 
ve un grand nombre dans ce goût , rappor- 
tées par Paufanias. 

U allégorie fervoit encore chez les payens, 
à exprimer leurs idées fur divers attributs de 
la divinité, par les ftatues de leurs dieux. 
Ce n'étoient que des images fymboliques , 
placées ou dans des temples , ou dans des 
lieux publics , pour fervir à quelque but dé- 
terminé. 

Nous avons déjà parlé de l'ufage étendu 
de l'allégorie dans la peinture , &: de fes di- 
vers genres. Nous ajouterons fimplementr 
qu'il vaut beaucoup mieux que le pein- 
tre fupplée au défaut des lignes fymboliques 
bien expreilifs , par une bonne infcription , 
que par des hiéroglyphes forcés. C'eft ainfi 
que Raphaël & le Pouftîn en ont ufé. Ur» 
tableau du premier, dans la galerie Farne- 
fe , repréfente Venus avec Ânchife ; il fal- 
loit défigner clairement ce perfonnage prin- 
cipal pour qu'on ne fe trompât pas au fu- 
jet du tableau ; & l'expédient que Raphaël a 
imaginé , c'eft de tracer en trois mots : Ge~ ' 
nus unie latinu/n. Le peintre françois a fu 
exprimer aulli heureufement l'efprit d'un 
de fes tableaux , par cette court^ infcripr! 



A L L 

tîon fépulcrale , & in Arcadîa ego. ( Voye:^ 
du Bos , Réflexions fur la poéjte & lu 
peinture, T. I , fec^. 6.) ' 

Quant au mélange des perfonnages allé- 
goriques avec des perfonnages réels & hif- 
toriques , M. du Bas le rejette abfolument 
comme une chofe qiH eft abfurde, & qui 
révolte le bon fens. On peut voir les raiions 
que cet habile critique en allègue dans 
l'ouvrage cité; elles font fi judicieufes qu'on 
ne peut guère s'y refufer. C'eit cependant 
une affaire de fentiment , comme le mé- 
lange de la mythologie dans nos odes mo- 
dernes. On ne doit empêcher perfonne d'y 
trouver du plaifir. 

D'un autre côté , il femble qu'il y auroit 
trop de rigidité à refufer aux perfonnages 
allégoriques , la liberté de prendre part à 
ime action hiftorique. Ce que nous avons 
dit de l'ufage des êtres allégoriques en 
poéfie , doit encore fervir de règle au 
peintre. S'il eft donc permis à un poète , 
après avoir décrit un ftratagéme amoureux , 
d'ajouter que Vénus & les Amours s'en font 
réjouis , pourquoi le peintre n'oferoit-il , 
après avoir peint un fait hiftorique dans ce 
genre , imiter l'heureufe idée de l'AIbane, 
dans fon tableau de l'enlèvement de Pro- 
ferpine ? Ce tableau repréfente Pluton qui 
fe hâte d'emmener, cette déefiè , on voit 
dans les airs de petits amours , qui , par des 
danfes & des efpiégleries , expriment la 
grande joie que cet enlèvement leur infpire ; 
d'un autre côté , Cupidon vole en riant 
dans les bras de fa mère , pour la féliciter 
du fuccés de cette entreprife. Defcription 
de Ij. galerie de Drefde. 

Il n'y a point de connoiffeur à qui un 
mélange auffi agréable de Wdlegorie avec 
l'hiftoire , puifl'e déplaire ; il peut fervir de 
modèle fur la manière de traiter un alliage 
fî délicat. Si Rubens s'enécoit acquitté avec 
autant d'efprit dans la galerie du Luxem- 
bourg, il eft à piéfurp.er que M. du Bos 
n'auroit pas marqué une fi forte répugnance 
pour les tableaux de ce genre. {Cet article 
efl tiré de la tritorie générale des beaux-arts 
de M. SvLZ^R.) 

ALLEGORIQUE , adj. {Belles-lettres. 
Poe'/ie.) Un perionnage allégorique eft une 
paftion, une qualité de l'ame, un accident 
de la nature, une idée abfîraite perfoniii- 



A L L . ^ 1S7 

fiée. Prefque toutes les divinités de la fable 
font allégoriques dans leur origine ; la 
Beauté, l'Amour, laSagefte, le Temps, les 
Saifons , lesElémens, la Paix , la Guerre, 
&f..-mais lorfjue ces idées abftraites per- 
fonnifiées ont été réellement l'objet du culte 
d'une nation , & que dans fa croyance elles 
ont eu une exiftence idéale , elles font mifes , 
dans l'ordre du merveilleux , au nombre 
des réalités , & ce n'eft plus ce qu'on appelle 
des perfonnages allégoriques. Ainii , dans 
Homère, on diftingue l'allégorie d'avec la 
fable: Vénus & Jupiter font de la fible ; 
l'injure & les prières font de l'allégorie. Il 
eft vraifemblahle que dans le langage des 
premiers poètes , I allégorie fut la pépinière 
des dieux ; l'opinion en prit ce qu'elle voulue 
pour former la mythologie , 6c lailià le relie 
au nombre des fifticns. 

Le même perfonnage eft employé comme 
réel dans un poème , & comme allégo- 
rique dans un autre , félon que le lyf- 
téme religieux dans lequel ce perionnage 
eft réalifé , convient ou non au fujet du 
poème. AinG , par exemple , dans V Enéide 
l'amour eft pris pour un être réel , &: dans 
la Henridde ce n'eft qu'un être allégorique 
de la même clafte que la politique & la 
difcorde. 

Nos anciens poètes ont porté à l'excès 
l'abus des perfonnages allégoriques ; le Ro- 
man de la Rofe les avoit mis en vogue: 
dans ce roman l'on Yoit en fcene , jalou/ic , 
bel accueil, faux-femblant , &c. &: d'api es 
cet exemple , on mettoit fur le théâtre , 
dans les foties & les myfteres , le tien , le 
mien, le bien, le md, l'efprit, la chair, le 
péché y Iz honte , bonne compagnie , pajj'e- 
' temps , je bois â vous , &c. , & tout cela 
étoit charmant ; & , dans ce temps-là , on 
auroit juré que de fi heureufes lîdions rJuf- 
liroient dans tous les fteclés. 

Non-feulement on tailoit des perfonnages, 
mais encore des mondes fl//<Von(7;/i'j, &rori 
traçoit fur des cartes, ds polie en pofîe 
la route du bonheur, le chemin de l'amour : 
par exemple, on partoit du port d'indif- 
férence , on s'tmbaïquoit fur It- fleuve acÇ- 
pérance, on paftbit le détroit de rigueur, 
on s'arrètoit à perfévérance , d'où l'on dé- 
couvroit lifte de foveur , où fail'oit naufra- 
ge innocence. Ces curieulès puérilités ont 



ï68 A L L 

été à la mode dans le Ilecle du bel-ef?rk 
& du précieux ridicaie ; le bon efprit les a 
réduites à leur jufte valeur; & on n'en voit 
plus que fur des écrans, ou dans quelques 
livres myftiques. {M. Marmoxtel.) 
Allégorique, adj. {Tliéol.) ce qui 

contient une allégorie. Voye^ AliÉGORIE. 
Les théologiens diftinguent dans l'écriture 
deux fortes de fens en général , le fcns 
litté:al iU. le fens myilique. Voyei SenS 
LITTÉRAL 6" Mystique. 

Ils fubdivifent le fens myftique en allé- 
gorique , tropologique & aiiagogique. 

Le fens allégorique eft celui qui lélultede 
l'application d'une chofe accomplie à la 
lettre , mais qui n'cil pourtant que la rigure 
d'une autre chofe : ainli le ferpent d'airain 
élevé par Moyfe dans le défert pour gué- 
rir les luaelites de leurs plaies , repréfen- 
toit dans un feus jllég'rique Jefts-Chrift 
élevé en croi:: pour la rédemption du genre 
humain. 

Les anciens interprètes de l'écriture fe 
lont fort attachés aux fcns allégoriques : on 
peut s'en convaincre en lifant Origene , 
Clément d'Alexandrie , &c. mais ces allé- 
gories ne font pas toujours des preuves 
concluantes, à moins qu'elles ne foient in- 
diquées dans l'écriture même , ou fondées 
fur le concert unanime des pères. 

Le fens allégorique proprement dit , efl 
un fens rnyjîique qui regarde Téglife & les 
matières de religion. 1 el eil ce point de 
doctrine que faint Paul explique dans fon 
épître aux Galates : Abialiam duos filios ha- 
buit, uiium de anciltâ , 6' unu/n de liberd : 
fed qui de ancillâ , fccur,diini carnem natus 
efli qui autem di libéra^ perrepromijjionem : 
qu.'e funt psr AlleOORIAM d:da. Voilà 
l'allégorie ; en voici le fens , & l'applica- 
tion à l'égiife & à fes enfans : Haç enim 
funt duo teji.imenta ,• wium quidem in monte 
Sina , i:i ferpituttin generans ; qu.e eft 

yig-ir Ill.i autem qu^v furfum eft Je- 

rufaleiu libéra eft , qUiX eft mater noflra 

Nos autem fratres , fecundiim Ifaac promif- 

ftonis filii fumus Non fumus ancilLv 

f.lii , fed liberx j qu.i libertate Cliriftus nos 
liberai'it. Galat. cap. il' y verf, Z3 , 24, 25 , 
26, 2y, 31.(6'.) .... 

* ALLEGÏL\NLA, {Géogr.) petite ille 
d'Afrifiuc , l'une des Canaries , au nord de 



A L L 

la Gracieufe , au nord-oueft de Rocca , & 
au nord-eft de Sainte-Claire. 

* ALLEGRE ou ALEGRE , ville de 
France en Auvergne , généralité de Riom, 
éleftion de Brioude , au pié d'une mon- 
tagne au-dellus de laquelle il y a un grand 
lac. Long. 21 , 22 ; lut. 4.5 , 10. 

ALLEGRO , terme de Mufique. Ce mot 
écrit à la téce d'un air, défigne, du lent 
au vite , le croifieme des quatre principaux 
degrés de mouvement établis dans la mu- 
ilcjue italienne. Allegro eft un adjedif 
italien qui lignifie g-a/; & c'eftauffil'expref- 
fion d'un mouvement gai & animé , le 
plus vif de tous après le prefto. Voye:^ 
Mouvement. 

Le diminutif allegretto indique une gaieté 
plus modérée, un peu moins de vivacité 
dans la mefure. (S.) 

ALLELUIA ou ALLELUIAH , ou 
HALLELUIAH , expreffion de joie que 
l'on chante ou que l'on récite dans l'égiife 
à la fin de certaines parties de l'office divin. 
Ce mot eft hébreu , ou plutôt compofé 
de deux mots hébreux ; l'avoir , i^bn , hal- 
lehi , & il? , Ja^ qui eft une abréviation du 
nom de Dieu nin'' , Jehova , qui tous deux 
fignilient laudate Dominum / en forte 
qu'en notre langue , alléluia, veut dire 
proprement loue: le Seigneur. 

S. Jérôme prétend que le dernier mot 
dont eft compofé alléluia , n'eft point une 
abréviation du nom de Dieu, mais un de 
l'es noms ineffables ; ce qu'il prouve pat 
divers paiîàges de l'écriture , où à la place 
de laudate Dominum , comme nous liions 
dans la veriion latine , les Hébreux lifent 
alléluia ; remarque qui n'infirme pas le fens 
que nous avons donné à ce mot. 

Le mém.e père eft le premier qui ait in- 
troduit le mot alléluia dans le fervice de 
l'égiife : pendant long-temps on ne l'em- 
ployoit qu'une feule fois l'année dans l'é- 
giife latine; l'avoir, le jour de Pâques: 
mais il étoit plus en ufage dans l'égiife 
grecque , où on le chantoit dans la pompe 
funèbre des faints, comme S. Jérôme le 
témoigne expreffément en parlant de celle 
de fainte Fabiole : cette coutume s'eft 
confervée dans cette églife , où l'on chan- 
te même Y.dlchiia quelquefois pendant le 
earême. 

Saint 



AL L 

Saint Grégoire le grand ordonna qu'on le 
chanteroit de méine toute l'année dans Vé- 
glife latine ; ce qui donna lieu à quelques 
perfonnes de lui reprocher qu'il étoit trop 
attaché aux rits des Grecs , & qu'il intro- 
duifoit dans IV-glife de Rome les cérémo- 
nies de celle de Conftantinople : mais il 
répondit que tel avoit été autrefois l'ufage 
â Rome , même lorfque le pape Damafe , 
qui mourut en 384, introduifit la coutume 
de chanter YalkLuia dans tous les offices 
de l'année. Ce décret de Saint Grégoire fut 
tellement reçu dans toute l'églife d'Occi- 
dent , qu'on y chantoic \ alléluia même 
dans l'office des morts , comme l'a remar- 
qué Baronius dans la defcription qu'il fait 
de l'enterrement de fainte Radegonde. On 
voit encore dans la meflè Mofarabique , 
attribuée à S. Ifidore de Séville , cet in- 
troït de la mefTe des défunts : Tu es portio 
rma , Domine , alléluia , in terra pii'entium, 
alléluia. 

Dans la fuite l'églife Romaine fupprima 
le chant de Valleluia dans l'office & dans 
la mellè des morts , auffi-bien que depuis 
la feptuagéiime jufqu'au graduel de la 
mefTe du famedi-faint , & elle y fubfti- 
tua ces paroles : laus tibi , Domine , rex 
ccternce gloriœ ; comme on le pratique en- 
core aujourd'hui. Et le quatrième concile 
de Tolède , dans l'onzième de les canons , 
en fit une loi exprefle , qui a été adoptée 
par les autres églifes d'Occident. 

S. Auguftin , dans fon épître iig ad Ja- 
nuar. remarque qu'on ne chantoit l'alléluia 
que le jour de pâques & les cinquante jours 
fuivans , en figne de joie de la réfurrecl^ion 
de Jefns-Chrift : Se Sozomene dit que dans 
l'églife de Rome on ne le chantoit que le 
jour de pàques. Baronius, & le cardinal 
Bona , fe font déchaînés contre cet hifto- 
rien , pour avoir avancé ce fait : mais M. 
de Valois , dans fes notes fur cet auteur , 
montre qu'il n'avoit fait que rapporter l'u- 
fage de fon fiecle. Dans la mefTe Mofa- 
rabique on le chantoit après l'évangile , 
mais non pas en tout temps ; au lieu que 
dans les autres églifes on le chantoit , com- 
me on le fait encore , entre l'épître & l'é- 
vangile, c'eft-à-dire , au graduel. Sidoine 
Appollinaire remarque que les forçats ou 
rameurs chantoient à haute voix Valleluia 
Tom.e II. 



A L L 1^9 

comme un lignai pour s'exciter & s'encou- 
rager à leur manœuvre , 

Curvorum hinc chorus helciariorum 
Refponfamibus Allel u ia ripis. 
Ad Clirijlum levât amnicum celeufma. : 
Sic ,Jic pfdllite , nauta vel viator, 

C'étoit en effet la coutume des premiers 
chrétiens de fanâifier leur travail par 
le chant des hymnes & des pfeaumes. 
Bingham, orig. eccléfiaft. tom. Vl^lib.XIV^ 
c.xj,%.^.{G) 

Alléluia, f. m. {Hifl.nat.) en latin 
oxis , herbe à fleur d'une feule feuille en 
forme de cloche , ouverte & découpée. Il 
fort du calice un piftil qui efl attaché au 
fond de la fleur comme un clou , & qui 
devient dans la fuite un fruit membra- 
neux , oblong , & divifé le plus fouvenc 
en cinq loges qui s'ouvrent chacune en 
dehors par une fente qui s'étend depuis la 
bafe du fruit jufqu'à la pointe. Chaque 
loge contient quelques femences envelop- 
pées chacune d'une membrane élaftique , 
qui la poufl'e ordinairement aflèz loin lorf- 
qu'elle eft mûre. Tournefort. Injî. rei herb. 
Voye\ Plante. (/) 

AlleLU IX^^Jardin.) oxytriphillon.Cette 
plante ne graine point , & ne fe multiplie 
que par de grandes traînafTes ou rejetons 
qui fortent de fon pié , de même qu'il en 
fort des violettes & des marguerites. On 
replante ces rejetons en mars & avril , & 
on leur donne un peu d'eau. Cette plante 
croît naturellement dans les bois , & aime 
l'ombre. {K) 

l'Alleluia , ( Médecine. ) eft d'une 
odeur agréable , & d'un goût aigrelet : il 
eft bon pour délaltérer , pour calmer les 
ardeurs de la fièvre , pour rafraîchir, pour 
purifier les humeurs : il fortifie le cœur , 
réfifte aux venins. On s'en fert en dé- 
coflion , ou bien on en fait bcire le fuc 
dépuré. 

§ ALLEMAGNE , ( Ge'ogr. Hifloire. ) 
Cette région de l'Europe fut connue dans 
les premiers temps, fous le nom de Germa- 
nie. (Voyez Germanie.) Ellerenformoit 
alors le Danemarck , la Norwege & la Sué- 
de, jufqu'au golfe Botnique. Elle a aujour- 
d'hui moins d'étendue du côté du nord. 
L'Océan , la mer Baltique , & tout ce que 



ï7o ALL 

\cs2Lnc'ier\s!ipfe\\o'isntCherfone\eciml>ngue, 
la bornent au feptentrion ; la Hongrie & la 
Pologne à l'orient ; l'Italie & la Suifié au mi- 
di ; la France & les Pays - Bas à l'occident. 
Les pertes qu'elle a efTuyées du côte du fep- 
tentrion ont été réparées du côté du midi , 
où elle a reculé fes frontières jufqu'à la Dal- 
matie & l'Italie , & même au-delà du Da- 
nube : elle a encore pris des accroiflèmens 
du côté de l'occident , par l'acquificion des 
pays qui compofoient une partie de la Gau- 
le Belgique. 

Les traits & le fond du caradere des 
anciens Germains fe font perpétués dans 
leurs defcendans. La candeur , le courage 
& l'amour de la liberté font chez eux des 
vertus héréditaires qui n'ont point éprouvé 
d'altération. Les Allemands, comme leurs 
ancêtres , font robuftes, grands & bien con- 
formés. Tous femblent nés pour la guerre ; 
leurs exercices, leurs jeux , & fur-tout leur 
n-.ufique, maniieftenc Icuts inclinations bel- 
liqueufes. Ce peuple de i'oldars , quoique 
fier & jaloux de fes privilèges fe foumet 
fans murmure à l'auftérité de la difcipline 
militaire; & quoique le commandement y 
foit dur , l'obéiffance y eiî fans réplique. 
Leur efprit inventeur à étendu les limites 
des arts utiles ; & leur dédain pour les arts 
agréables leur en a fait abandonner la culture 
à leurs vcitins. La chimère de la nailfance 
eil un mérite d'opinion qui ouvre en Alie- 
;,7a^/2e le chemin à la fortune & aux honneurs. 
Les comtes , les barons fe regardent com.me 
des intelligences fublimes & privilégiées. 
Leur vanité leur fait croire que la nature n'a 
employé qu'une fale argile pour for. ner le vul- 
gaire des hommes, & qu'elle a réiervé le li- 
mon le plus précieux pour compoler ceux de 
leur efpece. Ce préjugé ell fortifié par les 
prérogatives attachées à la naiflancc : ce 
n'elt qu'à la faveur d'une longue fuite d'.iïeux 
qu'on peut prétendre aux dignités de l'éj^lile, 
dont les richeli'es entretiennent la fplendeur 
des familles. 

La conftitution aftuelle de V Allemagne 
efi à- peu-près !a même que dans fon origme. 
C'eft un relie de ces confédérations formées 
par pluiieirrs tribus pour afîurer l'indépen- 
dance commune contre les mvalions étran- 
gères. Cette région étoit autrelois habitée par 
.âifférens peuples , qui avoient une identité 



ALL 

I d'origine , de langage & de mœurs , & dont 
; chacun avoir un gouvernement particulier 
j indépendant des autres. Le pouvoir des rois 
étoit limité par la loi, &: les intérêts publics 
étoient difcurés d..ns les afFemblées natio- 
nales. Les Germains , toujours armés , & 
I toujours prêts à combattre éc à mourir pour 
I conferver leur indépendance & leurs poflef- 
fions , furent fouvent attaqués, quelquefois 
vaincus , & jamais fubjugués. C'ell le feui 
peuple de la terre qui n'ait point obéi à des 
maîtres étrangers. Les Romains y firent quel- 
ques conquêtes , mais leur domination y fut 
toujours chancelante, 6c jamais ils ne comp- 
tèrent la Germanie au nombre de leurs pro- 
vinces. Il eft vrai que les diiFérentes républi- 
ques ne connurent pas toujours aflez le prix 
de leur confédération, ôcque, fouvent divi- 
fJes d'intérêts ou de huinesperfonnelles, elles 
s'affoiblirent par des guerres domeftiques , 
au lieu de réunir leurs forces contre leurs 
opprelTenrs. Elles enflent été invincibles , il 
elles avoient eu autant de politique que de 
courage. 

Quoique V Allemagne eût été dans tous les 
temps le théâtre de la guerre, elle a toujours 
étéfurchargée d'habitans. Son excellive po- 
pulation la laie appeller la pépinière des hom- 
mes. C'eft un privilège dont elle eft redeva- 
ble à la falubrité de l'air qui entretient la 
vigueur du corps, & à la fertilité de fon fol 
qui fournit des fubfiftances frçiles au cultiva- 
teur. Les rivières , dont ce pays ell arrofé , 
favoriltnt fa fécondité naturelle & fes rela- 
tions commerçantes. Des bains d'eaux miné- 
rales , chaudes , &; tempérées , ofFreac des 
reliourcespuifTantes contre les maux qui af- 
fligent 1 humanité. Quoique le climat &: le 
fol ne foient pas favorables à la culture delà 
vigne, on recueille fur les brods du Neckre 
6: du Rhin da vins fort eftimés. Les bords 
de la mer , beaucoup plus iroids , ne con- 
nciflènt pas cette richefTe , mais on y fait d'a- 
bondantes moiflôns de bled, & l'on y nour- 
rit des troupeaux nombreux duiis de gras pâ- 
turages. 

Les Francs que l'on regarde comme ori- 
ginaires de la Germanie , furent les premiers 
qui en changèrent la confHtution. Après 
avoir été les conquérans des Gaules , il: re- 
payèrent la Rhin , & fe rendirent les maîtres 
de tout lepaysrenfej:méentre.l.e.D.inubâ.&. 



A L L 

le Mein. Charlemagne étendit plus loin fes 
conquêtes ; &: après avoir fubjiisué la Saxe 
& la Bavière, il porta fes armes vittorieufes 
jufques dans les provinces voifines de la Po- 
logne & de la mer Baltique. IJ Allemagne , 
fous ce prince conquérant &: fous le règne de 
fon fils , ne fut pour ainfi dire qu'une pro- 
vince de France , dont elle fut détachée par 
le partage imprudent que les fils de Louis le 
débonnaire fuenrde fon riche héritage. Elle 
échut à Louis II à titre de royaume ; & fes 
defcendans la pofléderent depuis 340 jufqu'à 
911, que Louis l'enfant mourut fanslaiflerde 
poftérité. A\orû' Allemagne ïntXQndiMQ élec- 
tive ; & , féparée de la France , elle forma 
un gouvernement particulier , fous le nom 
iiempire romain , titre ftérile, qui , loin de 
contribuer à fa fplendeur , l'a inondé d'un 
déluge de calamités renaiffantes. 

Le chef du corps germanique prend le 
titre d'empereur des Romains , fans pofTé- 
der l'héritage des anciens maîtres du monde. 
L'origine de cet ufage fe découvre dans la 
foibledb des peuples d'Italie opprimés par des 
barbares , & fur-tout dans l'ambition des 
papes qui , voulant fe foullraire à la domi- 
nation des Goths , des Lombards & des 
Grecs, choifirent Charlemagne pour protec- 
teur: ils lui déférèrent un titre qu'ils n^'avoient 
jjoint droit de lui donner ; mais ils ne purent 
faire pafî'er fous fa domination les peuples 
qui obéillbient à des maîtres étrangers. La 
ma) elle de ce prince fut révérée dans Rome, 
il y fut reconnu empereur , exerça tous les 
acles de fouveraineté : il confervaiesmagif- 
trars & la conllitution , non pas qu'il n'eût 
le droit de les changer , mais par une fuite 
de fa politique, pour ménager de nouveaux 
fujets , & les attacher à fa domination. 

Les Roma:'ns fe lafferent bientôt d'avoir 
pour protedeurs&pour maîtres, des princes 
affez puiifans pour être impunément leurs 
tyrans. Les papes , ambitieux d'envahir le 
pouvoir fuprcme , fomentèrent en fecret le 
mécontentement du peuple , qui commença 
à rougir d'étieaUerviàdes fou verains étran- 
gers; &: dès qu'ils i'urent appuyés de la mul- 
titude , ilsahuferent des foudres de l'églife 
contre tous ceux qui refuferent de ployer fous 
leur Gefpotifme. Les rois à'Aliemag'ie,kqm 
le titre d'empereur des 'Romains ne fufcitoit 
cpe desgueries,fcdélllterentfucceffivement 



A L L 171 

de leurs droits , & abandonnèrent le fiege de 
Rome aux papes qui , pendant plulieurs i;e- 
cles bouleverferent l'Europe pour s'y confer- 
ver. Mais en renonçant à la réalité du pou- 
voir ) ils continuèrent à fe parer d'un titre 
vain & pompeux ; & à leur élcdion, on les 
fait encore jurer qu'ils feront les défenfeurs 
de l'empire, mot qui n'offre aucune idée, & 
n'impofe aucune obligation , puifqu'il ne 
refte aucun veftige de cet empire. Ils ont 
même aboli l'ufaged'allerfe faire couronner 
à Rome , ufage qui coûta tant de fang à l'Eu- 
rope ; & les princes éledeuis n'exigent point 
raccompUifement de leur ferment : les dé- 
penfes de cette cérémonie épuifoientl'^/Ze- 
inagne , & enrichiffoient l'Italie. 

]u Allemagne , comme dans les premiers 
temps, ell encore gouvernée par différens 
fouverains , dont l'empereur eft le chef , 
mais dont le pouvoir eft reftreint par celui 
des états de l'empire, qui font compofés des 
princes, dont les uns fonteccléliafliques, & 
les autres féculiers. Cette dignité , depuis 
Charlemagne , a toujours été éledive. Quoi- 
que toute la nation fût convoquée pour don- 
ner fa voix, il eft confiant qu'il n'y eutpref- 
que jamais que les princes , les évêques & la 
noblefîè , qui donnèrent leur fuffrage. Le 
nombre des éledeurs eft aujourd'hui reftreint 
à neuf, donttroisfonteccléfiaftiques; favoir, 
les archevêques de Mayence , de Trêves & 
de Cologne. Les fix autres font le roi de 
Bohême , le roi de PrufTe , les ducs de Ba- 
vière , de Saxe & de Hanovre , & le comte 
Palatin du Rhin. On ne peut fixer le temps 
où CCS princes fe font appropriés ce privilège 
exclufif: la plupart des droits ne font que 
d'anciens ufages. L'opinion la plus générale 
en fixe l'époque à Othon III. Il eft probable 
que les premiers officiers de l'empire , qui te- 
noient dans leurs mains tout le pouvoir , s'ar- 
rogèrent le droit d'éledion. La bulle d'or les 
confirma dans une ufurpation , dont on ne 
pouvoit les dépouiller. Le chef de tant de 
fouverains eft fort limité dans rcxercice du 
pouvoirfupréme:ilnepeut rien décider fans 
le concours des princes ; & dès qu'il eft élu, 
il confirme par fes lettres & par fon fceau , 
les droits & les privilèges des princes , de la 
nobleft'e & des villes. 

L'empereur & les éleâeurs font les feuls 
princes qui foient véritablement fouverains, 
Y 2 



l'ji A L L 

parce qu'ils font afTez puiflans pour faire ref- 
pefter leurs privilèges & la foi des traités. La 

couronne impériale , après avoir ceint le 
front des princes de Saxe , de Suabe , de Ba- 
vière & de Franccnie , ^c. pafla fur la tête 
du Comte de Habsbourg , tige de la maifon 
d'Autriche, dont les defcendansont étendu 
leur domination dans les plus belles provin- 
ces de l'Europe, plutôt par une politique fage 
& fuivie que par la force & l'éclat des armes. 
L'extindion de cette augufte maifon en a 
fait paflbr l'héritage dans celle de Lorraine, 
qui , à ce que quelques-uns ont prétendu , 
avoit une commune origine avec elle. 

La maifon des Comtes Palatin du Rhin fe 
glorifie de la plus haute antiquité. Sa domi- 
nation s'étend depuis les Alpes jufqu'à la 
Mofelle ; elle eft divifée en deux branches 
principales , dont l'une , qui defcend de Ro- 
dolphe, a pour chef l'élefteur Palatin; l'autre, 
qui defcenddeGuillaume,pofledela Bavière. 
La branche Palatine des Deux-Ponts a donné 
des rois à la Suéde, &desfouverainsillu{lres 
à plufieurspays de V Allemagne. On peut dire 
à la gloire de cette maifon, qui polfede au- 
jourd'hui deux éledorats , qu'elle a été dans 
tous les temps féconde en grands hommes. 
La maifon de Saxe , qu'on voit briller 
dans le berceau de V Allemagne , paroît aufïï 
grande dans fon origine, qu'elle l'eft aujour- 
d'hui. La Thuringe, la Mifnie, la haute & 
baflè Luface qu'elle poflède, font fituces au 
milieu de Y Allemagne. Elle eil divifée en 
deux branches qui en forment plufieurs 
autres. L'Erneftine , qui eft l'ainée , a été 
dépouillée de l'éleâorat qui a paflé dans 
La branche Albertine. Si les pofTeflions de 
cette maifon étoient réunies fur une feule 
tête , elles formeroient une puiflànce redou- 
table : les princes de Gottha , de Veimar , 
Hildburghaufen, d'c. n'ont plus que l'ombre 
du pouvoir dont leurs ancêtres avoient la 
réalité. 

La maifon éledorale de Brandebourg eft 
parvenue au dernier période de la grandeur, 
l'ous un roi philofophe &: conquérant : fes 
pofteftions s'étendent au-delà de \ Allemagne, 
oîiil eft maître delaPoméranie ultérieure, de 
la Manche, de la Prufte, du Brandebourg, de 
la Prufte érigée en royaume , de Cleves , de 
la plus grande partie de la Siléfie", des éve- 
illés d'Halberftid, de Minden, de Bamin, 



A L L 

& de l'archevêché de Magdebourg. Cet état 
confidérable par fon étendue, prend chaque 
jour de nouveaux accroiflemens par fa popu- 
lation , dont les progrès font favorifés par la 
fertilité du fol , & par lesencouragemens du 
gouvernement. 

L'éleâorat eft pafte dans la maifon de 
Brunfvic-Hanovre , qui a aufti la gloire 
d'occuper le trône d'Angleterre. Les poflèf- 
fionsde cette maifon, quoique divifées, lui 
donnent un rang confidérable parmi les prin- 
ces fouverains de V Allemagne. L'éledorac 
de Bohême eft tombé dans la maifon d'Au- 
triche: les éledeurseccléfîaftiques font chan- 
celiers de l'empire. Celui de Mayence doit 
exercer cette dignité en.^//f/72ii^/7f;celuide- 
Trêves, dans la Gaule & dans la province .^. 
d'Arles, à laquelle les Allemands confervent 
toujours le titre de royaume ; celui de Colo- 
gne dans l'Italie. On peut juger par ce par- 
tage que leurs fondions font trop imiples 
pour être pénibles: il n'y a que le premier à 
qui fon titre impofe des obligations réelles. 
Chaque éledeur eft haut officier de l'em- 
pire. Le duc de Bavière prend le titre de 
grand-maître : c'eft lui qui, dans la folemi.ita 
du couronnement, porte la couronne d'or. 
L'éledeur de Saxe , en fa qualité de grand 
maréchal , porte l'épée. Celui de Brande- 
bourg , comme grand chambellan , porte le 
fceptre. Le Palatin , comme grand tréforier, 
diftribue au peuple les pièces d'or dont l'em- 
pereur a coutume de faire des largefles après 
fon couronnement. Enfin chaque éledeur a 
fa fondion , qu'il fait exercer par des vicai- 
res , fur-tout depuis que plufieurs d'entr'eux, 
revêtus du titre de rois, croiroient fe dégra- 
der , en defcendant à des devoirs qu'on n'exi- 
ge que d'un fujet. Lorfque l'empire eft va- 
cant , & qu'il n'y a point de roi des Romains , 
l'éledeur de Saxe & le Palatin font les vicai- 
res de l'empire. 

L'^//^/wi2g-/2faplufieursfortes de fouverains 
qui, avec une égalité de prérogatives, font 
diftingués par la différence des noms. Les 
landgraviats qui, dans leur origine, n'etoient 
que des comm.iftions , devinrent héréditai- 
res. La iurifdidion de ces landgraves s'éten- 
doit fur une province ; c'eft pourquoi on les 
^■pçiûloit juges onccmtesproi'inciaux.hcswns 
relevoient immédiatement de l'empereur , 
dcntilsrscevoientrinveiliture de leur di- 



A L L 

gnité , & les autres relevoient des évêques & 
des feigneurs , à qui ils t'toient obligés de 
rendre hommage comme à leurs fouverains. 
Leur grandeur aftuelle fait mcconnoître leur 
origine. Les margraves ou marquis com- 
mandoient fur la frontière. La jurifdidion 
du Burgrave étoit bornée dans une ville. 
Quoique la prérogative d'élire un chef de 
l'empire , foit annexée exclufivement à cer- 
taines maifons , il y a plufieurs fouverains 
qui marchent leurs égaux. Les princes de 
Helfe-Caflel , maîtres d'un pays étendu &: 
fertile , font rechercher leur alliance par 
leurs voifins. Ceux de Holftein portedent 
prefque toute cette péninfule , connue au- 
trefois fous le nom de Cherfone\e cimbrique. 
Le duc de Virtemberg poilede une partie de 
la Suabe. Les états du duc de Meckelbourg 
font renfermés entre la mer Baltique & 
l'Elbe, & ceux du marquis de Bade s'éten- 
dent le long du Rhin. 

Pluf.eui-s autres princes font véritablement 
fouverains ; mais leur puiflànce bornée les 
met en effet dans la dépendance de leurs 
voifins plus puiffans : tels font fur-tout les 
princes eccléfialliques. Comme leur dignité 
n'eft pas héréditaire, elle leur donne moins 
de confidération : ils ne font fouverains , 
qu'autant qu'ils fe tiennent enfermés dans le 
cercle de leurs états. 

Le chef du corps Germanique prend le 
titre A^ empereur ; & comme il n'y a point de 
revenus attachés à cette fupréme dignité , on 
a foin de n'élire qu'un prince aflbz riche & 
affez puifTant , pour en foutenir l'éclat. Ce 
roi des rois n'a pas une ville à lui : les titres 
de toujours augujie , de Cefar, de majtjle 
facre'e , ne lui donnent point le droit de pro- 
noncer fouverainement fur les affaires de la 
paix & de la guerre. L'établidement des 
impôts , & toutes les branches de l'adminif- 
tration dépendent des afTemblJes générales , 
qu'on appelle diètes. Tout ce qu'on y décide , 
ne peut avoir force de loi , s'il n'a le fceau 
de l'empereur. 

Les états de l'empire font compofés de trois 
corps ou collèges, dont le premier elt celui 
des éledeurs ; le fccond celui des princes ; le 
troifieme efl: celui des villes impériales. Les 
tiédeurs & les princes font véritablement 
fouverains dans leurs états", il eft des cas où 
on peut appelle! de leurs jugemens à la cham- 



A L L 173 

bre impériale de Spire, ou au confeil aulique, 
qui fe tient dans la réiidence de l'empereur: 
c'efl là que fe décident les affaires de la no- 
bleffe. Le collège des princes eft encore com- 
pofé d'évéques & d'abbés qui forment une 
clafl'e particulière. Quoiqu'ils ne doivent leur 
élévation qu'aux fuifrages de leur chapitre , 
ils ont la préféance fur les princes féculiers, 
dans les diètes & les cérémonies publiques. 
L'étendue de leurs poffeftions, & leurs im- 
menfes revenus leur fourniflent les moyens 
de tenir une cour , dont la m.agnificence 
éclipfe celle de la plupart des autres princes. 
Il eft vrai que, depuis rétabliftement de la 
religion proteftante , plufieurs font déchus 
de cet état d'opulence \ les archevêques de 
Mayence,de Trêves, de Cologne, n'ont point 
été enveloppés dans cette révolution. Leurs 
richcflbs & leurspriviléges leur donnent une 
place diftinguée parmi les autres fouverainç. 
L"archevéque de Saitzbourg tient le fécond 
rang après eux. Les princes évcques font ceux" 
de Bamberg , Mirzbourg , Spire , Worms , 
Conftance, Àusbourg, Hildesheim, Pader- 
born , Freifingen , Ratisbonne , Trente , 
Brixen , Bâle , Liège , Ofnabruk, Munfter & 
Coire , ùc. &: quelques-uns de ces évéques 
occupent plufieurs litges dont les revenus 
donnent un nouvel éclat à leur dignité , dont 
rarement ils rempliftbnt les obligations re'i- 
gieufes; le luxedcleursmccurseil bien éloi- 
gné de la fimplicité évangtlique. Le grand 
maître de l'ordre Teutonique tient lepremier 
rang dans la clafTe des évéques. Les abbés 
qui ont le titre de princes, font ceux de 
Fulde , de Kempten , de Prum , d'Elvan , 
de Viffembourg , Ê'f. Le grand prieur de 
Malte prend place parmi eux : le titre de 
comie &: bj.ron donne autant de confidéra- 
tion dans ces diètes, que celui Ac prince. Au 
refte cette conlidération eft toujours propor- 
tionnée à l'étendue de leurs états. 

Plufieurs villes qui ont confervé leur inde'- 
pendance, forment chacune des efpeces de 
républiques, & figurent avec éclat au milieu 
d'un peuple de fouverains. On compte cin- 
quantâ-une de ces villes , qu'on nomme im- 
périales , parce qu'elles ne dépendent que de 
l'empereur. Le traité de Munfler leur donne 
voix délibérative , & toutes enfemble ont 
deux voix dans les diètes : l'état floriffant de 
ces villes eft une nouvelle preuve que l'abon-- 



174 A L L 

dance eft un fruit certain de la liberté. On y 
voit germer les richeires , & les befoins y 
font ignore's. Les plus confîdérables font 
Hambourg, Lubec & Brème dans la baflè- 
Saxe ; Ratisbonne dans le cercle de Bavière ; 
Nuremberg & Altorf dans la Franconie ; 
Ausbourg , Ulm , Hailoron dans la Suate ; 
Cologne , Aix-la-Chapelle dans la Wellpha- 
lie ; Francfort , Spire , Worms , dans le 
cercle du haut - Rhin. Toutes ces villes 
offrent le fpec^acle de l'opulence. 

Ileft une autre efpece de villes qui forment 
une puiflànce fJdérative pour les intérêts de 
leur commerce : on les appelle anfe'atiques , 
qui font Cologne dans le cercle de Welt^ha- 
lie; Hambourg, Lubec, Brème & Roftoch , 
dans le cercle de la bafî'e-Saxe ; & Dantzic 
dans la Prufle Polonoife : ces villes font des 
efpeces de républiques qui , fous la proteclion 
de l'empire , fe gouvernent par leurs propres 
loix, & n'obéiflent qu'à leurs magiftrats. 

h''Alle;nagm fut divifée en diiFérens cer- 
cles, ou grandes provinces, l'an 1439, dans 
la diète de Nuremberg. Chaque cercle ren- 
ferme plufieurs états dont les fouverains s'af- 
lemblent pour régler leurs intérêts communs. 
Quatre de ces cercles font au midi de la haute 
Allemagne ; favoir , ceux d'Autriche , de 
Bourgogne, de Bavière & de Suabe. Les 
cinq autres font la Weftphalie , la haute & 
bafîe-Saxe , le haut & le bas-Rhin. Le cer- 
cle de Bourgogne ne fubfiite plus depuis que 
les pays d'où il tiroit fon nom ont palfé foas 
une autre domination. 

Le cercle d'Autriche renferme l'archidu- 
ché de ce nom, les duchés de Stirie^ Carin- 
thie & de Curnioie , le comité de Tirol & la 
Suabe Autrichienne ; l'archiduché eft un 
pays fertile en vins , en grains & en pâtura- 
ges ; fes anciens marquis étoient chargés de 
défendre la frontière contre les invahonsdes 
Huns ou Avares. Ce pays faifoit partie des 
provinces romaines de Norique & Pannonie. 
La Scirie eft un pays montagneux qui nourrit 
beaucoup de bétail; fon nom ail, mand fig- 
niiîe bœuf. Sa principale richefte confilte 
dans fes mines de fer. Le duché de Carinthie 
fournit les mêmes productions. Celui de Car- 
niole eft dominé par de hautes montagnes, &; 
le fol eft hérifte de rochers : on y trouve des 
mines de fer & d'argent. Le Tirol , quoique 
rempli de montagnes couvertes de neige , 



A L L 

eft confidérable par fa population , par fes 
minc'j de fer , d'argent & de mercure. 

Le cercle de Bavière , du temps des Ro- 
mains , faifoit partie de la Norique & de la 
Vindeiicie. Ce pays pauvre n'auroit befoin 
que d'habitans induftrieux & commerçans 
pour y voir naître l'abondance. La terre y 
produit d'abondantes moiftbns de bled. On 
y trouve des mines de fer, de cuivre, de 
vitriol & d'argent ; les falines y font d'un 
produit conlidérable. Six états font ren- 
fermés dans ce cercle , le duché & la pala- 
tinat de Bavière, le duché de Neubourg , 
l'archevêché de Saltzbourg , les évêchés de 
Freifmgen , de Ratisbonne & de Paflaw ; 
l'éledeur de Bavière, de la branche cadette 
de la maifon Palatine , ne pofledela dignité 
éleftorale que depuis i6zi. L'archevêque de 
Saltzbourg eft un fourerain riche & puiflkntl 
qui prend le titre de légat du S. Siège. Il a la' 
prérogative de nommer à plufieurs évêchés; 
le duché de Neubourg & la principauté de 
Sulback s'appelle aujourd'hui le noui'eau 
paldtiiiat , parce qu'il a pafté fous la domi- 
nation de l'éledeur palatin du Rhin. Les 
évêques de Freifingen , de Ratisbonne & 
de Paftaw font princes de l'empire. 

La Suabe , qui tire fon nom des Sueves 
fes anciens habitans , eil: célèbre par fes 
bains & fes fontaines faites ; ce cercle ren- 
ferme trente & une villes impériales , & un 
grand nombre de principautés eccléfiaftiques 
& féculieres , dont les plus confidérables 
font les duchés de Virtemberg, la princi- 
pauté &: le comté de Furftemberg , le mar- 
quifat de Bade , l'évêché d' Ausbourg & 
l'abbaye de Kempten ; les princes de Vir- 
temberg tiennent le prem.ier rang parmi les 
fouverains du cercle de Suabe. La princi- 
pauté ou comté de Furftemberg eft poftédée 
par les princes de ce nom, qui datent de la 
plus haute antiquité. Kempten n'eft conli- 
dérable que par les privilèges dont jouit fon 
abbé. Ausbourg , célèbre par fes ouvrages 
d'orfèvrerie, d'horlogerie & d'ivoire, donne 
le titre de fouverain à fes évêques. Ulm, 
fur le Danube, eft une vil te commerçante 



en 



toiles 



en lames 



;n lutaincs & en 



r'ines 



ouvrages de fer. C'eft la première des 
impériales de la Suabe. 

La Franconie , qui fut le berceau des con-» 
quérans des Gaules , dont elle conferva 



A L L 
encore le nom , ell riche par Tes bleds , fes 
pâturages & fes iVuits. Ce cercle , qui ren- 
terme cinq villes impériales , a pour direc- 
teur l'évêque de }3amberg , & l'un des deux 
marquis d'Atir;aca oC de Cuîembach , qui 
remplifîl'nt tour-à-cour cette fonûion ; mais 
l'évéquc jouit feul du droit de propofer les 
affaires, de recueillir Icsfuftrages &: de Gref- 
fer les conclurions Cet évêque, par un droit 
fondé uniquement fur fufage, a pour officiers 
héréditaires leséledeurs de Bohême,de Saxe, 
de Bavière & de Brandebourg , qui font 
remplir leur fonÛion par des fubalrcrnes; ils 
font trop grands pour s'en acquitter eux- 
mêmes. Il jjaroit furprenant que des princes 
auiTi puiflans n'aient pas aboli une coutume 
^ui femble déroger à leur dignité ; des mo- 
tifs d'intérêts ont perpétué cette bifarrerie. 
Ils ont grand foin de fe faire invertir de leurs 
offices par les évéques , pour jouir de plu- 
fieurs teries qui y font attachées ', l'éyeché 
de Virtzbourg eft d'un revenu conlidéra- 
b!e : loifque quelqu'un fe prtfer.te pour 
être reçu chanoine , il efl obligé de paflèr 
au milieu des ciianoines rangés en haie , 
qui le frappent légèrement fur le dos. Cette 
coutume eu un artifice pour éloigner des 
canonicats les princes de l'empiie qui refu- 
fentde fefoumettre à cette cérém.cnie. C'eft 
dans ce cercle que les princes de Saxe , de 
Gottha, de Cobourg, d'Hildburghaufen , 
ont leurs poflèilions. Le landgrave de Hedè- 
Caffel / pofIb;ie pli^fieurs principautés. Les 
marquifjts d'Anfpach & de Cuîembach ou 
de Ba.eith , qui appartiennent à des princes 
cadets de la maifon de Brandebourg , y 
font aulfi rsuferméb : le^ principaics viilts 
impériales font Nuremberg , où fe fait un 
grand commerce , & Francfort fur le Mein. 
Le cercle de la hau»^e-Saxe , comprend la 
Saxe , l'élcdorat de Brande'oourg & le du- 
ché de Poru.'ianie ; il n'y a que deux villes 
impériales enclavées dais la Thuringe. La 
S-ixe eft un pays fertile en bled 6c en pâtu- 
rage; on y trouve des mines de pltimb cl 
d argent, c'eil de-U qu'on tire la gaude , 
pLnte prjprc à la peinture. Les princes de 
Saxe d.jfceililent du mar.juis de Alifnie. lis 
ne Liofiédent ce duché que depuis l'an 14.ZI, 
& l'éieclo-at que iepuis l'an 1448. Perfonne 
ne leur contcf'e d'être une des plus ancien- 
nes maifons de lEuroge ; la branclie Aloer- 



A L L _ 175 

tine a prefqne tout englouti l'héritage de 
cette maifon. L'Erneftine a Tes principales 
pofilffions dans la Thuringe , unie à la Mif- 
nie en 1240. La principauté d'Anhalt eH 
poflédée par lesdefcendans des princes d'Af 
canie , qui, dans le douzième fiecle, figu- 
roient parmi les plus grands princes de l'Eu- 
rope. Ils pofféderent luccefTivemcntlc mar- 
quifat de Brandebourg, le duché de Saxe 
& plufieurs autres grandes principautés. La 
marche de Brandebourg a elTuyé de fré- 
quentes révolutions , &; a fouvent changé 
de maître. Elle efi enfin paflée tous la do- 
mination des defcendans de Frédéric marc- 
grave de Nuremberg , qui font maîtres de 
la PrufTe & de beaucoup de pays nui for- 
ment aujourd'hui le royaume de PrufTe , 
royaume puiflant & devenu redoutable à 
l'Europe par le génie de fes derniers rois. 
L'éleÛeur de Brandebourg , roi de Prufle , 
ne le cède qu'à la maiion d'Autriche par 
l'étendue de fes podeflions. La multitude 
de fes principautés lui donne rang & droit 
de fufTrage dans plufieurs cercles. C'efl ce 
qui établit fon crédit dans tout l'empire. 

Le cercle de la bafle-Saxe comprend les 
duchés de Meckelbourg , de Kolîîein , de 
Brunfvick, de Hanovre , les principautés 
d Hildeshein &: d'Haiberlîadt, avec le du- 
ché de Magdebourg. La maifon de Brunf- 
vick , part, gée en deux branches , la ducale 
& l'éleâorale , y a fon nlus riche p;iLri- 
moine. La principauté d'Haï berfiadt , qui 
éfoit un riche évèché , a pallé dans la maifou 
de Brandebourg, ainfi que l'archevêché île 
Magdebourg qui a été fécukrifé. Le duché 
de Meckelbourg e!î: un démembrement de 
l'ancien royaume des Vandales. Les princes 
de cette maifon font divifés en deux bran- 
ches, qui partagent le duché. Le HoHtein , 
qui dans fon origine n'étoit qu'un comté ^ 
fut érigé en duché en faveur àc Chrifliern , 
roi de Danemarck , dont les defcendans le 
parta.tent aujourd'hui. Lubec , vi'le libre 
&impéii/.!ej tient le premier rang parmi 
bs vill'.s anféatirues. L'évêché eli hérédi- 
t<;ire dans la msifbn d'Hoiflein. 

Le cercle de Weifphalie eft divifé en 
treize états principaux , l'cvéque de Liège 
Ci; i-tî le (ouveram , &: f:) qualité de prince 
de l'empire lui donne léance & droit de fuf- 
fra^e dans les diètes. Les duchés de Juliexs 



1/6 A L L 

& de Berg font devenus le patrimoine des 
éleâeurs palatins héritiers des ducs de Cle- 
ves. Le roi de Prufie poUede dans ce cercle , 
la Marck,Cleves & Ravenfperg, l'évêché de 
Meinden qui fut fécularifé en 164.8 , Emden 
& h principauté d'Ooftfrifï. Les comtés 
d'Oldenbourg & de Delmenhorft appartien- 
nent au roi de Danemarck. 

Le cercle du bas-Rhin efi: appelle cercle- 
élecicrat , parce qu'il renferme les trois élec- 
torats eccléfiaftiques & les palatinats du Rhin 
qu'il ne faut pas confondre avec le palatinat 
de Bavière ; & le cercle du haut-Rhin eft 
compofé des évéchés de Worms, de Spire 
& de Baie , des duchés des Deux-Ponts & 
de Simmeren , des landgraviats de HefTe & 
de Darmftadt ; du comté de Nafiau , de la 
principauté de Naflau. 

Les difputes fur la religion ont excité de 
fréquentes révolutions dans V Allemagne. 
C'ert le fer à la main qu'on y a prétendu dé- 
cider les queftions théologiques. La religion 
catholique eft profedée dans tous les pays de 
la domination Autrichienne , dans les états 
des éleâeurs & des princes eccléliaftiques, 
& dans le cercle de Bavière. Le lutheranif- 
me domine dans les cercles de la haute &: 
bafTe-Saxe , de la Weftphalie, de la Franco- 
nie, de la Suabe, & dans les villes impé- 
riales. Le calvinifme ell fuivi dans les états 
de l'éledeur de Brandebourg, du landgrave 
de Hefle-Caflel & de plufieurs autres pro- 
vinces. Les fureurs foi-difantreligicufes font 
éteintes. Les catholiques , en plaignant l'a- 
veuglement des proteftans , vivent en p.;ix 
avec eux ; & quelquefois le même temple 
fert à des cultes ditférens. 

Le corps germanique eft compofé de pie- 
ces de rapport qui doivent en affoibiir la 
conftitution par la difficulté d'en entretenir 
l'harmonie. Il feroit difficile de décider 
quelle eft fa conftitution politique , tant elle 
varie dans les différans états qui le compo- 
fent. Ici la puiftance fouveraine eft liérédi- 
taire, là elle eft élodive. Dans certains états 
le pouvoir du prince eft abfolu , dans d'au- 
tres il eft limité par des capitulations &: par 
la loi. Les villes libres ont un fénat compofé 
des principaux citoyens, & l'éleûion en eft 
confiée aux fénateurs mêmes. Le gouverne- 
ment eft ariftocratique ; dans d'autres ce 
font les tribus qui élifent les fénateurs qui 



A L L 

peuvent abfoudre ou flétrir de leurs cenfuresî 
C'eft une véritable démocratie. 

Le gouvernement ne peut y être regardé 
comme ariftocratique. Lin pareil gouverne- 
ment fuppofe un fénat fixe & permanent , 
dont l'autorité fouveraine délibère fans op- 
pofition fur tout ce qui concerne la républi- 
que, & qui confie à des officiers fubalternes 
& à des magiftrats l'exécution de fes ordres 
& de fes délibérations. La chambre de Spire 
& le confeil aulique , ne font qu'une image 
imparfaite de ce fénat fouverain : on n'y 
porte que les affaires par appel ; ainlli ce tri- 
bunal refteroit fans fonâion fi les parties 
jugées étoient fatisfaites du premier arrêt. 
Les diètes ne doivent point être regardées 
comme un fénat permanent & abfolu , quoi- 
que tout s'y décide à la pluralité des voix. 
L'Angleterre & la Suéde ont leurs parlemens 
où les affaires font réglées par les luffrages 
des députés des provinces, fans que le gou- 
vernement prenne le nom à^arijlocratigue. 
Les biens de chaque fénateur , dans l'arifto- 
cratie, dépendent abfolument des loix & 
du fénat qui peut en prendre une portion 
pour les befoins de l'état. En Allemagne tous 
les états enfemble n'ont point de droit fur 
les biens des particuliers. 

On a fouvent agité li r^&/77i:^/2^pouvoit 
être mife dans la clafte des monarchies. La 
queftion ne peut fe décider qu'en en diftin- 
gaant de deiix efpeces. Dans les unes le mo- 
nai-que eft abfolu, & dans les autres fon pou- 
voir eft limité parla loi. Il eft certain que l'e- 
xercice de lapuiffance impériale eft réglé par 
des capitulations , &: que l'empereur n'a pas 
plus de pouvoir fur les princes , qu'un canton 
Suiffe n'en a fur les autres. Les titres faftueux 
dont il fe pare font des fonsfans idée , des 
fantômes fans réalité. Les états en lui prêtant 
fermentde fidélité fe réfervent leur indépen- 
dance & leurs privilèges. Quelques jurifcon- 
fuites , ennemis de la puilîance impériale , 
ont avancé que celui qui en étoit revêtu n'é- 
toit qu'un magiftrat chargé de titres pom- 1 
peux & ftériles,&: que la fouveraineté rélîdoit » 
dans les états. Il faut convenir que dans I3 
capitulation que l'empereur jure d'obferver , 
les élefteurs luiprefcrivent ce qu'il doit faire, 
& qu'ils fe réfervent le droit de lui défobéir 
s'il viole fes engagemens. Cette capitulation 
prouve fimplement que fa puiftance n'eft pas 

abfolue , 



ALL 

abfolue , & qu'il efl des cas où la défobf-'if- 
fance ne peut être regardée comme crimi- 
nelle. Le chef de l'empire ne déroge point 
au droit de fouveraineté lorfqu'il s'engage à 
obferver les loix fondamentales, à deman- 
der le confeil des états dans les affaires pu- 
blicjues , à ne point changer les légiilations, 
à n'introduire aucune nouveauté dans le 
culte, à ne faire ni la paix ni la guerre fans 
leconfentement de la nation. C'eU en confé- 
quence de ces engagemens que les états de 
l'empire promettent de confacrer leur for- 
tune & leurs vies pour la caule commune. 

La puiifance impérale eft beaucoup moins 
étendue que dans les monarchies oià la puif- 
fance du monarque efl reftreinte par la loi. 
Dans celles-ci les premiers de l'état lui doi- 
vent compte de leurs aftions , & il ne peut 
être cité à aucun tribunal , il levé des tributs 
& des armées , & par la raifon ou fous le 
prétexte du bien public , il peut foumettre la 
fortune de fes fujets à fes volontés pour fou- 
tenir des guerres julles ou d'ambition. L'em- 
pereurd'y4//ewa^/2e ne jouit point de ces pri- 
vilèges. Ses intérêts font abfclument diftin- 
giiés de ceux des états. Les princes qui com- 
pofent le corps germanique , font des allian- 
ces avec les autres puifî'ances, fans fa partici- 
pation; & lorfqu'ils fe croient léfés, ils lui dé- 
clarent la guerre. Il y a encore une autre dif- 
férence dans les prérogatives des empereurs 
& des rois. Un monarque peut difpofer des 
forces de l'état , il efl général né de fes ar- 
mées , il en dirige , à fon gré , les opérations , 
il efli'ame & l'efprit qui font mouvoir tout 
le corps. L'empereur, quoique chef d'une 
nation nombreufe , n'a pas le même privi- 
lège , c'eil avec fts propres revenus qu'il fou- 
tient l'éclat de fa dignité ; il n'y a point de 
tréfor public; les ét.ts ne lui entretiennent 
point d'armées ; chaque prince difpofe à fon 
gré de fes troupes & du revenu de fa fouve- 
raineté. Lorfqu'il eil preflé par des guerres, 
il efl obligé de mendier des fecours d'hom- 
mes & d'argent que fouvent on lui refufe ou 
qu'on lui fournit avec épargne. Il efl une 
autre efpece de fervitude qui le met au-def- 
fousdes rois. Une ancienne coutume, con- 
firmée par la bulle d'or , affujettifToit l'em- 
pereur dans de certains cas à comparoître 
devant le comte Palatin pour r-endre compte 
de les aftions. Les trois éleâeurs eccléfiaf- 
Tome II. 



ALL 177 

tiqueî cirèrent Albert I à ce tribunal ; mais 
il étoit trop puiflant pour obéir; & au lieu 
de répondre , il prit les aimes contre fes ac- 
cufateurs ; c'efl le feul exemple que l'hiftoire 
nous fournifTe de l'exercice de cette loi. ^ 

Suelques écrivains allemands ont pré- 
u que leur gouvernement étoit popu- 
laire, & qu'eux feuls jouiflbient du droit 
de citoyen , qui confifle à être admis dans 
les délibérations , & à donner fa voix dans 
les affaires publiques. Il faut en conclure que 
les états font les feuls citoyens qui , tous en 
général & en particulier , décident de i'ad- 
miniltration publique. La conlfitution poli- 
tique ôiAlle/nagne n'a aucun trait de con- 
formité avec les républiques populaires de 
l'ancienne Grèce ; on efl forcé d'avouer que 
ce gouvernement qui n'efl formé fur aucun 
modèle, n'en fervira jamais à d'autres. C'efl 
un corps monflrueux qu'on ne peut réformer 
fans le détruire ; fes membres font trop iné- 
gaux pour en faire un tout régulier ; c'efl 
une confédération de peuples libres , fem- 
blable à celle qui étoit entre les Romains & 
les Latins. Les Allemands, fous leur empe- 
reur , refleiTiblent aux Grecs, qui fe réu- 
niffent fous Agamemnon pour venger con- 
tre Troie , l'injure de Ménelas. 

On peut juger des forces de V Allemagne , 
par le nombre de fes villes, de fes bourgs & 
de fes villages , où l'on voit par- tout bril- 
ler l'induflrie commerçante. Une noblefiè 
riche & magnifique y répand l'abondance : 
les guerres dont elle a toujours été agitée , ont 
enlevé beaucoup de cultivateurs à la terre. 
Le goût décidé des Allemands pour les arts 
méchaniques , les éloigne des travaux cham- 
pêtres , &: dès qu'ils font affez fortunés pour 
apprendre un métier , ils quittent leurs vil- 
lages , & fe retirent dans les villes dont la 
molleffe énerve leur vigueur naturelle ; on 
compte dans les dix cercles dix-neuf cens 
cinquante-fept villes & bourgs , fans y com- 
prendre la Bohême, où l'on trouve deux 
cens deux villes , trois cens huit bourgs 
&: trente mille trois cens foixante & trois 
villages. Quoique VAllen:agiie s'étende de- 
puis le pays de Liège , jufqu'aux frontières 
Je la Pologne , & depuis le Holilein , juf- 
qu'aux extrémités de la Hongrie , il n'y a 
point de contrée qui ne fournifîe des fubllf- 
vances fufîifantes à fes habitans. L'exporta-- 

Z 



178 A L L 

tion de Ces denrées excède l'importation. 
C'eft l'introdiidion du luxe qui leur a fait 
un befoin des vins de France & d'Efpagne, 
des draps étrangers dont ils ont la matière 
"première. Les bords du Rhin font couverts 
de mûriers , qui donnent la facilité de nour- 
rir des vers à foie. Plufieurs villes , fituées 
fur le Mein & la mer Baltique , favorifent 
les importations, dont les progrès font arrê- 
tés par des impofitions accablantes. C'eft 
de-là que plufieurs nations tirent le fer tra- 
vaillé , le plomb , le vif argent , du bled , de 
la laine , des draps groffiers , des ferges , 
des toiles de lin , des chevaux & des mou- 
tons. La puiffance de V Allemagne eft toute 
renfermée en elle-même ; elle n'a point , 
comme les autres r îyaumes , des poflefTions 
dans des terres étrangères, c'eft ce qui donne 
des entraves à fon commerce, & ce qui rend 
l'argent plus rare ; cette difctte d'efpeceseft 
encore occafionnée pa le goût de lajeunefTe 
allemande pour les voyages: ils vivent pau- 
vres chez eux pour figurer avec éclat chez 
l'étranger , où ils perdent la (implicite inno- 
cente de leurs mœurs. Dans les autres royau- 
mes, les capitales engloutifTent tout l'or des 
jjrovinces , en Allemagne il y a plus d'éco- 
nomie dans la diftribution des richefles , & 
cette égalité qui lui donne moins d'éclat , 
eft ce qui entretient fon embonpoint. 

La puiHance d'un état eft relative à celle 
de fes voifins ; Y Allemagne contiguë à la 
Turquie d'Europe, a pour remparts la Stirie, 
la Hongrie & la Croatie. Les Ottomans , 
confidérablespar leur nombre, ne font point 
des ennemis dangereux ; peu aguerris & 
mal difciplinés , ils n'ont que l'impétuofité de 
courage qui s'éteint à mefure qu'ils pénètrent 
dans les pays froids. La ftériliré de la Servie 
& de la Bulgarie , leur refufe des fnbfiftan- 
ces néceflajres à de nombreufes armées. Ils 
ont eu quelques fuccès dans plufieurs guer- 
res , on doit les attribuer au mépris qu'ils 
jnfpiroient : V Allemagne ne leur a jamais op- 
pofé que le quart de fes forces, & c'étoient des 
troupes de rebut , mal payées & mal difcipli- 
nées. La terreur qu'infpiroit le nom Turc , 
étoit un efFtt de la politique autrichienne , 1 
qui exagéroit leurs forces pour tirer de plus 
fortes contributions : la religion a encore 
contribué à nourrir ce préjugé ; les prêtres & 
Jes mornes ont tonné dans la tribune facrée , 



A L t 

pour armer l'Europe contre ceç peuples infi- 
dèles. \J Allemagne n'a rien à redouter dé 
l'Italie gouvernée par difFérens princes qui 
ne peuvent porter la guerre au dehors. La 
Pologne , fans ceflTe déchirée de faftions , 
ne figure plus parmi les puiftances de l'Euro- 
pe. Elle n'a ni la force ni l'ambition de faire 
des conquêtes. Le.Danemarck , attentif à 
conferver fes poffeftions , ne peut nuire â 
l'empire , & a befoin de fon fecours contre 
la Suéde. L'Angleterre, fatisfaite d'être la 
dominatrice des mers, n'eft jaloufe que d'é- 
tendre fes poffeftions dans le nouvel hémif- 
phere. Les Hollandois , nés au milieu des 
eaux, ont tourné leur ambition du côté de 
l'Inde. La Suéde , fous fes rois conquérans , 
a enlevé plufieurs provinces ^Allemagne 'y 
mais cette puiffance manque d'hommes & 
d'argent pour foutenir une longue guerre; 
c'eft un débordement qui fe diftipe dans 
les campagnes qu'il inonde. La France eft 
le feul état qui puifîe attaquer avec fuccès 
V Allemagne. Mais la nature aTîxé fes bornes, 
& l'expérience lui a appris qu'elle ne peut- 
les franchir impunément. 

Les avantages du corps germanique font 
compenfés par beaucoup de maux politiques 
qui le confument au dedans. Le défaut d'har- 
monie avec le fouverain , eft le geime de fa 
longueur & fon dépérifiêment. 11 eft impof- 
lible dans le phylique que plufieurs parties 
réunies forment un feul corps ; la même 
impoffibilité fe rencontre dans les corps po- 
litiques : quand il y a plufieurs princes qui 
préiident au dcftin d'un état , on ne voit 
jamais plier leurs forces fous une même vo- 
lonté; cette union parfaite ne fe trouve que 
dans les monarchies ou dans les républiques 
où le pouvoir fuprême eft concentré dans une 
feule ville, comme dans Rome, Sparte, 
Athènes & Venife : les jaloufies divifent & 
détruifent les gouvernemens compofés de 
plufieurs états égaux en pouvoir. Il faut que 
le gouvernement foit uniforme pour en af- 
finer la profpérité. Ainfi le plus grand vice 
du gouvernementde l'empire, eft de n'être ni 
monarchique , ni puifîance fédérative ; l'em- 
pereur eft fans ceffe attentif à étendre ks 
prérogatives , S>z les autres princes veillent 
fans ceft'e pour les reftreindre. Les villes im- 
périales devenues riches par leur commerce, 
excitent la cupidité des princes indigens qui 



A L L 

ne peuvent fe diflîmuler que c'efl la liberté 
qui fait germer les richelles & l'induftrie : 
Ja noblefîe fiere de fon oiigine , difHlIe le 
mépris fur le peuple quife croit auïïi refpec- 
table qu'elle par fon opulence. La jaloufie 
feme encore la divillon entre les princes fé- 
culiers & les princes eccléfiaftiques ; les pre- 
miers voient avec indignation les miniilres 
de l'autel jouir du droit de préféance , quoi- 
qu'ils foient bien intérieurs en naillànce , & 
qu'ils ne puiffent tranfmettre leur grandeur 
à leur famille ; de leur côté les princes ecclé- 
fialHques fe plaignent fans celle des féculiers 
qui ontufurpé une portion de leurs revenus; 
enfin on voit par-tout des opprimés &; des 
oppreflëurs. . 

Le prétexte de la religion fomente des 
haines naturelles & divife des cœurs qu'elle 
fe propofoit d'unir; le clergé catholique a 
été privé par les princes protcftans de quel- 
ques-uns des domaines qu'il pcffcdoit. Les 
prêtres dépouillés d'une partie de leurs biens, 
ne font pas difpofés à en aimer les ravilleurs ; 
le plus grand vice de ce gouvernement eft le 
droit accordé à ditFérens états de l'empire 
de faire des alliances avec leurs voilins ; c'eft 
ouvrir une entrée aux étrangers ; c'eft rompre 
l'union naturelle pour en faire une adoption 
nouvelle ; c'ell confier au fort des armes la 
décifion des querelles qui ne doivent être dil- 
cutées qu'au tribunal des loix ; enfin fans ces 
vices de conltitution , auxquels V Allemagne 
eft attachée , elle pourroit fe fiatter de don- 
ner des loix à 1 Europe entière, ou au moins 
la tenir dans de continuelles frayeurs. {M-y.) 

* ALLEMANDS , f m. ce peuple a d'a- 
bord habité le long des rives du Danube, du 
Rhin, de l'Elbe & de l'Oder. Ce mot a 
un grand nombre d'étymologies , mais elles 
fontfi forcées , qu'il vaut prefque autant n'en 
favoiraucune que de les favoir toutes.Cluvier 
prétend que l'Allemand n'eft point Germain, 
mais qu'il eft Gaulois d'origine. Selon le mê- 
me auteur, les Gaulois, dontTaciteditqu'ils 
avoient paflé le Rhin & s'étoient établis au- 
delà de ce fleuve , furent les premiers Alle- 
mands. Tout ce qu'on ajoute fur l'origine de 
ce peuple, depuis Tacite jufqu'àClovis, n'eft 
qu'un tiftu de conjectures peu fondées. Sous 
Clovis les Allemands etoientun'petit peuple 
qui oçcupoit la plus grande partie des terres 
fituées entre la Meufe, le Rhin, &: le Danu- 



A L L i7<> 

be. Si l'on comparece petit terrain avec l'im- 
menfe étendue de pays qui porte aujourd'hui 
le nom ôiAtlemagne , & li l'on ajoute à cela 
qu'il y a des fiecles que les Allemands ont 
les François pour rivaux & pour v; ilms, on 
en faura plus fur le courage de ces peuples, 
que tout ce qu'on en pourroit dire d'ailleurs. 

ALLEMANDE, f /. {Mujique.) eft une 
forte de pièce de mufique , dont la mefure 
eft à quatre temps , & fe bat gravement. 
Il paroit par fon nom que ce caraétere d'air 
nous eft venu d'Allemagne : mais il eft 
vieilli , & à peine les muliciens s'en fervent- 
ils aujourd'hui ; ceux qui l'emploient en- 
core lui donnent un mouvement plus gai. 
Allemande eft aufti une forte de danfe 
commune en Suifle & en Allemagne ; l'air 
de cette danfe doit être fort gai , & fe bat 
à deux temps. (^S') 

ALLER de l'ai'ant , ( Marine. ) c'eft 
marcher par l'avant ou la proue du vaifteau. 

Aller en droiture. ( Alurine. ) Voje\ 

Droiture. 

Aller à bord. {Marine.) Voye^ BOR0. 
Aller au cabejhn. {Marine.) Voye:^ 

Cabestan. 

Aller à il fonde. {Marine.) FlSoNDE.' 
_ Aller à grajfe bouline , {Marine.) c'eft 
cingler fans que la bouline du vent fuit en- 
tièrement hak'e. Voyei Bouline grasse. 

Aller au plus prés du j^ent, {Manne.) 
c'eft cingler à fix quarts de vent près de 
l'aire ou rumb d'où il vient; par exemple, 
fi le vent eft nord , on pourroit aller à 
l'oueft-nord-oueft ; & changeant de bord , 
à l'eft-nord-eft. 

Aller proche du vent, approcher le vent, 
{Marine.) c'eft fe fervir d'un vent qui 
paroit contraire à la route , & le prendre 
de biais , en mettant les voiles de côté par 
le moyen des boulines & des bras. 

Aller de bout au vent , ( Marine. ) 
fe dit d'un vaifteau qui eft bon boulinier , 
& dont les voiles font bien orientées, de 
forte qu'il femble aller contre le vent , ou 
de bout au vent. Un navire travaille moins 
fes ancres & fes cables , lorfqu'érant mouil- 
lé il eft de bout au vent , c'eft-à-dire qu'il 
préfente la proue au lieu d'où vient le vent. 

Aller vent largue , (i^un/ze.) c'eft avoir 
le vent par le travers , & cingler où l'on 
veut aller fans que les boulines foient halées» 

Z i 



«8o A L L 

Aller entre deux écoutes , {Marine.) 
c'ell aller verit en poupe. 

Aller au lof, {Marine.) Voye\ LoF. 

Aller û/fl 3ou///2e.(i^j/-.) F. Bouline. 

Aller â trait & à rame. { Marine. ) 
^Vrje\ Rame. 

Aller à h dérive. {Marine.) Voye\ 
DÉRIVE & DÉRIVER. Se laijjeraller a la 
dérive ,• aller à Dieu & au temps ; à mâts 
& à cordes ou à fec , c eft terrer toutes les 
voiles & laifler voguer le vailTeau à la merci 
des vents & des vagues ; ou bien c'eft aller 
avec toutes les voiles & les vergues baiffées 
à caufe de la fureur du vent. 

Aller avec les huniers , à mi-mât. 
(Marine.) Voye^ HUNIER. 

Aller terre à terre , {Marine.) c'eft 
naviguer en côtoyant le rivage. Voye\ 
Ranger la côte. (2) 

Aller en traite. Voye:^ TRAITE. 

Aller à l'épée , {Ef crime.) on dit d'un 
efcrimeur qu'il bat la campa;j;ne, qu'il va 
à l'épée 1 quand il s'ébranle fur une attaque , 
& qu'il fait de trop grands mouvemens avec 
fon épée pour trouver celle de l'ennemi. 
C'eft un défaut dans un efcrimeur daller à 
Vépée , parce qu'en voulant parer un côté, 
il en découvre un autre. 

Aller , {Manège^ fe dit des allures du 
cheval ; aller le pas y aller le trot, &c. V. 
Allures. On dit auftl en termes de ma- 
nège , aller étroit , lorfqu'on s'approche du 
centre du Manège : aller Luge , lorfqu'on 
s'en éloigne : aller droit à la muraille , c'eft 
conduire fon cheval vis-à-vis de la murail- 
le , comm.e fi l'on vouloir pafTer au tra- 
vers. On dit en termes de cavalerie , aller 
par furprife , lorfque le cavalier fe fert des 
aides trop à coup , de façon qu'il furprend 
le cheval au lieu de l'avertir ; aller par pays, 
fignifie , faire un voyage , ou fe promener â 
cheval i aller â toutes jambes , à toute bride y 
à é tripe cheval, ou à tombeau ouvert, c'eft 
iàire courir fon cheval auffi vite qu'il peut 
aller. On dit du cheval , aller par bonds & 
par f.uts , lorfqu'un cheval par gaieté ne 
fait que fauter , au lieu d'aller une allure 
réglée. Cette expreflion a une autre fignifica- 
tion en termes de manège. Voye\ Sauter. 
Aller à trois jambes , fe dit d'un cheval qui 
boite; aller de l'oreille , fe dit d'un cheval qui 
fait une inclination de tête à chaque pas.( V.) 



A L L 

Aller de bon temps y terme des veneurs J 
l'on dit les veneurs alloient de bon temps , 
lorfque le roi arriva , ce qui fignifie qu'il y 
avoit peu de temps que la béte étoit paftee. 

Aller d'affurance , fe dit de la béte, lorf- 
qu'elle va au pas , le pié ferré & fans crainte. 

Aller au gagnage , fe dit de la béte fauve, 
( le cerf, le daim, ou le chevreuil) lorf- 
qu'elle va dans les grains pour y viander & 
manger \ ce qui fe dit auftl du lièvre. 

Aller de hautes erres , fe dit d'une béte 
paflée il y a fept ou huit heures ; ce lièvre 
va de hautes erres. 

Aller en quête , fe dit du valet de limier 
lorfqu'il va aux bois pour y détourner une 
béte avec fon limier. 

Aller fur foi , fe fur-aller , fe fur-mar- 
cher , fe dit de la béte qui revient fur {q% 
erres , fur fes pas , en retournant par le même 
chemin qu'elle avoit pris. 

Aller en galée, terme à^ Imprimerie. 
Voyei G allée. 

ALLERBOURG, {Géogr.) petite ville 
de Pologne , dans la Pruffe ducale. Elle eft 
fur li rivière d'Alla, à dix lieues & au fud- 
eft de Konisberg. Cette ville n'a rien de 
remarquable. Long. 44, 40; lat. 54, 2J. 
{C.A.) 

ALLERIA , {Géogr.) petite ville mari- 
time de fille de Corfe , fur la côte orientale. 
Elle étoit anciennement appelléejR/zorj7;uj. 
Il y a un évéque , dont les revenus ne doi- 
vent pas être bien confidérables, car la ville 
eft fort pauvre, & fes environs fort mal cul- 
tivés. L'air y eft très-mal fain. La rivière de 
Tarignano, nom.mée autrefois^//ÉTzd, paiîe 
tout auprès. C'eft là que l'infortuné Théo- 
dore, baron de NeuhoiF, débarqua en i73(î, 
pour aller prendre poft'eftion de fon royaume 
de Corfe. Long. 26, 20; lat.^iy '^.{C.A.) 

§ ALLÉRION , n m. {terme de Blafon.) 
minor aquila , roftro £>' unguibus mutila. 
Petite aigle fans bec ni jambes ; elle montre 
l'eftomac comme l'aigle , a le vol étendu , 
mais abaifte. 

Il y en a fouvent plufieurs enfemble dans 
J ecu. 

Elles ont été nommées aigle ttes ancienne- 
ment , mais depuis un liecle & demi , 
l'ufage a prévalu de les appeller allérions. 

Ménage fait venir ce mot d'aqûilarie , 
diminutif d'aja//a. 



A L L 

D'autres auteurs le font venir à^ allers , 
vieux gaulois, qui fignihoicune efpece d'oi- 
feaux vivant de rapine. 

Veelu de Pafly, en Brie , definopk à trois 
allérions d'or. 

La maifon de Lorraine ; d'or à la. bande 
de gueules, charge'e de trois alle'riçnsd'argent. 

Un prétend que les ducs de Lorraine ont 
pris pour armes des rJle'rions , parce que 
allérion efl: l'anagramme de Lorraine. 

D'autres difent , qu'un prince de cette 
maifon, enfila un jour d"un fcul coup de 
flèche , trois oi féaux , pendant le fiege de 
Jérufalem. ( G. D. L. T. ) 

ALLERSBERG , voyci Heii.sburg. 

ALLEU, (yr-72r-)f. m. Jurifprud. fief 
pofledé librement par quelqu'un fans dé- 
pendance d'aucun feigneur. Voye^ Allo- 
UIAL. Le mot alleu a été formé des mots 
alodis , alodus y alodium ^ aleudum , ulites 
dans les anciennes loix & dans les anciens 
titres , qui tous fignifient terre , hént.ige , 
domaine ; & le mot franc , marque que cet 
héritage efl libre & exempt de tout domaine. 
Mais quelle eft l'origine de ces mots latins 
eux-mêmes? C'eft ce qu'on ne fait point. 

Caflèneuve dit qu'elle eft auffi difficile à 
découvrir que la fource du nil. Il y a peu 
de langues en Europe à laquelle quelque cty- 
«lologifte n'en ait voulu faire honneur. Mais 
ce qui paroît de plus vraifemblable à ce fu- 
iet , c'eft que ce mot eft françois d'origine. 

Bollandus définit V alleu , pnvdium ,feu 
qucci'ispojj'elfio libéra jurifqueproprii, &^non 
infeudum clitntelarionere accepta. V, FlEF. 

Après la conquête des Gaules, les terres 
furent divifées en deux manières , favoir en 
bénéfices &en alleus , bénéficia ^ allodia. 

Les bénéfices étoient les terres que le roi 
donnoità fes ofîiciers & à fes foldats , foit 
pour toute leur vie , foit pour un temps fixe. 
Voye\ Bénéfice. 

Les alleus étoient les terres dont la pro- 
priété reftoit à leurs anciens pofreii'eurs : le 
foixante-deuxieme titre de la loi fal'~uecft 
de allodis : & là ce mot eft employé pour 
fonds héréditaires, ou celui qui vient à quel- 
qu'un, de fes pères. C'eft pourquoi alleu & 
patrimoine font fouvent pris pas les anciens 
jurifconfultes pour deux termes fynonymes. 
Voyei Patrimoine. 

Dans les capitulaires de Charlemagne & 



A L L i8ï 

de fes fuccefTeurs , alleu eft toujours oppofé 
kfief: mais vers la fin de la deuxième race , 
les terres allodiales perdirent leurs préroga- 
tives ; & les feigneurs fieffés obligèrent ceux 
qui en pofTédoient à les tenir d'eux à l'avenir. 
Le même changement arriva aufîi en Al- 
lemagne. / oye\ Fief & Tenure. 

L'ufurpation des feigneurs fieffés fur les 
terres allodiales alla li loin, que le plus grand 
nombre de ces terres leur furentafTujettiés; & 
celles qui ne le furent pas , furent du moins 
converties en fiefs : de-là la maxime que, nul- 
la terra fine domino ; nulle terre f.ins feigneur. 

11 y a deux fortes àefranc-alleu : le noble 
& le roturier. 

Lefranc-alleu noble eft celui qui a jufli- 
ce , cenfiveou fief mouvant de lui ; lejranc^ 
alleu roturier eft celui qui n'a ni juftice ni 
aucunes mouvances. 

Par rapport au frafic-alleu , il y a trois 
fortes de coutumes dans le royaume : les 
unes veulent que tout héritage foit réputé 
franc ,fi le feigneur dans la juftice duquel 
il eft litué , ne montre le contraire ; tels font 
tous les pays de droit écrit , & quelques por- 
tions du pays coutumier. J^ans d'autres le 
\Jranc-dlleu n'eft point reçu fans titre , & c'eft 
I à celui qui prétend pofléderà ce titre, à le 
prouver. Et enfin quelques autres ne s'ex- 
pliquent point à ce fujet; & dans ces der- 
nières on fe règle par la maxime générale, 
admife dans tous les pays coutumiers , qu'z7 
n^y apointde terre fans feigneur , & que ceux 
qui prétendent que leurs terres font libres , 
le doivent prouver, à moins que la coutume 
ne foit exprefte au contraire. 

Dans les coutumes même qui admettent 
lefranc-alleu fans titre, le roi & les feigneurs 
font bien fondés à demander que ceux qui 
pofTedent des terres en franc-alleu aient à 
leur en donner une déclaration , afin de con- 
noitre ce qui eft dans leur mouvance , & ce 
qui n'y eft pas. {M) 

ALLEVURE , f. f. ( Commerce. ) petite 
monnoie de cuivre, la plus petite qui fe fa- 
brique en Suéde ; fa valeur eft au-dvilous 
du denier tournois; il faut deux allet'ûres 
pour un rouftique. J'^oye^ ROUSTIQUE. 

ALLIAGE , f. m. ( Chymie. ) fignifie le 
mélange de difFérens métaux. Alliage fe dit 
le plus fouvent de l'or & de l'argent qu'on 
mêle fépartment avec du cuivre ; & la diffé- 



igi A L L 

rente quantité de cuivre qu'on mêle avec 
ces métaux , en fait les différens titres. 

L'alliage de l'or & de l'argent fe fait le 
plus fouvent pour la monnoie & pour ]a 
vainëlle. 

L'alliage de la monnoie fe fait pour dur- 
cir l'or &. l'argent , pour payer les frais de 
la fabrique de la monnoie : &: pour les droits 
des princes. \J alliage de la vaifl'elle fe fait 
pour durcir l'or & Targent. 

L'alliage efl différent dans les différentes 
fouverainetés , par la différente quantité de 
cuivre avec lequel on le fait. L'alliage de 
la monnoie d'argent d'Efpagne diffère de 
celui des monnoies des autres pays , en ce 
qu'il fe fait ..vec le fer. 

Tout alliage durcit les métaux ; & même 
un métal devient plus dur par \ alliage d'un 
métal plus tendre que lui : mais V alliage peut 
rendre , & il rend quelquefois les métaux 
plus dufiiles, plus extenfibles : on le voit 
par Yalliage de la pierre calaminaire avec le 
cuivre rouge, qui fait le cuivre jaune. De 
l'or &: de l'argent fzns alliage ne feroient pas 
aufii extenfibles que lorfqu'il y en a un peu. 
L'alliage rend les métaux plus faciles à 
fondre qu'ils ne le font naturellement. 

L'alliage des métaux eif quelquefois na- 
turel lorfqu'il fe trouve des métaux différens 
dans une même mine , comme lorfqu'il y 
a du cuivre dans une mine d'argent. 

Le fer ell très-difRciie à allier avec l'or 
& l'argent : mais lorfqu'il y efl une fois al- 
lié , il eft auffi difficile de l'en ôter. 

L'alliage du mercure avec les autres mé- 
taux, fe nomme amalgame. Voye\ Amal- 
game. Lorfqu'on allie le mercure en petite 
quantité avec les métaux, qu'il ne les amol- 
lir point, & qu'au contraire il les durcit, 
on fe fert aufli du terme ^alliage pour fi- 
gniher ce mélange du mercure avec les mf- 
raux ; & cet alliage fe fait toujours par la fu- 
lion, au lieu que l'amalgame fe fait fouvent 
fansfuiion. Vuyei Allier, MercURE.(^W) 
Tout le monde connoît la découverte 
d'Arcliimede fur Yalliage de la couronne d'or 
d'Hieron,roi deSyracuIe. Un ouvrier avoit 
fait cette couronne pour le roi , qui la foup- 
conna di alliage , & propofa à Archimede de 
Je découvrir. Ce grand géomètre y rêva long- 
temps fans pouvoir en trouver le moyen ; en- 
fin étant un jour dans le bain , il fît réflexion 



A L L 

qu'un corps plongé dans l'eau perd une quah- 
Mtéde fon poids égale au poids d'un pareil vo- 
lume d'eau. Koycij Hydrostatique. Etil 
com-pritque ce principe lui donneroit la folu- 
tion de fon problème. II fut fi tranfporté de 
cette idée , qu'il fe mit à courir tout nu par 
les rues de Syracufe en cviantitpiix,ct,je l'ai 
troure. 

Voici le raifonnement fur lequel porte cet- 
te folution : s'il n'y a point d'alliage dans la 
couronne , mais qu'elle foit d'or pur , il n'y 
a qu'à prendre une maffe d'or pur dont on 
foit bien affuré, & qui foit égale au poids de 
la couronne, cette mafTe devra auffi étredu 
même volume que la couronne, & par con- 
féquent ces deux mafî'es plongées dans l'eau 
doivent y perdre la même quantité de leur 
poids. Mais s'il y a de l'alliage dans la cou- 
ronne , en ce cas la maffe d'or pur, égale en 
poids à la couronne, fera d'un volume moin- 
dre que cette couronne; parce que l'or pur 
eu de tous les corps celui qui contient le plus 
de matière fous un moindre volume : donc 
la maflè d'or plongée dans l'eau , perdra 
moins de Ion poids que la couronne. 

Suppofons enfuite que l'alliage de îa cou- 
ronne foit de l'argent , & prenons une maf- 
fe d'argent pur égale en poids à la couron- 
ne , cette maffe d'argent fera d'un plus grand 
volume que la couronne , & par conféquent 
elle perdra plus de poids que la couronne 
étant plongée dans l'eau : cela pofé , voici 
comme on réfout le problème. Soit F le 
poids de la couronne, .t le poids de l'or qu'el- 
le contient, j le poids de rargent,/jle poids 
que perd la maffe d'or dans l'eaujçle poids 
que perd la milîè d'argent , r le poids que 

perd la couronne, on aura^'^ pour le poids que 

la quantité d'or x perdroit dans l'eau , & 
2^ pour le poids que la quantité d'argent y 

perdroit dans l'eau : or ces deux quantités pri- 
fes enfemble doivent être égales au poids r 

perdu par la couronne. Donc ''— -J- tJ' = r. 

De plus on a a: -}- j = P. 

Ces deux équations ierontconnoître les in- 
connues X &Cy. Voye\ EQUATION. 

Au refte pour la(olu~ion complète & en- 
tière de ce problême, il i fl nécefîàire, i**. 
que l'alliage ne loit que d'une matière ; cap 
s'il étoit de deux , on auroic trois inconnues 



AIL 

& deux équations feulement, & le problè- 
me refteroit indéterminé: z°. que l'on con- 
noifre quelle dt la matière de Valliage , lî 
c'eft de l'argent ou du cuivre , (Sv. (O) 

Règle d' Alliage , eft une règle d'arith- 
métique dont on fe fert pour réi'oudre des 
queftions qui ont rapport au mélange de plu- 
lieurs denrées ou matières , comme du vin , 
du bled , du fucre , des métaux , ou autre 
chofe de différent prix. 

Quand ces différentes matières font mê- 
lées enfemble, la règle d'alliage apprend à 
en déterminer le prix moyen. Suppofons , 
par exemple , que l'on demandât un mélan- 
ge de 144 livres de fucre à iz fous la livre, 
& que ce mélange fût compofé de quati-e 
fortes de fucre, à 6 , 10, 15 & 17 fous la 
livre ;li l'on vouloir déterminer combien il 
doit entrer de chaque efpece de fucre dans 
cette compolition, voici la règle qu'il fau- 
droit fuivre. 

Placez l'un fous l'autre tous les prix , ex- 
cepté le prix moyen. Que chaque nombre plus 
petit que le prix moyen foit lié à un nombre 
plus grand que le même prix ; par exemple , 
liez 6 avec 15, & 10 avec i7;prenezenfuite 
la différence de chaque nombre au prix 
moyen , & placez ces différences de maniè- 
re que celle de i^ à 12 foit vis-à-vis de 6; 
celle de 6 a 12, vis-à-vis 15 ; celle de 12 à 
17 vis-à-vis 10: enfin celle de 12 à 10 vis-à- 
vis 17 ; ainfi que vous pouvez le voir dans 
l'exemple qui fuit. 



12 



ici 

10. 

^7S 



l 


^7 


6 


H 


î 


4Ï 


2 


18 



16 



144 



Remarquez qu'un nombre qui feroit lié 
à plufieurs autres nombres doit avoir vis-à- 
vis de lui toutes les différences des nombres 
auxquels il eii lié. 

Après cela , faites cette proportion : la 
lomme de toutes les différences eft au mé- 
lange total donné, comme une différence 
quelconque eftàun quatrième nombre, qui 
exprimera la quantité cherchée de la chofe 
vis-à-vis de laquelle eft la différence dont vous 



A L L ^ tSj 

vous êtes fervi dans la proportion ; l'opéra- 
tion étant achevée, vous trouverez qu'il fau- 
dra 27 livres du fucre à 6 fous, 54 du fucre 
à 15 fous, 45 du fucre à 10 fous, & i8 du 
fucre à 1 7 fous. 

Obfervant cependant que fouventces for- 
tes de queftions font indéterminées , & 
qu'elles font par conféquent fufceptibles 
d'une infinité de folutions ; ainfi qu'il eft fa- 
cile de s'en convaincre pour peu que l'ou 
foit verfé dans l'algèbre , ou même que l'on 
faffe un peu d'attention à la nature de la 
queftion , qui fait alfez comprendre qu'en 
prenant un peu plus d'une efpece de matière , 
il en faudra prendre un peu moins des au- 
tres, vu que le total en eft déterminé. 

Ceux qui feront curieux de voir une ex- 
plication plus étendue de la règle (^alliage , 
& d'en avoir même une pleine démonftra- 
tion , pourront confulter Wallis , Tarquec 
dans fon aritlirnécique , & le fyjUme d'a- 
rithmétique de Mr. Malcolm. (E). 

Alliage, eft dans l'arf/V/i'/it' le mélange 
des métaux qui s'emploient pour former ce- 
lui dont on fait les mortiers & les canons. 
Voyei Canon. (Ç) 

Alliage , [à la monnaie.) eft un mélan- 
ge de différens métaux dont on forme un 
mixte de telle nature & de tel prix que l'on 
veut. Dans le monnoyage , l'alliage cil pref- 
crit par les ordonnances : mais l'on altère 
les métaux avec tant de précaution, que par 
ce mélange l'or & l'argent ne font que peu 
éloignés de leur pureté. L'alliage eft nécef- 
faire pour la confervation des efpeces ; il 
donne au métal monnoyé allez de dureté ; 
il empêche que les frais ne diminuent le 
poids des efpeces ; il augmente le volume, 
& remplit les dépenfes de fabrication. Les 
ordonnances ayant prefcrit le titre de Vallia- 
ge , on ne peutfedifpenl'er , li le titre géné- 
ral de la matière fondue eft trop bas , d'y 
mettre du fin ; fi au contraire le titre eiî trop 
haut, de le diminuer par une matière infé- 
rieure, telle que le cuivre, &c. Le procédé 
de {'alliage des monnoies eft expliqué à l'^zr- 
tide MONNOIE. 

* ALLIAIRE , f f. plante dont la racine 
menue , ligneufe , blanche , fent l'ail. Ses ti- 
ges font d'une coudée & demie , grêles , un 
peu velues , cylindriques , cannelées , foli- 
des. Ses feuilles font d'abord arroadies corn- 



184 A L L 

me celles du lierre terreltre : mais elles font 
bien plus amples. Bientût après elles de- 
viennent pointues. Elles ibnt crénelées tout 
autour , d'un verd pâle , liffes , portées fur 
de longues queues fort écartées l'une de 
l'autre, placées alten-.acivement & fans au- 
cun ordre; elles ont l'cdeur & la faveur de 
l'ail. Ses fleurs font nonibreufes, placées a 
l'extrémité des tiges & des rameaux, en for- 
me de croix , compofées de quatre pétales 
blancs. Lcpiliil qui s'élève du calice fe chan- 
ge en un fruit membraneux, cylindrique , 
en filiques partagées intérieurement en deux 
loges par une cloifon mitoyenne, à laquelle 
font attachés deux panneaux voûtés. Ces lo- 
ges font pleines de graines oblongues, arron- 
dies, noires, nichées dans les folies de la 
cloifon mitoyenne. Toute la plante piiée a 
l'odeur d'ail. Elle naît dans les bullfons & 
fur le bord des foliés, aux environsde Paris. 
Toutes fes parties lont d'uiage. 

Elle ronge un peu le papier bleu ; ce qui 
prouve qu'elle contient un fel qui tient de 
l'ammoniac , mêlé avec beaucoup de loufre 
& de terre. Elle donne par l'anaîyfe chymi- 
cjue, outre le flegme acide, un lel volatil 
concret, du fel fixe tiès-lixiviel , beaucouj) 
d'huile & de terre. On dit qu'elle eft diuré- 
tique ; que fa graine efl bonne pour les va- 
peurs , & que la poudre de fes feuilles gué- 
rit les ulcères carcinomateux. 

ALLIANCE, dans \qs f aime s écritures ; 
on emploie fouventlenom de cejlamentum , 
& en grec <f /i3,»y.«, pour exprimer la va- 
leur du mot hébreu bérich , qui fignilie al- 
liance ; d'où viennent les noms i^ancitii & de 
nouveau tejla/nenc, pour marquer l'ancienne 
& la nouvelle j///a.'2Cc". La première alliance 
de Dieu avec les hommes , efî celle qu'il fit 
avec Adam au moment de fa créatioii , & 
lorfqu'il lui défendit l'ufige du fruit défendu. 
Lefeigneurmic l'aonune dans le paradis ter- 
rejlre, ij lui fie ce coin^n.indemenr. V^ous man- 
gere\de cous lespuics du p.iradis ou du jar- 
din^ mais ne ma:i^\point dafruic de l'arbre 
de lafcience du bien ij du mal; car aujfi-cùc 
que vous enaure-{ mange, vous mourre\j ou 
vous deviendrez mortel. C'efî là , die faint 
Augulfin , la première alliance de Dieu avec 
l'homme : cejîaniencuin auum primum quod 
façluni ejl ad hominem primum, projeclo il- 
luçleft:quû dieederfcis, morte moricmini , 



A L L 

d'où vient qu'il eft écrit : teflamentum àfcS' 
culo: morte morieris. Genef. . . .11, xvj. Aug. 
de cii'it. Dei , lib.XVI , cap.xxvij.'Ezcli, 
XIV. xvij. 

La féconde alliance eft celle que Dieu fie 
avec l'homme après fon péché , en lui pro- 
mettant non- feulement le pardon , pourvu 
qu'il fît pénitence , mais aufli la venue du 
MefTie , qui le racheteroit & toute fa race 
de la mort du péché, & de l.i féconde mort 
qui eft celle de f éternité. S. Paul en plu- 
i leurs endroits, nous parle de ce paûe , par 
lequel le fécond Adam a racheté & déli- 
vré de la mort ceux que le premier Adam 
avoit fait condamner à mourir. Sicut ia 
Adam O'-rnes moriuncur , ita in Chrijh om- 
nes vivificabuntur. Et ailleursyzc'ur/)fr/;o/n/- 
nempeccatumin hune n:undumintroivity (j 
perpeccatummors. . . . Sicut per inobedien- 
tiam uniushominis peccatores conjlitutifunt 
multi, ita ^ peruniusobeditionem]ufliconfli- 
tuenturmulti. Et le feigneur parlant au fer- 
pent , dit ; Je mettrai une inimitié entre toi & 
la femme, entre ta race & Lijienne; elle te bri- 
fera la tête, & tu l'attaqueras enfecret parle 
talon. La poflérité de la femme qui doit bri- 
1er la tête du ferpent , eft le Mefîie ; par fa 
mort, il a fait périr le diable, qui avoit l'em- 
pire de la mort : Utpermortem dejlruereteum 
qui kabebatmorLisimperium,idelldiabolum. 
ICor. xp, 11. Rom.v , 11^19, Genef. iij , 
15. Hebr. ij , 14. 

Une troifieme alliance eft celle que le 
Seigneur fit avec Noé , lorfqu'il lui dit de 
bâtir une arche ou un grand vai'feau pour 
y fauver les animaux de la terre , & pour 
y retirer avec lui un certain nombre d'hom- 
mes, afin que par leur moyen il pût repeupler 
la terre apiès le déluge. Genef. ij , 18. 

Cette alliance fut renouvellée cent vingt- 
un ans après , lorfque les eaux du déluge 
s'étant retirées , & Noé étant forti de l'ar- 
che avec la femme & fes enfans. Dieu lui 
dit : Je vais faire alliance avec vous & avec 
vos enfans après vous , & avec tous les ani- 
maux qui for.t forcis de l'arche, en forte que 
je ne frai plus périr toute chair par les eaux 
du déluge ; & Parc en ciel que je mettrai dans 
les nues fera le gage de /'alliance quejejerai 
aujourd'hui avec vous. Genef IX,(^, ^,10,11. 
Toutes ces alliances ont été générales en- 
tre Adam &: Noé & toute leur poflérité : 

mais 



_ A L L 
mais celle que Dieu fit dans la fuite avec 
Abraham fut plus limitée ; elle ne legar- 
doit que ce patriarche &: l'a race , qi;i de- 
voit naître de lui par Ifaac. Les autres def- 
cendans d'Abraham par Ifmael &: par les 
enfaus de Cethura , n'y dévoient point 
avoir de part. La marque ou le fceau de 
cette alliance tut la circoncifion, que tous 
les m.âles de la familla d'Abraham dévoient 
recevoir le huitième jour après leur naiflan- 
ce ; les effets &: les fuites de ce padte font 
fenfibles dans toute l'hilloire de l'ancien 
teftament : la venue du Meffie en eft la 
confommation & la tin. lu'alliance de Dieu 
avec Ad.im forme ce que nous appelions \\''i\it 
de nature ; l'alliance avec Abraham expli- 
quée dans la loi de Moyfe , forme la loi de 
rigueur ; l'alliance de Dieu avec tous les 
hommes par la médiation de J. C. fait la loi 
de gizce. Genef. xij ,1,2.; xrij, 10 , 11, 12. 

Dans le difcours ordinaire nous ne par- 
lons guère que de l'ancien & du nouveau 
teflament ; de ïalliance du Seigneur avec 
la race d'Abraham , &: de celle qu'il a faite 
avec tous les hom.mes par Jefus-Chrift , 
parce que ces deux alliances contiennent 
éminemment toutes les autres qui en font 
des fuites , des émanations , & des expli- 
cations : par exemple , lorfque Dieu re- 
nouvelle fes promeffes à Ifaac & à Jacob , 
& qu'il fait alliance à Siaaï avec les Ifrac- 
lites , & leur doniie la loi : lorfque Moyfe 
peu de temps avant fa mort renouvelle 
l'alliance que le Seigneur a faite avec fon 
peuple, &: qu'il rappelle devant leurs yeux 
tous les prodiges qu'il a faits en leur faveur : 
lorfque Jofué le fentant près de fa fin, jure 
avec les anciens du peuple une fidélité in- 
violable au Dieu de leurs pères , tout ctla 
n'eft qu'une fuice de la première alliance faite 
avec Abraham. Jcfias , Efdras , Néhémie , 
renouvellerent de même en ditférens temps 
leurs engagemens & leur alliance avec le 
Seigneur ; mais ce n'eft qu'un renouvelle- 
ment de ferveur , & une promelfe d'une 
fidélité nouvelle à obferver les loix données 
à leurs pères. Exod. xj , 24 ; vj, 47 ; xix , 5 . 
Deiiter. xxix. Jof. xxiij & xxii-', Reg. xviij. 
Parai. II , xxij. 

La plus grande , la plus folsmnelle , la 
plus excellente & la plus parfaite de rou- 
tes les alliances de Dieu avec les hommes , 
Tome IL 



A L L 185 

eft celle qu'il fait avec nous par la média- 
tion de Jefus-Chrift : alliance éternelle qui 
doit fubrifler jufqu'àla fin des fiecles, dont 
le fils de Dieu eiï le garant , qui eft cimen- 
tée & atîermie par fon fang , qui a pour fin 
& pour objet la vie éternelle , dont le fa- 
cerdoce , le facrifice, & les loix font infini- 
ment plus relevées que celles de l'ancien 
teftament. Voye^ faint Paul , dans les épitres 
aux Galates & aux Hébreux. {G) 

Alliance , f f {Jurifprud. h Hifi. anc.) 
union ou liaifonde deux perfonnes ou de deux 
familles par le mariage, qu'on appelle autre- 
ment t7//V/n>t?'. F". AFFlNlTÉ.Cemotvientde 
la prépolition latine ad , ^ de ligare , lier. 

La loi des douze tables défendoit les allian- 
ces entre les perfonnes d'un rang & d'une 
condition inégale ; & l'on dit qu'en Portu- 
gal les fi.lles de qualité ne fauroient s'allier à 
des gens qui n'aient jamais été à la guerre. 

Alliance fe dit autfi des ligues &: des 
traités qui fe font entre des fouverains & des 
états, pour leur fureté & leur défenfc com.- 
mune.J''o>T;{ Traité, Ligue, &c. 

La triple alliance entre l'Angleterre , la 
Hollande & la Suéde , eft très-tameufe. La 
quadruple alliance entre la France, l'Empire, 
l'Angleterre &: la Hollande,ne l'eft pas moins. 

Allies , dans ce même fens, eft fynonyme 
à confédérés : ainfi l'on dit : le , oi &fes alliés. 

Fo)'f/~ Confédération. 

Quoique le titre d'allié des Romains fût 
une efpece de fervitude , il étoit pourtant 
fort recherché. Polybe raconte qu'Ariarathes 
otïrit un facrifice d'aâion de grâces aux 
Dieux pour l'avoir obtenu. La raifon en étoit 
que dès-lors ces alliés n'avoient plus rien à 
craindre d'aucun autre peuple. 

Les Romains avoient différentes fortes 
d'alliés : quelques-uns participoient avec eux 
aux privilèges des citoyens , comme les La- . 
tins & les Herniques; d'autres leur étoient 
unis en conféquence de leur fondation , 
comme les colonies forties de Rome ; d'au- 
tres y tenoient par les bienfaits qu'ils en 
avoient reçus, comme Maffinift'a , Eumenes 
&: Attale, qui leur étoient redevables de leurs 
états ; d'autres l'étoient en conféquence de 
traités libres , mais qui aboutitfoient toujours 
à la fin à les rendre fujets de Rome , comme 
les rois, de Bithynie , de Cappadoce , d'Egyp- 
te , & la plupart des villes de Grèce; d'au- 

A a 



1&6 A L L 

très enfin l'étoient par des traités forcés & 
en qualité de vaincus ; car les Romains n'ac- 
cordoient jamais la paix à un ennemi qu'ils 
ne fiûcnt une alliance avec lui , c'eft-à-dire , 
qu'ils ne fubjuguoient jamais aucun peuple 
qu'il ne leur fervît à en fubjuguer d'autres. 
V. Conjidérat. furies caufes de la. grandeur 
des Rom. c. xj ,p. 62 &feq. {H) 

Alliance, marchandife d'orfèvre, bague 
ou jonc que l'accordé donne à fon accor- 
dée ; elle ell faite d'un fil d'or & d'un fil 
d'argent en lacs. 

ALLIAR A^RIS, fignifie en alchymie 
le cuivre des philofophes, c'eft-à-dire , le 
cuivre de ceux qui travaillent au grand œu- 
vre. On a exprimé par ces deux mots le 
cuivre hlanco\\ blanchi. Quelques chymiftes 
ont aufïi entendu par alliararis, ce qued'au- 
tres veulent dire par eau de mercure. 

Je foupçonne qu'alliar ceris , vient de l'al- 
liage de l'arfenic avec le cuivre, qui Lit un 
cuivre blanc très-femblable à l'argent , ce 
qui a préfenté aux alchymiftes une image de 
ia trcnfmutation. 

Becker dit que pour changer le cuivre en 
argent , il faut difToudre de l'argent dans 
l'eau-fbrte , en faire la précipitation par le 
moyen du fel commun , ou avec de l'efprit 
de fel , & édulcorer le précipité. L'argent 
dans cet état eft fuuble volatil & très-péné- 
trant. On le mêle avec poids égal ou plus , 
de cendre d'étain ou de limaille de fer. On 
met le mélange dans une boîte de cuivre 
façonnée comme une boîte à favonnette , 
de forte que î'héniifphere d'en bas foit rem- 
pli du mélange. 

On lutte bien les jointures , & on met 
3a boîte au feu pour l'y faire rougir & enfuite 
blanchir fans fondre. 

Alors on laifTe éteindre le feu ; la boîte 
refroidie & ouverte , on prend ce qui eft 
dedans qu'on rétablit en métal , en le faifant 
fondre avec du flux noir. Par ce moyen 
on a l'argent qu'on avoic employé , & de 
plusla boîte de cuivre eft prefque toute con- 
vertie en bon argent. Ce que Becker attri- 
bue à la force pénétrante Je Faigent chargé 
de l'acide du fel. V. Lune cornée. {M) 

ALLIEMENT , f. m. c'eft le nom que 
les charpentiers , maçons , architectes , en 
un mot tous les ouvriers qui ont à fe fervir 
de la grue ou d'une autre machins à élever 



A L L 

de grands fard eaux , donnent au nœud qu'ifs 
font à la corde qui doit enlever la pièce. 

^ ALLIER , V. a. {Chymie.) c'eft mêler dif- 
férens métaux en les faifant fondre enfem- 
ble , comme lorfqu'on fond enfemble du cui- 
vre, del'étain, & quelquefois de l'argent pour 
faire des cloches , des ftatues , &c. V. MÉTAL 
ou Airain de Corinthe, Alliage. 

En alliant l'or & l'argent enfemble , il faut 
beaucoup d'or pour jaunir l'argent , & il faut 
peu d'argent pour blanchir l'or. 

Les Indiens allient Yot avec l'émerid'Ef- 
pagne pour en augmenter la quantité , com- 
me les Européens allient le cuivre avec la 
pierre calaminaire. 

Pour déterminer le degré de l'alliage ou 
de la pureté de l'argent , on le fuppofe di- 
vifé en douze deniers ; & lorfqu'il eft allie' 
avec un douzième de cuivre, c'eft un argent 
à onze deniers ; lorfqu'il contient un fixieme 
d'alliage ou deux douzièmes , l'argent eft à 
dix deniers. 

Il y a environ deux gros de cuivre pour 
l'alliage fur chaque marc d'argent. L'argent 
de monnoie eft allie' avec une plus grande 
quantité de cuivre que ne l'eft l'argent de 
vaiffelle ; au lieu que l'or de monnoie a moins 
d'alliage que l'or de vaiffelle. 

On fe fert du terme à' amalgamer , lorf- 
qu'on all;e le mercure avec les métaux. Le 
mercure amollit les autres métaux lorfqu'on 
les mêle enfemble fans les faire fondre , & 
qu'on y met une grande quantité de mer- 
cure, & ce mélange retient toujours le nom 
d'amalgame : mais lorfqu'on emploie une 
moindre quantité de mercure , & qu'on le 
fond avec les métaux , on le fert du terme 
d'alliage. 

J'ai cherché ( Nijl. de Vacad. royale des 
fciences , i7i\o.)z perfedionner l'étain en 
le rendant plus blanc , plus dur , plus fono- 
re , & en lui faifant perdre le cri qu'il a ordi- 
nairement lorfqu'on le fait-plier. 

J"ai allie le mercure avec l'étain fondu , 
ce qui fe fait fort aifément , pourvu qu'on 
ait l'attention de ne iaiifer l'érain au feu que 
le temps qu'il faut pour le mettre dans une 
fonte parfaite. Si on l'y laiftbit plus long- 
temps , ou qu'on donnât un feu trop fort , 
l'étain fe calcineroit , & étant trop chaud 
il réjailliroit de la matière en pétillant lorC» 
qu'on y verferoit le mercure. 



A L L 

Jai eflayé difiérentes proportions du mer- 
cure & de l'ecain : j'ai trouve que celle qui 
convient le mieux eft de mettre une partie 
de mercure fur huit parties d'écain ; fuivant 
cette proportion , l'e'tain devient plus blanc 
& plus dur. 

Lorfque j'ai mis moins de mercure, il ne 
perfèdionnoit pas alTez l'étain ; lorfque j'en 
ait mis plus , il le rendoit trop caflànt ; & 
même lorfque j'en ai mis beaucoup, il l'a 
rendu friable. 

Le mercure a aufli la propriété de faire 
perdre par Yalliage le cri de l'étain , & je 
crois que ce cri n'ell pas elTentiel à l'étain. 

Cet alliage réiille au feu auquel réfifte l'é- 
tain ordinaire : j'ai chauffé l'étain allié avec 
du mercure , fuivant la proportion que j'ai 
indiquée : je l'ai fondu & refondu , mais 
j'ai trouvé que cela ne lui faifoir point per- 
dre de fon poids , & qu'il en devenoit plus 
beau ; ce qui vient de ce que tant qu'on n'em- 
ploie qu'un feu fuffifant pour faire fondre 
l'étain , ce feu n'eft pas afTez fort pour vain- 
cre l'adhérence qui eft entre les globules de 
mercure & les parties de l'étain : au con- 
traire il mêle plus ég.ilement & plus intime- 
ment le mercure avec l'étain. 

Pour perfedionner le plomb en le rendant 
p!us_ propre aux ouvrages pour lefquels il 
feroit utile qu'il fût plus dur, jeraia///Vavec 
du mercure , & j'ai trouvé que le mercu- 
re ôte au plomb fa couleur livide , qu'il le 
rend plus blanc &plus dur, & que dans cet 
état il reftèmble à de l'étain ordinaire. 

J'ai trouvé que la proiX)rtion du plomb 
& du mercure , qui réuiïït le mieux pour 
cela , eft celle d'une partie de mercure fur 
quatre parties de plomb. 

J'ai refondu le plomb que j'avois ainfi 
allie zvec du mercure ; je l'ai pefé après l'avoir 
laifîé refroidir ,& j'ai trouvé, qu'il n'avoit 
rien perdu du mercure que j'y avois mêlé. 

Pour allier le mercure au plomb , il faut 
faire chauffer le mercure dans une cuiller 
de fer pendant que le plomb eft au feu à 
fondre. 

On verfe le mercure dans le plomb dès 
qu'il eft fondu, &c on retire auffi-tôt le tout 
du feu. 

Lorfque l'alliage eft refroidi , on le remet 
au feu pour le refondre de nouveau , & on 
h retire du feu dès qu'il eft fondu. 



A L L 187 

C'cft ce temps de la féconde fuiion qu'il 
faut prendre pour verfer dans des moules , 
le plomb ainfi allie', fi on veut lui domier une 
forme particulière. (M) 

Allier , f. m. arbre foreftier qui fe rap- 
porte au genre de l'alilier. V. ALISIER. (/) 

Allier , {ChaJJe.) eft un engin ou fileC 
fait à mailles claires de fil verd ou blanc , 
qui fert à prendre les cailles , les faifans , les 
perdrix, les raies, ùc. V allier pour les uns 
ne diffère du même inftrument pour les au- 
tres que par la hauteur ou la longueur. Ce 
filet eft traverfé de piquets qu'on fiche en 
terre. Ces piquets tiennent V allier tendu , & 
lervent à le diriger comme oh veut , droic 
ou en zig-zag. On le conduit ordinairement 
en zig-zag , parce qu'il eft plus captieux , 
quoiqu'il occupe alors moins d'efpace.L'c///er 
eft proprement à trois feuilles : la première 
eft un filet de mailles fort larges , qui per- 
mettent une entrée facile à l'oifeau ; la fé- 
conde eft à mailles plus étroites, afin que 
l'oifeau étant entré dans Vallier & trouvant 
de la réliftance de la part de la féconde feuil- 
le, faffe effort & s'embarrafTe dans les mail- 
les; latroifieme feuille eft à mailles larges 
comme la première , parce que l'oifeau pou- 
vant fe préfenter à Vallier ou de l'un ou de 
l'autre côté , il faut qu'il trouve de l'un & de 
l'autre côté le même piège. 

* Allier, rivière de France qui a fa four- 
ce dans le Gevaudan , pafTe entre le Bour- 
bonnois&leNivernois, & fe jette dans la 
Loire à une lieue ou environ, au-defîus de 
Nevers. 

* ALLIGATOR, f. m. efpece de cro- 
codile des Indes occidentales ; il a )ufqu'à 
dix-huit pies de long, & fa grofîeur eft pro- 
portionnée à fa longueur. Il eft amphibie. 
On dit qu'il ne ceftè de croître jufqu'à ce 
qu'il meure. Il répand une forte odeur de 
mufc , dont l'air & l'eau s'imprègnent au loin. 

ALLINGUES , f. f. ( terme de rivière. ) 
forte de pieux que l'on enfonce dans une ri- 
vière fioctable au-deffus de l'arrêt , à environ 
une toife & demie de la berge , pour faire 
entrer le bois qui vient à flot , afin de le tirer 
plus commodément & l'empiler fur la berge 
que l'on fouhaite. 

ALLIOTH , terme d'alrronomie , étoile 
qui fe temarque à la queue de la grande ourfe. 
Vojei Etoile & grande Ourse. (O) 

Aa 2. 



iS8 A L L 

ALLITÉRATION,/, {.figure de rhéto- 
rique ; c'eft une répétition & un jeu fur la 
même lettre. (G) 

* ALLOBROGES , f. m. On entendoit 
autrefois par Allobroges unçeuçlc ancien de 
la Gaule Narbonnoife; & l'on entend par ce 
mot aujourd'hui les Savoyards. 

ALLOCATlOti .{Commerce & reddition 
de compte. ) fe dit quand on a approuvé , 
alloué ou admis un article de l'une des trois 
parties d'un compte , recette , dépenfe ou re- 
prife, pour le palTer en compte à l'état final. 
Voyei Allouer. (G) 

Allocatio:^ , en terme de pratique , a 
auffi le même fens. L'approbation ou l'arrêté 
du compte , ou en particulier des articles 
d'icelui , doit fe faire parla partie intérellée 
à qui le compte eft fourni. {H) 

ALLOCUTION , f. f. {Htfi. anc. ) nom 
donné par les Romains aux harangues faites 
aux foldats par les généraux ou les empereurs. 
Plufieurs médailles de Caligula, de Néron , 
de Galba & des autres empereurs romains , 
repréfentent ces princes en habit de guerre , 
haranguant les foldats avec ces légendes : 
adloc. coll. Adlocutio cohortium. Adlocutio 
coh. prcctor. Adlocutio Aug.AuguJii adlocu- 
tio militum. Ce qui prouve que les harangues 
militaires des anciens ne font pas fi lufpedes 
que les ont voulu rendre quelques critiques, 
puifque les empereurs ont conlacré par des 
monumens publics celles qu'ils faifoient à 
leurs armées. (G) 

ALLODIAL , adj, (/u77/>rai^.).épij:hete 
d'un héritage qui eft tenu en franc-alleu. 
Voyei AllëU. 

Une terre alLodiale eft une terre dont quel- 
qu'un a la propriété abfolue , & pour raifon 
de laquelle le propriétaire n'a aucun feigneur 
à reconnoître , ni redevance à payer. Voy. 
Propriété. 

En ce fens allodial eft oppofé àfeadal ou 
féodal, ou bénéficiaire. V. FlEF , BÉNÉFI- 
CE, Alleu , hc. Les héritagesallodiaux ne 
font par exempts de la dixime. {H) 

ALLOGNE , f. m. eft dans V artillerie un 
cordage qui s'emploie dans la conftrudion 
des ponts. {Q) 

ALLONGE , f. f {Marine. ) c'eft une 
pièce de bois ou un membre de vaifleau dont 
on le fcrt pour en allonger un autre. On élevé 
V allonge ïwt les varangues, fur les genoux & 



A L L 

fur les porques , pour former la hauteur & la 
rondeur du vaiffeau. Les plus proches du plat- 
bord qui terminent la hauteur du vaiftèaa 
s'appellent allonges de revers, i^qy .VARAN- 
GUES , Genoux , Porques. 

Allonge première ou demi-grenier , c'eft 
celle qu'on empatte avec la varangue & le 
genou de (orià. Allonge féconde ou féconde 
allonge, c'eft celle qui eft placée au-deflùs de 
la première, & qui s'empatte avec le bout 
du haut du genou de fond. 

Allonge de revers , ou troifieme allonge'^ 
c'eft celle qui achevé la hauteur du vaifieau 
par les côtés. Lorfqu'il n'y a que deux allon- 
ges , la féconde s'appelle de revers. 

Les allonges de revers ditFerent des pre- 
mières en ce qu'elles préfentent leur conca- 
vité au lieu de leur convexité. Voy. la plan- 
che IV,fig. I , /i*?. 19, 20& 2,1 , où l'on voit 
la forme des allonges , & la manière donï 
elles font placées. Voye:{ au fii planche Vf 

Gabarit de trois allonges , ce lontles trois 
allonges l'une lur l'autre, qui forment les 
côtés du vaift'eau. 

Lorfque les allonges font bien empattées 
fur les genoux, le vaifleau en eft plus fort & 
mieux lié ; l'épaifleur des allonges eft ordinai- 
rement de deux cinquièmes parties de l'é- 
trave, à la hauteur des gouttières du premier 
pontv 

Leur uetrécifTement qui donne la fiçon au 
vaifteau, eft du tiers de la hauteur du pon- 
tal , c'eft-à-dire, du creux. Voyc^ PoN- 
TAL , ou Creux. 

On met deux allonges aux deux côtés de 
l'étrave , & deux aux deux côtés de l'éram- 
bot pour affermir davantage ces pièces prin- 
cipales. 

Le ferre-gouttierevient répondre entre les 
fécondes allor.ges & les allonges de revers.{Z) 

* Allonge, {Comm.) morceaux que ceux 
qui veulent frauder les droits de marque , 
dans le commerce des dentelles de Flandre , 
font tenter fur de nouvelles pièces. L'arrêt 
du 24 juin 1684. , portant que ces marchan- 
difes feront marquées zuxallonges & à l'un 
des bouts , a obvié à cette contravention. 
Auparavant l'on faifoit pafler fucceflivement 
les allonges d'une pièce à une autre. 

AlLON GE, terme commun à la Menuiferie, 
Cliârpenteriey à la Taillanderie, Serruririi 



A LL ^ 

&c. & à un grand nombre d'autres arts tant 
en bois qu'en mi taux , &;c. Il fe dit de toute 
pièce rapportée à une autre de quelque 
manière que ce puiiîë être, pour lui donner 
1 étendue en longueur qu'exige l'ufage au- 
quel on defline !a pièce avec fon allonge. 

* Allonge, f. t". c'efl dans les boucheries 
un petit crochet qui fert à fufpendre les ani- 
maux tués, ou entiers, ou par morceaux. Ral- 
longe elt recourbée en fens contraire par fes 
deux bouts; l'un de ces bouts eft moulîe, & 
l'autre eil très-aigu , & ils femblent former 
avec le corps du crochet une s , dont le bec 
fupérieur feit à embraifer la tringle du de- 
dans de l'étalé , & l'inférieur à entrer dans 
la viande & à la fufpendre. Lorfqu'un ani- 
mal eil tué & dépouille de fa peau , ou même 
avant , on lui palle à chaque patte de derrière 
une allonge, & on le fufpend tout ouvert, en 
attendant qu'il achevé de fc vuider de fang. 

Allonges de Poupe, {Manne.) cor- 

mieres , cornières , allonges de trepot. Ce 
font les dernières pièces de bois qui font 
pofées à l'arriére du vaifleaa far la lifle de 
hourdi & fur leseflains, &. qui forment le 
haut de la poupe. Quelques-uns les diftin- 
guent, appell nt les deux j//o/7^''c'j' des deux 
bouts, cornières, ou allonges de trepot j & 
celle qui eft au milieu , &. qui a fous elle 
l'étambot, ils l'appellent a//ci«g-e de poupe. 
On donne ordinairement aux allonges de 
poupe autant de long ou de hauteur au-deflus 
de la lice de hourdi , qu'en a létambot. Les 
allonges des deux bouts font pofées droites 
fur les eltains , & entretenues avec eux par 
des chevilles de fer & de bois. 

On Itur donne leplusib n entles deux tiers 
del'épaifTeur de l'étrave, in on les fait ren- 
trer ou tomber en dedans , autant q-u'il faut 
pour achever la courbe que les eftains ont 
commencé à former , & par ce moyen il ne 
doit y avoir d'efpace par le haut entr'elles 
que les trois cinquièmes parties de lalongueur 
de* la lille de hourdi , ou deux liés plus que 
la moitié de cette longueur. Voye\LiJigure 
de cette pièce , planche 6 , fig. 7 , ùfapoji- 
tion planche ^ , fig. i , RR. On Hit pofer les 
allonges. 

Allonges d'e'trave, ce font deux pièces 
de bois qu'on m.et fouvent aux deux côtés de 
rétrave pour la fortifier. Voye-{ Etrave. 

Allonges de porque , ce font des allonges 



A L L 189 

qui viennent joindre les porques, & qui font 
dans les côtés des plus grands vaiffeaux par 
defTus le ferrage, hes allonges de parque à\m 
vaifieau de 1 34. pies de long de l'étrave à l'é- 
tambot, doiver.t avoir dix pouces d'épaif- 
feur, & de la largeur à proportion ; leur 
bout d'en bas doit pafler jufqu'au-delà des 
fleurs , & le bout d'en-haut doit venir au 
plus haut point. En général , leur épailîkic 
doit approcher de celle des courbes; mais 
elles doivent être entées plus avant dans les 
ferre - gouttières. Voje'i planche IV , 
Alarine, fig. i , n. 1% ù 2.9. (Z) 

Allonges des potenceaux ; (Ruba/in.) 
ces allonges font deux longues pièces de bois 
menues en forme de fortes lattes, que l'on 
attache fur la traverfe du derrière du métier 
au-deflbus des potenceaux. Ils font pofés obli- 
quement , c'eft-à-dire , que le bout eft beau- 
coup plus élevé que celui qui porte fur la 
traverfe. Cette obliquité eft néceiîaire pour 
que les différentes foies des roquetins ne traî- 
nent point les unes fur les autres. Ces allon- 
ges font percées de quantité de trous dans 
leur longueur pourpafl'er les broches quipor- 
tent les roquetins : elles font aufli foutenues 
par différens fupports qui font de petits po- 
teaux pofés à terre. Voici l'ufage de ces al- 
longes: lorfque l'on fait du velours , il faut 
que toutes les branches foient miles à part fur 
quantité de petits roquetins enfilés par fept 
ou huit dans les broches des allonges : cette 
féparation eft néceiîaire, parce que H toures 
ces branches étoient enfembic fur la même 
enfuple , une partie lâcheroit pendant que 
l'autre feroit roide , ce que l'on évite en Ics^ 
féparant, chaque branche pouvr.nt ainli ne 
lâcher qu'à proportion de l'emploi. 11 y a 
quelquefois 1 50 roquetins fur ces allonges &: 
même davantage. Chaque roquetin a fou 
contre-poids particulier , qui eft un petit fac 
de toile où font attachés les deux bouts d'une 
ficelle , laquelle ficelle s'entortille deux fois 
à l'entour de la moulure du roquetin : ce 
contre-poids refle toujours en équilibre par 
ce moyen , la ficelle pouvant continuelle- 
ment glifïer à mefure que le conae-poids 
déroule. On fe fert d'un petit lac de toile 
pour pouvoir contenir quantité de petites, 
pierres, dont on diminue le nombre à mefure 
que le roquetin fe vide ; parce qu'il faut 
qu'il foie moins chargé alors , que lorfq^u'iî 



•rpo A L L 

elt plein. II faut encore que chacune des 
branchesde velours porte elle-même un petit 
poids; ce qui Te fait ainfi : on pafTe la bran- 
che dans une petite ficelle qui porte le petit 
poids dont il s'agit ; on peut mettre un mail- 
lon à cette petite ficelle , ce qui ne fera que 
mieux. Voici l'ufage de tous ces petits poids : 
iorfque l'ouvrier enfonce une marche, le pas 
qu'il ouvre fait lever toutes ces branches , 
ainii que tout le refie de la chaîne qui levé ; 
ces branches fur-tout obe'ifTant à la levée; & 
lorfqu'il quitte cette marche , le pas ba:fl"ant 
cccafionneroit de lâcher , fi tous ces petits 
poids ne tenoient la branche en équilibre , 
puifque le toquecin ne peut s'enrouler, mais 
bien fe dérouler, lorfqu'il eft tiré en avant; 
chacun de ces petits poids s'appelle/re/wguf r. 
Koyei Freluquet. 

Allonges , ce font des pièces du métier 
de Gabier. Ces pièces de bois aflemblées cha- 
cune à un des pies de derrière du métier , 
perpendiculairement à ces pies , à tenon & à 
mortoife,& foutenues endeflous chacune par 
un ai(ielier,lbnt les allonges du métier. Elles 
fervent à foutenir l'enfuple de derrière , & 
donnent lieu à un plus grand déploiement 
de la chaîne. Quand un métier eitaffez long, 
il elt inutile de lui donner des aUvnges. Les 
allonges ne font à proprement parler que des 
additions à des métiers mal faits ou mal pla- 
cés : mal faits , li n'étant pas afiTez longs pour 
donner le jeu convenable à la chaîne &: aux 
parties de chaîne féparées par la lifî'e & par 
la tire, on eft obligé d'y mettre des allonges : 
inalplacés, li les pies de derrière fe trouvant 
trop hauts pour s'appliquer contre un mur 
incliné en dedans d'une chambre , comme 
il arrive à tous les étages élevés, on eft obligé 
d'avoir un métier court auquel on remédie 
par les allonges. 

Allonges de ponelots , ( terme de 
rivière. ) pièces de bois cintrées , pofées fur 
les crochuaux d'un bateau foncer à la hauteur 
de la fous-barque. Voye\ ^ROCHUAUX , 
Sous-Barque. 

ALLONGÉE, adj. fe dit généralement e/i 
géométrie de ce qui eft plus long q'.:e large. 
C'eft en ce fens qu'on dit, un exag'jne , un 
eptagone , un oélogone , &c. allongé j un 
ovale fort allongé. Fbjq ExAGONE , &c. 

Sphéroïde allongé , fe dit d'un fphéroïde 
dont l'axe feroit plus grand que le diamètre 



A L L 

du cercle perpendiculaire i cet axe, & éga- 
lement éloigné de fesextrêmités.Koye:{AxE. 

Ainfi on peut donner le nom Aq fphéroïde 
allongé à un fphéroïde qui eft formé par la 
révolution d'une demi-ellipfe autour de fon 
grand axe, ( Voye\ SPHÉROÏDE.) fi le fphé- 
roïde eft formé par la révolution d'une demi- 
ellipfe autour de fon petit axe ; ou en géné- 
ral, fi fon axe eft plus petit que le diamètre 
du cercle dont le plan eft perpendiculaire au 
milieu de cet axe , il s'appelle alorsy))/2froi't^e 
applatti : cette dernière figure eft à-peu-prés 
celle de la terre que nous habitons, & peut- 
être de toutes les planètes , dans la plupart 
defquelles on obferve que l'axe eft plus petit 
que le diamètre de l'équateur. Koy. Terre. 
Le mot a//cwg"/s'emploie aufli quelquefois en 
parlant des cycloïdes , & des épicycloïdes , 
dont la bafe eft plus grande que la circonfé- 
rence du cercle générateur. V. Cycloïde 
& Epicycloïde. (O) 

Allongé, terme de vénerie ., fe dit d'un 
chien qui a les doigts du pié étendus par une 
bleft'ure qui lui a offenfé les nerfs. En fau- 
connerie on appelle oifeau allongé, celui qui 
a fes pennes entières & d'une bonne longueur. 

Allonger le trait à un limier, c'eft laifter 
le trait déployé tout de fon long. 

Allongée, adj. en anatomie, feditdela 
moelle du cerveau réunie de toute part pour 
former deux cylindres médullaires, qui s'u- 
niflèntavec deux pareils du cervelet iur l'a- 
pophife bafiliaire de l'os occipital. Les nerfs 
olfàftifs ne viennent peint de la moelle al- 
longée y la fin de la moelle allongée s'étrécic 
fous les corps pyramidaux & olivaires , & 
fort obliquement du crâne pour entrer dans 
le canal de l'épine, où elle prend le nom de 
moelle épiniere. />^.M0ELLE,CeRVEAU.(Z) 

ALLONGER, v.ad. {Marine.) Allonger 
le cable f c'eft l'étendre fur le pont jufqu'à 
une certaine longueur, ou pour le bitter, ou 
pour mouiller l'ancre. Fb)'f :{BlTTER.^//o/z-. 
gerune manoeuvre, c'eft l'étendre pour pou- 
voir s'en fervir au befoin. Allonger la vergue 
de civadiere, c'eft ôter la vergue de civadiere 
de l'état où elle doit être pour fervir, & la 
faire palfer fous le beaupré , ou le long du 
beaupré, au lieu de la tenir drellée en croix. 
Voye:^EK\}?Kt. Allonger la terre,c'e(t aller 
le long de la terre. F'.Ranger la CÔTE.(Z) 

Une corde neuve roidieavec ioKsalhn' 



A L L 

gc , Se allonge d'autant plus qu'elle eft plus 
commife. 

Deux fils tendus que l'on tordenfemble , 
perdent de leur longueur , parce qu'il faut 
que chacun tour-à-tour quitte la ligne droite 
pour embralfer l'autre fil. Plus on tord ces 
fils , ou , ce qui eft la même chofe , plus on 
les commet , plus les tours qu'ils font l'un fur 
l'autre , font fréquens & rapproche's ; & la 
quantité' dont on peut les commettre , peut 
augmenter jufqu'à un point où ces mêmes 
tours ferrés & prefles ne laiflènt pour ainfi 
dire aucun intervalle entr'eux. Telle eft la 
forme des cordes compofées toutes de fils 
d'abord parallèles & également tendus, puis 
enfuite commis enfemble , & c'eft de cette 
forme que leur vient la puiftance de s allon- 
ger fans fe rompre : l'abandon en effet de 
la ligne droite , & la figure tortueufe & fpi- 
rale , ou plutôt hélice qu'a prife en les com- 
mettant chacun des fils qui compofent une 
corde , leur permettent de céder à l'effort en 
fe redreffant un peu & en reprenant en par- 
tie leur première direftion ou ligne droite 
qu'ils formoient. 

Plus une corde eft commife, plus les tours 
font rapprochés ; plus los fils ou torons qui 
la compofent ont de courbure , & plus con- 
féquemmentelle a la puiffance de s allonger. 
Cette puiffance eft élaftique , c'eft-à-dire , 
que l'allongement de la corde n'a lieu que 
dans Tinftant où elle éprouve un effort trop 
grand , & qu'elle reprend fa première forme 
dès que l'effort cède ; du moins tant qu'une 
tenfion tropgrande&trop continue n'a point 
affoibli ou détruit chez elle cet effet. Il faut 
donc diftinguer deux'^^fortes d'allonjemens , 
l'un momentané , &: qui ceffe avec ia force 
qui l'occafionne , & l'autre acquis par le 
temps & devenu permanent. 

Une remarque importante encore , c'eft 
qu'une corde en allongeant perd de fa cir- 
conférence ; de même qu'en la commet- 
tant davantage , on augmente fa circonfé- 
reuce aux dépens de fa longueur. En eftet , 
dans la corde très-commife , les torons fer- 
rés & plus courbés rendent la corde plus 
pleine & plus arrondie , tandis qu'en allon- 
geant au contraire , cet effet fe détruit , i-c 
que le vuide en la cannelure qui eft en- 
tre les torons augmente. Donc une corde 
déjà allongée eft moins forte on moins pro- 



A L L rçr 

pre à foutenir un effort qu'une autre : donc , 
îorfqu'on veut donner une certaine circonfé- 
rence à une corde, & que l'on prévoit qu'elle 
allongera , il faut lui donner en la commet- 
tant une circonférence plus forte , afin qu'a- 
près avoir allongé , elle foit à la circonfé- 
rence réquife. 

Des remarques précédentes , je crois de- 
voir conclure que tout le cordage d'un vaif- 
feau ne doit pas être commis à un degré 
ferablable. N'y a-t-il pas en effet de l'avan- 
tage à commettre beaucoup plus les cables , 
les grelins , les remorques &; généralement 
toutes les manœuvres , dont l'allongement 
élaftique ou momentané n'eft point à re- 
douter ? 

Suppofons , par exemple , un vaiffeau à 
l'ancre , ix. effuyant un coup de vent dans 
lequel la m.er fe joigne au vent pour faire 
travailler le cable du vaiffeau & le roidir. 
Si ce cable peu commis n'a pas la puiiiàn- 
ce de s'allonger , & de permettre au vaif- 
feau de céder un peu à l'impulhon des la- 
mes réitérées & jiefantes de la mer , il fe- 
ra néceOàire eu que le cable romp'e , ou 
qu'il ait affez de force pour furmonter ce 
poids énorme des vagues , indépendamment 
de l'effort qu'il fupporte déjà par l'effet du 
vent ; c'eft-à-dire, qu'il faudra que. ce ca- 
ble foit intrinféquement plus fort ou com- 
pofé d'un plus grand nombre de iils que 
celui qui étant beaucoup plu; commis , 
pourra céder & amortir ce nouvel effet des 
vagues par l'avant.-îge de la force élaftique 
dont il eft muni. Mais il n'en eft pas de mê- 
me de toutes les manceuvres , des haubans 
par exemple , dont l'ufage eft d'affermir , de 
confoiider, de faire faire corps aux mats avec 
le vaideau. De l'allongement trop facile de 
ces manœuvres , il s'enfuivroit en effet que 
le mât acquerroit facilement la liberté de 
s'incliner , 6c cette liberté ferait fufiifante 
pour occafionner fa rupture ou fa chTitc. 

Il y a une obfervation à faire à cet égard 
pour les manœuvres courantes , même pour 
les palans qui , devant éprouver des fecouf- 
fes inégales & forcées dans certains inftans , 
ftrablent être particulièrement dans le cas 
d'avoir leurs garans très-commis ; c'eft que 
la quantité dont ces manœuvres font com- 
rnifes eft un obftacle à leur chemin , c'eft- 
i-dire , que plus elles font conimifes , & 



192, A L L 

plus elles éprouvent de frottement dans les 
poulies & dans la rencontre des différens 
objets qu'elles touchent ; en effer , les fils 
eu torons qui compofent une corde étant 
ronds , laillënt entr'eux à chaque tour un 
vide ou une cannelure à la lurface de la 
corde qui la rend raboteufe , & apporte un 
obftacle à ion cours : or , plus elle eft com- 
miie , plus il y a de tours dans une mê- 
me longueur ; d'ailleurs , de ce que ces tours 
font plus ferrés & rapprochés , il réfuke en- 
core qu'ils s'oppofent plus direâem.ent au 
chemin de la corde , parce que cette can- 
nelure dont nous parlons , rencontre les ob- 
jets d'une manière plus perpendiculaire à ce 
chemin. 

Je ne prétends point rappeller ici le nom 
de chaque manœuvre & fon ufage , pour 
déiîgner enfuice les nuances que je juge qu'il 
faudroit établir dans la quantité la plus avan- 
tagcufe de les commiettre ; maisde tout ce qui 
vient d'être dir,on peut voir facilement qu'il 
feroit réellement utile d'en établir. Ces con- 
fidérations générales auroiept cependant en- 
core beïbin d'être combinées avec quelques 
autres propriétés qui en réfulteroient ; le 
défavancage , par exemple , qu'a une cor- 
de très-commife d'être fujette à faire des 
coques , & l'avantage qu'elle a d'être plus 
difiicilement pénétrée par l'eau. Ce feroit à 
l'homme du métier «Se à l'efprit juile à com- 
biner ces chofes , & à diriger cette partie 
qui ne feroit plus confiée à l'inexpérience 
de nos officiers d'adminiftration. ( M. le 
cl-.evalier de la Cou dray e. ) 

Allonger , v. au. ( Ef crime. ) c'eft 
détacher un coup d'épée à l'ennemi en avan- 
çant le pié droit fans remuer le gauche. Voy. 
Estocade. 

Allonger le cou , ( Manège. ) le dit 
d'un cheval qui au lieu de tenir fa tête en 
bonne iituatioa lorfqu'on l'arrête , avance la 
tête & tend le cou comme pour s'appuyer 
fur fa bride , ce qui marque ordinairement 
peu de force de reins. Allonger, en terme de 
cocher, c'eft avertir le poilillonde faire tirer 
les chevaux de devant ; alors le cocher dit au 
poftillon , allonge-^ , allonger^. Allonger les 
écriers , c'eil augmenter la longueur del'étri- 
vjerepailemoyende fa boucle , dont on fait 
entrer l'ardillon à un ou plufieurs points plus 
b^S. Voye\ EtrIER. {V) 



A L L 

* Allonger, v. neut. ufitédans/ej ma~ 
nufaclures de foie. Si une étoffe eft mal frap- 
pée , que les figures du deffin , quelles 
qu'elles foient , fleurs ou autres , n'aient pas 
les contours qu'elles doivent avoir , mais 
qu'elles prennent plus de longueur que le 
deffm n'en comporte ; on dit que l'ouvriei: 
allonge. 

Allonger , c'eft e/2 terme de manufactu- 
rier en laine, en fil ,Qn un mot prefqu'en tout 
ouvrage ourdi , mettre l'étoffe ou l'ouvrage 
fur deux enfuples éloignées l'une de l'autre 
de quelques pies ; & par le moyen de leviers 
appliqués dans des trous pratiqués aux quatre 
extrémités de ces deux enfuples , le diften- 
die & lui donner plus d'aunage. Cette ma- 
nœuvre eft exprelfément défendue par les 
réglemens. Voye\ Ramer , DRAPERIE. 

Allonger fe dit encore d'une chaîne qui 
devenue trop courte pour fournir la quantité 
d'ouvrages d'un même dellin que- l'on de- 
lire , s^ allonge d'une autre chaîne qu'on lui 
ajoute , par le tordage & par les nœuds. V. 
ToRDAGE & NCEUDS. 

ALLOUE , adj. pris fubft. ( Jurfprud. ) 
eft un ouvrier qui , après fon apprentilTàge 
fini , s'elt encore engagé à travailler pendant 
quelque temps pour le compte de fon maître. 

Alloué fe dit auffi , particulièrement en 
Bretagne,du fubftitut ou lieutenant général 
du {inéc\\2\.Allouyfe ou alloife étoiî la char- 
ge ou dignité de V alloué , pris en ce dernier 
fens. {H) 

Alloué d'Imprimerie , f. m. c'eft une 
efpece d'ouvrier apprenant l'art de l'Impri- 
merie , différent de ïapprenti en ce que ce 
dernier, s'il eft reçu ccfînme apprenti , peut 
parvenir à lam.aîtrife ; au lieu que le premier 
engagé fous la dénomination d'alloué , ne 
peut jamais être plus qu'ouvrier à la journée, 
fuivant les réglemens de la librairie & im- 
primerie , &: en eonféquence de fon propre 
entassement. 

ALLOUER , V. aa. ( .Turifp. ) c'eft ap- 
prouver quelque choff^ Ce terme s'emploie 
finguliérement en parlant des articles d'un 
compte ou d'un mémoire ; en allouer les 
articles, c'eft reconnoître que ces articles ne 
font pas fufceptibles de conteftation , &y 
acquiefcer; ce qui fe peut faice inirement& 
fimplement, ou avec des reftridions &; mo- 
difications. Dans le premier cas, l'allocacion 

s'exprime 



A L L 

s'exprime fimplement par ces mots , alloué 
tel article. Dans le fécond cas on ajoute, ^our 
lafomme de cunt. (y/) 

ALLOWAY, (GVog^r.) ville maritime 
de l'Ecoffe mcridionale , dans le comté de 
Clackmonan , à deux lieues de Scirling. Elle 
eft remarquable par le château qu'y pof- 
fedent les comtes de Mar , & par les mi- 
nes de charbon de terre que l'on y fouille 
avec plus de fuccés qu'en tout autre endroit 
de l'Ecoffe. ( t . ^. ) 

ALLUCHON ou ALICHON , f. m. rer- 
meiJerit'iere ,efyece de dents ou de pointes 
de bois qui font placées dans la circonférence 
d'une grande roue & qui engrènent entre 
les fufeaux d'une lanterne dans les moulins 
& les autres machines qui ont des roues. Les 
alluchons différent des dents, en ce que les 
dents font corps avec la roue , & font prifes 
fur elle ; au lieu que les alluchons font des 
pièces rapportées. La partie qui fait dent & 
qui engrené , s'appelle la tête de l'alluchon ; 
celle qui efl emmortoifée ou aflemblée de 
quelque façon que ce foie avec la roue , 
s'appelle la queue de l'alluchon. Toutes les 
éminences ou dents qu'on apperçoit à la 
partie fupérieure du rouet , s'appellent des 
alluchons. 

Ils s'appliquent autour des roues qui alors 
font appellées he'rijfons , où ils fe placent 
perpendiculairement fur le plan de la cour- 
be qui forme le contour annulaite des 
roues qui alors prennent le nom de rouets. 
C'eft au moyen de ces alluchons que les 
rouets & les hériffons engrènent dans les 
lanternes , qui , garnies de fufeaux , font dans 
les grandes machines ce que les pignons 
font dans les petites, & fervent également 
ou à multiplier la vîteflè, lorfqu'on ne peut 
pas la procurer immédiatement par la puif- 
fance motrice , ou à tranfmettre & com- 
muniquer le mouvement d'une partie de la 
machine à une autre partie : les alluchons , 
de même que les tufeaux, fe font ordinai- 
rement d'un bois lifle , dur & compade , 
tel que lecormier , falifier, S^c. 

Pour fixer le nombre à'alluchons dont 
un rouet ou un hérifTon doit être garni , le 
mechanicien commence par déterminer re- 
lativement à la puiffance & à la réfiflance , 
le rapport de la viteiïe de la lanterne à 
telle de fa roue dentée correfpondante. Si 
Tome IL 



A L L ïçj 

la lanterne doit faire fix re'volutions , tan- 
dis que cette roue ne fera qu'un tour , 1? 
circonférence & conféquemment le dia-r 
mètre de la lanterne ne doit être que la 
fixieme partie de l'autre , & la roue doit 
contenir lix fois autant àialLucuons que la 
lanterne contient de fufeaux. On détermi- 
ne l'épaifïèur ou Ta force des uns & des 
autres , fur la proportion de la réfillance 
qu'ils ont à vaincre , l'effort qu'ils ont à 
foutenir , & la diminution qui doit leur 
furvenir à mefure qu'ils s'uferont par le frot- 
tement. Cette épaifTeur étant déterminée, 
le nombre des fufeaux de la lanterne & 
leur intervalle fixent fon diamètre , celui de 
la roue dentée & le nombre des alluchons. 
Il ell cependant à propos d'obferver, d'a- 
près M. de la Hire , qu'il eft avantageux 
que le nombre des alluchons & celui des 
fufeaux foient premiers entr'eux ; c'eft-à-di- 
re , qu'ils n'aient d'autre commune mefure 
que l'unité , parce que de cette façon les mê- 
mes alluchons ne rencontrent les mêmes fu- 
feaux que le moins fréquemment qu'il efl 
pollible , & conféquemment les uns & les 
autres à force de frotter fur des furfaces 
différentes , acquièrent peu-à-peu la figure 
la plus convenable que la main de l'ouvrier 
ne donne pas toujours exade. II s'enfuit de- 
là en effet que le même fufeau ne rencon- 
tre le même alluchon qu'après que la lan- 
terne a fait autant de tours que la roue a 
à^ alluchons ; ainfi , fi la lanterne doit avoir 
dix fufeaux & que fa vîtefTe doive être à celle 
de la roue dentée comme 6 eft à i , au lieu 
de donner 60 alluchons à cette roue, on fixera 
fon diamètre & on divifera tellement fa 
circonférence qu'elle en ait ou 59 ou 61. 

Quant à la forme des alluchons , quoique 
ce foitune chofe trcs-effentielle dans l'exé- 
cution des machines, on laifîè fou vent mal- 
à-propos le foin de cette partie aux ouvriers, 
qui , ayant tous leur routine particulière , 
ne fuivent aucune règle là-deffus , & s'ima- 
ginent avoir bien rempli leur objet, pour- 
vu que l'engrenage fe faflè librement , fans 
obftacle & (ans contrainte. Les uns fe con- 
tentent de donner une furface plane à la 
touche, c'eft-à-dire, à la partie de V allu- 
chon qui opère fur le fufeau ; ils la dref 
fent& la polifTent le plus exaflement qu'il 
eft poflible ; ils l'arrondiflent fur le bouc 

Bb 



194 A L L 

pour faciliter le dégagement , & laiffent au 
temps & au frottement à donner peu-à-peu 
à cette pièce la contiguration la plus con- 
venable , que fouvent elle n'acquiert que 
lorfqu'elle eft afFoiblie & hors defervice. Il 
en eft d'autres qui donnent aux alluchons 
la forme de cône tronqué \ ils s'imaginent 
diminuer ainfi le frottement par le moin- 
dre contad des parties engrenantes ; mais le 
méchanicien géomètre porte fes vues plus 
loin , il veut des règles & en établit pour 
configurer ces pièces , de façon que l'égali- 
té des leviers foit toujours conftante , que 
l'effort de la puiflance foit toujours le mê- 
me & le mouvemeut de la machine conf- 
tamment uniforme. M. de la Hire eft le 
premier qui ait fait des recherches utiles fur 
cet objet ; il a déterminé que la courbure la 
plus parfaite que l'on puiffe donner aux dents 
d'une roue eft celle d'une épicycloïde. Voy. 
à ce fujet le traité qu'il a donné de ces for- 
tes de courbes & de leur application à la 
méchanique. M. Camus a perfedionné cette 
découverte & lui a donné beaucoup plus 
d'étendue , dans les Mém. de L'acdd. des 
fcienc. année 1733, & dans fon Cours de 
mathém. M. le Roy a répandu un nou- 
veau jour fur cette matière , & on ne peut 
voir qu'avec fatisfaâion la théorie fimple 
& Inniineufe qu'il établit fur cet objet in- 
téreffant d'un art , dans lequel fur les tra- 
ces de fon illuftre père , il fe rend aufti cé- 
lèbre qu'utile. 

La pratique des arts s'enrichit de ces pré- 
cieufes découvertes. Un méchanicien éclairé 
f iit les mettre à profit , lorfqu'il a à déter- 
miner la forme la plus convenable des al- 
luchons , il dirige lui-même la main de l'ou- 
vrier dans l'exécution. Après avoir tracé 
fur une furface exaclement plane l'épure 
du hériffon , ou tout hmplcment le cercle 
dont la circonférence eft deftinée à recevoir 
ces alluchons , il fait rouler fur le convexe 
de cette même circonférence, un autre cer- 
cle qui a pour rayon celui de la lanterne 
pris de fon centre à celui de fes fufeaux ; 
ce cercle muni au point de contaft d'un 
tftyleou d'untraçoir, décrit une épicycloïde 
qui d'ailleurs peutfe tracer au compas. C'eft 
la portion de cette courbe prife de fon point 
d'origine , qui donneroit la courbure des al- 
•iuchons , fuppofé que les fufeaux fuflent in- 1 



' ,., ^ ?^ ^ , . 

nniment déliés ; mais la théorie qui vent 

éclairer & guider la pratique , n'en refte 
pas à cette fuppofition qui la rendroit inu- 
tile : il faut que les fufeaux foient d'une fo- 
lidité , d'une grofteur refpeâive à leurs ef- 
forts; il faut donc réformer cette épicycloï- 
de , & pour cet effet, le rayon des fufeaux 
étant déterminé , on décrit d'une ouverture 
de compas égale à ce rayon , le plus qu'il 
eft poffible , de petits arcs qui tous ayant 
leur centre dans la ligne même de l'épi- 
cycloïde , vont s'entrecouper du côté de fa 
concavité : on réunit tous ces points d'in- 
terfeâiion , d'oiî il réfulte une courbe qui eft 
une autre épicycloïde parallèle femblable 
à la première , & dont la courbure , prife 
du principe de fa génération , fournit le mo- 
dèle fur lequel Valluchon doit être conftruit. 
Il eft démontré que c'eft la forme la plus 
avantageufe qu'on puifte lui donner , vu 
que par ce moyen la ligne perpendiculai- 
re aux parties qui fe touchent dans l'engre- 
nage, pafle toujours par le même point où 
fe terminent les rayons primitifs du hérif^ 
fon & de la lanterne dans la ligne des cen- 
tres ; d'où il fuit que la longueur des le- 
viers effeûifs étant toujours la même , les 
alluchons & les fufeaux font toujours les uns 
à l'égard des autres dans des lituations éga- 
lement favorables , ce qui donne à la ma- 
chine la propriété d'être mue uniformément 
par une puiftance conftamment égale. 

Quant à la forme des alluchons des rouets J 
elle doit être différente , vu la différence des 
lanternes, qui, au lieu d'être cylindriques com- 
me pour les hériftbns , doivent être coni- 
ques pour engrener avec les rouets. La cour- 
bure des alluchons d'un rouet fera donc dé- 
terminée par le roulement de la zone co- 
nique de la lanterne , qui , en fe développant 
dans fa marche fur le plan circulaire , où 
doivent être placés les alluchons , engendre 
&: décrit un cycloïde ou plutôt une Jame 
cycloïdale , qui a pour bafe ce plan même , 
& pour générateurs les différents cercles qui 
compofent la zone. Cette courbe trouvée 
demande la même réforme que la précé- 
dente, eu égard à l'épaifteur des fufeaux né- 
ceflàires à la machine. La portion naiftante 
de cette bande cycloïdale réformée , indi- 
quera la forme requife des alluchons d'uti 
rouet. M. Canyis appelle cette courbure tp/; 



§ 



A L L 

'cyclo'ide fphénque. Voyez fur cet article fon 
Cours de matuématiques y tome IV -, page 
305 , jufqu'à la fin. 

La longueui- des alluchons & leur inter- 
valle dans les hériffons , comme dans les 
rouets , doit être déterminc'e , eu e'gard au 
Bombie , à la grofleur îk à l'ccarrement des 
fufeaux de la lanterne , de laçon que l'en- 
grenage & le dégagement fe talicnt libie- 
ment ù. qu'il n'arrive ni arrêt, ni arc-bou- 
temenc. Valluchon doit engrener de façon 
qu'il opère fur les fufeaux le plus près qu'il 
eftpoflible de fa racine , fans cep^indant que 
les fufeaux puifiènt jamais toucher en au- 
cun point la circonférence de la courbe qui 
fert de bafe aux alluclions. Comme il n'y 
a qu'une face de Wiliuclion qui opère fur le 
fufeau ; il n'elt pas néccif liie que la face 
qui lui eil oppofée foit éj^alement configu- 
rée : vu qu'elle ne travaille pas & qu'il con- 
vient d'ailleurs de lailfer de cette part à la 
racine de Willucnon un collet & un épau- 
lement pour en afîurer la loliJité ; cepen- 
dant, il elt à propos que cette partie foit 
telle qu'elle ne prçfente aucun obftacle , s'il 
arrivoit qu'en montant, ou réparant, ou dé- 
montant la machine , on fût obligé de faire 
tourner les roues à contre-fens. 

On donne aux queues des alluchons la 
forme de pyramide quadranguiaire tron- 
quée. Elles traverfent toute l'épaifieur de la 
courbe de charpente où elles font emmor- 
toifées. On a foin de les clavetter par le 
bout, afin qu'elles foient inébranlables dans 
leur place. On dit , en terme de l'art , ré- 
chauffer un rouet & un hériffon , lorfqu'on 
les garnit de nouvfeaux alluchons. {P. F.) 

§ ALLUME, ÉE , adj. ( terme de Bla- 
fon. ) fe dit d'un flambeau qui femble brià- 
1er ; des oifeaux dont les yeux font d'un émail 
ditférent ; des ours & autres quadrupèdes , 
qui pareillement ont les yeux d'un autre 
émail que leurs corps : on excepte le che- 
val , dont l'œil d'un autre émail que fon 
corps , eil dit anime. 

Lafire de la Salle, de la Cofte , de la 
Tour en Languedoc \ d'azur à trois flam- 
beaux d'or , range's en trois pals , allumes de 
gueules : devife lux no/Iris , hoftibus ignis ; 
des mêmes flambeaux dont nous éclairons 
nos amis , nous brûlerons nos ennemis. 

Baynaguet de Saint-Pardoux ; de Penau- 



A L L _ ^ _ i9f 
tier , enla même province , originaire d'Au- 
vergne ; d'argent a la canette de Jable , bec- 
quee^ allumée de gueules ,ejJorance t^flottdn~ 
te fur des ondes aeJinople;au chej ojuju d'or^ 
cliargé de trois lojunges du troijieme émail. 

Romecourt , co-leigneur de Vilhers-les- 
Hauts , en Bourgogne ; d'or à l'ours pajfant 
de fable , allumé d'argent. 

Perrucard de Balon en Savoye; àe fino' 
pie à trois te tes de perroquets d'argent, al- 
lumées & becquées de gueules ; au chej cl' ar- 
gent , chargé d'une croix treflee de fable. 

ALLUMELLE , outds de tabletiers-pei- 
gniers , eil un tronçon de lame de couteau , 
dont le tranchant elt aiguifé d'un feul côté, 
comme celui d'un cifeau de menuilîer. Cet 
outil leui fert à gratter les matières dont les 
peignes font laits , par exemple , le buis , 
l'ivoire, 1 écaille, la corne, comme ils feroienc 
avec un morceau de verre, qui eil trop 
caflânt pour qu'ils puiflent s'en fervir à cet 
ufage. Il y a des ouvriers qui emmanchent 
cet outils dans un manche femblable à celui 
d'une lime. 

* ALLUMETTE , f f petit fétu de bois kc 
& blanc , de rofeau , de chenevotte , de fapin, 
foutre par les deux bouts, fervant à allumer 
la chandelle , & vendu par les grainetiers & 
les fruitières. Les allumettes payent d'entrée 
deux fous le cent, & un fou de fortie. 

ALLURE, Ç. f. c'ell la manière de mar- 
cher des bêtesj Cemots'appliqueeu moi aie, 
à la conduite, & fe prend en mauvaife part. 

ALLURES, f. f plur. {Manège. ) train, 
marche d'un cheval. Les allures d'un cheval 
fontlepas, l'entre-pas, le trot, l'amble , le 
galop , le traquenard , & le train rompu. 
Voyei chacun de ces mots à leur lettre. On 
dit qu'un c)\q\^\ a.\es allure s froides , quand 
il levé très-peu les jambes de devant en che- 
minant. Une allure régLe, c'eft celle qu'on 
fait aller au cheval , en forte qu'il aille tou- 
jours également vite. ( V) 
^ ALLUSION , f ï. {Littérature.) efl une 
figure de rhétorique , par laquelle on dit une 
chofe qui a du rapport à une autre , fans faire 
une mention expielle de celle à laquelle elle a 
rapport. h\nÇi fubir le joug , eft une allujion 
à l'ufage des anciens , de faire palier leurs 
ennemis vaincus fous une traverfe de bois 
portant fur deux montans, laquelle s'appel- 
loit jugum. Ces fortes d'allu/-ons , quand 

Bb 2 



io« A L L 

elles ne font point trop obfcures, donnent de 
la noblefTe & de la grâce au difconrs. 

Il y aune autre efpece d'allufion qui con- 
fifte dans un jeu de mots , fondé fur la 
reflemblance des fons, telle que celle que 
faifoient les Romains fur le nom de l'empe- 
reur Tiberius Nero , qu'ils appelloient Bi- 
heriiis Mero ; ou celle qu'on trouve dans 
Quintilien furie nom d'un certain Placidus , 
homme aigre & cauftique , dont en ôtant 
les deux premières lettres on fait acidus. 
Cette féconde forte à'allufion eft ordinaire- 
ment froide & infipide. 

Ce mot vient de la prépofition latine ad , 
& de ludere , jouer , parce qu'en effet Vallu- 
Jlon eft un jeu de penfe'es ou de mots. (G) 

* Une obfervation à faire fur les allujlons 
en ge'ne'ral , c'eft qu'on ne doit jamais les 
tirer que de fujets connus, en forte que les 
auditeurs ou lefteurs n'aient pas befoin de 
contention d'efprit pour en faifir le rapport ; 
autrement elles font en pure perte pour celui 
qui parle ou qui écrit. 

U'allufion eft encore l'application perfon- 
nelle d'un trait de louange ou de blâme. 

Diogene reprochoit à Platon de n'avoir ja- 
mais offenfé perfonne. Grâce aux allujîons , 
il eft peu d'écrivains célèbres de nos jours qui 
aient le même reproche à craindre. 

Rien de plus odieux fans doute que la fa- 
tyre perfonnelle, quoiqu'on puifle imaginer 
un degré de dépravation des mœurs publi- 
ques , où le vice impuni , toléré , allant par- 
tout la tête haute , feroit fouhaiter qu'il s'é- 
levàtun homme pour l'infulter en face & le 
flétrir; ce vengeur ne laift'eroit pas d'être en- 
core un perfonnage détefrable. 

Que chacun dans la fociété fe faffe raifon 
par le mépris , & par un mépris éclatant , du 
vice infolent qui le blefle ; rien de plus no- 
ble & de plus jufte. Mais le métier d'exécu- 
teur, quoique très- utile , eft infâme ; & s'il 
fe trouvoit un homme doué d'un génie ar- 
dent, d'une éloquence impétueufe, du don 
de peindre avec vigueur , & que cet hom- 
me eût commis un crime digne de la rigueur 
desloix, c'eft lui qu'il faudroit condamner à 
la fatyre perfonnelle. Voye\ SatyrE. 

Mais autant la fatyre perfonnelle eft odieu- 
fe, autant la fatyre générale des mauvaifes 
mœurs eft honnête. Celle-ci diffère de 
'i'autre à-peu-près comme le miroir diffère 



ALI 

du portrait ; dans le miroir malheur à celu! 
qui fe reconnoit , la honte n'en eft qu'à lui 
feul. 

La fatyre , me dira-t-on , porte avec elle 
une reflemblance : il eft vrai ; mais cette ref- 
femblance eft celle du vice, à laquelle il dé- 
pend de vous qu'on ne vous connoiftb pas. 

C'eft-là cependant cette efpece de fatyre 
innocente & jufte , qu'on trouve le moyen 
de rendre criminelle par la méthode des al~ 
lofions. 

On fait tout le chagrin qu'elles ont fait à 
Molière. Heureufement le vertueux Mon- 
taufier fut flatté que l'on crût qu'il reftbm»- 
bloit au Mifantrope ; heureufement il ne 
dépendit pas de quelques puiftans perfonna- 
ges de faire brûler , comme ils l'auroient vou- 
lu , le Tartuffe avec fon auteur. 

C'eft une façon de nuire auffi baffe qu'el- 
le eft commune , que d'appliquer ainfi des 
traits qui par eux-mêmes n'ont rien de per- 
fonnel, pour faire un crime à l'écrivain de 
l'intention qu'on lui fuppofe. L'envie & Ix 
malignité y trouvent d'autant mieux leur 
compte , que c'eft un fer à deux tranchans. 

C'eft par allufion que , dans la tragédie 
d'CEdipe, on voulut rendre repréhenfibles 
ces vers. 

Nos prêtres ne font pjs ce qu'un Tain peu.' 

pie penfe , 
Notre crédulité' fait toute leurfaience. 

Un jour, au fpedacle, un de ces miféra- 
bles qui font payés pour nuire , faifant re- 
marquer un vers qui attaquoit fortement je 
ne fais quel vice, s'écria que Xallufien étoit 
punijj'able. Très-punijfable , lui dit quel- 
qu'un qui l'avoit entendu; mais c'eft l'ous 
qui la faites. 

Viillufion ed fur-tout dangereufe, lorf- 
qu'elle rend perfonnelle aux fouvcrains ou 
aux hommes en place \ine peinture générale 
desfoiblefïbs & des erreurs ou peuvent tom- 
ber leurs pareils. Malheur au gouvernement 
fous lequel il ne feroit permis ni de blâmer 
le vice ni de louer la vertu. 

Rien de plus effray-nt alors, & déplus 
nuifible en effet pour les lettres , que cette 
manie des ii//u//o/2j-. De peur d'y donner lieu, 
on n'ofe carafterifer avec forcée le vice ni 
la vertu ; on fe répand dans le vague , on 
gliflè légèrement fur tout ce qui peut reftem- 



A L M 

bler; on ne peint plus fon fiecle, on craint 
même fouvent de peindre à grands traits la 
nature. On n'ofe dire ni bien ni mal qr,e de 
loin , à perce de vue , & alors on mérite 
le reproche que Phocion f'aifoit à l'orateur 
Lto'ihene ; que fespropos refiémbloient aux 
cyprts, qui font , diloit-il , l'cau.r & droits , 
mais qui ne poncent aucun fruit. 

Il (eroic digne des hommes en place de re- 
pondre aux vik délateurs qui leur dénon- 
cent les traits de blâme qui peuvent les re- 
garder, ce qu'un roiphi!orophe( Archelaiis, 
roi de Macédoine ) , fur qui quelqu'un de fa 
fenêtre avoir laide tomber de l'eau, répon- 
dit à fescourtifanSjquirexcitoientà l'en pu- 
nir : ce n'ejipus fur moi qu' il a je te' de l'eau, 
mais furcelai qui pajjou. Celafeul feroit no- 
ble & jufte; & ce feroit alors que 1 homme 
de lettres, avec la franchife& la fécuricéde 
l'innocence, pourroit blâmer le vice & louer 
la vertu , fans que perfonne prit la fatyre 
pour un affront, ni l'éloge pour une infulte. 
J^oyei Satyre. ( M. Marmontel. ) 

ALLUVION, f. f. ( Jurifprud.) dans le 
droit civil eft unaccroilîbmentqui fc fait par 
degrés au rivage de la mer ou à la rive d'un 
fleuve , par les terres que l'eau y apporte. V. 
Accession. 

Ce mot vient du latin alluo , laver , 
baigner. 

Le droit romain met Vallurion entre les 
moyens légitimes d'acquérir , & le définit un 
accroiffement latens & impercepti ble.Si donc 
«ne portion confidérable d'un champ eft 
emportée toute en une fois par un déborde- 
ment, & jointe à un champ voifm, cette 
portion de terre ne fera point acquife par 
droit à'allurion , mais pourra être réclamée 
par le propriétaire. {H) 

ALÂIADIE , f. f. on appelle ainfi une 
petite barque dont fe fervent les Noirs de la 
cùce d'Afrique ; elle ell longue d'environ 
vingt pies, & faite pour l'ordinaire d'écorce 
d'arbre. 

C'eft aufTi un bâtiment dont on fe fert 
dans l'Inde, qui a 80 pies de long fur fix à 
fept pies de large. Il reîlemble à une navette , 
à la réferve de fon arrière qui ell: quarré. 

Le , habitans de la côte de Malabar ,& fur- 
tout le roi de Calicut, fe fervent de ces j//;2a- 
dies , que l'on nomme aufli cathuri. Ils en ; 
arment en temps de guerre julqu'à deux ou 



A L M' 197 

troii cens ; ils les font fouvent d'écorces 
d'arbres , pointues devant & derrière , & 
leur donnent quarante à cinquante pies de 
long : elles vont à la voile & à la rame d'une 
très-Erande vîrefie. {Z) 

ALMAGESTE, f. m. [Aftronomie.) eft 
jG nom d'un ouvrage fameux, compofé pac 
Pcolomée. C'eft une collccnon d'un grand 
nombre d'obfervations & de problèmes des 
anciens, concernant la géométrie & l'afi^ro— 
nomie. Dans le grec , qui ell la langue dans 
lequelle il a été compofé origiraiien-.ent, 
il eil intitulé •t-Jvtj.^iç uiyiT», comme qui 
diroit três-ample collection : or de ce moc 
,uiy îrii , avec la particule j/, il a été appclltî 
yîlmjgefe parles Arabes , qui le traduilirenc 
en leur langue vei s l'an 8co, par ordre du cali- 
fe Almamoun. Le nom zrabc cil almaghertï. 

Ptolomée vivoit fous Marc-Aurele ; fo.i 
ouvrage & ceux de plufieurs auteursqui l'orc 
précédé ou qui l'ont fui vi , nous font connoî- 
tre que l'artronomic étoit parvenue au point 
ou elle ïtoit de fon temps , par les feules ob- 
fervations des Grecs, fans qu'il paroiffe qu'ils 
aient eu connoifFance de ce que les Chal- 
déens ou Babyloniens avoient découvert fut- 
la même matière. Il eft vrai qu'il cite quel- 
ques obfervacions d'écliples , qui avoient été 
apparemment cirées de celles qucCalliflhene 
envoya de Uabylonc à Arillocc ; mais on no 
trouve pas que les fyllêmes de ces anciens 
allronomes eudènt été connus par les Grecs. 

Cet ouvrage avoir été publié fous l'empire 
d'Antonin ; & [sic qu'il nous ait d'abord été 
apporté par les Sarraluis d'Efpagne , le nom- 
bre des agronomes s'étnnt multiplié d'abct J 
Ions la protedion des califes de Bagdad ; foie 
qu'on en eût enlevé diverfes copies du temps 
des croifades , lorfqu'on fit la Cv-,nquéte de i i 
PaleflinefurlesSarraiins, il eit certain qu'il 
a d'abord été traduit d'arabe en latin pai: 
ordre de l'empereur Frédéric II , vers l'aa 
1230 de l'ère chrétienne. 

Cette traduction étoit informe , &: celles 
qu'on a faites depuis ne font pas non plus trop 
exades: on efl fouvent obligé d'avoir recoiiis 
au texte original. Ifmael Bouillaud en a ce- 
pendant rétabli divers paflàges, dont ilafait 
u fage dans 'lonAJhoiiomie piuLLïque, s'trant 
fervi pour cet effet du manufcrit grec que 
l'on conferve à la bibliothèque du roi. 

L'almagejleà été long-te.mps regardé com- 



îçS A L M 

me une des plus importantes collerions qui 
enflent été faites de toute l'aflronomie an- 
cienne, parce qu'il ne leftoit guère que ce 
livre d'adronomie qui eût cchappéà la fureur 
des Barbares. Préjace des Injl. ajlron. de 
M. le Monnier. 

Le P. Riccioli , jéfuite Italien , a aufTi fait 
un traité d'aftronomie, qu'il a intitulé , à l'i- 
mitation de i-'tolomée , nouvelle Alm^gefle : 
ceft une collection cl'obietvations aftrono- 
miques anciennes & modernes. Voye\ AS- 
TRONOMIE & Astronomique. 

ALMAMOUN , eft le nom d'un calife des 
Sarrafms, le feptieniede la race des AbalH- 
des, à qui nous avons l'obligation de la 
première mefure de la terre qui ait été faite 
depuis l'ère chrétieni;e. 

Vers l'an 8zo, deux allronomes arabes, 
Chalid Ibe Abd'mlic & Ali Ibn Ifa mefure- 
rciit dans les plaines de Sinjur , par l'ordre 
de ce caliie, un degré de la circonférence 
delà terre ; l'un vers le nord i>i l'autre vers le 
fud. Comme ce fait efl peu connu, & a rap- 
port à l'iiiftoire des fciences , nous avons 
cru devoir lui donnerplace dans cet ouvrage. 
(O) 

ALMAN ACH , f. m. {Aflron.) calendrier 
ou t.:ble , où iont marqués les jours & les 
fêtes de l'aûni-'e , le cours de la lune pour 
chaque mois, ^c. Voye^ CALENDRIER , 

Année, Jour, Mois , Lune , &c. 

Les grammairiens ne font point d'accord 
fur l'origine de ce mot: les ims le font venir 
de la particule aiabe al , Sl un rnanach , 
compte : d'autres , du ncrnbie defquels eff 
Scaligtr, le'déiivent de cette même prépo- 
fition ûl , & du mot grec f/.-lvciy.iç , le cours 
des mois. Golius n eft pas de ce fentiment : 
voici quel ef L le iien. C'eît, dit-il , l'ulage 
dans tout i Orient, que les fujets laffent des 
préfensà leurs princes au commencement de 
l'année : or le préfent que font les alUononies, 
font des épkérnendes pour l'année commen- 
çante ; & c'eft de-làque ces éphémérides ont 
été nommées almanha , qui fignifie étrennes 
oupréfens de lanouveileannée. Voy. EPHÉ- 
MÉPvIDE. Enhn Verilegan écrit almon-ac, 
& le fait venir du faxon. Nos ancêtres, dit- 
il , traçoient le cours des lunes pour toute 
l'année fur un baron ou morceau de bois 
quarré , qu'ils appelloieut al monjght , par 
conti"a(Sion,poura/-/coo«-Af/(i, qui fignifie 



A L M 

en vieil anglois ou en vieux faxon , contenant 
coûtes les lunes. 

Nos abnanachs modernes répondent à ce 
que les anciens Rom.ains appelloient failes. 
Voye^ Fastes. 

I.e lecteur peut s'infrruire de ce qu'il faut 
faire pour conftruire un almanach , à l'avncle 
Calendrier. 

Le roi de France Henri III, par une or- 
donnance de l'an 1579, défendit " à tous 
faifeurs d'ulmanjc/is d'avoir la témérité de 
faire des prédiâions fur les affaires civiles ou 
de l'état, ou des particuliers , loit en termes 
exprès , ou en termes couverts ». Vcyei 
Astrologie. Notre fiecle eU trop éclaire 
pourqu'une pareille déienfe foit néceflaire ^ 
& quoique nous voyons encore plufîeurs al— 
manashs remplis de ces fortes de prédirions, 
à peine le plus bas peuple y ajoute-t-il quel- 
que foi. 

La plupart de nos almanachs d'aujourd'hui 
I contiennent non-feulement les jours & les 
fêtes de l'année , mais encore un très-grand 
nombre d'autres choies. Ce font des efpeces 
d'agenda , où l'on peuts'inllruire d'une infi- 
nité de détails fouventnécefTairesdansla vie 
civile , & qu'on auroit peine quelquefois 
de trouverailleurs. 

lualmunjcii le plus ancien & le plus utile , 
eft VAlmanach Royal , vol. inS°. Dans foa 
origine, qui remonte à l'année 1679 > ^^^ 
almanach ou calendrier , avec quelques pré- 
dictions ajoutées aux phafesde la lune, ren- 
fermoit feulement le départ des couriers, le 
journal des féres du palais , un extrait des 
principales foires du royaume , &: les villes 
où l'on bat monnoie. Les premières lettres 
de privilège font datées du 16 mars 1679 ; il 
a fublillé à-peu près dans la même forme 
jufciu'en 16^7. Louis XIV ayant eu la cu- 
riofité de le voir cette année-là , Laurent 
d'Houry eut l'honneur de le lui préfenter , 
& peu de temps après il obtint de fa majelèé 
des lettres de renouvellement de privilège , 
fous le titre d'Almanucn Royal, le 29 janvier 
1659. Le but de l'auteur, dès cet in'lanc, 
fut d'y renfermer peu-à-peu les naiffances 
des princes & princeffes de l'Europe , le 
clergé de France, l'épée, la robe,& la finance; 
ce qu'il a exécuté en très-grande partie julqu'à 
fa mort arrivée en 17 -S- Depuis ce temps 
cec ouvrage a été continué , tant par la veuve 



A L M 

<î'Hour)'queparleBieton,petit-fi!^d'Houiy, 
à qui le roi en a confié la manutention &: 
donné le privilège , aux charges , claufes & 
conditions portées par l'ariéc du confeil du 
1 5 décembre 1743 .Cet ^Z'7z,7/2jc/z contient au- 
jourd'hui les naifianccs & alliances des prin- 
ces & princcfTes de l'Europe , les cardinaux , 
les évéchésà: archevêchés de France, les ab- 
bayes commendataii es , les ducs & pairs , les 
maréchaux de France , & autres officiers gé- 
néraux de terre & de mer , les confeils du 
roi , & tout ce qui y a rapport , le parlement, 
les cours fouveraines&jurifdiflions de Paris ; 
runiverfîté,les académies , les bibliothèques 
publiques, les fermiers généraux , tréforieis 
des deniers royaux , &c. mis dans leur ordre 
de réception , & fînguliérement leurs de- 
meures à Paris. (O) 

ALMANDINE, ALABANDINE,ci/j- 
handica gemma, {-f^U^- ndt.) pierre précieu- 
le de couleur rouge , dont le nom vient 
à' Alabdiida , ancienne ville de Carie dans 
l'Afie mineure. On trouve dans le Mercure 
indien un chapitre qui traite de Valmandine. 

L'auteur prétend qu'elle elt beaucoup plus 
tendre & plus légère que le rubis oriental , 
qu'elle tire plus fur la couleur de grenat que 
fur celle de rubis ; ce qui fait que cette pierre 
eft moins agréable à la vue & moins eltimée 
que le rubis oriental , ou même le rubis ba- 
lais, ou le rubis fpinel, quoiqu'elle foitmife 
au nombre des pierres les plus précieufes. 
//. pan. chap. iv. 

Le même auteur ajoute que cette pierre , 
pour peu qu'il s'en trouve, peut être évaluée 
au prix du rubis balais ; que les plus belles 
peuvent être elHmées à l'égal du rubis fpinel 
de la première couleur, ///. pan. chap. iv. 
& que les ahiundines étoient rares de fon 
temps. Ce nom n'efi: prefque plus en ufage 
aujourd'hui ; je ne fais même pourquoi il 
efî venu julqu'à nous , tandis que l'on a ou- 
blié tant d'autres noms de pierres précieufes 
qui avoient été tirées des noms des villes où 
fe faifoit le commerce de ces pierres , ou du 
nom des contrées cù fe trouvoicnt leurs mi- 
nes. Pour avoir des connoiiîances plus dé- 
taillées de la nature de la pierre qui a été 
appellée almandine , il faut remonter à la 
fource , & confulter le troifieme chap. du 
XXX'VIL. livre de l'hiftoire naturelle de 
PJine. (/) 



A L M 19^ 

§ ALMANZA , ( Géogr. ) petite ville 
d'Efpagne dans la nouvelle Caltillc , fur les 
troncieres du royaume de 'Valence , à vingt 
lieues fud-e(t de la ville de Valence. C'eft 
'• là qu'en 1707 les François & les Efpagnols , 
commandés par le maréchal de iierwick , 
anglois de nation , rempo; terent une gran- 
de vidoire fur les Anglois & les Portugais , 
commandés par le comte de Gailoway. il y 
a une infcription pour monument de cette 
vidoire.Zortg-. 16,35 ; ^^''- 3^ » 54- (<^'--^-) 

ALMAS , {Ge'og. ) petite ville de la Tran- 
filvanie , avec un diilrid , dépendant du 
comté de Claufenbourg , aux Hongrois. Ce 
diftrid elt entre Burglos & Claufenbourg ; 
il ne contient que des monta;;nes , danslef- 
quelles on trouve un grand nombre de ca- 
vernes & de Ibuterreins. Il y a un bourg dans 
le bannat de Temefwar , &: une rivière, fur 
laquelle ell lltuée la forterelie de Sigeth , qui 
portent le même nom. ( C. A. ) 

ALMAZAN , ( Géog. ) jolie petite ville 
d'Elpagne dans la vieille CalHlle , au pié 
des montagnes frontières de la province d'A* 
ragon : elle a titie dé marquilac. Un y va 
voir avec beaucoup de dévotion une 1 clique 
qu'on regarde comme la tête de S. Etienne , 
martyr, & qu'on prétend n'être autre chofe 
que celle d'un pendu , qvie des pèlerins Fran- 
çois , qui alloient en Galice , ipi orterent ex- 
pies dans ce lieu pour ramalîer quelque ar- 
gent , afin de continuer leur route. Long. 15, 
30 ; Lat. 41 , 30. ( C. A. ) 
^ ^* ALMEJ3A , ville de Portugal dans 
l'Eilramâdure , fur le Tage , à l'oppofite de 
Lisbonne. Long. <) \ lat. 30 , 42, 

* ALMEDINE , ville du royaume de 
Maroc en Afrique , entre Azamor & Safle. 

§ ALMEIDE , ( Géog. ) ville de Portu- 
gal , dans la province de Beyra , fur la ri /iere 
Coa, près des frontières du royaume. Elle a 
des tbrtiiîcations à la moderne , une églife 
paroilliale , un couvent , une maifon de cha- 
rité, un hôpital & deux mille habitans. Cet- 
te ville tait partie de l'apanage des enfans de 
Portugal. Loi2g. 11 , 2z ; ht. 40 , î. 

Voigien ne s'eft trompé que de deux de- 
grés vingt-deux minutes de longitude & au- 
tant de latitude fur la pofition de cette vil- 
le , & il la met dans la province de frailos 
Montes , tandis qu'elle eft dans celle de 
Beyra. {C. A.) 



aoo A L M 

ALMELO , ( Ge'oc;. ) ville des provinces- 
unies, dansTOverifrel , au bailliage de Tv/en- 
te. Elle ell fur la rivière de Vechc , entre 
Delden & Otcmerfon : les comtes de Rech- 
tren la pcfledent à titre de feigneurie. Les 
maifons en font aflèz jolies & bien bâties ; 
il y a fur-tout un beau chjteau. Son com- 
merce de toiles en lait une ville confidJra- 
ble. Lons:. 24 , 8 ; ht. 52 , 25. ( C. A. ) 
_ ALMÊNARA, ( Géog. ) petite ville ma- 
r'idme d'Efpagne dans le royaume de Valen- 
ce , au nord de la ville de Valence , & au 
l'id-ell de Segorbe : elle eft près de la rivie- 
3 c Polancia. On lui donne le titre de com- 
te. Long. 17 , 30 ; lat. 39 , 4î. ( C. A. ) 

* ALMENE , f. f. ( Commerce ) poids 
de deux livres dont on fe fert à pefer le fafian 
en pliifieurs endroits des Indes orientales. 

§ ALîtiERIE , ( Géog. ) ville maritime 
tVEfpagne au royaume de Grenade , fur la 
rivière d'Almora , avec un bon port fur la 
MéditerranJe. Elle eft au nord-ouell: de la 
pointe du cap de Gates , anciennement ap- 
jjellé ch.iriclemc. Ses environs produifent 
l)ca!icoupde fruits, & fur-tout d'olives. Son 
t véque cftfultragant de Grenade , & a 400c 
«'licarsde revenu. On tire aulïïdes vins rou- 
tes à'Ahneric. Lor.g. 15 , 45 ; bt. 36 , 51. 
{C.A.) 

ALMICANTARATS ou ALMUCAN- 
TARATS , fubih m. pi. terme d\i!irono;nie ; 
ce fontdes cercles p iralleles à l'horizon qu'on 
imagine palTèr par tous les degrés du méri- 
dien. Foyq CERCLE , Horizon , Paral- 
1EL£ , Ùis. Ce mot vient de l'arabe almo- 
{..inthar^t. 

Les almicdiicardts coupent le méridien 
dans Cous fes degrés , comme les paraliek-s 
à rév|uaceur coupent le méridien. Vvye?^ 
IslÉRiDiKN Equateur. 

Les ulmicMitarj.cs font donc par rapport 
aux azimuts ëc à l'horizon ce que font les pa- 
lalleL-s par rapport au méridien Ck à l'équa- 
U'ur. Voyei AziMUT. 

lis fervent à faire coniiokre la hauteur du 
luleil iS: des étoiles \ c'oit pourquoi on les 
:;ppclle aufïi cercles de hauttur ou parallèles 
iie hauteur ; ils loiit d'ufage dans la Gnomo- 
nique pour tracer des cadrans folaires. 

Feu M. Mayer, de l'académie de Peters- 
bourg , à qui l'allronomie doitplufieurs ex- 
St'llçnces chofcs j a donné une méthode pour 



A L M 

trouver ladéclinaifon des étoiles & la hau- 
teur du pôle indépendamment l'une de l'au- 
tre , & fans fe fervir d'aucun angle mefuré 
par des arcs de cercle , en fuppofanc que l'on 
connoifïb lespaflàg.^s de deux étoiles par le 
méridien , par deux verticaux & par deux 
ahmcuiitarats inconnus , mais conitans. M. 
Maupertuis a aulll réfolu ce même problème 
à la lin de fon ajlronomie nautique. (O) 

§ ALMISSA , ( Geog ) ville de la Dal- 
matie Vénitienne, fur le golfe Adriatique , 
à l'enibouchure de la Cetina. Elle efl: bâtie 
fur un roc élevé , à quatre lieues à l'efl de 
Spalatro. Elle fut long-temps la terreur de 
fes voidns £<: l'afyle d'une multitude de pi- 
rates , que les ^'énitiens font parvenus à dé- 
truire, ainfi que la plus grande partie de cet- 
te ville : il y eut autrefois un évéché. Les 
Turcs la nomment Omifc. Long. 36 ; lat. 
43 , 50. ( C. A. ) 

ALMO , ( Geog. Hifl. ) petit ruifTeau de 
l'ancien Lacium, appelle aujourd'hui VAqua- 
taccia. 11 eft dans la campagne de Rome & 
vient fe jctter dans le Tibre , près de la por- 
te de S. Sébaftien , nommée autrefois la por- 
te Capewie à Rome. Ses eaux fervoient à net- 
toyer l'idole de Cybelle ,& à laver les vidi- 
mes qu'on immoLjit à cette déefle. 
^ ALMOBARIN , ( Gtog. ) petite ville 
d'Efpagne dans la Caftille nouvelle. Elle eft 
dans le territoire de Mérida , au nord-nord- 
eft de cette ville iSc au fud-eft d'Alcantara. 
11 n'y a rien de remarquable. Long. 13 • lat. 
39 , 10. [C. A.) 

* ALMONDE , f. m. ( Comm. ) mefure 
de Portugal qui fert à mefurer les huiles. 
Les Portugais vendent leurs huiles d'olive 
par ttlmondes , dont les 16 font une botte ou 
pipe.Chaque almonde eft compofée de douze 
canadors , & le canador eft femblabie au 
mingle ou bouteille d'Amfterdam. Vojei 
MiNGLE. 

ALMONTE, (Gto^-.) jolie petite ville 
d'Efpagne auro)aume deSéville jdanslAn- 
daloulie. Elle eft entourée d'une forêt d'o- 
liviers. {C. A.) 

* ALMORAVIDES , fub. m. pi. peu- 
ples qui habitent les environs du mont Atlas, 

;^ ALMOUCHIQUOIS , peupicsde l'A- 
mérique dans la nouvelle France , le long de 
la rivière de Chovacoiiet. 

* ALMOX ALMOXARIZFASGO , 

c'cft 



A L N 

c'eft dans quelques ports de l'Amt^rique 
efpagnole , & fui-toiicà Baenos-Ayies, un 
droit de deux & demi pour cent , levé pour 
le roi d'£fpagne fur les peaux de taureaux 
qu'on charge pour l'Europe. Ce droit eft fans 
préjudice de celui de quint ou des quatre 
réaux par cuir. Ce droit fe perçoit auiîl en 
Efpagne fur différentes marchandiles , à 
l'enciée par mer, & à la fortie pour l'étran- 
ger. Celui qui perçoit ce droit fe nomme 
Almoxarisazgo. 

*ALMSFEOH, f. m. {Jurifpr.) étoit 
un des noms que les anciens Anglois don- 
noient au denier S. Pierre. Voye^ DENIER 
S. Pierre. (W) 

ALMUCAN TARATS , uoyei Almi- 

CANTARATS. 

* ALM'JDE, f. f. [Comm) mefure des 
liquides : on la nomme plus ordinairement 
almonde. Voye^ AlmoNDE. (G) 

* ALMUGIE, f. f. m ajholgù, fe dit 
de deux planètes ; de Jupiter , par exemple , 
& du foleil , lorfqu'ils fe reg.irdent de trine, 
parce que le lion & le fagittaire ^m font leurs 
maifons fe regardent aulîi de trine. Ainli 
deux planètes font en almugie quand elles fe 
regardent du même afped que leurs maifons. 

* ALMUNECAR , ville d'Efpagne au 
royaume de Grenade , avec port fur la 
Méditerranée. Long. 14, 37 ; lat. 36, 50. 

ALNE , [Ge'ogr.) rivière d'Angleterre 
dans le Northumberland. Elle prend là fource 
aux frontières de l'Ecofle , & après avoir 
paflé à Alnwick, petite ville qui prend fon 
nom, elle vient fe jetter dans l'océan Britan- 
nique à Aylemouth. Pcolémée la nomme 

AKrtVK. {C. A.) 

ALNEY , {Geogr.) petite ifle d'Angle- 
terre dans la Saverne, à peu de dillance de 
Glocefter. C'efl-!à que dans l'onzième fiecle, 
Edmond côte de Fer , roi d'Angleterre, &: 
Canut , roi de Danemarck , fe battirent en 
champ clos. 

ALNWICK, {Geogr.) petite ville d'An- 
gleterre dans le Northumberland, fur la ri- 
vière d'Aine, qui lui do.ine fon nom. Elle 
eft bien bâtie & bien peuplée. On y voit un 
château très-ancien, apparrenant aux com- 
tes de Northumberland. Elle fait un ailoz 
grand commerce de draps, de chapeaux, 
de bétail & de clinquaillerie. Ce fut prOs 
de cette ville que Guillaume , dit k Lio.i , 
Tome II. 



A L O ioi 

roi d'Ecofie , fut battu & pris par les An- 
glois en 1174. 11 y a une autre ville de ce 
nom dans la province de Warwick, Long. 
16, 1^; lut. ïî, 34. (C.^.) 

ALOES, {Bot.) en latin aloe, plante a 
fleur liliacée , monopétale , en forme de 
tuyau , & découpée en fix parties : il y a des 
efjjeces dont le calice devient le fruit , & 
d'autres où c'eft le piftil qui (e change en un 
fruit oblong , & pour l'ordinaire cylindri- 
que , divifé en trois loges remplies de femen- 
ces applaties & prefque dcmi-ciiculaires. 
Tournefort ,*//;//. reilieih. F". PlaNTE. (/) 

Aloé ou AloÈS , f. m. {Mdt. mtd.) cfl 
le fuc épailfi de plufieuis pLntes du même 
genre & portant le même nom , qui croifiènc 
à différentes hauteurs, fuivant le terrain & 
le climat. 11 vient d'Efpagne & de plulieurs 
autres pays chauds. 

L'efpece la plus ordinaire de ces plantes 
eft celle qu'on nomme aloe. J. B. Pit. Tourn. 
aloe P'ulg. C. B. 

Cette plante a un goût extrêmement 
amer ; elle croît en Perfe , en Egypte , en 
Arabie , en Italie & en Efpagne. 

On iJivife l'aloés en trois efpeces ; en ahês 
fuccotrin , en aloès hépatique , & en ahès 
cabullin ; ils fe tirent tous les trois de diffé- 
rentes efpeces à'aloês. 

Le premier eft appelle en latin aloesfoco- 
triiij. vel fuccotrinci., parce qu'en en tiroic 
beaucoup de l'iile de Succotia ; c'eft le plus 
beau & le meilleur de tous; il eft net, de 
couleur noire ou brune , luifante en dehors , 
citrine en dedans; friable, rélîneux, aflèz 
léger, fort amer au goût , d'une odeur défa- 
gréable, &: il devient jaune en le pulvérifant. 

Le fécond eft appelle en latin aloes liepa- 
tica, parce qu'étant rompu , il a la couleur 
du foie ; il ne diffère du fuccotrin qu'en ce 
que la couleur eft plus obfcure , mais on 
confond aflez ces deux efpeces , & l'on 
prend l'une pour l'autie. 

Le troifieme eft appelle cj.b.illina , parce 
qu'on ne s'en fert que pour les maladies des 
chevaux : c'eft le plus groflier , le plus 
terreftre , & le moins bon de tous. Pour le 
tirer on pile la plante , & l'on en exprime le 
fuc à la prefTe ; on lait enfuite épaiftir ce fuc 
au foleil ou fur le feu, julqu'à une confiftance 
folide: il eft fort noi , com^ade & pefant. 

L'dloès en caUbaJfc ou aloes des Bariudes, 



202 A L O 

eft femblable à cettç dernière forte lorfqu'il 
eft nouveau ; en vieillifîànt il devient hépa- 
tique; & étant gardé il devient caffant , 
lucide & tranfparent. 

iJaloès contient beaucoup d'huile & de 
fel eflentiel , d'où vient fon amertume. 

Les a/o^j hépatiques Si. fuccotrin font de 
fort bons purgatifs ; mais ils caufent des hé- 
morrhagies en raréfiant le fang , & d'autres 
évacuations fàcheufes ; ils font emménugo- 
gues, apéritifs, ftomachiques , pourvu qu'on 
les prenne en mangeant ; car il on les met 
dans un eftomac vide , ils y caufent beau- 
coupde tranchées, & purgent peu. Ils tuent 
les vers &: les chaffent : employés à l'exté- 
rieur en teinture , ils deffechent , détergent 
& confondent les plaies. 

C'eit un grand atténuant, cordial & reftau- 
rant,que Valots:'\\ brife & difibut les humeurs 
pituiteufes & gypfeufes. Comme il purge vio- 
îemment , il faut fe donner de garde d'en or- 
donner f ufage en fubllance aux femmes en- 
ceintes & hyftériques; il faut corriger fa vertu 
purgative avec la cafTeion l'ordonne depuis 
quatre grains jufqu'à une demi-dragme : fa 
partie réuneufe extraite par l'efprit-de-vin , 
purgera violemment ; la partie gommeufe 
extraite par i'eau , fera un bon vulnéraire , 
fur-tout dans les ulcères de la velîîe & des 
reins. La teinture de myrrhe & aloês fert à 
prévenir la mortifi cation dans les plaies. 

Si l'on veut donc employer ce remède 
fans craindre d'augmenter la raréfaâion des 
humeurs , il eft à propos de le débarrafier de 
fon principe fulfureux & réfineux , ou 
plutôt de divifer fes foufres & fa réfme. Les 
pilules de Bêcher remplirent fort bien ces 
vues. Si ces principes ne font pas divifés , ce 
remède agite beaucoup le fang, & produit 
d'étranges effets. 

M. Boulduc , parlant des purgatifs , dit 
que Valoês eft un des modérés ; & félon l'a- 
nalyfe chymique qu'il en donne , Valoèsfuc- 
cotrin contient à peine la moitié autant de 
réfme ou de matière fulfureufe que Valoês 
hépatique, mais un tiers de plus de fubftance 
faline ; c'eft pour cela que le fiucotrin eft 
préféré pour Pufage intérieur , parce qu'il a 
moms de réfine. V hépatique s' emploie avec 
les baumes naturels , lorfqu'il eft queftionde 
nettoyer une plaie ou de refermer une cou- 
pure récente ; c'eft l'effet des particules réfi- 



 L O 

neufes & balfamiques dont il eft compofé. 

Quoiqu'il foit befoin decorriger la réfine 
à'aloês en la bridant avec des tempérans, ii 
ne faut pas la féparer entièrement des fels ; 
ceux-ci étant très-adifs , rongentles veines 
& les extrémités déliées des fibres, s'ils ne 
font tempérés & enchaînés par la partie ré- 
fineufe. Les préparations du fuc à'aloés de- 
mandent à être faites par d'habiles mains. 
Afin donc qu'elles foient moins nuifibles , 
loin de féparer la partie faline de la réfineu- 
fe , M. Boulduc exige qu'on travaille à les 
unir par un fel alkali , comme le fel de tar- 
tre , Sic. Il faut, ajoute ce célèbre artifte, 
non-feulement aider la nature par des remè- 
des , mais encore lui donner du fecoursdans 
la façon d'adminiftrer les remèdes mêmes. 
mjf. de l'acad. royale des fciences 170S. 

Les différentes préparations d'a/ot'jfe trou- 
vent dans toutes les pharmacopées ; telles 
font Valoês refat, les pilules d'j/oi'j lat-'é, la 
teinture ài'aloès : il entre dans différentes pi- 
lules , telles que celles de Bêcher, les pilules 
de Rufus , les aléophangines , les marocof- 
tines. L'élixir de propriété doit fes vertus à 
la teinture tirée de cette réfine , ùc. 

Aloès rofdtleplusfimple & lefeuld' ufage. 
Prenez de V aloès fuccotrin luifant en poudre, 
quatre onces ; du fuc dépuré de rofes de 
Damas , une pinte : mettez le tout en digef- 
tion fur un feu modéré , jufqu'à ce que le 
phlegme fuperflu foit évaporé. Se qu'il fe fafTe 
une confiftance de pWulea fecundii/n artem,. 

Pilules d'aloès ïai'é. Prenez de Valoês 
dilFous dans du fuc de rofes & épaiffi, une 
once ; de trochifques d'agaric , trois drag- 
mes ; de maftic , deux dragmes ; du firop de- 
rofes de Damas , quantité fuffifaiite pour 
faire des pilules /. a. 

Nota que , félon quelques auteurs , les- 
trois efpeces à''aloês ci-defl"us, le fuccotrin, 
l'hépatique & le caballin , peuvent fe tirer 
de la même plante , par la feule différence 
de l'évaporation. (A') 

" Nous allons ajouter un article de M. 
» Lafoffe ; il contredit les alîertions de M.. 
>y de Vandenefte que l'on vient de lire; mais. 
M c'eft du choc des idées que fore la lumière.»» 

§ Aloès , {Mat. méa.) Les trois efpeces. 
à^aloês, le fuccotrin, Ihéi-'a^ique & le ca- 
ballin , fe tirent de la même plante , s'il f.iut 
en croire Bauhin. Ceite affeition ell ç<- fîîii"- 



A L 

niée par le témoignage de Tournefort qui 
dit, dans fa Mac. méd. avoir appris de M. 
Hermann, proteireurde botanique à Leyde, 
que le fac de la même plante donne les trois 
efpeces d'a/of j connues, qui ne différent que 
par le degré de pureté. 

Valoés fournit , par l'analyfe , une fubf- 
tance gommeufe & une réfineufe , mêlées 
avec un peu de terre. M. Cartheufer tira 
d'une once A'aloès cinq gros de fubftance 
gommeufe , par le feul mo^en de l'eau pure. 
L'efprit-de-vin trés-reâifie fe chargea d'en- 
viron trois gros de fubftance réfmeufe, & il 
ne refta que quelques grains de terre abfolu- 
ment inîbluble par fes deux menftrues. 
Cette proportion n'efl: pourtant pas la même 
dans toutes les efpeces à'dloès. 

On peut obferver que h partie gommeufe , 
unie à la partie la plus douce de la réfme , 
par le moyen du vinaigre diftillé , du fuc de 
citron , ^c. eft beaucoup plus purgative que 
la partie réfineufe ou la gommeufe , prifes 
féparément. 

L'auteur de l'article qu'on vient de lire, 
prétend qu'on corrige la vertu purgative de 
Valoès avec la cafle ; que la partie réfineufe , 
extraite par l'efprit-de-vin , purge violern- 
ment, & que la partie gommeufe, extraite 
par l'eau , eft un très-bon vulnéraire. 

Il eft lingulier qu'on prétende émouffer 
l'adion d'tin purgatif par l'addition d'un au- 
tre purgatif, fur-tout lorfqu'on ne voit aucun 
moyen d'adion réciproque entre les deux 
fubftances. C'eft encore une inexaûitude 
bien fmguliere, que d'attribuer à la partie ré- 
(ineufe l'action purgative qui appartient prin- 
cipalement à la partie gommeufe dans Valoès, 
& de regarder la partie gommeufe comme 
un excellent vulnéraire , propriété qui ap- 
partient fpécialement à la partie réfineufe. 

Il faut aufTi ranger dans la clafle des mots 
ou des aflertions vides de fens , les paroles 
fuivantes : « Quoiqu'il foit befoin de cor- 
« riger la réfme à^aloès en la bridant avec 
jj des tempérans , il ne faut pas la féparer 
» entièrement des fels; ceux-ci étant trcs- 
7> adifs , rongent les veines & les extrémités 
fj déliées des fibres , s'ils ne font tempérés 
»j & enchaînés par la partie réilneufe. « 

Ualoès entre dans une foule de compofi- 
tions pharmaceutiques, auxquelles il donne 
la principale vertu \ 6c les différenies combi- 



A L O 203 

naifons qu'on lui a faitfubir, ont été pour la 
plupart imaginées d'après ces vues théoriques 
d'enchaînement & de bride qu'on préten- 
doit lui donner. Pris en fubftance, fans pré- 
paration qui fépare la réiîne, ou en teinture, 
il excite le flux hémorrhoïdal , le cours des 
régies , les hémorrhagies du nez ou de la 
bouche ; aufFi s'en abftient-on dans les per- 
fonnes maigres , d'un tempérament vif & 
fec , ou qui font fujettes aux hémorrhagies. 

La manière la plus fimple de féparer la 
partie gommeufe de la réfineufe , eft de tri- 
turer Valoès dans l'eau pure , de laifter dé- 
pofer la réline , de décanter la liqueur, & de 
l'épaiftîr jufqu'à confiftance d'extrait. Ce 
moyen eft infiniment plus fur que toutes ces 
infuccations , par lefquelles on prétend bri- 
der ou emprifonner les particules réfineufes 
avec le fuc des plantes mucilagineufes. 

Ualoès a cela de particulier , qu'à la dofe 
de quelques grains il relâche aufti-bien le 
ventre , qu'à la dofe entière d'un fcrupule , 
félon Juncker. 

Cette fubftance a cela de commun avec 
tant d'autres remèdes fameux ou ufités, qu'é- 
tant vantée par plufieurs médecins comme 
un moyen précieux & très-falutaire . elle a 
été déprimée fans reftriâion par plufieurs 
autres. Cardan, Fernel, HofFman, la regar- 
dent comme un remède abominable pour le 
goût, & dangereux pour le corps. Gui-Patin 
lui donne le nom de remède diabolique. 
Toutes ces déclamations n'empêchent pas 
que Valoès ne foit un excellent remède con- 
tre les relàchemens d'eftomac ou des vifce- 
res , & , comme on dit vulgairement , efto- 
macs pareflèux. Il eft encore un très-bon dé- 
terlif , & balfamique pour les ulcères & les 
plaies ; il eft anti-feptique , & fert commu- 
nément aux embaumemens des cadavres. 
{^Article de M. Lafosse , doreur en 
médeeine de la faculté de Montpellier.^ 

Aloès , voye\ Aires. 

ALOETIQUES, adj. on fe fert de ce 
mot en pharmacie , pour exprimer toutes 
les préparations dont l'aloès fait la bafe ou 
le principal ingrédient. (iV) 
^ ALOGIENS, f m. pi. (Théologie.) fcde 
d'anciens hérétiques dont le nom eft formé 
d'à privatif, & de KÔyoç , parole ou verie , 
comme qui ànoit/ans verbe , parce qu'ils 
nioient que Jefus-Cbrift fût le Verbe éter- 
Cc z 



204 — A L O 

nel , & qu'en conféquenceils rejetoîent l'é- 
vangile de Sr. Jean comme un ouvrage apo- 
cryphe e'crit par Cerinthe, quoique cetapûcre 
ne l'eût écrit que pour confondre cet héré- 
tique y qui nioit auffi la divinité de J. C. 

Quelques auteurs l'apportent l'origine de 
cette fede à Théodofe de Byfance,corroyeur 
de fon métier , & cependant homme éclairé , 
qui ayant apollafié pendant laperfécutionde 
Sévère, répondit àceuxquiluireprochoient 
ce crime , que ce n'étoit qu'un homme qu'il 
avoit renié , &; non pas un Dieu ; & que de- 
là fes difciples qui nioient Texiftence du 
Verbe , prirent le nom de d'à'Ao'^d/. " Ils 
)•> difoient, ajoute M. Fleury, que tous les 
>3 anciens , & même les apôtres , avoient 
« reçu & enfeigné cette doârine, & qu'elle 
« s'étoit confervée jufqu'au temps de Vi(5bor, 
>j qui étoit le treizième évéque de Rome 
» depuis faint Pierre ; mais que Zephirinfon 
» 'uccelTeur avoit corrompu la vérité. >» 
Mais outre qu'un auteur contemporain leur 
oppofoit les écrits de Juftin , de Miltiade , 
de Tatien , de Clément , d'irenée , de 
Meliton , & autres anciens qui difoient que 
Jefus-Chiift étoit Dieu & homme; il étoit 
sûr que Vidor avoit excommunié Théodofe: 
& comment l'eût-il excommunié, s'ils euf- 
fent été du mêm.e fentiment ? Hifl. eccl. 
tom. I y liv. IV f a. xxxiij , p. 489. 

D'autres avancent que ce fut S. Epiphane , 
qui dans fa lifte des héréliesleurdonnacenom; 
mais ce fcntim.ent paroit moins fondé que le 
premier, d'autant plus que d'autres pères, & 
grand nombre d'auteurs eccéiiaftiques , par- 
lent des Alogiens comme djs fedateurs de 
Théodofe de Byfance. V.Tevt\A.lit.\des pref. 
cil. dern. S. Auguft.ij'e har.cap.xxxiij.Eui'th. 
liv. V, cli.xix. Baronius, adann. 196. Tille- 
mont,Dupin,ézè/. des aut. ecckf.j.Jiecle (G) 

ALOGOS ou fai:s raifon , nom que les 
Egyptiens donnoient à Thyphon. Kojc^ 
Thyphon. 

ALOI , f. m. terrre d'orfèvre , de bijou- 
tier , 6" autres ouvriers en métdux précieux; 
fe dit du mclange d'un métal précieux avec 
un autre , dans un certain rapport conve- 
nable à la deftination du mélange. Uuloi eft 
à l'alliage comme ïefpece au genre , ou 
comme alliage eft à mêl.inge. Miilang.' fe dit 
de toutes matières mifes eafemble ; alliage 
fe dit feulement d'un mélange de métaux ; 



A L O 

& alol ne fe dit que d'un alliage de métaux 
fait dans un certain rapport déterminé par 
l'ufage , delà matière ou du mélange ordonné 
par les réirlemens. Si le rapport déterminé par 
l'ufage , ou ordonné par les rtglemens , fe 
trouve dans le mélange , on dit du mélange 
qu'il eft de bon cloi ; ûnon on dit qu'il eft 
de rnaui-'ais aloi : bon aloi eft fynonyme à 
titre , quand il s'agit des matières d'or ou 
d'argent. Voye\ TiTRE. 

* ALOIDES , aloe paluflris , plante qui 
a la feuille de l'aloès, feulement un peuplus 
courte & plus étroite , bordée d'épines, & 
chargée de gouftës femblables à des pattes 
d'écrevifle, qui s'ouvrent & pouffent des 
fleurs blanches à deux ou trois feuilles , qui 
reviennent affez de l'efpece de nénuphar 
appelle morfus ranœ , & qui portent de 
petites étamines jaunes. Sa racine eft longue, 
ronde , compofée de fibres blanches , & tend 
droit au fond de l'eau , où elle parvient 
rarement. Elle a aufTi des fibres obliques. 
Ualoides eft vulnéraire. 

Aloïdes , f. pi. {Myth.) enfans d'Iphi- 
médie & d'Aloée fon époux , ou félon 
d'autres , de Neptune. 

ALOIGNE. Vojei Bouée. 

* ALOPE , eft une des harpies. Vojei 
Harpies. 

ALOPÉCIE, f. f. maladie de la tête dans 
laquelle elle eft dépouillée de cheveux , en 
fout ou en partie. La caufe de cette maladie 
eft un épaifîiflement du flic nourricier, qui 
lui ôte la fluidité néceft'.ire pour pouvoir 
pénétrer jufqu'au bulbe dans lequel le cheveu 
eft implanté ; ce qui prive le cheveu de fa 
nourriture , & l'oblige de fe féparer de la 
tête. Cet épaiffiflement a plulieurs caufes : 
dans les enfans , c'efl la même que ce qui 
occafionne les croates de lait , qui fouvent 
entraînent après elles la chute d;.s cheveux : 
la petite vérole fait aufTi le même effet ; 
lorfque l'alopécie attaqi^e les adultes & les 
hommes faits , elle a ordinairement pour 
caufe la vérole , le fcorbut : elle eft aufli 
produite par les maux de tête violens &l 
invétérés, par la tropgraade application au 
travail , par les mêmes caufes que la maladie 
hypochondriaque & mélanchoUque , enfia 
par des révolutions & des chagrins imprévus. 
Dans les vieillards , l'alopécie eft une fuite 
du racornifl'ement des-fîbres. 



A L 

V alopécie eflplus ou moins difficile à trai- 
ter , félon la caufe qui Fa produite ; & on 
ne peut parvenir à fa suérifon, qu'en dc- 
truifant cette caufe : ainfi il eft d'une grande 
conféquence pour un médecin d'être inftruir 
de ce qui a donné lieu à V alopécie , afin d'em- 
ployer les remèdes propres à cette maladie. 

On en donnera le traitement dans les cas 
où elle fe trouvera jointe à quelqu'autre ma- 
ladie , comme la vérole , le fcorbut, &c. 
Voye\ Vérole & Scorbut. (iV) 

ALOPECURE, en latin alopecurus , eft 
un genre de plante à fleur monopétale, la- 
biée, dont la lèvre fupérieure eft en forme 
de voûte , & inclinée en bas ; la lèvre infé- 
rieure eft partagée en trois parties. Il y a 
dans l'intérieur de la fleur des étamines , des 
fommets , &: la trom.pe du piftil : elle pro- 
duit quatre femences qui font oblongues , 
qui ont difFérens angles , & qui mûriftent 
dans un calice d'une feule pièce , dont les 
bords font découpes. Pontederx Anthologia, 
lib. IJI, cap. xlix. Voye^ HeRBE, PlANTE, 

Botanique. (/) 

* ALORUS , nom que les Chaldéens 
donnoient au premier homme. 

ALOSE , f. f. poiflbn de mer , en latin 
alofa \ on Ta appelle à Bordeaux du nom de 
couldc : il eft fort reflémblant à la fardine 
pour la tête , l'ouverture delà bouche , les 
écailles , & pour le nombre & la lîtuation 
des nageoires : mais Vahfe eft beaucoup plus 
grande. Elle eft longue &: applatie fur les 
côtés , de façon que le ventre eft faillantdans 
le milieu , & forme fur la longueur du poif- 
fon une ligne tranchante & garnie de poin- 
tes comme une fcie : la tête eft applatie fur 
les côtés comme le corps ; le mufeau eft 
pointu ; la bouche eft grande & unie dans 
l'intérieur fans aucune dent ; il y a quatre 
ouïes de chaque côté ; les écailf s font gran- 
des & minces ; on les ai-rache aifément : il 
femble voir des éméraudcs briller au-deffus 
des yeux de chaque côté : la langue eft noi- 
râtre ; les mâchoires fupérieures font pen- 
dantes ; le ventre & les ce' tés font de cou- 
leur argentée ; le dos & le deftiis de la tête 
font d'un blanc jaunâtre. Ce poiftbn entre 
au printemps & en été dans les rivières , où 
il s'engraifte ; c'eft pourquoi les alojes que 
l'on pêche dans l'eau douce font meilleures 
à manger que celles que l'on prend dans la 



A L 20Ï 

mer : la chair de celles - ci a peu de fuc ; 
elle eft feche , & on fe fent altéré après en 
avoir mangé. Ces poiftbns font toujours plu- 
fieurs enfemble ; & on en prend une fi grande 
quantité dans de certains endroits , qu'on 
n'en fait aucun cas : ils ont tant d'arêtes , 
qu'on a de la peine à les manger ; au refte 
leur chair eft de très -bon goût quand elle 
eft graftè , & on l'a digère aifément. Ron- 
delet. Aldnwjnde. Voye^ PoiSSON. (/) 

5 ALOST , ( Geogr.) ville des Pays-Bas 
dans la Flandre Autrichienne , & capitale àa 
comté à'yilojî. Elle eft fur la Dendre , à lix 
lieues de Gand & prefque autant de Bruxel- 
les. On prétend qu'elle fut bâtie par les Gotlrs 
dans le cinquième fiecle. Il y avoit originai- 
rement des comtes fouverains, mais dans le 
douzième fiecle elle fut réunie à la Flandre 
qui fie partie , dès cette époque, du faint em- 
pire Romain. Outre la ville d'Aloji & fon 
territoire , ce comté comprend les préfeclii- 
res de Rhode , de Sotteghem , de Gavre qui 
a titre de principauté , de Boulare &: d'Efcoi- 
nay , le marquifar de Lede , & quelques fei- 
gneuries& paroifiès, avec Eynham , abbaye 
de Bénédictins fur l'Efcaut. C'eft un pays 
abondant en grains & en houblons. En 1667 
M. de Turennepritcette ville , & l'a fit dé- 
manteler. On l'a abandonnée aux alliés en 
1706 , après la bataille de Ramillies. Long^. 
21, ^z;lat. 49, 55. (C.^.) 

* ALOLCHI, f. m. gomme qu'on tire 
ducannelierblanc ; elleefttiès-odorifJrante. 

ALOUETTE, f f. en latin alauda:i\ y 
a plufieurs efpeces d'alouettes ; ce qui pour- 
roit faire diftinguer leur genre , c'eft que le 
doigt de derrière eft fort long , qu'elles chan- 
tent en s'élevant en l'air , & de plus que leurs 
plumes font ordinairement de couleur de 
terre : mais ce dernier caraÛere n'eft pas 
conftant dans toutes les elpeces à^ alouettes , 
& n'eft pas particulier à leur genre, car il 
convient aux moineaux & à d'aurresoifeaux. 

U alouette ordinaire n'eft guère pi lis groftè 
que le moineau domeftique , cependant fon 
corps eft un peu plus long; elle pefe une 
once & demie ; elle a fixpouces de longueur 
depuis la pointe du bec jufqu'à l'extémité 
des pattes. La queue eft auîîi longue qre 
les pattes. L'envergure eft de dix pouces. Le 
bec a environ trois quarts de pouce de lon- 
gueur depuis fa pointe juîqu'à l'angle de la 



2o5 A L O 

bouche. La partie fupérieure du bec eft 
noire & quelquefois de couleur de corne ; 
celle du deflbus eft prefque blanchâtre ; la 
langue eft large , dure & fourchue , & les 
narines font rondes. Les plumes de la tète 
font de couleur cendrée tirant fur le roux , 
& le milieu des plumes eft noir ; quelque- 
fois l'oifeau les hcrifTè en forme de crête. 
Le derrière de la tête eft entouré d'une bande 
de couleur cendrée qui va depuis l'un des 
yeux jufqu'à l'autre. Cette efpece de bande 
eft d'une couleur plus pâle & moins appa- 
rente dans l'alouette ordinaire que dans l'a- 
louette des bois. Le menton eft blanchâtre , 
la gorge jaune & parfemée de taches bru- 
nes ; le dos eft de la même couleur que la 
tête , & les côtés font d'une couleur rouflè 
jaunâtre. Chaque aîle a dix-huit grandes 
plumes ; le bord extérieur de la première 
eft blanchâtre , & dans les autres plumes il 
eft roux. Les plumes qui font entre la fixie- 
me & la dix-feptieme ont la pointe comme 
cmouftïe , dentelée , & de couleur blan- 
châtre. Les bords des petites plumes de 
l'aîle font de couleur roufte cendrée. La 
queue a trois pouces de longueur , & elle 
eft compofée de douze plumes ; les deux plu- 
mes du milieu font pofées l'une fur l'autre , 
elles font brunes & entourées d'une bande 
de blanc rouftatre. Les deux qui fuivent de 
chaque côté font brunes , & leur bord eft 
d'un blanc roufsâtre. La quatrième eft bru- 
ne , à l'exception du bord extérieur qui eft 
blanc. Les barbes extérieures de l'avant- 
derniere plume de chaque côté font blan- 
ches en entier , de même que la pointe. Le 
refte de ces deux plumes eft brun ; les deux 
dernières à l'extérieur font blanches , & elles 
ont une bande brune longitudinale fur les 
bords intérieurs. Les pies & les doigts font 
bruns , les ongles font noirs à l'exception 
de leurs extrémités qui font blanches; le doigt 
extérieur tient au doigt du milieu à fa naif- 
fance. \^ alouette devient fort grafle dans les 
hivers modérés. Elle fait trois pontes cha- 
que année , dans les mois de mai , de juillet 
& d'août, & elle donne quatre ou cinq œufs 
d'une feule ponte. Le fond de fon nid eft 
en terre, elle le ferme avec des brins d'her- 
be ; enfin elle élevé fespetits en peu de temps. 
ÏVillugiiby. Derham. Voye\ OiSEAU. (/) 
Alouette DE bois, alauduarboreaju- 



A L O 

[ laudafylpeflris. Deih.HiJf. nat. des oifeaux^ 
\ tom. 1. Le mâle pefe une once un quart ; 
cet oifeau a lix pouces de longueur depuis 
la pointe du bec jufqu'au bout de la queue ; 
l'envergjre eft d'un pié ; il elî plus petit que 
V alouette ordinaire , & fon corps eft plus 
court \ le bec eft comme dans les autres oi- 
feaux de ce genre , droit , pointu , mince , 
un peu large , de couleur brune , & long de 
plus d'un demi-pouce. La langue eft large 
& fourchue ; l'iris des yeux eft couleur de 
noifette , les narines font longues ; les pies 
font d'un jaune pâle ou de couleur de chair. 
Les ongles font bruns ; le doigt de derrière 
eft le plus long; le doigt extérieur tient au 
doigt du milieu à fa naiflance. 

Le ventre & la poitrine font d'un blanc 
jaunâtre : cette même couleur eftplus fon- 
cée fur la gorge , & fur le milieu de cha- 
que plume il y a des taches brunes. La tête 
& le dos font mouchetés de noir & de roux 
jaunâtre , & le milieu des plumes eft de cou- 
leur noire. Le Cou eft un peu cendré ; il y 
a une ligne blanchâtre qui va depuis l'un 
des yeux jufqu'à l'autre , & qui fait une ef- 
pece de couronne autour de la tête. Le crou- 
pion eft de couleur jaune rouflàtre. 

Il y a dix-huit grandes plumes dans cha- 
que aîle ; l'extérieure eft la plus courte , les 
cinq qui fuivent font plus longues que les 
autres d'un demi-pouce ; leur extrémité eft 
pointue ; leurs bords extérieurs font blan- 
châtres; lesautres plumes font plus courtes , 
leur pointeeftémouflee& dentelée, & leurs 
bords font de couleur jaune. Les plumes 
de la fauffe aîle font brunes , & la pointe 
eft de couleur ronfsâtre mêlée de blanc, & 
il y a une tache blanchâtre au bas de ces 
plumes. Les plumes qui couvrent l'articula- 
tion de l'aileron font de couleur cendrée. La 
queue a deux pouces de longueur ; elle eft 
compofée de douze plumes ; elle n'eft point 
fourchue , cependant les plumes du milien 
font un peu plus courtes que les autres, elles 
font terminées en pointe , & elles font de 
couleur verte mêlée d'un roux fale ou de 
fauve. Les quatre qui fuivent de chaque côté 
ont la pointe émouftee, leur extrémité eft 
blanchâtre. La couleur de celles qui font 
fucceftivement les plus avancées en-déhors, 
eft plus fombre & tire fur le noir. On trouve 
dans l'eftomac de cet oifeau , des fcarabés , 



i 



AL O 

des chenilles & des graines , de l'herbe aux 
perles ou gremil. 

Ces oifeaux volent en troupe , & reftent 
en l'air fans balancer leurs aîles ; ils chantent 
envolant à peu-près comme les merles. 

L'alouette de bois diffère principalement 
de V alouette ordinaire , i°. par fa voix & 
fon chant qui imite celui du merle ; 2_°. par 
un petit cercle de plumes blanches qui for- 
ment une efpece de couronne qui entoure 
la téce depuis l'un des yeux jufqu'à l'autre ; 
g", parce que la première plume extérieure 
de l'aile eft plus courte que la féconde , au 
lieu qu'elles font d'égale grandeur dans Va- 
louette ordinaire ; 4*^. parce que les plumes 
extérieures de la queue ont la pointe blan- 
châtre ; 5°. parce qu'elle fe perche fur les 
arbres; 6^. parce qu'elle efl: plus petite , & 
que fon corps efl plus court &: plus gros à 
proportion de fa longueur J/^/Z/k^/z^j. Voy. 
Oiseau. (/) 

Alouette de mer , fchaniclos , petit 
oifeau qui fe trouve dans les lieux maréca- 
geux fur les côtes delà mer. On lui a donné 
le nom S alouette, parce qu'il n'eft guère 
plus gros que cet oifeau , & qu'il eft à-peu- 
près de la même couleur; cependant il eft 
un peu plus blanc par-deftbus le ventre & 
plus brun fur le dos. Il aies jambes noires , 
minces & allongées de même que le bec ; 
fa langue eft noire & elle s'étend dans toute 
la longueur du bec ; il remue continuelle- 
ment la queue , & il change de place à tout 
înftant. h'dllouetie de mer feroit aflbz fem- 
blable au bécafteau , fi elle étoit aulîi grande. 
Ces oifeaux doivent multip'ier beaucoup &: 
être fort fréquens , car on en prend une très- 
grande quantité ; on les trouve meilleurs à 
manger que les alouettes communes. Bellon , 
Jlijî. de la nat. des oifea.iX , lie. ly, ch.ap. 
xxiv. Voye\ OiSEAU, (/) 

Alouettes de prés , aUudapratorum. 
\Voye\ Farlouse. 

Alouette hupée , alauda cnjlata. V. 

COCHEVIS. 

* On prend les alouettes diverfement : la 
manière la, lus commune eft i*^' avec des nap- 
pes , qui fe tendent comme pour les orto- 
lans , à la réferve qu'il faut fe fervir d'un 
miroir , & que les appcllans font à terre , 
au lieu qu'on m.et les ortolans fur de peti- 
tes fourchettes ; i°. au traîneau la nuit dans 



A L P 207 

les chaumes ; 3^. aux collets; 4*. au filet 
quarré , tendu en plain champ fur des four- 
chettes comme une efpece de fouriciere , 
dans laquelle on chafTe doucement les alouet- 
tes ;')° . avec une autre forte de filet appelle 
tonnelle murée. V^oyeT^ tous ces pièges à 
leurs articles. 

* ALPAGNE , f. m. animal à laine , fort 
femblable aux limas & aux vigognes , excepté 
qu'il a les jambes plus courtes & le mufle plus 
ramafTé. C'efl au Pérou une béte de charge ; 
on fait des étoffes , des cordes , & des lacs 
de fa laine. On la mélange avec celle de 
vigogne : cette dernière ne vient guère du 
Pérou en Efpagne fans en être fourrée. 

§ ALPAM , f. m. {Hijl nat. Botanique.) 
plante peu connue jufqu'ici, delà famille des 
anones , décrite fous ce nom par Rhœde , 
qui en donne une figure pafTabie quoiqu'in- 
complete ; Hortus Malabaricus , vol. IV, 
planche z%, /)j^e 51. Les Malabares l'ap- 
pellenta/pj/72, les Brames tipj/ra &pjAz'orj, 
les Portugais yriz/fJ tirilha, les Hollandois 
manerik. 

C'eft un arbriffeau très - commun dans 
les terres fablonneufes & découvertes du 
Malabar , fur-tout vers Aragatte & Monda- 
belle. Il eft toujours verd, ne quittant ja- 
mais fes feuilles, & il porte fleurs &: fruits 
deux fois l'an, favoir , la première fois en 
odobre & novembre , la féconde fois en 
février & mars. De fa racine , qui eit 
rouge, fort longue, & couverte de fibres 
nombreufes, s'élèvent deux ou trois tiges 
entourées de branches afl'ez rares , longues 
& épaiflès , droites , dures , peu flexibles ^ 
qui lui donnent l'air d'un buifTon conique 
une fois plus long que large , comparable- 
à la forme de certains pêchers fauvageons 
ou certains faules recépés du pié. Ses bran- 
ches font noueufes , cylindriques , du dia- 
mètre de deux à trois lignes, à bois blanc ^ 
plein d'une moelle verte & recouverte d'une 
écorce cendré - verd. Le long des jeunes 
branches, les feuilles font difpofées alterna- 
tivement & circulairement à des diftan- 
ces aftez grandes , d'un pouce à un pouce 
& demi , elliptiques , pointues aux deux 
bouts , épaiflès , comparables à celles du 
laurier cannellier, à trois groHes nervures de 
même en deftous , longues de fix à huit 
pouces, trois ou quatre fois moins larges.. 



2o8 A L P ^ 

entières dans leur contour , verd foncé lui- 
fant en dertùs , ternes en deffous , portées 
fur un pédicule court , demi-cylindrique , 
creufé en canal en deflus. 

Jje 1 .uiltHe de chaque feuille fortent 
deux à quatre fleurs pendantes , quelque- 
fois rcunies , mais ordinairement portée^ fur 
un pédicule mince , cyhndrique , un peu 
plus long qu'elles : elles confiflent en un ca- 
lice épais , en cloche cylindrique , long de 
cinq lignes , large de quatre , peu ou.^ert , 
d'une feule pièce , partagé jufqu'au milieu 
en trois diviiions égales, triangulaires, équi- 
latérales, violet-noir au dedans, couvert de 
poils bLncs au dehors , & qui tombe avant 
la maturité du fruit. Il n'y a point de co- 
rolle ; mais au centre du calice font placées 
douze écaminesrallemblées en trois paquets , 
chacun de quatre anthères rouges , courtes , 
fefTiles , oppofées à chaque divifîon , &: qui 
entouient & féparent trois ovaires longs , 
femblables à trois ftyles , qui , en grandif- 
fant, deviennent chacun une baie charnue, 
en filique , pointue aux deux bouts , cylin- 
drique , droite , longue de trois pouces & | 
demi à quatre pouces, large de deux lignes , 
qui ne s'ouvre point, & qui eft remplie de 
femences trés-menues & peu fenfibles : de 
ces trois ovaires il en avorte fou vent un ou 
deux , de forte qu'on en voit rarement trois 
parvenir à parfaite maturité. 

Ç^j//Vf'j^. Toute cette plante eft en géné- 
ral fans odeur, même dansfes tleurs j cepen- 
dant fes feuilles laiffent fentir quelque 
chofe de défagréable. Son écorce & fes 
feuilles ont une fa/eur acide mélJe d'un 
peu d'âcreté & d'aliriâion. 

Ufages. On fait avec fon fuc & de l'hui- 
le un onguent qui guérit la gale & les vieux 
ulcères : mais il eft d'un ufage beaucoup 
plus familier pour les morfures venimeufes 
des ferpens; pour cet effet ont applique fa ra- 
cine en cataplafme avec le calamus fur la 
morfure , & on en fait boire la poudre dans 
du lait de vache. Le fuc de fes racines fe 
boit aufli avec celui de calamus ; mais on 
emploie plus particuliéiement la poudre de 
fa racine mêlée dans le jus de limon , & 
introduite dans un nouer au fond des nari- 
nes , comme un fternutatoire qui chafle le 
renin du forpent cobra cape lia. 
Remarques, Quoique Valpam ait au pre- 



A L P 
mier abord l'apparence d'un laurier, on voit ; 
par la ftruéture de fes fleurs & par le nom- 
bre de fes ovaires , qu'elle vient naturelle- 
ment dans la famille desanones; néanmoins 
il refte à obferver quelques détails qui nous 
manquent fur la ftrudure interne de fes 
baies en filiques. ( AL Adansojsi.) 

* ALPANET, f. m. en vénerie , c'eft un 
oifeau de proie qui s'apprivcife & qui vole 
la perdrix & le lievie. Nous l'appelions Tu- 
nijjien, parce qu'il vient de Tunis. Cette deP- 
Ciiption eft nifufîifjnteenhiftuire naturelle. 

* ALPARGATES , ce font des fortes de 
fouliers qui fe font avec le chanvre. On 
prend le chanvre quand il eff prêt à être filé , 
on le tord avec les machmes du cordier j 
on le natte à deux brins ; on coud cette natte 
en la replcyant fans cefîe fur elle-même , 
plus ou moins , félon que la largeur de l'em- 
peigne & des quartiers le demande ; elle 
forme tout le defliis du fou lier. Le cordon- 
nier ajufte la femelle à ce defius, comme 
s'il étoit de cuir , & ïulpargace eft faite. 11 
y a des alpargutes d'hiver & d'été. Celles 
d'été font d'une natie extrêmement légère 
& fine. Celles d'hiver font d'une natte plus 
épaifie&: plus large, & cette natte eft encore 
foutenue en defîous par une fourrure ou pi- 
qûre de laine ou de coton. Le cordonnier 
a foin d'en ajufter une pareille fur la femelle 
en dedans ; ce qui rend cette chaufTure ex- 
trêmement chaude. On y a les pics comme 
dans un manchon. 

* ALPES , hautes montagnes d'Europe , 
qui féparent fltalie de la France & de l'Alle- 
magne. Elles commencent du côté de la 
Fiance vers la côte de la M éditerranée prés de 
Monaco , entre l'état de Gènes & le comté 
de Nice , & finiffent au golle de Carnero , 
partie du golfe de Venife. 

* ALPHA ù OMEGA, a & n, ( Théol. 
Hifi.fdcre'e , ) la première & la dernière let- 
tre de l'alphabet grec. Jefus-Chiift dit dans 
VApocalypJ'e ,c!iap.j , 8 j xxj ,6 ;xxij, 13, 
qu'il eft l'ùlplia &: Vomega , le commence- 
m.ent & la hn. 

A & n numifmavqiies. Ces deux lettres 
grecques , féparées par une croix , fe trou- 
vent fur le revers de quelques monnoies des 
loisdeFrance, Clovis , Da^obert, Robeit, 
Henri I , Philippe I , & Louis XIL 

L'empereur Conflantin ayant embraffé la 

reli^ioa 



A LP 

religion chrétienne , fit aufii mettre une 
croix entre A & fi fur fon cafque , fon bou- 
clier & fur fes étendards. 

ALPHABET , fubft. m. ( Entendement, 
fcience de l'homme , Logique , art de commu- 
niquer, grammaire. ) Par le moyen des or- 
ganes naturels de la parole, les hommes font 
capablesde prononcer plufieursfons très- fim- 
ples, avec lefquels ilsforment enfuite d'autres 
fons compofés. On a profité de cet avantage 
natiu el : on a deltiné ces fons à être les fignes 
des idées, des penfées & des jugemens. 

Quand la delHnation de chacun de ces 
fons particuliers , tant fimples que compo- 
fés, a été fixée par l'ufage, & qu'ainfi cha- 
cun d'eux a été le figne de quelque idée , on 
les a appelles m.ocs. 

Ces mots confidérés relativement à la fo- 
ciété cù ils fontenufage , & regardés comme 
formant un enfemble , font ce qu'on appelle 
la langue de cette fociéte'. 

C'elt le concours d'un grand nombre de 
circonflances différentes qui a formé ces di- 
verfes langues : le climat , l'air , le fol , les 
•alimens , les voifins , les relations , les arts , 
le commerce , la conlHtution politique d'un 
état ■, toutes ces circonftances ont eu leur 
part dans la formation des langues , & en 
ont fait la variété. 

C'étoit beaucoup que les hommes eufTent 
trouvé par l'ufage naturel àes organes delà 
parole , un moyen facile de fe communiquer 
leurs penfées quand ils étoient en préfence 
les uns des autres : mais ce n'étoit point en- 
core aflez ; on chercha , & l'on trouva le 
moyen de parler aux abfens , & de rappel- 
1er à foi-même & aux autres ce qu'on avoit 
penfé , ce qu'on avoit dit , & ce dont on 
étoit convenu. D'abord les fymboles ou fi- 
gures hiéroglyphiques fe préfenterenc à l'ef- 
prit: mais ces fignes n'étoient ni afiezclairs, 
ni afiez précis, ni affez univoques pour rem- 
plir le but qu'on avoit de fixer la parole , & 
d'en faire un monument plus exprefTif que 
l'airain & que le marbre. 

Le defir & le befoin d'accomplir ce def- 
fein , firent enfin imaginer ces fignes parti- 
culiers qu'on appelle lettres , dont chacune 
fut deftinée à marquer chacun des fons fim- 
ples qui forment les mots. 

Dès que l'art d'écrire fut porté à un cer- 
tain point , on repréfenta en chaque langue 
Tome IL 



A L P 209 

dans une table féparée les foîis particuliers 
qui entrent dans la formation des muts de 
cette langue , & cette table ou lifie eft ce 
qu'on appel! j l'alpnubet d'une langue. 

Ce nom efit^mé des deux piemieres let- 
tres grecques alpiia & betha , tirées desdeur 
premières lettres de ^'a//j/iûèff hébreu ou phé- 
nicien, alepii, beth. Q^uidenim ..lephab al- 
pha magnopere dijfen ? dit Eufebe , /. X, de 
pnvpar.euang. c. yj. Quid ausem l'el betha à 
beth, &.C. Ce qui fait voir, en partant, que 
les anciens ne donnoient pas ^u betha des 
Grecs le fon de Vr confonne , car le beth 
des Hébreux n'a jamais eu ce fon<-là. 

Ainii par alpnabet d'une langue, on entend 
la table ou lijie des caractères , qui font les 
fignes des fons particuliers qui entrent dans 
la compofition des mots de cette langue. 

Toutes les nations qui écrivent leur lan- 
gue , ont un alphabet qui leur eft propre , 
ou qu'elles ont adopté de quelque autre lan- 
gue plus ancienne. 

Il feroit à fouhaiter que chacun de ces 
alphabets eût été dreffé par des perfonnes 
habiles , après un examen raifonnatle ; il 
y auroit alors moins de contradiûions cho- 
quantes entre la manière d'écrire & la ma- 
nière de prononcer , & l'onapprendroit plus 
facilement à lire les langues étrangères: mais 
dans le temps de la naifiance des ulphabets, 
après je ne fais quelles révolutions , & même 
avant l'invention de l'imprimerie , les co- 
pifies & les Icfteurs étoient bien moins com- 
muns qu'ils ne le font devenus depuis , les 
hommes n'étoient occupés que de leurs be- 
foins , de leur sûreté & de leur bien-être, 
& ne s'avifoient guère de fonger à la perfec- 
tion & à la jufteflè de l'art d'écrire ; & l'on 
peut dire que cet art ne doit fa naiflance &: 
les progrès qu'à cette forte de génie , ou de 
goût épidémique qui produit quelquefois 
tant d'efFets (urprenans parmi les hommes. 

Je ne m'arrêterai point à faire l'examen 
des alphabets des principales langues. J'ob- 
ferverai feulement : 

I. Que l'alphabet grec me paroît le moins 
défeâueux. Il eft compofé de 24 caraSeres 
qui confervent toujours leur valeur, excepté 
peut-être le y qui fe prononce en v devant 
certaines lettres . par exemple devant un au- 
tre y , xy^iKo< ; qu'on prononce aty^Ko? , Sc 
c'cft de là qu'eft venu angélus, ange. 

Dd 



2IO AL P 

Le ,■; qui répond à notre c, a toujours la 
prononciaMon dure de ca , & n'emprunte 
point celle du t ou du ^ma. ; ainfi des autres. 
Il y a plus : les Grecs s'étantapperçus qu'ils 
avoient un e bref &: un e long, le diftingue- 
rent dans l'écriture , par la raifon que ces let- 
tres étoient diftinguées dans la prononcia- 
tion ; ilsobferverent une pareille différence 
pour Yo hre/èi pour l'o long: l'un eft appelle 
o micron, c'eft-à-dire, /ler/f oou o brej ; & 
l'autre qu'on écrit ainfi « , eft appelle o me- 
ga , c'eft-à-dire , o grand , o long; il a la for- 
me & la valeur d'un double o. 

Ils inventèrent aufli des carafteres parti- 
culiers pour diftinguer le c , le /> &; le f com- 
muns , du c , du p &i ànt qui ont une afpira- 
tion. Ces trois lettres Xs <P ? -S' » font les trois 
afpirées , qui ne font que le c: , le p & le r, ac- 
compagnés d'une afpiration. Elles n'en ont pas 
moins leur place dans X alphabet gvec. 

On peut blâmer dans cet alphabet le dé- 
faut d'ordre. Les grecs auroient dû féparer 
les confonnes des voyelles; après les voyelles, 
ils dévoient placer les diphthongues , puis les 
confonnes, failant fuivre laccnfonne fcible 
defaforte, 3 ,/i, ;j ,j-, &c. Ce défaut d'or- 
dre eft fi confidérabîe , que l'o bref eft la 
quinzième \etne àeV alphabet , &c\e grand o 
ou o long, efl: la vingt-quatrième & der- 
nière ; Ve bref eli la cinquième , & l'e long 
la feptieme , frc. 

Pour nous, nous n'avons pas à'' alphabet qui 
nous foit propre ; il en eft de même des Ita- 
liens, des Efpagnols , & de quelques autres 
de nosvoifins. Nous avons tous adopté Val- 
phabet des Romains. 

Or cet alphabet n'a proprement que 19 
lettres: a, b, c, d, e, f,g, h, 1, l , m, 
n, o, p, q, r, jj f , u, :( , car r.T & le &■ 
ne font que des abréviations. 

X eft pour g^ : exemple , exil , exhorter , 
eocamen, &c. on prononce eg^emple , eg\il , 
eg\horter , eg\amen , &c. 

X eft aufli pourcj; axiome , fexe , on pro- 
nonce acfiome , fecfe. 

On lait encore fervir \x pour deux^dans 
Auxerre , Flexelles, IJxel^&c pour unefim- 
ple/dans Jraz/;ro/?g'(' , &c. 

L'é" n'eft qu'une abréviation pour et. 

Le k eft une lettre grecque ,, qui ne fe trou- 
ve en latin qu'en certains mots dérivés du 
grec ; c'eft notre c dur, ca , co, eu. 



A L P 

Le g n'eft aufii que lec dur : ainfi ces trois 
lettres c, k , q , ne doivent écre comptées 
que pour une même lettre ; c'eft le même 
fon repréfenté par trois caractères diftérens. 
C'eft ainfi que f / font ci ; / 1 encore f , èc 
t i font aufli quelquf ois //. 

C'eft un défaut qu'un même fon foit re- 
préfenté par plufieurs caraâeres différens : 
mais ce n'eft pas le feul qui le trouve dans 
notre alphabet. 

Souvent une même lettre a plufieurs fons 
différens; 1/ entre deux voyelles fe prend 
pour le :; , au lieu qu'en grec le \ eft tou- 
jours ■{, &cfgma tou]ouvsfgma. 

Notre e a pour le moins quatre fons diffé- 
rens;! *^. le fon de Yc co/nmun,comme Qnpêre, 
mère, frère i 2". le fon de Ve fermé , comme 
en bonté, vérité, aimé;}", le fonde l'e oupert 
comme bête y tempête , fête ; 4". le fon de 
Ve muet , comvM^ j'aime ; 5^. enfin fouvent 
on écrit f , & on prononce a , comme em- 
pereur, enfant , femme ; en quoi on fait une 
double faute , difoit autrefois un ancien : 
premiéiement , en ce qu'on écrit autrement 
qu'on ne prononce : en fécond lieu , en ce 
qu'en lifant on prononce autrement que le 
mot n'eft écrit. Bispeccatis,qaod aliadfçri~ 
bitis , (S? aliiid legitis quam fcriptum ejl , & 
Jcri henddjunt uc/egenda,^'ltgenda utfcripta. 
y^Aîi. Marins Vidoiinus, de Orthog. apud 
y^oj/mm de arte Gram. tom. I , p^g. 179, 
" i'our moi , dit aufïï Quintilien , à moins 
" qu'un ufage bien confiant n'ordonne le 
" contraire, je crois que chaque mot doit 
" être écrit comme il elî: prononcé ; car telle 
'j eftla delfination de.-, lettres, pouifuit-ii , 
>' qu'elles doiventconferveriaprononciaf ion 
" des mots; c'efl un dépôt qu'il faut qu'elles 
" rendent à ccuxqui lifent, de forte qu'elles 
" doivent être le figne de ce qu'on doit pro- 'fl 
" noncer quand on lit >? : Egonifiquod con~ ™ 
Juetudo obtinuent , ft j crib:ndam quidque- 
judicio quomodo fonat : hic enim ufus efi 
htcerarum , ut cujlodiant yoces 6" t'élut de- 
p^ftuni redd.Mt hgcntibas ; itaque expri- 
mère debent , quod dicluri funt. Quint, i/z,?. 
orat. li-b. /, cap. vij. 

Tel eft le fenriment généraJ des anciens ; 
& l'on peut prouver i**. que d'abord nos 
peresontécritconformémeatà leur pronon- 
ciation , félon la première dertina'"ion des 
lettres; je veux dire qu'ils n'ont pas doimd 



A L P 

à une lettre le Ton qu'ils avoient déjà donné 
aune autre lettre, & que s'ils écrivoier.tf;:7- 
pereur , c'ell qu'ils prononçcient empereur 
par un f', comme on le prononce encore 
aujourd'hui en plufieurs provinces. Toute 
la faute , qu'ils ont faite , c'eft de n'avoir pas 
inventé un alphdbet françois , compofé d'au- 
tant de carafteres particuliers, qu'il y a de 
fons diffcrens dans notre langue , par exem- 
ple , les trois e devroient avoir chacun un ca- 
ractère propre, comme l's & 1'» des Grecs. 

2°. Que l'ancienne prononciation ayant 
été fixée dans les livres où les enfans ap- 
prenoientà lire , après même que la pronon- 
ciation avoit changé , les yeux s'étoient ac- 
coutumés â une manière d'écrire différente 
de la manière de prononcer; & c'eft de- là 
quela manière d'écrire n'a jamais fuivi que de 
loin en loin la manière de prononcer ; & l'on 
peut afllirer que l'ufage qui eft aujourd'hui 
conforme à l'ancienne orthographe , eft fort 
difféient de celui qui étoitautrefoisle plus fui- 
vi. Il n'y a pas cent ans qu'on écrivoit /'/ ha , 
nous écrivons //a; on écrivoit// efi nai , ils 
font nais , nati , nous écrivons ils font nés : 
Joubs , nous écrivons/ou^; neuve , nous écri- 
vons trouve , &c. 

3". Il faut bien diftinguer la prononcia- 
tion d'avec l'orthographe : la prononciation 
eft l'eifet d'un certain concours naturel de 
circonftances. Quand une fois ce concours 
a produit fon effet , & que l'ufage de la pro- 
nonciation eft établi , il n'y a aucun parti- 
culier qui foit en droit de s'y oppofer , ni de 
faire des remontrances à l'ufage. 

Mais l'orthographe eft un pur effet de l'art ; 
tout art a fa fin & fes principes , &: nous 
fommes tous en droit de repréfenter qu'on 
ne fuit pas les principes de l'art , qu'on n'en 
remplit pas la fin , & qu'on ne prend point 
les moyens propres pour arriver à cette fin. 

Il ell évident que notre alpl.abet eft dé- 
feÛueux , en ce qu'il n'a pas autant de ca- 
raûeres que nous avons de fons dans notre 
prononciation. Ainfi ce que nos pères firent 
autrefois quand ils voulurent établir l'art dé- 
crire , nous fommes en droit de le faire au- 
jourd'hui pour perfcciionner ce même art ; 
& nous pouvons inventer un alp/iabet qui 
reélifie tout ce que l'ancien a de deîedueux. 
Pourquoi ne pourroit-on pas faire dans l'art 
d'écrire ce que l'on a fait dans tous les autres 



A L P 2n 

arts ? Fait-on la guerre , je ne dis pas comme 
on la faifoit du temps d'Alexandre , mais 
comme on la faifoit du temps même de Henri 
IV ? On a déjà changé dans les petites écoles 
la dénomination des lettres ; on dit be ,fe , 
me , ne : on a enfin introduit, quoiqu'avec 
bien de la peine , la diftinûion de Mp voyelle 
& de Vu confonne , qu'on appelle ve , & 
qu'on n'écrit plus comme on écrit Vu voyelle; 
il en eft de même du; , qui eft bien diffé- 
rent de Vi : cesdiftindions font très-moder- 
nes; elles n'ont pas encore un fiecle , elles 
font fuivies généralement dans l'imprimerie. 
Il n'y a plus que quelques vieux écrivains 
qui n'ont pas la force de fe défaire de leur 
ancien ufage: mais enfin la diftinftion dont 
nous parlons étoitraifonnable, elle a prévalu. 

Il en feroit de même d'un alphabet bien 
fait , s'il étoit propofépar les perfonnes à qui 
il convient de le propofer , & que l'autorité 
qui préfide